Bonsoiiiir ! Happy Halloweeeen ! (trop de joie en moi)
Comme toujours, je suis à la bourre, j'ai pas répondu aux reviews et je semble in-cro-ya-ble-ment ingrate, mais en vrai ça m'a fait trop plaisir, comme à chaque fois, et je suis contente de voir que de nouvelles personnes rejoignent l'aventure à chaque chapitre ! Yay !
Voici donc le chapitre aromatisé au whisky que je vous avais promis. Attention, il y a des sentiments dedans.
Bonne lecture ~!
We put it in writing,
But who you writing for ?
Just us on the kitchen floor.
Sherlock se réveilla dans l'obscurité. Une. Les draps et le tissu soyeux de son pyjama sur sa peau. Deux. La lumière des réverbères londoniens sur le plafond blanc. Trois. Une chaleur sur sa droite, John endormi.
Une semaine avait passé et ils étaient toujours sans nouvelles de Mycroft. Bientôt, le mensonge ne tiendrait plus, il faudrait justifier la longueur extraordinaire du séjour de John aux soins intensifs.
Prétendre qu'il était mort. Dire aux gens qui l'aimaient et qu'il aimait (et oh tant de gens aimaient John) qu'il n'était plus là, mentir encore, répéter pour la millième fois la même erreur dans l'espoir que son plan, pour une fois, n'échouerait pas. Penser à autre chose.
Il ne se rendormirait plus, pas maintenant que la réalité l'avait frappé si cruellement. Il se leva, étouffé dans son pyjama (il dormait nu habituellement, mais avec John, c'était insurmontable), et erra dans le salon. Envie de fumer, ou de. Ne pas y penser.
Il ne pouvait pas allumer la télévision, il ne pouvait pas jouer du violon, il ne pouvait pas mener d'expériences, le risque de réveiller John était trop grand, et c'était la dernière chose qu'il voulait. Il finit par se servir un verre d'eau et s'asseoir sur le sol frais de la cuisine, le crâne appuyé contre le placard sous l'évier, avec l'impression d'un cliché.
Attendre, des jours entiers, sans pouvoir sortir, sans pouvoir se consacrer à d'autres énigmes, il en devenait fou. La compagnie de John l'apaisait, sa façon nouvelle d'être là et de l'ancrer, mais il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir lorsqu'il le voyait grimacer, peiner à marcher, s'essouffler pour rien. Il n'en finirait jamais de se sentir coupable pour tout, depuis le début, et s'il avait pu. S'il avait pu, il aurait remonté le fil des événements jusqu'à la filature chez Angelo et il ne l'aurait pas repoussé, il aurait pris le risque, et rien de ce qui était horrible ne serait arrivé. Il aurait pu le regarder dans les yeux et lui dire qu'il l'aimait, si tout s'était passé autrement.
Il entendit la canne dans le couloir, puis la voix de John.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Le bruit de l'interrupteur, les néons qui grésillent et s'allument.
- J'arrive pas à dormir.
A écouter son silence, Sherlock sut que John avait compris. C'était plus que ça, plus qu'une insomnie, et même s'il ne le disait pas il le criait, de tout son corps prostré sur le carrelage. Il ferma les yeux, suivant John au son de ses pas. Il sortit de la cuisine, puis revint. Ouvrit un placard, le referma, un second. Puis il était à côté de lui et Sherlock reconnut le bruit de deux verres qui claquent contre le carrelage.
John lui tendit un whisky et en garda un pour lui-même.
- De quoi tu as peur ? demanda Sherlock pour inverser les rôles.
L'ambre de l'alcool l'hypnotisait. Ce n'était pas dans ses habitudes, ce n'était pas son modus operandi. Il repensa à la nuit à Baskerville et au gigantesque molosse.
- Que tu aies des regrets, répondit-il en avalant une gorgée.
Sherlock acquiesça lentement, il pouvait voir ce qui lui donnait l'impression qu'il regrettait.
- Je n'en ai pas, le rassura-t-il. Je… m'ajuste.
John attrapa sa main, ses doigts tièdes et sa paume douce, et il se laissa glisser contre lui, épaule contre épaule. Il était assoiffé de contact.
- Je t'aime, murmura John.
Il disait cela si facilement, mais déjà avant le mariage (les deux personnes que j'aime le plus au monde), c'étaient des mots naturels dans sa bouche, des mots qui n'avaient pas le poids de la honte et de l'horreur.
(Aimer c'est perdre, se perdre, posséder, être possédé, détruire, être détruit, s'offrir au sacrifice, être sacrifié, se risquer à faire confiance, être trahi, mentir, tromper, manipuler, accaparer, exiger, humilier, s'entre-déchirer. Se séparer.)
Mais pour John, aimer, c'était surtout doux. C'était un état naturel, un soupir de satisfaction, l'impression d'être rentré à la maison. Il le savait, parce qu'il le sentait aussi, il sentait toute cette tendresse possible, et il était impatient. Impatient de devenir l'homme doux, tendre, calme, posé, simplement simplement amoureux que John méritait, et il n'aurait jamais cru que c'était possible qu'il le soit, qu'il ait envie de l'être. C'était comme la fin d'une longue attente.
- De quoi tu as peur ? murmura John.
- De pas pouvoir le dire, déglutit Sherlock. J'ai envie de te le dire, je le… ressens. Mais je n'arrive pas. À le dire.
John lui tendit les objets qu'il était allé chercher dans le salon. Un carnet, un crayon.
- Si c'est ça qui t'empêche de dormir, écris-le. On n'est pas obligés de relire, chuchota-t-il en désignant du menton la boîte d'allumettes qui traînait sur le plan de travail.
Sherlock serra le crayon entre le pouce et l'index. Ses oreilles bourdonnaient.
- Qu'est-ce que je dois écrire ? Je sais pas quoi écrire.
Il replaça le verre de whisky entre ses doigts blêmes. Bois, c'est pas grave. Laisse-toi faire.
- Je me suis rendu compte que j'étais amoureux de toi, commença John en basculant la tête sur le côté, tout bas, la voix tremblant légèrement. Je ne sais plus très bien quand. J'étais attiré dès le départ, mais vraiment amoureux… Je ne sais pas quand c'est arrivé, mais j'ai compris que c'était arrivé, que j'étais prêt à faire les pires conneries…
Il entrecoupait ses souvenirs de longs silences et de gorgées d'alcool, pour replanter le décor ou lui laisser le temps d'écrire. Les mots commençaient à s'aligner, timides.
- J'ai compris à la piscine, quand j'étais prêt à me faire exploser pour te laisser le temps de t'enfuir.
Sherlock leva les yeux du carnet pour le dévisager. Aussi longtemps ? J'ai compris un jour où on est rentrés à la maison après une enquête, avec l'adrénaline qui grondait encore dans nos veines, j'ai compris que je t'aimais plus que je n'en étais capable, et puis tu es parti chez Sarah et j'ai peint ce visage souriant et je l'ai tué parce que j'ai compris (cru comprendre) qu'il n'y avait aucun espoir et parce que j'ai compris (cru comprendre) que tu me trouvais idiot à cause de ce stupide système solaire. Encore plus longtemps.
- Et si ça te fait peur, si ça t'inquiète… que je puisse arrêter…
(Oui, ça m'inquiète. Comment tu sais que ça m'inquiète.)
- J'ai essayé pendant cinq ans de toutes mes forces de ne plus t'aimer. Ça m'étonnerait que ça arrive par accident.
Il rigola doucement, amer, et noya son rire triste dans le whisky. Sherlock écrivit des mots, tellement vite qu'il ne les lisait pas. Des mots au sujet de son rire, de la symphonie qu'il composerait pour accompagner son rire.
- Je ne pensais pas que je voudrais vivre ma vie avec un homme. Quand j'étais gosse… Disons que mon père m'a dissuadé. Et j'ai toujours voulu d'une vie normale, parce que c'est plus… c'est plus sûr, tu sais comment je suis, le danger… Je sais pas comment expliquer, ça se mélange dans ma tête. Les seules fois, c'était à l'armée.
- Sholto.
- Sholto. J'ai jamais eu envie que ça sorte de l'armée, tu vois. Pour garder les choses à part. Mais toi.
Il rit à nouveau, et ça sonnait comme de la surprise. Toi aussi, John. Toi aussi.
- Je t'aime, Sherlock.
Moi aussi. En silence.
- Tu ne m'en veux pas ? murmura Sherlock, incertain. De ne pas y arriver.
- Non. Tout ce que je veux, c'est pouvoir te dire je t'aime quand je t'aime.
Je n'aurais jamais cru que tu serais si. Loquace. Tu n'aimes pas parler de ce que tu ressens mais. C'est comme s'il n'y avait plus de danger. Tu dis les mots si facilement, et c'est si beau, prononcé par ta voix.
Les néons dans la nuit redessinaient les arêtes dures des meubles et des murs. L'impression d'être dans une autre dimension, hors du temps, dans un endroit familier mais bizarrement, légèrement différent. Le temps s'arrête peut-être, quelquefois, quelque part entre deux et trois heures du matin, et c'est l'occasion de faire ce qu'on n'oserait pas en journée. Des heures qui n'existent pas, où personne n'est là pour regarder, juger, dépecer, condamner.
Des heures où il n'y a que l'obscurité, et leurs deux corps, et leurs deux voix.
- Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de tout ça avant ? murmura Sherlock, les yeux fixés sur une petite irrégularité du papier sur ses genoux.
- C'était jamais le bon moment. Je croyais… que ce n'était pas la peine d'en parler. Frôler la mort… ça remet les priorités dans le bon ordre, je suppose.
- Ça dépend, marmonna-t-il en grattant distraitement, sans vraiment s'en rendre compte, sa cicatrice à la poitrine.
Un silence s'installa et se prolongea. Le crayon grattait sur le papier. Sherlock veillait du coin de l'œil à ce que John ne se resserve pas de whisky (pas avec son cœur). C'était étrange, toute cette honnêteté, anormal et inquiétant. Tout à coup, avoir l'opportunité, la possibilité de juste. Ne plus rien dissimuler. C'était enivrant.
John bâilla mais ne dit rien. C'était un homme patient.
- Donc tu n'as jamais… commença-t-il, perplexe, le regard plongé dans son verre. Tu n'as jamais aimé de femme ?
Sherlock ne releva pas les yeux, absorbé dans les mots.
- Non. Je pensais que c'était évident.
- Tu n'as jamais essayé ? Je pensais que tout le monde essayait.
Sherlock roula les yeux et John le vit, et rit.
- Pas tout le monde, John. Pas besoin quand on le sait avant la puberté…
- Oh, s'exclama John, satisfait de discerner le début d'une confession. A quel âge tu l'as découvert ?
Sherlock essayait de ne pas se laisser distraire, irrité par les questions. Il n'appréciait que moyennement qu'on scrute des sujets aussi privés. Que ce soit John qui l'interrogeait ne faisait pas grand-chose pour améliorer la situation. (Que les autres le jugent, il n'en avait rien à faire réellement. Mais John.)
Mais John ne le quittait pas des yeux, ne lâchait pas l'affaire, et il fallait répondre, retourner vers ce passé, vers tout ça, revoir son visage si jeune qui pleurait dans le miroir parce qu'il voulait avoir tort, parce que pour une fois dans sa vie ridiculement courte il détestait ne pas avoir tort.
Il céda finalement, parce que John. C'était la seule justification nécessaire : John. Il ne fallait pas se laisser retomber dans le silence et les mensonges, il devait le laisser entrer et ça signifiait supporter ces questions. Ce serait plus naturel avec le temps.
- Cinq ans, environ.
(Pas environ, exactement, le lendemain de son anniversaire, il s'était senti grand et puissant comme tous les petits garçons qui viennent d'avoir cinq ans, et tout était si clair et limpide autour de lui qu'il avait voulu demander au fils de la voisine s'il voulait être son amoureux, parce qu'il avait lu des livres où des jeunes filles avaient des amoureux, et tout s'était un peu mélangé dans sa tête, parce qu'il était si stupide, et le fils de la voisine qui avait neuf ans s'était moqué de lui et sa mère avait fini par le savoir, ses parents avaient dû le savoir, parce que quelque chose changea dans leurs regards pendant quelques semaines, puis ça passa comme le reste et plus personne n'y fit plus jamais référence dans la famille Holmes.)
John sourit, les joues un peu roses, visualisant sans doute de jolies petites images d'Epinal avec des petits garçons aux cheveux bouclés se tenant la main devant un coucher de soleil. Un cliché du genre.
- Donc, des relations sexuelles avec–
- Des femmes, non, réitéra Sherlock.
- Et des hommes ?
Un tic passa sur le visage de Sherlock, indescriptible, indéchiffrable.
- On n'est pas obligés d'en parler, le rassura John. C'est normal d'avoir… un jardin secret.
- On dirait un générateur de banalités.
Mais ils savaient que Sherlock était content que le sujet soit évité. Il faudrait l'affronter un jour. Un autre jour.
Le téléphone de Sherlock vibra sur la table. Il se leva et décrocha. Mycroft.
- Je viens de remplacer le dernier membre du réseau. Plus exactement, le dernier membre dont l'absence passera inaperçue. Nous avons donc efficacement infiltré l'organisation de Ms. Morstan, cher frère. Nous pouvons passer à l'étape suivante, à moins que tu n'aies des objections.
- Non. Arrête David.
John s'était levé également. Il posa la main sur le coude de Sherlock, qui raccrocha, les yeux ailleurs.
- Je te fais confiance, murmura-t-il avant que Sherlock ait pu poser la question.
Il acquiesça, merci, souriant faiblement, puis proposa de retourner dormir. Il n'était plus assez détendu pour continuer leur petite discussion. John partit devant, pendant qu'il rangeait la cuisine. Il arracha les pages du carnet.
Il se coucha de son côté du lit, plus près du bord que du milieu, par un réflexe étrange mais habituel, embrassa brièvement John (bonne nuit – bonne nuit, je t'aime) et l'écouta s'endormir. Il ne pouvait pas rester là. Il ne parvenait pas à garder ses paupières fermées.
Finalement, il s'extirpa silencieusement du lit et déposa les quelques pages du carnet sur son oreiller, avant de s'installer pour le reste de la nuit dans le divan, à fixer d'un œil sombre la cheminée éteinte.
A suivre...
Au prochain chapitre, un peu de suspense (comment Mary va-t-elle réagir à l'arrestation de David ?...) mais surtout (parce que je ne peux pas m'empêcher de tout marshmallowiser) beaucoup de tendresse entre nos petits chéris. Mais pas que. (On dirait presque que je suis en manque d'affection...)
N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous pensez de mes élucubrations ! Cette fois, je répondrai, promis ! :D
A jeudi~!
