CARPE DIEM
TOME IV
SIXIÈME ANNÉE
IV
La ruse de Dumbledore
Convoqués dans le bureau du directeur, Hermione Granger et Pansy Parkinson ne faisaient plus les fiers, la tête baissée sous le regard assassin de Severus Rogue et celui incompréhensible de Dumbledore. Elles avaient été vendu par le préfet de Gryffondor, et bien sûr, le directeur avait très vite fait le lien entre «l'attaque de mangemort» et la présence des deux filles dans les couloirs du château. Rogue était arrivé furieux, menaçant ses deux élèves de les virer sur-le-champ, et Pansy avait paniqué, ne souhaitant absolument pas rentrer chez elle. Hermione n'avait pas pris la menace du professeur au sérieux, sachant que seul Dumbledore pouvait décider de son sort, et qu'il semblait toujours avoir besoin d'elle, pour une raison liant à la fois Poudlard et Harry Potter. Elle avait cependant pâli devant les réprimandes du directeur.
-Utiliser la magie en dehors des cours est déjà une infraction au règlement, leur dit Dumbledore de sa voix légèrement enrouée, assis à son bureau, son regard conspirateur allant d'une fille à l'autre. Sortir du château pour pénétrer dans la forêt interdite est formellement proscrit et dangereux. Mais vous avez surtout attaqués des aurors délibérément, les blessants en usant de charme défensif. Toute la garde penses que Tom Jedusor a ordonné une attaque, et le château est en effervescence. Tous les élèves sont regroupés dans la grande salle et les premières années sont terrifiés. Réalisez-vous la gravité de vos actes ?
Il est vrai que la sorcière n'avait absolument pas réfléchi aux conséquences de son plan visant à interroger le chef des centaures, mais il n'y avait pas mort d'homme ! Et pour les élèves paniqués... s'ils savaient que le cadavre d'un gigantesque basilic gisait à quelques mètres sous leurs pieds... ! Il était clair que les premières années n'avaient pas vécu un tiers de la vie d'Hermione.
-Le ministère est en alerte, plusieurs parents demandent le retour de leurs enfants... J'aimerais bien savoir la raison de toute cette pagaille, je vous prie. Donnez-moi une bonne raison ne me taire sur vos agissements auprès des aurors.
Hermione releva les yeux, son mensonge déjà près, mais au regard que lui lança ce vieux fou de Dumbledore, elle renonça, bien que peu à l'aise en présence de Severus Rogue, dont elle ignorait complètement le rôle dans la guerre imminente.
-On n'a pas compris que c'était des aurors, alors j'ai lancé un sort en première, par peur.
Ouais... elle avait intérêt à faire mieux si elle devait se retrouver devant Voldemort. Parce que là, c'était le mensonge le plus pathétique de l'histoire. Et apparemment, Pansy ne pouvait pas faire mieux, approuvant seulement les dires de la sorcière.
Dumbledore échangea un regard avec le directeur de Serpentard avant de soupirer, remontant ses lunettes sur son nez.
-Severus, mon ami, vous pouvez aller entendre une nouvelle fois la version des deux aurors ?
Tactique de diversion. Personne dans le bureau n'était dupe, mais le professeur finit par hocher de la tête avant de partir, lançant un regard si froid à ses deux élèves qu'elles reculèrent d'un pas.
-Maintenant, miss Granger, j'aimerais que vous me disiez la vérité. Vous aussi, miss Parkinson. Rien de ce que vous direz ne sortira de ce bureau.
Plus facile à dire qu'à faire. Hermione voyait mal Pansy avouer son rôle sans craindre Azkaban, et elle-même était loin d'être vierge de tout méfaits. Mais ça... ce vieux fou devait certainement déjà le savoir, puisque apparemment, on ne pouvait presque jamais le duper. Sauf sur le rôle du jeune Jedusor... évidemment.
Après un échange avec Pansy, la princesse des serpents redressa les épaules et s'expliqua sur la raison de leur vadrouille dans la forêt interdite. Elle ne s'éternisa pas sur la prophétie du centaure ni sur la personne qui pourrait incarner «l'étoile noire», mais, avec hésitation, fini par avouer sa plus grande crainte depuis la rentrée.
-J'ai peur qu'un terrible événement n'approche, dit-elle lentement en triturant ses doigts, se mordant les lèvres. J'ai... j'ai peur que Draco soit chargé d'une mission visant Harry Potter ou l'école.
Elle ferma les yeux fermement. Trahison. Ce mot tournait en boucle dans la tête d'Hermione. Peut-être aurait-elle dû réfléchir avant d'entrer dans la forêt interdite. Peut-être aurait-elle dû en parler au directeur avant d'agir. Dans tous les cas, une vive douleur atteignit son cœur et le visage de Draco s'imprima dans sa tête. Trahison.
-Et pourquoi cette crainte, miss Granger ?
-Je... je le pressens, c'est tout. Vous devez protéger Harry avant que...
Le visage du directeur s'éclaira d'un sourire étrange, et Hermione se tut, décontenancée. Elle le regarda sans comprendre, tandis que le sorcier se levait de son fauteuil, contournant son bureau pour venir près des jeunes filles.
-Ce n'est pas une plaisanterie, balbutia Pansy avec une légère hésitation. Potter est sur la liste noire des mangemorts.
-Pas cette fois-ci, annonça Dumbledore.
-Mais...
-Miss Parkinson, j'aimerais que vous me disiez votre place, dans cette histoire, la coupa-t-il en souriant, désignant de sa main le bras de la brune.
Elle sursauta en reculant, l'air effrayé. Instinctivement, Hermione se plaça devant son amie d'un geste protecteur en mesurant le sorcier du regard. Que manigançait encore ce vieux fou !?
-Allons, allons, du calme, ria doucement le directeur en levant les mains. Si je sais que monsieur Malfoy porte la marque, je sais aussi pour vous, miss. Et ai-je parlé une seule fois ? Vous pouvez me faire confiance.
-Désolée, mais c'est difficile, grinça Hermione, toujours devant Pansy. Si vous savez depuis le début, c'est que vous mijotez quelque chose. Vous manipulez peut-être Harry, mais je vous ai déjà dit que ça ne marcherait pas avec nous ! Nous ne sommes pas des armes dont vous pouvez vous servir.
-Vraiment ?
Hermione le regarda d'un air ahuri, la colère montant peu à peu en elle. Elle venait de comprendre quelque chose, dans le regard du sorcier. Quelque chose digne d'un élève de Serpentard.
-Le charme de l'école..., murmura-t-elle, sidérée. Nous sommes sortie sans problème, et même les aurors ont été trop faciles à combattre. Vous... vous vouliez que j'aille dans la forêt, n'est-ce pas ? Parce que vous étiez au courant pour la prophétie ! Et pour le pendentif, vous en connaissiez les effets, je suppose. Pour ce qui s'est passé au cimetière, pour toutes les fois où nous avons frôlé la mort... c'est vous, qui le vouliez. C'est à cause de vous, tout ça. Comme la première fois que vous m'avez convoqué dans votre bureau, en première année. Vous racontiez une belle histoire sur le lien qui nous unissait, Harry et moi. Sur le fait que nos maisons n'étaient pas celles où on devrait être. Depuis le début... depuis le début, vous maniganciez quelque chose, en rapport avec Voldemort. Et quoi de mieux qu'une Serpentard pour se lier au survivant et choisir le bien. Vous pouviez avoir un espion dans le camp ennemi. C'est ce que vous vouliez faire de Draco et Pansy ? C'est ce que vous vouliez faire de moi ? Pourquoi ? Que savez-vous que nous ignorions ? Que savez-vous réellement de la mission de Draco ? De la prophétie qui me concerne ? De ce qui va arriver cette année...?
-Miss Granger...
-Je me suis toujours demandé pourquoi vous étiez si protecteur envers Harry... maintenant, je sais que vous aviez une idée derrière la tête. Et vous faites la même chose avec nous.
C'était insensé de croire que Dumbledore puisse agir de la sorte, utilisant ses élèves comme on utilisait une baguette pour se battre. Pourtant... tout portait à croire que le directeur de Poudlard manigançait bien ce dont Hermione l'accusait.
Cette prise de conscience l'assomma, et c'est ce moment que choisit le professeur Rogue pour ouvrir brusquement la porte et entrer en trombe, brisant l'atmosphère saturée qui régnait dans le bureau. Hermione ne quitta pas du regard le vieux sorcier pour autant, tant son désarroi était grand.
-Severus ! L'appela Dumbledore en tournant la tête vers lui. Je crains que vous deviez faire part de votre plan aux jeunes filles. Il semblerait que je n'ai plus leur intention, pour le moment.
-Mais Albus ! protesta le directeur de Serpentard, étonné. C'est une information dangereuse.
-Miss Granger a besoin d'une personne de confiance, répondit Dumbledore d'un ton ferme.
-Lui ?! S'exclama-t-elle, estomaquée. Mais monsieur, le professeur Rogue est un...
-Hermione ! Siffla Pansy, tirant sur son bras pour la faire taire. Tais-toi !
-... un mangemort ! Finit la sorcière, sous l'œil assassin du concerné.
-Miss Granger, je vous croyais intelligente ! Visiblement, j'avais tort, aboya Rogue. Balancer de telles informations sans réellement savoir ! Et vous êtes toujours en vie !
-Allons, allons, Severus, ne l'effrayez pas. Miss Granger, miss Parkinson... vous sembliez beaucoup vous souciez du sort de Harry Potter, je me trompe ? J'en conclus donc que je peux vous donner ma confiance, ainsi que celle de Severus.
Hermione rencontra le regard du vieux sorcier et hocha de la tête, lui montrant toutefois que sa fureur n'était pas retombée. Il ne se cachait plus de vouloir les utiliser.
-Bien... Severus, à vous l'honneur.
-Draco a été appelé devant le maître récemment, soupira le professeur Rogue de sa voix lente et grinçante. Il a eu pour mission de tuer Albus Dumbledore avant la fin de l'année scolaire...et ne doit pas échouer. J'ai averti Albus immédiatement, et désormais, je dois veiller sur Draco... et sur la réussite de sa mission.
Sonnées, les deux jeunes filles fixèrent leur directeur de maison, choquées. Que venait-il de dire ?! Hermione avait cru, à juste tire, que Draco devait s'en prendre à Harry. Après tout, Harry était l'ennemi numéro 1 de Voldemort et Draco le détestait comme il n'avait jamais détesté quelqu'un. Hermione n'avait pas eu de mal à l'imaginer accepter de le tuer pour le maître. Mais cette mission... tuer Albus Dumbledore, le plus grand sorcier du monde ? C'était comme vouloir tuer la mort en personne ! Comment un élève de sixième année pouvait seulement imaginer pouvoir vaincre un tel sorcier ! C'était insensé et un suicide !
-C'est une punition ? Demanda la jeune fille d'une voix tremblante. Voldemort puni Draco parce que son père a été enfermé à Azkaban ? Il sait que Draco échouera et alors il... il...
Elle manquait d'air. Les deux sorciers devant elle commençaient à devenir flou et le sol tanguait sous ses pieds. Elle entendait les battements de son cœur plus distinctement, fracassant son crâne de pulsassions. Son souffle haché n'arrangeait pas son état, et avant qu'elle puisse faire un geste, quelqu'un lui attrapa doucement le bras et la fit asseoir dans un sofa. Elle s'y enfonça comme une poupée de chiffon en reprenant une respiration normale, et passa une main dans ses cheveux, touchant son front brûlant. Elle n'avait qu'une image en tête; le corps de Draco au pied de Voldemort.
-J'ai juré de le protéger, lui dit le professeur Rogue.
Il se tenait devant elle, imperturbable. C'était Pansy qui l'avait conduite au sofa et, agenouillé à ses côtés, lui tenait la main d'un geste réconfortant. Hermione la remercia avant de relever les yeux, toujours légèrement étourdie.
-Vous ne pouvez pas le protéger sans que Dumbledore soit mort, cracha-t-elle. Vous ne pouvez rien faire.
-Miss Granger, nous réfléchissons déjà à un plan, l'informa le vieux sorcier. N'ayez crainte pour votre ami.
Moqueuse, la jeune fille voulue se relever mais retomba dans son sofa.
-Cette conversation ne doit pas sortir de ce bureau, grinça le professeur Rogue. Vous m'avez compris, toutes les deux ?
-Et Draco... sait-il que vous devez l'aider ? Demanda Pansy.
-Pas encore... il est pour le moment occupé à mettre en place son plan d'action.
-Quel plan ?
Aucun des sorciers ne répondit, et Hermione trouva la force de se relever, furieuse.
-On s'en va, Pansy. On va remarquer notre absence.
Elles se dirigèrent vers la sortie sous le regard sombre de leur directeur, mais Dumbledore leva une main pour les arrêter devant la porte.
-Un instant... Vous comprenez que votre escapade doit être sanctionnée.
...
Les sélections de Quidditch.
D'un côté du stade, les Gryffondors tentaient désespérément de faire régner l'ordre au sein des candidats venue se mesurer à Harry Potter. Leur groupe formait un bruyant tas de mômes indisciplinés et seul le cri de Ginny Weasley les fit taire.
De l'autre, les Serpentards représentaient à merveille l'image qu'on se faisait d'un sang-pur: droit, discipliné, silencieux et dénué de toute émotion. Ils formaient un rang strict et militaire devant Draco Malfoy, l'attrapeur de l'équipe. Son regard de glace et sa coupe parfaite suffisaient à faire régner l'ordre. Personne n'oserait le contrarier ou le voir se mettre en colère. Personne.
C'est ce que pouvait voir Hermione du haut d'un gradin appartenant à la maison Serdaigle, un balai dans une main et l'autre tenant un sac-poubelle. Pansy ramassait plus loin quelques gants ou bonnets oubliés, regardant furtivement le groupe de Gryffondor à plusieurs reprises.
-Tu cherches une insulte à balancer à Mini-Weasley ? Lui lança la princesse des serpents, amusé. Ou tu attends que le rouquin monte sur un balai et tombe pathétiquement ?
Pansy haussa des épaules distraitement. Hermione sourit.
-Sauf si c'est quelqu'un d'autre que tu mattes.
Choquée, Pansy se retourna vers son amie, les yeux écarquillés.
-De qui tu parles, enfin !?
-Bah voyons, comme si tu ne le savais pas, ricana la jeune fille en levant les yeux au ciel. Je crois comprendre pourquoi tu détestes tant Mini-Weasley. C'est même parfaitement logique, puisqu'elle le colle sans cesse.
-Tu... tu parles de Potter ?! S'écria la brune en sursautant. Mais ça va pas, dans ta tête ! Je ne suis pas intéressé par le survivant ! Hôtes-toi cette idée de la tête ou je te jette un sort !
-Et avec quelle baguette ? S'amusa Hermione, les mains sur les hanches. Je ne suis pas en train de jouer la Blaise-attitude, mais franchement... si tu détestes tant la sœur Weasley, c'est parce que tu sais qu'elle aime Harry. Et ça, ça t'énerve.
-Oh la ferme ! Rouspéta la brune en s'éloignant. Je sais parfaitement si oui ou non, je suis amoureux d'un mec, et j'ai pas besoin de toi pour le savoir. Mets-toi au travail, on a encore beaucoup de boulot. Je passe au gradin de Poufsouffle.
Pansy laissa Hermione finir de nettoyer, et la sorcière en profita pour s'avancer vers la dernière marche, s'accoudant au garde-fou pour observer Draco.
Comme punition, Albus Dumbledore leur avait demandé de nettoyer tous les gradins du terrain de Quidditch, y compris les vestiaires, et ceux, sans baguette magique. Autant dire qu'elles en avaient pour plusieurs heures, voir plusieurs jours. Les élèves ne faisaient pas attention à ce qu'ils laissaient derrière eux, aussi !
D'un autre côté, cela permettait à Hermione de regarder Draco pendant que ce dernier formait les nouvelles recrues. Même si l'épée de Damoclès pesait sur ses épaules, le jeune homme savait le cacher et rester lui-même, si fier et si hautain. Cela le rendait beau aux yeux de la jeune fille, et elle se gifla mentalement pour penser ça.
Quelle idiote ! Elle admirait son petit-ami comme s'il n'était pas sur le point de commettre l'irréparable... ou de mourir. La prophétie du chef des centaures lui revint à l'esprit, et Hermione plissa les yeux en continuant d'observer Draco.
Draco... elle se souvint parfaitement du jour où elle le rencontra. Elle lui avait dit que son prénom se disait «dragon» en latin, et il l'avait regardé comme s'il ne s'était pas attendu à une telle intelligence. Dragon... c'était le nom d'une étoile, aussi.
Même si Poudlard ne permettait pas d'utiliser des objets moldus, Hermione possédait toujours son portable sur elle, plus par habitude que par addiction. Elle avait donc trouvé un moment pour sortir de l'école lors des sorties autorisées, et avait réussi à trouver du réseau dans un village à côté de Près-au-lard. Elle avait gardé en mémoire les pages web pour pouvoir les réutiliser à Poudlard. Ce coup de génie la rendit fébrile, car quelquefois, son monde lui manquait. La normalité, un lycée où sa préoccupation n'aurait été que les examens du Bac, où sa vie se résumerait seulement à des sorties et au lycée. Pas de psychopathe désirant soumettre les plus faibles. Pas de magie ou de directeur dérangé qui voulait vous utiliser. Une vie simple, avec juste des séries télévisées. Ouais... les moldus avaient beaucoup de chance, parfois.
-Qu'est-ce que tu fais ? L'interrompit soudain une voix traînante derrière elle.
Surprise, Hermione lâcha son téléphone et celui-ci vola dans les airs avant de se fracasser dix mètres plus bas, dans le sable. La jeune fille se pencha en avant en jurant. Son portable... !
-C'était un objet moldu ?
Affligée, Hermione se retourna vers le nouveau venu, découvrant Draco devant elle, en tenue de Quidditch. Un sourire naquit sur ses lèvres sans qu'elle ne puisse s'en empêcher.
-Je viens de bousiller mon téléphone, à cause de toi.
Le jeune homme arqua un sourcil, ne se sentant pas le moins du monde concerné.
-Qu'est-ce que tu fais ici, toute seule ? Continua-t-il, froid comme la glace.
Pour des personnes extérieures, Draco semblait cruel, insensible et méprisable. Mais Hermione le connaissait bien et son ton peu chaleureux ne lui était pas adressé. Il était ainsi, elle le savait, c'est pourquoi elle ne s'en formalisa pas.
-Je... je me suis porté volontaire avec Pansy pour nettoyer les gradins. Ça occupe notre week-end.
-Hum-hum, fit son petit ami, peu convaincu.
-Et tu vas faire quoi, après le Quidditch ?
-Une affaire à régler, répondit Draco distraitement en regardant ailleurs. Rien d'important. On se voit au dîner ?
-Heu oui, bien sûr. Je...
Draco tournait déjà les talons pour partir.
Si Hermione était dans un manga, son visage virerait au bleu, ses yeux grossiraient démesurément et de la fumer sortirait de sa tête, poussant un cri d'agonie. Oui, Hermione voyait très bien la scène, puisque finalement, la froideur de Draco lui était bien adressée. Génial... un couteau en plein cœur ne lui ferait pas plus mal.
Furieuse de son attitude, mais jugeant après la discussion avec Dumbledore que Draco ne devait pas être au mieux de sa forme, elle laissa couler, regardant une nouvelle fois en bas, essayant de distinguer son portable. Sa coque bleu lagon devrait être repérable dans le sable.
Elle descendit donc dans le stade, malheureusement plus proche du groupe Gryffondor que Serpentard, et pria pour que sa tenue moldu – jean camel et top bleu marine – passe inaperçu et qu'ils ne la reconnaissent pas comme une Serpentard, avec ses cheveux caramels relevés en queue-de-cheval haute.
Elle chercha son portable au pied du gradin Serdaigle un moment, fouillant le sable du bout de sa chaussure, râlant en constatant qu'il ne s'y trouvait pas. Elle l'avait pourtant lâché juste au-dessus ! Elle regarda un peu partout, élargissant son périmètre de recherche, passant probablement pour une idiote devant les élèves de Gryffondor, mais elle fit comme si certains ne lorgnaient pas sur elle et chercha encore, avant de voir apparaître une paire de chaussures devant elle. Levant les yeux, elle vit Pansy, son portable à la main... du moins ce qui en restait. La brune tenait l'autre parti de l'appareil dans l'autre main. Super. Merci Malfoy.
-La chute a été mortelle ? Demanda Pansy en tendant les deux bouts avec une grimasse.
-C'est loin du Nokia que mon père possédait il y a quinze ans, marmonna Hermione en replaçant la coque. Mais le sable a amorti la chute.
Pansy ne semblait rien comprendre à ce qu'elle disait, mais Hermione l'ignora, allumant son portable en espérant que la batterie ne soit pas endommagée. Elle en avait absolument besoin pour ses recherches sur internet. Ah ! Songer à internet au milieu d'un stade de Quidditch. La sorcière trouvait ça vraiment étrange, surtout avec une sang-pur devant elle, regardant l'appareil comme un insecte.
-Quand Draco m'a demandé de fouiller dans tes affaires, j'ai trouvé ce portable. L'appareil était allumé.
-Eh ? Demanda Hermione en souriant quand l'écran s'alluma. Dieu soit loué !
-Qui-est-ce ? Demanda la jeune fille en pointant l'écran du bout du doigt, parlant de la photo qui faisait office de fond d'écran.
Hermione étira un sourire nostalgique devant l'homme à l'allure de sorcier, posant à ses côtés quand elle était enfant, vêtu d'une robe.
-Oh, eux ? C'était ma troupe de théâtre. Je faisais beaucoup de danse et de comédie, avant Poudlard. Je voulais aller loin et devenir comédienne mais... j'ai eu onze ans et... j'ai reçu ma lettre d'admission à l'école Poudlard, expliqua Hermione en haussant des épaules, fataliste. Je n'avais même pas développé mes pouvoirs ! Tu sais, je n'étais pas spécialement emballé par cette histoire de magie et de sorcier. J'adorais danser et jouer dans des pièces. Après ça, j'ai dû me résigner à tout abandonner et me tourner vers le monde des sorciers. J'ai rencontré Draco quelques mois plus tard. C'est lui qui m'a donné envie d'aller à Poudlard, tu sais. Sans lui... je ne sais même pas si j'aurai eu le courage de prendre le Poudlard Express. En fait, j'étais terrifié.
-Par ta condition ? Souffla Pansy. Je veux dire, tu es une sangs-de-bourbe... enfin une née moldu, alors...
-Je ne savais rien de cette discrimination, rétorqua Hermione en secouant la tête. J'ignorai même qui était la famille Malfoy ou ce qu'était la différence entre sang-pur et sangs-de-bourbe.
-Vraiment ? Grimaça Pansy, un brin moqueuse. Mais tu connaissais l'histoire de Potter, je suppose.
-Non plus.
-Oh, alors miss-je-sais-tout n'est qu'un mythe ! S'exclama la brune. Incroyable ! Je dois te dire que... eh bien, je porte pas en haute estime les... nés moldus. C'est vrai, du jour au lendemain, la magie apparaît à eux et ils estiment avoir le droit de débarquer chez nous. C'est un peu facile. Mais... tu es différente. Plus forte que certains sang-purs, puis puissante. Après... ce genre de chose, dit-elle en pointant le portable, c'est encore beaucoup pour moi. Je fais des efforts pour comprendre les moldus mais... ça va être long. Mais je comprends mieux ce que tu ressens. Tout abandonner parce que tu es devenue sorcière c'est énorme. Parfois... j'aimerais que l'inverse arrive.
-L'inverse ? S'étonna son amie. Comme devenir moldu ?
Pansy hocha de la tête, jouant avec le sable du bout de sa chaussure, gênée.
-Si je pouvais devenir «ordinaire» je n'aurai plus à porter ce fardeau, dit-elle en désignant son bras gauche. La vie serait plus simple.
-Je pense comme toi, parfois. Mais malheureusement, les moldus ont aussi leurs démons.
-Ouais mais pour la majorité, ils grandissent normalement, non ?
-Tout dépend du point de vue, marmonna Hermione. Je suis comme toi, Pansy, j'aimerais parfois retrouver mon monde, mais crois-moi, c'est la même chose de l'autre côté. Ils ont eu un homme aussi terrible que Voldemort il y a quelque temps, et ce n'était pas le seul. La guerre est constante dans certains pays et la magie n'est pas présente pour les aider. Ils se débrouillent comme ils peuvent... comme nous. Ils ont les mêmes vies, elles sont justes différentes dans la forme.
-Donc moldu ou sorcier...
-On est pareil, affirma Hermione. Et si tu penses pouvoir t'échapper dans le monde moldu... tu seras déçue. C'est ce que tu essayais de me dire, n'est-ce pas ? Fuir dans leur monde.
-J'y songe, avoua Pansy en baissant les yeux, passant une main dans ses cheveux noirs. Tu sais, la vie est loin d'être parfaite, chez les sangs-purs. L'aristocratie est une belle garce, en vérité ! Je... je ne peux plus retourner chez moi. Ma mère... elle pense que je dois me marier. Un mariage arrangé, dont je n'aurais aucun droit sur le choix du prétendant. C'est l'angoisse, quoi. Si je rentre chez moi... soit un sbire du maître m'attend, soit un homme que ma mère a choisi. Et franchement, je ne serais pas étonné si l'élu est un mangemort. Il n'y a que ça, chez les sangs-purs ! Ragea-t-elle.
-Je suis désolée, Pansy. Je l'ignorai.
-Ouais...! s'esclaffa la brune en lâchant un rire dénué de toute joie. Ce n'est pas un truc que je crie à toute l'école, tu vois ! Et c'est comme ça que ça se passe, chez les sangs-purs. C'est banal, une fille de dix-sept ans qui se marie. Tu vois maintenant pourquoi je m'accrochais tant à Draco. Au moins, avec lui comme mari, j'aurai été rassuré. Draco est froid mais il ne battrait jamais une fille. Jamais. Avec un autre... j'en sais rien.
Pansy retenait ses larmes, son amie le voyait bien. Elle voulait se montrer forte et se montrer indifférente à son destin. Mais comment rester indifférent quand on était mangemort contre son gré et prévu à être marié à un inconnu ? Hermione se plaignait parce que Dumbledore jouait avec elle, mais franchement, Pansy gagnait la palme d'or dans la case «vie de merde».
Alors Hermione prit Pansy dans ses bras, sentant elle aussi les larmes menacer de couler. Les deux jeunes filles s'étreignirent un moment avant que l'on viennent les interrompre brusquement. Des rires leur parvinrent et Hermione se détacha de son amie en plissant les yeux, furieuse. Elle savait qui venait d'arriver.
-C'est trop mignon ! Ricana la voix de Weasley en s'approchant d'un pas nonchalant, son balai à la main. Deux vipères ensemble, ça alors !
Le garçon n'était pas venu seul, puisque deux de ses copains l'accompagnait, le même rictus idiot aux lèvres. Dean Thomas et Seamus Finnigan. Deux autres crétins de la maison Gryffondor, qui semblait penser que Ronald Weasley était super. Mais bien sûr ! Ricana intérieurement Hermione.
Les trois Gryffondors se tenaient devant les deux Serpentards, amusés de la situation. Après tout, ils avaient bien remarqué qu'elles ne possédaient aucune baguette.
-Tu n'as pas un match à gagner ! Cracha Pansy en venant se poster devant le rouquin, le foudroyant du regard. Va donc tomber de ton balai, qu'on puisse fêter ton décès ! Et invite tes copains, comme ça la fête sera plus grande.
Ses yeux rouges firent sourire l'idiot, qui osa poser son doigt sur la joue de la sorcière, hilare. Elle l'écarta d'elle violemment en le frappant de la main, et Weasley ricana. Pour changer.
-Vous êtes ensemble, toutes les deux ? Se moqua-t-il en les désignant tour à tour.
-Et toi et Seamus, vous vous emboîtez bien ? Rétorqua la jeune fille, un sourire mauvais aux coins des lèvres.
Choqué, Weasley recula d'un pas, les yeux exorbités. Ses deux acolytes s'étranglèrent devant la repartie de la brune et commencèrent à s'énerver, cessant de sourire. Le rouquin fusilla la brune du regard et cracha au sol, furibond. Son visage vira au rouge et il sortit sa baguette, la pointant sur elle. Hermione cria pour qu'il arrête mais le Gryffondor ne l'écouta pas, lançant déjà un sortilège sur la brune.
-Weasley, arrête ! Aboya Hermione, la peur au ventre.
Aucunes des deux n'avait de baguette et le stade semblait avoir été vidé par les deux équipes. Elles se retrouvaient toutes seules face à Weasley et sa bande, et même si Hermione savait manier le poing, elle ne faisait plus le poids, sans son pendentif pour lui donner du courage.
Pansy reçue un sort qui cloua ses pieds au sol, et quand elle voulut s'en défaire, tomba en arrière, sur les fesses. Le rouquin se tourna ensuite vers Hermione en avançant vers elle, menaçant.
-Essaye un peu pour voir, et je préviens le directeur, dit-elle en reculant.
Ses deux copains, hilares, se postèrent de chaque côté de la jeune fille, prêt à l'attraper si elle fuyait. Quelle bande de connards !
Hermione décida de se jeter sur Weasley pour tordre son poignet et dévier la baguette, mais les deux autres la réceptionnèrent avant qu'elle atteigne sa cible et lui tinrent les bras. Elle s'agita dans tous les sens et balança son pied pour toucher l'un d'eux. Quelqu'un grogna et la lâcha, et Hermione se retrouva éjectée au sol, la tête la première dans le sable. Ses bras nus et ses mains rappèrent les grains et elle gémit sous la douleur. Dos à eux, à genoux dans le sable, elle se frotta les yeux et les joue, secouant la tête et ses cheveux.
Pansy la regarda, toujours assise et immobilisé, et lui cria après quand Weasley se rapprocha d'elle.
-Je vais te le dire une dernière fois, lui dit le Gryffondor à l'oreille en lui agrippant sa queue-de-cheval et la tirant vers lui. Tu t'approches encore une fois de Harry, tu lui parles encore ou fait comme s'il était ton ami, et j'en finis avec toi. C'est clair !?
-Facile, quand je n'ai pas de baguette pour me défendre, rétorqua Hermione en retenant un cri de douleur. Et tu pourrais changer de disque, tu me fais la même menace chaque année et j'attends toujours.
Elle cria quand le sorcier tira violemment sur ses cheveux, la relevant de force et agrippant son cou. Il la tourna face à lui et resserra sa prise, posant de son autre main sa baguette sur sa trachée.
-Je n'aurais aucun scrupule à éliminer l'ennemi, cracha-t-il froidement. Vaut mieux pour toi que tu ne me croise pas en dehors de Poudlard. Mon excuse pour t'avoir tué est déjà trouvée.
-Tant mieux, car moi aussi, répliqua-t-elle en le poussant, s'échappant de sa prise.
Weasley leva sa baguette mais une main jaillit de nul par, l'arrêtant dans son geste. Alors Hermione découvrit avec stupeur le sorcier de Beauxbâtons.
-Il est temps pour toi et tes amis de partir, je pense, dit le nouvel arrivant, toujours vêtu de sa cape appartenant aux aurors.
Il fit un geste de la tête et les trois Gryffondors se précipitèrent vers la sortie sans se retourner, sûrement apeuré par l'homme à l'allure d'auror.
Le silence se prolongea un moment dans le stade avant que Hermione arrête de fixer le sorcier et se précipite vers Pansy.
-Tu peux à nouveau bouger ? S'inquiéta Hermione en touchant le bras de la brune.
-Ouais et je vais pouvoir aller tuer ce connard, vociféra-t-elle en se relevant.
-Attends que Voldemort déclare la guerre et on s'en occupe, tu veux !
-J'ai hâte, sourit la brune, mauvaise. Bon, et lui ? S'inquiéta-t-elle en désignant Gabriel.
Ce dernier leur sourit, s'inclinant légèrement.
-Par salazar, c'est un gentil ou un méchant !? S'écria Pansy avec l'intention de s'approcher de lui.
Hermione l'écarta du sorcier, se tournant ensuite vers le nouvel arrivant.
-Je crois avoir compris son rôle, dit-elle à Pansy en fixant Gabriel.
-Ah oui ? S'amusa le sorcier en croisant les bras. J'ai hâte d'entendre ton hypothèse.
-Si je te dis Severus Rogue, tu me suis ? Chuchota-t-elle à Pansy.
La brune fronça les sourcils avant d'écarquiller les yeux, stupéfaite.
-Tu travailles pour Dumbledore, affirma Pansy d'une petite voix, craignant que quelqu'un les entende. Tu n'es pas un véritable mangemort.
Gabriel grimaça.
-Espion, oui. Faux mangemort, pas vraiment, avoua-t-il. J'ai bien été marqué de mon plein gré mais vois-tu, ma chère, mon histoire d'attaque à Beauxbâtons était vrai. Mon meilleur ami s'est fait tuer alors j'ai changé mon fusil d'épaule, comme le disent les moldus.
-Eh donc ? S'impatienta Hermione, les mains sur les hanches. Ça n'explique pas ton côté bipolaire, voir schizophrène. Tu fais l'étonné devant la marque que porte Draco, tu joue le bon samaritain à Pansy devant chez moi, tu nous menace presque dans la forêt interdite et maintenant, tu interviens quand une bande de mecs nous cherchent les embrouillent. Je ne comprends pas ce que tu me veux.
-Je suis à la fois sous les ordres du maître et de Rogue, répondit Gabriel en hochant des épaules. On ne peut pas m'accuser d'être dérangé, quand on sait ça. J'obéis selon les ordres.
-Qui sont... ? Demanda Hermione d'un air ennuyé.
-Te surveiller et veiller à ta sécurité d'un côté, et m'assurer que tu ne passes pas dans le camp de Potter de l'autre, énuméra-t-il d'un air blasé. Ah et te tuer si Draco ne réussit pas à exécuter Dumbledore, sourit-il.
-C'est un psychopathe, souffla Pansy, peu rassuré par le sourire du français.
-Non, juste un mangemort repentit, répondit-il. Mais je le prends quand même comme un compliment.
Holla la compagnie ! ^^
Alors je me demande, si je crée une relation Harry/ Pansy, comment ça s'appele: un Hansy ou un Parry ? Des avis ?
Bon, pour l'étoile noire, il faut attendre le prochain chapitre pour avoir la confirmation, mais je pense que vous avez compris ce qui va se passer, hein.
Gabriel intrigue beaucoup, mais c'est normal, puisqu'il est bipolaire. On ne sait jamais de quel côté il est. Hermione devrait peut-être faire attention.
Et pour ce qui est de Dumbledore... j'avoue que son comportement envers Harry ne m'a jamais plus, alors je me venge un peu avec lui, comme avec Weasley ^^J'espère que vous m'en voudrez pas, car je l'aime bien... de temps en temps.
Et évidemment, merci pour vos avis et mises en favoris. Je n'ai pas encore répondu mais je m'y mets ^^ La suite arrive et les problèmes commencent avec le plan de Draco pour tuer le directeur. Hermione va-t-elle intervenir, après les révélations de Rogue ?
à très vite !
