Coucouuu ! Oui, il est un peu tard pour poster mon chapitre... j'ai une excuse qui vaut ce qu'elle vaut : un pote m'avait invité à manger un chili chez lui. Ma vie sociale de ouf.

Voici donc le troisième chapitre, toujours sur les paroles de Just friends... Merci à tout le monde pour vos commentaires et vos messages et tout et tout, bonne lecture~!


It's always dangerous,

When everybody's sleeping and I've been thinking :

Can we be alone ?

Can we be alone ?

When will we get the time to be just friends ?

When will we get the time to be just friends ?


C'est devant tes yeux. Juste devant tes yeux. Imbécile. Et tu te demandes pourquoi il ne t'aime pas ?

Une mariée. Un pistolet. Des mots comme du venin. Ce n'est pas vrai, il n'est pas imbécile, et même s'il l'était, et peut-être qu'il l'est, mais ça n'a rien à voir avec John. Une mariée. Les yeux noirs de Moriarty. Le sang sur les lèvres, le pistolet dans la bouche, le sang, le voile, le visage de serpent.

Réfléchis. Pense. Tout est clair, mais tu ne vois rien.

Jim murmure ces mots dans son cou, avec son sourire en lame de couteau et ses yeux vides. Il lève lentement sa main et l'enroule autour du cou de Sherlock, sa main recroquevillée comme une serre, sa main couverte de sang et de dentelle.

Cette femme. Cette femme.

Il n'arrive plus à respirer. Il n'entend plus les mots, sa vision se trouble. Il glisse. Tout ce qu'il reste, une image, le visage blême de Moriarty, une robe de dentelle blanche, un pistolet.

Cette femme.

Sherlock ouvrit les yeux en haletant. Il se redressa sur ses coudes. Personne. Tout était normal. Il fallait juste qu'il reprenne un rythme de respiration plus régulier.

Il se leva en emportant son drap pour l'enrouler autour de son corps nu. Ce n'était plus la peine de rester au lit, si c'était pour retourner à ces cauchemars qui ne le quittaient plus depuis son overdose. Avant, au moins, il ne rêvait pas.

Il s'installa dans le salon, alluma une lampe et fixa longuement les murs couverts de pistes.

De deux choses, l'une : Jim Moriarty avait été remplacé par un autre membre de son organisation, qui avait échappé au radar et qui affirmait désormais son pouvoir. L'autre : Jim n'avait jamais été Moriarty, il avait été la marionnette du vrai Moriarty, qui restait encore à découvrir, et qui avait survécu au démantèlement de son réseau.

Mais qui était cet autre Moriarty ? Quel était le sens de ces vidéos ? Comment avait-il échappé à la vigilance de Mycroft et Sherlock ?

Il joignit lentement les mains devant son visage. Du bout des index, il jouait avec sa lèvre inférieure. Pensif.

Le plus terrible était de ne pas savoir par où commencer.

Pour la centième fois, il parcourut la maigre toile d'informations dont il disposait, formulant et repoussant les hypothèses. Quand le soleil se leva, il en était toujours au même point.

Vers six heures, John apparut dans son champ de vision.

- J'aurais dû te prévenir que je venais, tu aurais pris la peine de t'habiller. Tu as dormi ?

- Tu es là tôt.

- Je me suis dit que je passerais te voir avant le travail.

Sherlock sourit intérieurement, et peut-être extérieurement aussi.

- Deux heures pour une visite de courtoisie ? Tu n'as pas peur de t'ennuyer ?

Le regard qu'il lui jeta était éloquent.

- Je vais faire du thé. Va au moins mettre un pantalon.

- Puritain.

- Exhibitionniste.

Sherlock haussa les épaules. Ce n'était pas vraiment un attentat à la pudeur s'il était chez lui. Il retourna dans sa chambre. Quand il revint, impeccable dans sa chemise violette et son pantalon taillé sur mesure, le thé était prêt et John était passé dans le salon.

- Puisque tu ne me l'as toujours pas proposé, je vais le demander directement, dit-il sans détourner le regard du mur couvert de papiers. Je peux t'aider ?

Le premier réflexe de Sherlock fut de refuser. Il ne le mettrait pas en danger une fois de plus. Mais une image de son rêve récurrent l'obsédait. Une chute d'eau, et un autre John, mais qui était le même pourtant.

Il y avait effectivement une erreur qu'il répétait sans cesse depuis le début, mais ce n'était pas de mettre John en danger. Il devait lui faire confiance, le laisser entrer.

Sherlock s'installa dans son fauteuil, près de la cheminée, et attrapa sa tasse de thé. Il commença à expliquer ce qu'il savait, ce qu'il supposait, ce qui était impossible, ce qu'il ne savait pas encore. John s'assit face à lui, l'interrompant pour des questions, des hypothèses.

Quand il dut partir travailler à la clinique, ils n'étaient pas plus avancés que lorsqu'il était arrivé, mais ils avaient au moins retrouvé une simplicité qu'ils avaient pensée disparue à jamais.

- Mary aimerait t'inviter à dîner, un de ces jours, dit John, sur le palier.

La situation s'était améliorée chez les Watson, donc.

- Plutôt au restaurant. Une soirée tranquille, avant qu'elle accouche et qu'on n'ait plus le temps, plaisanta-t-il doucement. Elle a proposé, hum, Angelo ?

Sherlock se rendit compte que John attendait une réponse.

- Oh, hum, oui, bien sûr. Angelo, ça faisait… longtemps.

Elle n'oserait sans doute pas lui tirer dessus en public, songea-t-il involontairement.

Cette femme.

- On dit, vendredi soir ? Je réserve pour dix-neuf heures ?

- Oui. Va travailler, tu vas être en retard.

Et avec cette minuscule phrase, Sherlock eut l'impression d'être l'incarnation d'une ménagère des années cinquante qui embrasse son mari sur le pas de la porte avant de lui donner son casse-croûte pour qu'il parte au bureau. John partit sans s'en apercevoir et Sherlock lâcha un soupir désolé.

C'était ridicule. Tout était ridicule. Ils ne retrouveraient jamais ce qu'ils avaient pu être, maintenant que même le restaurant d'Angelo, le sanctuaire de leurs premières aventures, serait marqué de la présence terrible de Mary.

Il n'était pas jaloux, il était blessé.

Son regard tomba pour la millième fois sur le mur d'indices et il perdit patience. S'il arrachait tout, s'il dispersait aux quatre vents ces bribes de rien, s'il abandonnait, qu'est-ce que ça changerait ?

Il savait exactement ce que ça changerait, mais certains jours, simplement, l'euphorie qu'il avait ressentie en descendant de l'avion n'était plus là.

Il s'assit dans son fauteuil et tenta de se calmer les nerfs. Ses yeux se fermaient d'eux-mêmes. Pourquoi était-il toujours aussi fatigué…

Le même rêve, une fois de plus. Une mariée, un pistolet. Le visage de Moriarty flottant comme un masque sur une robe en dentelle blanche tachée de sang.

Tout est clair, mais tu ne vois rien.

Qu'y a-t-il à voir ? Même dans son sommeil, Sherlock ne parvient pas à se détacher de son exaspération. Qu'est-ce qu'il manque ?

Il sent qu'il manque quelque chose, une connexion doit être faite, une connexion évidente qui le nargue, mais quelque chose l'empêche de la faire. Son cerveau n'arrive plus à embrayer, il tourne à vide et l'évidence reste là, impossible à trouver.

Je l'ai sur le bout de la langue…

Le pistolet dans la bouche de Moriarty comme une obscénité, comme une provocation.

Il n'en a plus peur, il n'a plus peur de ce qu'il est, de ce qui sommeille en lui. Il n'en a plus peur, c'est fini. L'image se dissout, mais la phrase reste.

Je l'ai sur le bout de la langue…

C'est là, c'est presque là, un tremblement aux frontières de sa conscience, il ne manque pas grand-chose. Que manque-t-il ?

Le masque de Moriarty sur une robe de dentelle blanche.

Cette femme…

- Coucou ! Je ne dérange pas ?

Sherlock ouvrit les yeux. Mrs Hudson venait de déposer un plateau de pâtisseries sur la table basse et de s'asseoir à la place de John.

- Si j'avais su que John venait, je les aurais préparées plus tôt. Je suis debout depuis cinq heures de toutes façons, à cause de ma hanche.

- Je ne savais pas non plus qu'il viendrait, répondit simplement Sherlock en attrapant un muffin.

- En tout cas, ça fait plaisir de vous revoir ensemble, malgré ce qui s'est passé.

Elle avait à peine prononcé les derniers mots, se contentant d'exagérer son articulation, comme elle le faisait lorsqu'elle cherchait à évoquer discrètement un sujet sensible. Il n'y avait personne dont elle eût pu avoir besoin de se cacher, mais c'était ce que c'était : une habitude.

Sherlock ne savait pas trop ce qu'elle entendait par « ce qui s'est passé ». Sa fausse mort, le mariage, l'incident avec Mary, l'incident avec Magnussen ? Sans doute un peu des quatre.

Le muffin était délicieux et la sollicitude de Mrs Hudson était réconfortante. Moins envahissante que la tyrannie de sa mère. Il ne l'admettrait sans doute jamais, mais c'était depuis qu'il vivait à Baker Street qu'il avait commencé à réaliser à quel point sa famille était dysfonctionnelle. Et Mrs Hudson avait été liée à un cartel de drogue.

- Je vais préparer du thé, chantonna-t-elle en se levant.

Sherlock choisit une espèce de petite madeleine joliment dorée. Il mangeait avec appétit, ces derniers temps. John aurait été fier de lui. Serait fier de lui. Était, sans doute, espérait-il. La grammaire offrait trop de prises à ses doutes existentiels.

Lorsque Mrs Hudson revint avec le plateau de thé, Sherlock osa enfin poser la question qui le taraudait depuis quelque temps.

- J'ai lu que le subconscient est capable de bloquer certaines informations et leur empêcher l'accès à la conscience, commença-t-il prudemment. C'est ce qui est arrivé à Henry Knight, qui avait remplacé dans sa mémoire l'assassinat de son père par l'attaque d'un chien. Mais c'était un contexte très particulier, il était très jeune, confronté à une situation traumatisante et soumis à des drogues. Sans ce contexte, est-ce que… est-ce que c'est possible ? Que le cerveau… se conditionne… à ne pas voir quelque chose ?

Mrs Hudson sembla alarmée par la question. Par ses implications.

- Il s'est passé quelque chose ? s'inquiéta-t-elle en portant la main à sa poitrine.

- Non, c'est… Je me posais la question. C'est tout. La plupart des ouvrages de psychiatrie s'intéressent à des cas liés à des situations traumatiques ou exceptionnelles, j'ai pensé que si ce pouvait être un phénomène normal et anodin… tout le monde le saurait.

Tout le monde sauf moi, puisque je ne sais pas que la Terre tourne autour du Soleil, songea-t-il amèrement.

- Eh bien, souffla Mrs Hudson, hésitante. Je ne sais pas si c'est très courant, mais disons… Pendant longtemps, j'ai réussi à me convaincre que mon mari n'était pas… comme il était. Tous les signes étaient là, et il ne s'en cachait pas. J'étais déjà sa « secrétaire » à l'époque, donc pour lui tout était clair, j'avais accès à toutes les informations, à tous les… indices… Mais une partie de moi ne voulait pas savoir jusqu'à quel point il était impliqué dans toutes ces affaires de gangs, de mafia, de… meurtres…

Elle semblait encore bouleversée par le simple fait d'évoquer cette période de sa vie.

- Je n'ai réalisé tout ça que quand il a été arrêté. J'ai passé des années à ne pas voir ce qui était là, devant moi.

Sherlock fronça les sourcils, intrigué. Il avala lentement le morceau de madeleine qu'il était en train de mâcher.

- Est-ce que, avant qu'il soit arrêté, vous aviez l'impression… d'un trou. Est-ce que vous aviez l'impression que ce que vous voyiez, que ce en quoi vous croyiez n'était pas cohérent ?

- … oui. C'est pour ça que quand il a été arrêté, j'ai eu l'impression que j'étais au courant depuis toujours. Il y avait toujours quelque chose qui ne collait pas, mais je ne voulais pas savoir. Si j'avais su que mon mari était un meurtrier, je serais partie. Mais je ne voulais pas partir, alors j'ai fait en sorte de ne rien voir.

Sa bouche s'arrondit en un oh muet. Il fallait vouloir ne pas voir. Que ne voulait-il pas voir ? Quelle était la connexion qu'il ne voulait pas faire ? Il écarta d'office l'hypothèse que John était secrètement Moriarty il avait déjà failli se laisser berner par cette impression ridicule lorsqu'il s'était introduit de nuit dans cette piscine, cinq ans auparavant.

On sonna à la porte, en bas. Mrs Hudson se leva en sursaut, tirant Sherlock de ses pensées.

- C'est sûrement ma sœur ! Elle avait dit qu'elle passerait, mais je ne pensais pas que ce serait si tôt… Bon appétit, et j'espère que toute cette affaire (elle fit un geste vague vers le mur couvert de papier) sera vite réglée.

- Moi aussi, marmonna Sherlock en détournant le regard.

- Bye, chantonna Mrs Hudson en quittant le salon d'un pas vif.

- Merci.

Elle reparut brièvement dans l'encadrement de la porte.

- Avec plaisir, sweetheart.

Elle s'évanouit dans un clin d'œil qui le fit sourire.

Tout n'était pas si terrible, dans le fond.


À suivre...

C'est tout pour aujourd'hui ! On se voit jeudi pour des révélations, des discussions désagréables chez Angelo et des flashbacks de Serbie ! (ça se sent que j'essaie de vous vendre ma fic?^^)