Hey ! Salut tout le mooonde ! Merci pour les reviews ! :D
On va finir par dire que je poste le mardi et le vendredi, vu les heures indues qui sont les miennes. Mais j'ai toujours de bonnes excuses : journée de merde dans une semaine de merde, j'ai eu besoin de raconter ma vie à ma voisine jusqu'à minuit pour réussir à retrouver la sérénité. Voilà.
Je ne vais pas retarder plus longtemps le plaisir de lire ce nouveau chapitre qui voit le retour de notre John adoré à Baker Street ! *tonnerre d'applaudissements*
Bonne lecture ~
It's you I'm fighting for.
Sherlock était de retour à la case départ, enfermé entre les quatre murs de 221B Baker Street, dans un assommant face-à-face avec son mur couvert de papier. Mycroft l'avait assigné à demeure, comme en témoignaient les ridicules gardes-du-corps qui faisaient les cent pas au rez-de-chaussée et se relayaient toutes les huit heures pour l'empêcher de sortir.
« J'aurais apprécié que tu me tiennes au courant de tes récentes découvertes concernant Mrs. Watson. Enfin, après tout, c'est sans doute de ma faute. J'aurais dû savoir que ton attachement à John Watson t'aveuglait quand tu m'as interdit de continuer d'enquêter sur son passé. Je n'aurais pas dû céder à ces sentiments. »
Sherlock n'avait rien répondu, puisque c'était vrai mais qu'il ne pouvait pas admettre que son frère ait pu avoir raison. Mais il avait raison. Ils avaient tous cédé à leurs sentiments et ils avaient tous eu tort, terriblement tort, ils avaient tous fermé les yeux pour se ménager, pour se rendre la réalité plus acceptable. John était resté avec Mary pour ne pas devoir recommencer sa vie de zéro à nouveau. Sherlock s'était inconsciemment interdit de la soupçonner pour ne pas blesser John. Mycroft avait délaissé ses investigations pour ne pas déplaire à son frère. Par cette chaîne de points faibles, de pressure points si navrants, Mary avait réussi à se maintenir au-dessus de tout soupçon, à échapper à la vigilance des deux hommes les plus intelligents et les plus observateurs de Grande-Bretagne.
« Tu vas retourner à Baker Street et tu n'en sortiras plus tant que la situation ne sera pas réglée. Je vais m'arranger avec l'hôpital pour que John sorte discrètement demain matin. Tu mèneras l'enquête depuis votre appartement et tu me rendras compte régulièrement de ton état d'avancement. C'est à cause de notre imprudence que nous en sommes là. Elle t'a très clairement menacé de mort et il est évident qu'elle ne sera pas satisfaite de savoir que John est toujours vivant, il est donc strictement interdit de prendre le moindre risque. »
Sherlock, qui cherchait le repos, affalé dans le divan, ouvrit les yeux en entendant un début d'agitation au rez-de-chaussée. Il reconnut la voix de John qui assurait à Mrs. Hudson que oui, tout allait bien, non, ne vous inquiétez pas, j'ai juste besoin de repos, je vais monter me coucher. Sherlock se leva, pressé de le revoir. Puis se rassit, il ne fallait pas paraître trop impatient. Ouvrit un journal vieux de plusieurs mois. Vieux de quand personne n'avait failli mourir.
John apparut dans l'encadrement de la porte. La canne était de retour. Il vit que Sherlock l'avait vue et leva la main dans un geste… pacifique ?...
- C'est pour mon cœur. Eviter de me fatiguer, tout ça. Les médecins ne m'ont laissé sortir que si je promettais de ne faire aucun effort.
Son visage et ses mains, la lumière froide du matin sur sa peau blêmie par l'hiver et l'épuisement physique, sur ses cheveux qui grisonnaient discrètement dans la pâleur du châtain, ses yeux bleus qui le scrutaient avec prudence, comme si c'était lui qui était blessé, comme si c'était lui qui devait être manipulé avec précaution. Comme si c'était lui qui risquait de disparaître.
- Ça ne risque pas d'arriver, vu que mon cher frère a décidé de nous enfermer jusqu'à nouvel ordre.
- Oui, c'est ce que m'a dit le type dans la voiture qui m'a déposé. Et c'est ce que m'a répété le type dans le hall d'entrée. Ils vont vraiment rester là tout le temps ?
- Apparemment. Je t'aide à t'installer dans ta chambre ?
- Oh, tu ne l'as pas reconvertie en laboratoire pendant mon absence ?
Sherlock fronça les sourcils. Il aurait pu. Il l'avait voulu, et puis. Et puis il n'y était pas arrivé.
- Si, mais j'ai tout remis en l'état hier puisque je savais que tu revenais, mentit-il.
Il prit le sac de sport de John (que pouvait-il contenir, il n'avait rien avec lui à l'hôpital, mais puisqu'il portait un pull et non plus sa chemise affreusement trouée, quelqu'un avait dû lui donner des affaires, le pull était nouveau il y avait la marque rouge de l'irritation sur la gorge de John, un agent de Mycroft avait eu la glorieuse mission d'acheter des vêtements et un sac qui avait encore l'étiquette collée sur la poignée c'était ridicule d'imaginer un agent du MI5 en mission chez Primark) et le suivit dans l'escalier qu'il n'avait plus emprunté depuis des siècles. Il avait presque réussi à oublier que cette partie de la maison existait. Au palier, John reprit son souffle avant d'ouvrir la porte. Il y avait un peu de poussière sur la poignée, mais il ne l'avait pas vue.
Dans le silence, Sherlock entendit John prendre une inspiration brève et rapide, comme un sursaut qui ne s'est pas propagé au corps. Le lit était défait comme le jour où John avait décidé qu'il ne pouvait plus vivre dans l'appartement où traînait le fantôme de son ami mort. Plus de trois ans. Mrs. Hudson n'avait pas eu la force de nettoyer. La poussière sur tout, à se demander d'où elle venait tant il y en avait. Les toiles d'araignées. La lumière qui passait vaguement à travers les carreaux sales. Quelle tristesse.
- Tu n'as pas… commença John.
- Je vais nettoyer, l'interrompit Sherlock, pour anticiper le reproche.
- … occupé la pièce ? acheva-t-il.
Le silence, parce qu'il n'y a rien à dire, il ne pouvait pas dire qu'il avait essayé mais qu'il n'était jamais parvenu à affronter la preuve terrible que John n'était plus là, qu'il ne serait plus jamais là, que c'était fini, qu'il ne restait qu'à respirer à manger à dormir à mouvoir ses membres à attendre que tout s'arrête que plus rien n'existe puisque plus rien n'avait de raison d'exister. Comment aurait-il pu le dire ?
Et John ne comprenait pas.
- Mais. Tu avais déplacé mon fauteuil.
Tu avais accepté que je n'étais plus là.
Sherlock n'eut pas besoin de démentir l'implicite, John vit avant qu'il ne la désigne la large tache plus sombre sur le plancher poussiéreux, là où avait trôné le fauteuil rouge impossible à regarder.
Et John comprit parce qu'il n'était pas idiot, il comprit que certaines choses avaient été impossibles à supporter.
Une lumière étrange flottait entre les rideaux de poussière, sur les mots qu'ils ne prononçaient pas mais qui étaient là, tangibles. Tout était douloureux à regarder. Le temps perdu, les opportunités manquées, la chance qu'ils n'avaient pas su voir et qu'ils ne pourraient plus jamais saisir. Une nécessité tragique s'était emparée d'eux depuis le départ, depuis les premiers instants, et ils n'avaient rien pu faire que s'observer tout gâcher, tout était trop tard.
Ils étaient de retour au point de départ, Sherlock était malheureux et John s'aidait d'une canne, ils regardaient les murs qu'ils s'apprêtaient à partager. C'était comme cette autre fois, et pourtant c'était dramatiquement différent, c'était plus gris, ça sentait le malheur, ça ne ressemblait plus à une chance, ça sentait l'échec.
John posa une main sur l'épaule de Sherlock. Je suis là, maintenant. Il ne le laisserait plus partir, ils trouveraient un moyen pour que tout fonctionne à nouveau, pour échapper à leur malchance.
- Tu ne peux pas dormir ici, prononça-t-il finalement. L'escalier, dans ton état. Prends ma chambre, je dormirai dans le divan. C'est déjà ce que je fais, de toute façon.
La petite main de John glissa de son épaule le long de son bras. Ses doigts froids frôlèrent sa paume, furtivement, et ce fut tout, et il n'y eut rien à en dire.
- Tu as raison.
Ils installèrent John dans la chambre de Sherlock, un tiroir dans la commode pour ses quelques vêtements, un autre dans la table de nuit pour ranger ses médicaments, un pyjama sur l'oreiller.
- Tu veux te reposer ? Je peux…
Il ne savait pas ce qu'il était sur le point de proposer, mais il était prêt à tout. A un point qui l'effrayait.
John décida qu'il préférait lire un peu dans le salon.
- Ou t'écouter enfin m'expliquer ce qu'il s'est passé avec Mary.
Sherlock acquiesça. Ils repassèrent dans le couloir vers la cuisine où deux petites gouttes de sang avaient taché le papier peint, irrécupérables. John s'installa dans son fauteuil avec un soupir de soulagement. Il était essoufflé. Sherlock prépara le thé.
Puis il lui expliqua, dans l'ordre, le contenu du classeur, ses hypothèses, son vague début de plan. Les gens qu'il suspectait être ses complices. Il parla longtemps et John ne l'interrompit jamais, acquiesçant de temps à autre.
- J'ai voulu te le cacher parce que… parce que je ne comprenais pas. Je ne pensais pas qu'entre Mary et moi, tu choisirais…
- Hey. Tu pourrais faire n'importe quoi, je serais toujours de ton côté.
John lui pardonnait, comme d'habitude, ses erreurs et ses aveuglements. Il était le grand rédempteur qui l'absolvait pas à pas avec une patience absolue, pratiquement religieuse.
- Tu n'es plus en colère, réalisa Sherlock.
John ne le détestait plus.
- Moi aussi, j'ai réalisé certaines choses, répondit-il simplement.
Il y avait quelque chose dans son sourire.
- Bon. Et comment compte-t-on mettre Mary hors d'état de nuire ? continua-t-il sur un ton anodin.
Et ce fut comme un ordre, comme une déclaration de guerre, et Sherlock eut enfin la volonté de la détruire, de la piéger et de la battre. Avant cette seconde, il n'avait pas osé le vouloir. La machine était en route et il était enfin prêt à faire la seule chose qu'il savait faire. Pour et par John, il reprenait le cours de lui-même.
John le vit peut-être, il vit sans doute le glissement, le changement, mais il n'en dit rien.
- La seule piste que j'aie pour l'instant, les seules connexions qu'on lui connaisse, ce sont les personnes qu'elle a invitées au mariage.
- Ce n'est pas très prudent d'inviter des complices à son mariage…
- Ç'aurait été plus imprudent de ne pas le faire. Elle n'a pas beaucoup de connaissances, ne pas en inviter une partie aurait éveillé des soupçons.
Il attrapa son ordinateur portable pour y retrouver la liste des invités. John ouvrit un roman. Sherlock l'observa brièvement, interloqué. Mais ce n'était pas du désintérêt, il savait simplement qu'il ne pouvait rien faire pour l'aider à part être là, et il était là, et ils le savaient tous les deux.
Le silence les absorba. Sherlock envoya une liste de noms à Mycroft, qui lui transmit progressivement les dossiers qu'il possédait sur chacun des invités. La plupart étaient insignifiants, mais quelques éléments attiraient de temps à autre son attention.
Les heures passaient. Sherlock sortait ponctuellement de sa transe pour demander des précisions à John – ce nom te dit quelque chose ? combien de fois as-tu rencontré cette personne ? elle avait un accent slave ? – ou pour préparer du thé. John lui était silencieusement reconnaissant de lui épargner l'effort de se lever.
Leurs doigts se frôlaient quand il lui tendait sa tasse, à chaque fois, si précisément que ce ne pouvait être que délibéré.
Finalement, vers quatorze heures, Mrs Hudson débarqua dans le salon avec un sachet en plastique.
- J'ai acheté des pasties à côté. Je me suis dit que vous n'auriez rien à manger.
Elle posa la nourriture sur la table et se tourna vers John avec sollicitude.
- Ça va, Sherlock te laisse te reposer ?
Elle ne lui demanda pas la question évidente – qui t'a fait ça ? – parce que Sherlock le lui avait déjà dit et, comme tous les Britanniques, elle évitait en général les discussions trop directes.
- Oui. Il s'occupe bien de moi, contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, plaisanta-t-il en se levant, aidé de sa canne.
Et sa main sur son épaule à nouveau, comme si le geste était normal, comme si le toucher était naturel. Sherlock détourna le regard et croisa celui de Mrs Hudson, qui avait joint les mains contre sa poitrine et souriait comme une sainte. Il y avait tant de choses qu'il ne comprenait pas.
- Je vais vous laisser manger. N'hésitez pas à m'appeler si vous avez besoin de quelque chose ! Enfin, vous n'avez jamais hésité avant. Je suis contente que les choses reviennent dans l'ordre.
Elle disparut sur ces paroles. John s'installa à table et déballa la nourriture. Sherlock alluma l'imprimante pour sortir quelques pages des documents que Mycroft lui avait envoyés. Ils mangèrent au son de la machine qui crachait lentement son papier.
- Tu trouves des choses ?
- On dirait. Il y a quelques personnes de l'entourage de Mary qui ont aussi changé de vie il y a cinq ans. Et je ne crois pas aux coïncidences.
- C'est qui ?
- David, Janine. Cette femme qu'elle était censée avoir rencontrée pendant ses études.
Les lèvres de John formèrent un « oh » muet. Il n'y avait rien à ajouter, vraiment.
- Hum, je me posais une question qui n'est pas directement liée à tout ça…
Sherlock plissa les yeux. Quel genre de question ? Il s'inquiétait de la tournure que prenait cette discussion.
- C'est quoi, mon statut officiel ? demanda John en relevant les yeux de son pasty.
Des miettes de pâte étaient collées aux commissures de ses lèvres. Comment faisait-il pour systématiquement étaler sa nourriture aux coins de sa bouche.
- Ton… statut ? répéta Sherlock, qui ne voulait pas comprendre.
- Oui. Officiellement, je suis… toujours vivant ? Ou on fait semblant que je suis mort pour éviter que Mary ne se soucie de moi ? Les gars qui m'ont déposé ici ne m'ont pas vraiment expliqué le plan.
Sherlock soupira, soulagé. Ce statut.
- Pour l'instant, officiellement, tu es toujours à l'hôpital. Mary ne va sans doute pas risquer de se démasquer en public, donc elle ne va pas y aller. Pour ce genre de blessure, l'hospitalisation dure au moins une semaine, et tant que ce délai n'est pas passé, il n'est pas nécessaire de te faire passer pour mort. Si dans une semaine on n'a pas encore réussi à arrêter Mary, il faudra sans doute s'y résoudre.
- Ok. Et si des gens veulent me visiter à l'hôpital ?
- Tu es enregistré aux soins intensifs. Seule la famille peut visiter.
- Et Harry n'est pas au courant, ce qui n'est pas suspect puisque je ne lui parle pratiquement jamais.
John acquiesçait, satisfait. Il mordit à nouveau dans son pasty. Seigneur qu'il avait faim. Sherlock laissa la moitié du sien, incapable de détourner son esprit des dossiers de Mycroft. Il quitta la table pour préparer du thé et téléphoner à son frère.
- Je suis content de voir que tu prends enfin tout ceci au sérieux. Il semblerait que tu aies trouvé une motivation plus puissante que l'idée de retourner te faire tuer en Serbie, conclut-il après l'avoir attentivement – et silencieusement – écouté.
- Moi aussi je t'aime, cher frère, marmonna-t-il en raccrochant.
Il ramena le thé dans le salon – combien de tasses avaient-ils déjà bues ? – et se planta face au mur du divan. Il arracha tous les papiers qui y traînaient depuis des jours et qui n'avaient désormais plus aucun sens. Il les remplaça par ceux qu'il venait d'imprimer. C'était satisfaisant.
Mycroft avait raison. Il avait enfin une raison de se battre.
John était retourné dans son fauteuil, perdu dans son roman. Tout était dans l'ordre.
A suivre...
J'aime bien ce chapitre. Et vous? (mais j'aime encore plus le suivant ...)
