Helloooo ! Tout d'abord : SORRYYYYY. Ma notion du temps a été fortement perturbée cette semaine et j'ai comme qui dirait loupé un jeudi. Oopsies. Voici donc le chapitre final de la première partie librement inspirée de l'inspirant Just friends d'Amy Winehouse.

Encore merci à tout le monde pour les reviews et les follows et tout et tout ! Je pense avoir répondu à tout le monde personnellement, mais si ce n'est pas le cas vous avez le droit de vous plaindre. Je suis une auteure indigne de votre amour :p

Où en étais-je? Ah oui : un chapitre qui renoue avec ces moments de tranquillité qu'on aimait tellement dans les deux premières saisons. Et un twist à la fin. Je vous demande déjà pardon. Des bisous xxx


When will we get the time to be just, just friends ?

When will we get the time to be just friends, just friends ?

Just friends.


- Je dois te poser une question qui ne va pas te plaire, articula lentement John par-dessus le bord de sa troisième tasse de thé.

Il était presque huit heures et il était toujours là, les jambes croisées dans son fauteuil, à discuter comme s'il n'avait pas d'obligations en-dehors de leur amitié si fragile.

Sherlock roula les yeux pour exagérer une lassitude qu'il ne ressentait pas.

- Après ton… overdose… tu… commença John, peinant à trouver les mots justes. J'étais là pendant les premiers jours…

Les images de son chaotique sevrage flottaient entre eux comme un cauchemar dont il ne faut pas parler. Sherlock ne s'était plus senti aussi mal (et il n'y avait même pas de mots pour exprimer à quel point il s'était tordu de douleur et de honte, à quel point il s'était senti plus bas que terre, plus bas que tout ce qui ne valait pas la peine d'être ramassé), il ne s'était plus senti aussi mal depuis dix ans, et tout était revenu comme une gigantesque gifle. Il avait eu l'impression de payer même pour les crimes qu'il n'avait pas commis. Et l'idée d'avoir tiré John dans cette douleur.

- Quand ça a été mieux, tu m'as clairement fait comprendre qu'il fallait que je te laisse travailler, et j'ai respecté ça, mais… Je veux juste vérifier que tout va bien, parvint-il finalement à dire, le visage froissé d'inquiétude. Tout va bien ?

- Oui, répondit-il du tac-au-tac, comme un mensonge. Je suis parfois tenté de rendre visite à mon dealer, mais c'est toujours comme ça.

Il admettait à demi-mots et avec un sourire léger qu'il était toujours dépendant. C'était ce qu'il était, il essayait depuis dix ans de se convaincre que c'était fini, mais ce n'est pas le genre de choses qui finit.

- Si tu as besoin d'aide, j'ai des collègues qui pourraient–

- Non, merci, le coupa Sherlock.

Il voyait les efforts que John fournissait pour lui parler ouvertement de cela – lui qui détestait tellement parler de leurs problèmes, de ses problèmes. Il en était reconnaissant. Le moins qu'il pouvait faire était d'abréger l'inutile peine qu'il se donnait.

- Je vais bien. J'ai… J'ai eu une sorte d'hallucination, ou de rêve, pendant mon overdose, commença Sherlock sans savoir où aller avec cette confession d'irrationalité. J'ai réalisé certaines choses. Freud aurait été satisfait.

John eut un rire nerveux qui se propagea jusqu'à lui. Ils dissimulèrent leurs visages dans leurs tasses et dans cette seconde, cette petite seconde où ils étaient seuls devant l'âtre éteint du salon qui avait été le leur, ils étaient heureux.

Ils arrivaient à parler de ça, John qui était marqué par les souvenirs d'une famille déchirée par l'addiction, et Sherlock pour qui être sincère avait toujours été une souffrance sans nom. Ils étaient peut-être encore plus amis qu'ils ne l'avaient jamais été, et Sherlock en était reconnaissant.

(Une pensée intrusive lui fit remarquer qu'il risquait de perdre cette amitié s'il traquait Mary et que John venait à l'apprendre. Il la chassa en se répétant pour la millième fois qu'il serait prudent, que son plan était de passer un marché avec Mary, et que John n'était pas obligé de savoir.)

- Tu ne devrais pas partir travailler ? Il est passé huit heures.

John haussa les épaules, le visage toujours illuminé par ce petit sourire merveilleux.

- Je préfère rester ici. Mary a pris congé pour aller voir une amie, donc elle ne saura pas que je ne suis pas allé à la clinique…

- Tu dois quand même appeler l'hôpital pour dire que tu ne seras pas là.

John acquiesça, c'était vrai. Pendant qu'il prenait un instant pour inventer un mensonge à dire au téléphone, Sherlock se leva et passa dans la cuisine. Si John restait toute la journée, il ne pourrait pas travailler. Il réalisa que ce n'était pas grave.

Il sortit une casserole d'un placard, la remplit d'eau, y plaça trois œufs (un pour lui, deux pour John) et posa le tout sur le gaz. Une autre casserole, une boîte de haricots blancs à la tomate, à feu doux. Il entendait vaguement John dire n'importe quoi à son patron, dans l'autre pièce. Deux tranches de pain dans le toaster, de l'eau dans la bouilloire. Un plateau, une théière, deux assiettes, deux coquetiers, deux verres, deux tasses, couteaux, fourchettes, cuillères.

Quand John habitait avec lui, Sherlock n'avait jamais préparé le petit-déjeuner. Il ressentait alors une certaine fierté à affirmer qu'il n'avait pas besoin de manger (qu'il n'avait besoin de rien de physique, que son corps ne comptait pas, qu'il était au-delà de la nourriture, du sommeil, du sexe). Cette fierté inutile avait disparu et il ressentait une satisfaction inexplicable à préparer le repas comme si John vivait toujours avec lui. Comme si John était. Comme s'ils étaient.

Il ne parvenait pas à finir cette pensée.

Les œufs étaient presque cuits. Il sortit le jus d'orange et le lait du frigo. Il alluma le grille-pain et la bouilloire, servit les haricots, pêcha les œufs. Dernière touche, il plaça les toasts dans les assiettes et l'eau frémissante sur les deux sachets d'Earl Grey au fond de la théière. Il porta le plateau dans le salon, où John venait de raccrocher.

- Tu cuisines, maintenant ? demanda-t-il avec un sourire ravi.

- J'ai survécu pendant trente ans avant de te connaître, tu sais, rétorqua Sherlock en posant le plateau sur la table.

John s'installa pendant qu'il terminait de faire de la place sur la table en repoussant des piles de papiers et des journaux datant de plusieurs mois. Qu'allaient-ils faire, toute la journée ? Est-ce que ce serait comme avant, lui dans la cuisine à mener des expériences sur des bouts de cadavres, John dans le salon à lire un roman ? Il pourrait jouer du violon, John aimait quand il jouait du violon. Ou regarder un film, un James Bond, il y en avait peut-être un nouveau qui était sorti depuis la dernière fois.

- Tu ne manges pas ? demanda John en mastiquant un morceau de toast.

Des petites miettes dorées étaient collées au coin de sa bouche.

- Si, bien sûr, répondit-il en s'asseyant.

Il servit le thé et sentit son anxiété se diffuser, un peu. Ce n'était pas obligé d'être difficile. Les choses pouvaient redevenir simples, comme aux tous premiers jours, avant que tout ne devienne horrible et triste.

John se chargea de faire la conversation. Mary devait accoucher dans deux semaines, les œufs étaient bons, qu'est-ce que Sherlock comptait faire de sa journée, ça faisait longtemps qu'il n'avait plus vu Mrs. Hudson.

Sherlock dit quelque chose qui devait être drôle – il ne s'en souvenait plus, il n'avait pas fait attention, trop occupé à essayer de cataloguer chaque reflet caressant le visage de son ami, son meilleur ami – parce que John se mit à rire frénétiquement.

- Ah merde, s'exclama-t-il sans pour autant arrêter de glousser.

Il avait réussi à renverser la moitié de ses haricots sur sa chemise. La sauce tomate pardonnait rarement ce genre d'accidents.

- Je te passerai une chemise, dit Sherlock avec un sourire. Ne t'inquiète pas.

Ils finirent de manger, puis débarrassèrent la table. La vaisselle fut vite nettoyée et rangée. C'était le genre de choses qui allait plus vite à deux.

- Ça ne t'embête pas que je prenne une douche avant de changer de chemise ? demanda John en se grattant le crâne. Je n'ai pas eu le temps, à la maison.

D'un mouvement de la tête, Sherlock lui signifia que c'était tout naturel. John lui promit de ne pas déranger le classement de ses chemises et disparut dans le couloir. Seul dans la cuisine, il prépara quelques lamelles de sang à observer au microscope, histoire de commencer calmement la journée.

Il entendit l'eau couler dans la salle de bain.

Il entendit grincer la marche traîtresse, en bas. Ses épaules se crispèrent. Il reconnaissait ce pas.

Mary apparut dans l'encadrement de la porte.

- Ça t'amuse ? demanda-t-elle sans préambule. Tu te venges parce que tu es arrivé trop tard et que c'est moi qu'il a choisie ?

Sherlock écarta les mains de son microscope et les posa sur la table, calmement. Ne pas se montrer menaçant.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit-il – et c'était vrai.

Le visage de Mary était lisse. Elle n'avait même pas besoin de froncer les sourcils pour exprimer l'étendue dévastatrice de sa haine.

- Je pensais que notre discussion d'hier avait été suffisamment claire, continua-t-elle en avançant dans la pièce. Mais non, il a fallu que tu demandes à John de venir te voir avant d'aller travailler.

Oh, elle croyait que… Non, ton mari n'est pas venu ici pour te tromper.

- Je n'ai rien demandé, il est venu spontanément, rétorqua-t-il.

Il entendit John couper l'eau dans la salle de bain. Il réalisa que Mary ne savait pas qu'il était là.

- John est encore–

- Tais-toi, ordonna-t-elle d'une voix cassante. Ecoute-moi attentivement. Je ne sais pas comment tu sais, mais si tu en dis un seul mot à John… Je ne peux pas le perdre. Je ne peux pas le perdre. Si tu dis la vérité à John… cette fois-ci, je n'hésiterai pas à te tuer. Je viserai directement la tête.

Sherlock déglutit péniblement. Elle n'était pas là par jalousie, mais pour assurer ses arrières. Il n'était pas prêt à l'affronter, il n'avait aucun élément pour exercer une pression sur elle. Elle savait qu'il savait, c'était trop tard pour la prendre par surprise. Il entendait vaguement John ouvrir et fermer la garde-robe dans sa chambre.

- Je ne comptais rien dire à John, dit-il finalement, d'une voix aussi assurée que possible. Comment sais-tu que je sais ?

Elle sourit froidement, condescendante. Cruelle.

- J'ai plus d'expérience que toi dans l'espionnage. J'ai vu à ta façon de te tenir que tu avais quelque chose à te reprocher. Et j'ai remarqué que les caméras de surveillance de deux immeubles étaient braquées sur la vitrine du restaurant. Et j'ai repéré le micro. Je ne sais pas comment tu as découvert la vérité, mais je peux t'assurer que si un seul mot sort de ta bouche pour me compromettre auprès de John, de la police ou des services secrets, je me ferai un plaisir de repeindre les murs avec ta cervelle.

Sherlock entendit la porte de sa chambre s'ouvrir, un minuscule grincement, audible uniquement pour son oreille entraînée, et son cerveau grippait. Il restait bêtement fixé sur la tournure étrange que prenaient les événements. Il se croyait dans un vieux film de série B, avec les menaces baroques et cliché.

- John est encore–

- Arrête. De parler. De mon. Mari.

Sherlock inspira profondément. Il fallait trouver un moyen de clore le sujet avant que John ne débarque dans la cuisine.

- Je ne comptais rien dire à personne. Je comptais. Passer un marché.

- Un marché ? Quel genre de marché ? s'esclaffa-t-elle.

Elle adorait être dans cette position de puissance. C'était visible. John était retourné dans la salle de bain, il ne l'entendait plus.

- Qu'est-ce que j'aurais à gagner d'un marché avec toi ? Tu n'auras de toute façon pas le courage de dire à qui que ce soit que j'ai travaillé pour Moriarty.

- Tu as travaillé… pour Moriarty ?

La voix de John était pure, purement choquée. Aucune colère, juste le simple choc de la révélation.

Les yeux de Mary s'écarquillèrent, dans une lugubre répétition du piège de la maison vide. Ses traits se durcirent implacablement. Sherlock la regardait fixement, tout son corps tendu, prêt à réagir.

- J'aurais dû m'en douter, cracha-t-elle d'une voix glaciale. J'aurais dû me douter que tu me piégerais à nouveau.

Elle se tourna vers John avec un sourire empoisonné.

- C'est mal de comploter contre sa femme, John, murmura-t-elle doucement en ouvrant son sac à main rouge. Et moi qui avais peur de te perdre.

Sherlock pâlit. Une pierre venait de tomber sur son estomac alors qu'il répétait non non non non d'une voix à peine audible. John recula d'un pas en levant lentement les mains.

Elle avait sorti une arme, un revolver noir et luisant. Ils n'eurent le temps de rien faire. Deux balles presque silencieuses trouèrent la chemise bleu pâle que John venait d'enfiler. Il s'effondra contre le mur et Sherlock bondit pour le rejoindre, le crâne résonnant de cris qu'il ne prononçait pas.

Il ne comprenait pas, ça n'avait pas de sens. John était couché au sol et il était accroupi près de lui et il voyait le sang qui coulait entre ses longs doigts pressés sur les plaies, mais il ne comprenait pas, il ne comprenait pas.

Mary s'approcha d'un pas lent, en rangeant son arme dans son sac.

- Tu aurais dû prendre mes menaces au sérieux, Sherlock Holmes, souffla-t-elle en se penchant vers lui. Tu peux révéler mon petit secret à qui tu voudras, maintenant. Je serai loin avant qu'on me retrouve. Mais ne t'inquiète pas, je reviendrai te voir. J'ai une balle pour toi.

Elle se redressa et arrangea les plis de son manteau.

- Ça fait mal, n'est-ce pas ? De perdre John, susurra-t-elle en caressant les boucles de Sherlock. Si je ne peux pas le garder, je ne vais pas te laisser mes restes. Bonne journée.

Elle tourna les talons. Je vais la tuer. Je vais la tuer, hurla-t-il mentalement.

- Je vais la tuer, gronda-t-il.

Tout était rouge, ses mains étaient pleines de sang, sa vision tremblait, John était. John était. Je vais la tuer.

La main de John se referma sur son poignet, avec toute la force de la douleur, et Sherlock comprit. La haine reflua, remplacée par la pure panique. Il composa le numéro des secours et posa son téléphone au sol pour avoir les deux mains libres pour compresser les plaies comme John lui avait appris.

- Ça va aller, ça va aller, balbutia-t-il. Dis-moi quelque chose, reste conscient.

- Ta… ta chemise, croassa John.

Sherlock se mit à rire nerveusement. Une voix répondit, à l'autre bout du fil. Il essaya de ne pas hurler en décrivant les blessures de John et en donnant son adresse. On raccrocha. Il y avait trop de sang, des rivières de sang coulaient entre ses mains.

- Ne meurs pas, s'il te plaît, dit-il, pour dire quelque chose. Je comptais pas la tuer, pas avec le bébé, et tu l'aimes, je comptais pas…

Il disait n'importe quoi, tout ce qui lui passait par la tête. John était de plus en plus pâle, les yeux fermés et révulsés.

- John, dis quelque chose. John. John ! Ne meurs pas, ne meurs pas, s'il te plaît, pardon, pardon…

La main de John se détendit autour du poignet de Sherlock et lâcha prise.

Pardon reste s'il te plaît reste reste vivant je ne peux pas vivre dans un monde où tu n'existes pas arrête de mourir arrête de partir pardon j'aurais dû lui dire que tu étais là j'aurais dû partir en Serbie j'aurais dû mourir dans l'avion j'aurais dû revenir plus tôt d'entre les morts j'aurais pas dû faire semblant d'être mort j'aurais dû te faire confiance j'aurais dû être digne de confiance j'aurais dû te dire la vérité j'aurais dû te dire que je t'aimais j'aurais dû être là avant elle j'étais là avant elle j'aurais dû te dire que je t'aimais je t'aime John John John si tu meurs John si tu meurs je survivrai plus je veux pas survivre encore une fois sans toi je t'en supplie John je te supplie John John donne-moi encore une chance John donne-moi encore du temps avec toi John s'il te plaît s'il te plaît John c'est trop de sang le sang le sang John John John

Il hurlait n'importe quoi il tremblait il rugissait il pressait les plaies de ses mains rouges mais sous ses mains le cœur ralentissait il perdait trop de sang il perdait trop de sang il perdait trop de


À suivre...

... On se revoit lundi prochain, là-dessus ? Bisous, les reviews sont bienvenues ! *rassemble ses affaires et fuit en catastrophe la scène du crime*