Salut les gens :D

Cette fois-ci je m'y prends à l'avance (applaudissez l'effort), et j'ai même rattrapé mon retard sur les réponses aux reviews. Je deviens presque une personne fréquentable.

Dans ce chapitre, l'intrigue s'accélère quelque peu, il y a quelques nuages dans la bulle johnlockesque, mais tout finira bien, promis !

Bonne lecture~!


Justice done,

Reciting, my stomach standing still,

Like you're reading my will.


L'arrestation de David ne fit pas la une des journaux. L'affaire fut étouffée, comme toujours, et Sherlock reçut un simple message de son frère lorsque ce fut fait, une heure plus tard. Assis dans le noir, il avait attendu que le temps passe. John ne s'était pas réveillé une seconde fois. Il regardait fixement son téléphone posé sur la table du salon, devant la corbeille à fruits qui n'avait plus contenu de fruits depuis des mois. Il se répétait mentalement le petit discours qu'il avait préparé avec l'aide de John, pour piéger Mary.

Comme tu l'as vu, je sais qui compose ton réseau et je sais comment le dissoudre. J'ai la preuve que tu es à l'origine de la vidéo de Moriarty et que tu as repris sa place. J'ai le pouvoir de détruire tout ce que tu as et tout ce que tu es. Tu n'as même pas idée de tout ce que je sais à ton sujet. (Déclarations hyperboliques et menaçantes pour planter le décor et affirmer ma domination.) John est mort. (Premier mensonge. Douloureux à articuler.) Te détruire ne le ramènera pas, et je n'ai jamais aimé les vengeances. Si je ne t'arrête pas, on me renverra en Serbie, comme tu le sais, et comme tu le sais, la mort m'est parfaitement indifférente. (Deuxième mensonge. Je ne veux plus mourir, plus jamais.) Je crois qu'il serait préférable pour nous deux que tu restes « Moriarty ». Un autre te remplacerait de toute manière. (Troisième mensonge. Cette fois sera la bonne.) J'interromprai les démarches contre toi à une condition. Si tu l'acceptes, tu seras libre de tout soupçon et personne ne pourra rien contre toi, ni moi qui serai mort, ni mon frère qui risquerait sa position et sa vie s'il devait revenir sur sa décision après t'avoir couverte. Ma condition est la suivante : lorsque l'enfant de John naîtra, donne-le-moi. Je le confierai à des amis de ma famille et il héritera de mes possessions après ma mort. Nous savons tous les deux que tu ne comptes pas lui donner une vie de famille, et c'est la seule chose que je regretterai en mourant. (Sur-jouer la sensibilité. Elle sait ma faiblesse, la dissimuler est inutile.)

Elle refuserait ou accepterait, mais dans tous les cas elle exigerait de le rencontrer pour obtempérer ou le trahir, et le plan se réaliserait de lui-même.

Il fallait juste attendre que son téléphone sonne.

Le soleil se leva de l'autre côté des rideaux tirés, puis John émergea de la chambre. Il se pencha pour embrasser Sherlock sans un mot, sur le front puisqu'il ne levait pas la tête. Ils ne parlèrent pas de la liasse de feuilles laissées sur son oreiller la nuit passée, mais Sherlock savait à sa façon de plisser les yeux qu'il les avait lues. John prépara le thé puis s'installa à ses côtés, dans le divan. D'une main maladroitement tordue par leur position inadaptée, il lui massait l'épaule pour le détendre.

- Tout va bien se passer, dit-il finalement.

- Depuis quand tout se passe bien ? s'exaspéra Sherlock.

- Depuis que je te le dis. Viens.

Il l'attira contre lui et Sherlock se laissa faire, trop fatigué pour protester (fatigué de lutter, fatigué de vivre, fatigué de tout). Allongés dans le divan, plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été, ils regardaient le temps passer sans rien dire. Le torse de John était pressé contre son dos, ses bras l'entourant fermement. Une camisole de force à forme humaine. Ce n'était pas totalement désagréable. Sherlock glissa sa main entre celles de John, posées contre son cœur.

- Je t'aime.

Sherlock répondit en serrant les doigts, les yeux vissés au téléphone toujours muet. John aussi était suspicieusement silencieux. Il allait peut-être tomber endormi. Il avait besoin de repos.

Soudainement, et en l'absence de tout signe avant-coureur, il sentit ses lèvres tièdes et fermes pressées contre sa nuque. Tout son corps se raidit de surprise et d'autre chose (de la peur ? Pourquoi fallait-il qu'il repense à la Serbie ?). Mais John ne s'interrompit pas. Il continuait d'embrasser son cou pâle, par-dessus le col de sa robe de chambre, léger, léger. Ne pas penser. Ne pas se laisser piéger par les réflexes de son corps. S'il ne bougeait pas et s'il ne faisait pas de bruit, John finirait par s'arrêter sans. Sans avoir. Il serra les dents jusqu'à la douleur.

Mais ses mains fermes de médecin avaient quitté sa poitrine et descendaient le long de son torse. Maintenant John savait ce que son corps voulait (mais il ne le voulait pas, pas comme ça, pas maintenant, pas là) (comment lui dire, maintenant, qu'il ne voulait pas).

En une seconde de respiration coupée, c'était l'internat qui lui revenait à l'esprit, quinze ou seize ans et cet horrible gosse qui partageait sa chambre et qui avait parié avec ces autres horribles gosses qu'il parviendrait à faire bander le sale pédé et il avait cru (il était tellement innocent, il arrivait si bien à se cacher la réalité) il avait vraiment cru qu'il n'était pas tout seul (tellement innocent que c'en était presque de la stupidité) jusqu'au dernier moment il l'avait cru parce qu'il voulait tellement, tellement ne pas être tout seul (stupide stupide stupide) et puis les insultes et les coups et le sang dans la bouche et la honte jusqu'à la fin du semestre jusqu'à la fin de l'année jusqu'à la fin de la vie.

Sherlock écarta d'un geste brusque ses mains et se leva en emportant le téléphone. Sans un mot et en pilote automatique il sortit du salon et prit l'escalier jusqu'à l'ancienne chambre de John, qui heureusement ne le suivit pas. Lorsqu'il redescendit une heure plus tard, la tête vide et le cœur engourdi, il lisait tranquillement dans son fauteuil, comme si rien n'était grave. Il l'entendit entrer dans le salon et leva la tête pour le regarder.

- Hey, murmura-t-il.

Sherlock se laissa tomber dans le divan sans répondre.

- Je suis désolé pour tout à l'heure. Je ne savais pas que tu étais… J'aurais dû m'en douter. J'aurais dû te demander.

Sherlock fronça les sourcils et plissa les yeux, suspicieux.

- De quoi aurais-tu dû te douter ? prononça-t-il sèchement.

Son ton décontenança John, qui hésita quelques secondes avant de lui répondre.

- Eh bien… que tu étais… que tu n'étais pas intéressé. Par le sexe.

Alors tout devait donc toujours être réduit au sexe. Ses sentiments, leur relation, rien n'était valide sans l'homologation d'une pénétration. C'était anormal, certainement, de ne pas en avoir envie. Les mots que Mary lui avait crachés au restaurant (Tu le regardes comme si tu crevais d'envie de te mettre à genoux pour le sucer), c'était pareil pour tout le monde, il ne pouvait pas simplement vouloir regarder John, il fallait qu'il en veuille plus. Et si ce n'était pas le cas, c'était certainement parce que quelque chose chez lui n'était pas comme chez les autres.

- Donc si je comprends bien, selon toi je dois être asexuel puisque je ne veux pas coucher avec toi ? Tu te crois vraiment si irrésistible ?

Attends, quoi ? Ce n'était pas ce qu'il voulait dire, ce n'était même pas ce qu'il pensait.

John paraissait paniqué.

- Non, protesta-t-il précipitamment. Je suis désolé. Je n'aurais pas dû…

- En effet, tu n'aurais pas dû faire d'assomptions sur ma sexualité, conclut Sherlock, sombre.

Il était sur la défensive. Il détestait être sur la défensive avec lui. Le silence se prolongea, puis John le rompit avec hésitation.

- Je suis désolé. Explique-moi, s'il te plaît. Tu… C'est moi ? Tu ne me désires pas ?

Cette conversation commençait à devenir sérieusement frustrante. Sherlock se prit la tête dans les mains, ses longs doigts blancs crispés dans ses cheveux. John ne comprenait tellement rien qu'il sortait des absurdités de plus en plus énormes.

- Bien sûr que si, j'ai juste pas envie. On est bien comme ça, non ? Pourquoi on voudrait risquer d'être. Déçus.

Voilà, il l'avait dit. Il fit mine d'être fasciné par une décoloration de son pyjama, au niveau de son genou, et espéra que ses mains qui griffaient son scalp cachaient efficacement son visage. Mais John ne comprenait toujours pas.

- Tu as peur d'être déçu ? Je…

Oh mon Dieu John arrête d'être si aveugle. Sherlock bondit du divan, exaspéré et se planta devant la fenêtre pour épier Londres à travers la fente des rideaux.

- Non, John, ce n'est pas moi qui vais être déçu.

- Oh, dit-il d'un air léger. S'il n'y a que ça qui te chagrine. Préviens-moi quand tu as envie que je te donne tort.

Et il ne dit plus rien. Sherlock jeta un bref coup d'œil par-dessus son épaule. Il lisait à nouveau. Comme si tout allait bien.

Peut-être que tout allait bien.

Il quitta son poste à la fenêtre. Préparer du thé. Il hésita au moment de dépasser le fauteuil de John, puis osa s'arrêter à sa hauteur.

- Tu ne m'en veux pas ? murmura-t-il, plus piteusement qu'il ne l'aurait voulu.

John secoua la tête doucement, avec un sourire dans les yeux. Il l'embrassa, doucement (merci). Il prépara le thé et le petit déjeuner. Il y avait une sensation de rédemption dans les gestes lents et mesurés qu'il répétait chaque jour, plusieurs fois par jour. Sherlock était un homme de rituels, plus qu'il n'aurait voulu l'admettre, c'était visible dans sa façon de s'habiller, de joindre les mains pour réfléchir, c'était manifeste dans le cérémonial de son Palais Mental, dans le rythme de ses jeûnes.

Ils mangèrent en silence, lisant le journal. Puis, vers onze heures, le téléphone sonna. Celui de John. Qui était resté silencieux depuis qu'il était censé être à l'hôpital.

Ils échangèrent un regard perplexe. Sherlock décrocha.

- Allô ?

- Passe-moi John.

La voix de Mary était coupante, sans la moindre note d'hésitation. Sherlock déglutit et chercha du regard celui de John, qui articula silencieusement je te fais confiance. Il ferma les yeux en inspirant.

Premier mensonge.

- John est… mort.

- On sait tous les deux que c'est faux. Tu n'es pas le seul à avoir des amis à St-Bart, et si j'ai appelé son numéro ce n'est pas pour subir ta voix. Passe. Moi. John.

- Pourquoi ?

- Je dois discuter avec mon mari. Cela ne te concerne pas, chéri.

Sherlock passa le téléphone. John mit le haut-parleur.

- Allô ?

- John. Mon chéri. Tu ne m'en veux pas, j'espère ? J'ai agi sous le coup d'une… impulsion. Toi, par contre, tu ne cesses de chercher à me piéger… ce n'est pas très… gentil.

- Qu'est-ce que tu veux ?

Sherlock pouvait voir se raidir les tendons de son cou. Il serrait et desserrait les mâchoires dans le vague espoir de se calmer.

- Régler les arrangements de notre séparation, disons-le comme ça.

Sherlock joignit les mains. Où voulait-elle en venir ?

- Je ne vais pas te demander de couper le haut-parleur, puisque je sais que tu lui raconteras tout dès que tu auras raccroché. Tu ne peux pas t'en empêcher, encore moins maintenant. Bref. Je sais qu'il croit qu'il peut me détruire parce qu'il a réussi à avoir David, mais avouons-le : ce crétin était loin d'être difficile à repérer. Même toi, tu aurais pu le deviner.

John ne répondit rien. La bouche de Sherlock se tordit. Mary semblait ne pas savoir jusqu'où ils étaient introduits, comme prévu… Sauf si elle feignait l'ignorance.

- Voilà la situation, mon cœur. J'ai de quoi te faire mettre en prison.

- Pardon ? s'exclama John.

- Oh, trois fois rien, des faux témoignages, des fausses accusations et des fausses preuves. Un faux cadavre. Tes fausses empreintes sur l'arme. Je peux te faire arrêter dès demain matin, et ce ne sont pas les gorilles qui montent la garde dans ton hall d'entrée qui m'en empêcheront, soyons honnêtes.

La main de John qui ne tenait pas le téléphone se crispa contre la table. Sherlock y posa sa paume, tentant… il ne savait pas quoi. De le rassurer. Mais la grimace de fureur sur son visage ne devait pas aller dans le même sens.

- Sauf si ? Je suppose qu'il y a un « sauf si » qui suit cette magnifique tirade ma chérie.

- Sauf si tu viens me voir ce soir. Une nouvelle identité, des nouveaux papiers et une nouvelle vie en Amérique du Sud, où tu pourras sauver des enfants de la malnutrition. En échange de cette sécurité, bien sûr, tu accepteras de ne rien tenter contre moi. L'avis vaut également pour Sherlock, évidemment. S'il devait m'arriver quoi que ce soit, le faux cadavre réapparaîtrait.

- Pourquoi tu fais tout ça ? demanda finalement John.

- Je te le dirai ce soir, si tu viens. Oh, et en bonus : si tu viens seul, ce qui est préférable si tu ne veux pas que mes larbins tuent Sherlock, je te laisserai partir en Amérique avec notre enfant. Je n'en ai plus besoin de toute manière.

John se leva d'un bond. Sherlock l'imita et, voyant qu'il allait hurler, lui arracha le téléphone des mains.

- Il viendra ce soir. Envoie l'adresse par message, conclut-il en raccrochant.

Sans un mot, il observa John, cherchant à comprendre ce qu'il attendait de lui. Il faisait les cent pas, agité et bégayant de rage.

- Elle va… Elle veut…

- John, ça ne change rien au plan.

- Si, ça change que si le plan rate je me retrouve en prison, tu te retrouves en Serbie et mon enfant mon enfant sera probablement mort.

Sherlock acquiesça, oui, c'était vrai.

- Mais tu me fais confiance. Le plan ne va pas rater. Je… Je te le promets.

John le dévisagea comme s'il voulait le frapper et Sherlock tressaillit. Puis il acquiesça fermement, carra les épaules et allongea le cou, militaire jusqu'au bout des ongles.

- Je te fais confiance.

- Tu iras là-bas, tu feras tout ce qu'elle te dira. Fais exactement comme si tu te pliais à ses conditions.

- Oui.

- Elle croira qu'elle domine la situation. Et c'est ce qui la perdra.

- Oui.

Sherlock voulut le serrer dans ses bras. Il semblait si. Fragile. Malgré la fermeté de son attitude.

- Et toi ? demanda finalement John. Tu restes ici ?

- Je te suivrai. Par sécurité. Mais il faudra qu'elle croie que je ne suis pas venu pour qu'elle ne se méfie pas.

Le serrer dans ses bras. Juste. Au cas où tout se terminerait mal, comme d'habitude.

- D'accord. D'accord. Tout se passera bien.

Le serrer.

John franchit les deux pas qui séparaient leurs corps et se pressa contre lui avec une détermination qui le fit trembler. Ses bras puissants autour de lui et son visage si près de son cou, comme cela arrivait si rarement. Il lui broyait les côtes, le vidait de son air et c'était tout ce qu'il pouvait demander. Il l'enlaça en retour, une large main plaquée contre son crâne (ses cheveux, il aimait tant pouvoir toucher ses cheveux). Ils restèrent immobiles, appuyés l'un contre l'autre de longs instants, la tempe de John pressée contre la joue de Sherlock, des mots murmurés dans les plis des vêtements et dans les mèches de cheveux.

Tout va bien se passer, répétaient-ils comme une litanie, comme une prière, comme une sentence.

Le téléphone de John sonna à nouveau. Un message. C'était certainement Mary qui leur envoyait l'adresse du lieu de rendez-vous.

Au moment de se séparer, John murmura un je t'aime presque silencieux contre sa joue qu'il embrassa. Sherlock ne répondit pas et ouvrit le message. Il fronça les sourcils et déglutit. Il lui tendit le téléphone.

- C'est… commença John après avoir lu.

- Oui.

- Okay.


A suivre...

Le prochain épisode sera celui de la confrontation que vous attendiez tou(te)s ! Je le posterai donc lundi, mais probablement assez tard (ma journée sera exceptionnellement chargée). Et l'autre mauvaise nouvelle, c'est que comme je n'ai toujours pas fini les deux chapitres finaux et que je ne sais pas combien de temps ça me prendra (l'angoisse de la feuille blanche, tout ça tout ça), je vais ralentir le rythme de publication pour éviter de devoir vous faire attendre un mois après avoir posté tous les chapitres déjà faits. Dooonc. Je ne publierai que les lundis... Sorryyyy