Coucou tout le monde ! (j'aime mes entrées en matière non originales)
Dans ma vie passionnante de fou, aujourd'hui j'ai eu l'occasion de rencontrer le créateur du journal satirique NordPresse (c'était cool), de manger un très grand sandwich au poulet curry, d'assister à la présentation du premier roman d'un de mes profs d'unif (c'est Robinson, c'est par Laurent Demoulin, c'est chez Gallimard à la collection Blanche et j'ai hâte de pouvoir mettre mes petits doigts admiratifs sur l'impeccable couverture blanche pour le chopper dans un couloir et exiger la dédicace que je n'ai pas eu le temps de réclamer aujourd'hui) et de voir L'homme invisible au cinéma (le même petit ciné où j'avais vu Dracula le mois passé. Ils font une série, c'est cool).
Tout ça pour dire, j'ai une vie passionnante.
Mais John et Sherlock ont une vie encore plus passionnante que la mienne, et je vous laisse vous y replonger.
Merci à tout le monde pour les reviews, fav' et follows, ça me fait super plaisir de voir qu'on continue à s'intéresser à mes petites histoires malgré ma présence très aléatoire. Merciiii ! Tant de love.
Enfin voilà, je vous laisse voir comment va se dérouler the confrontation épique avec Mary.
He still stands in spite of what his scars say.
I'll battle til' this bitter finale,
Just me, my dignity and this guitar case.
Yes my man is fighting some unholy war
Le rendez-vous était à minuit – Sherlock n'était pas le seul à apprécier une touche de dramatique. Mycroft avait été prévenu. Il était prévu que John s'y rende seul en taxi, suivi de près par Sherlock et quelques hommes de Mycroft. Vers vingt-trois heures, Sherlock recomptait pour la quatrième fois les billets pour payer le taxi, qu'il glissa dans le blouson de John. Il en retira son revolver qu'il posa sur la table de la cuisine. Il réfléchit une seconde fois et le coinça dans sa ceinture, contre ses reins, dissimulé par sa veste.
- Tu iras avec ta canne, tu es moins menaçant quand tu as l'air invalide.
- Merci, grogna John en tournant une page de son roman.
Sherlock haussa les épaules. Tu sais ce que j'ai voulu dire.
- Tu veux manger quelque chose avant de partir ? lança-t-il en s'approchant du frigo.
- Calme-toi, répondit simplement John.
- J'essaie de faire les choses correctement. T'inclure, ce genre de conneries.
- Ça ne sert à rien que tu fasses des efforts si c'est pour les qualifier de conneries.
Sherlock poussa un soupir excédé et se laissa tomber dans son fauteuil. John ne lui en voulait pas, il le voyait au pli doux de sa bouche. C'était compliqué de ne pas retomber dans ses travers. De laisser John partir devant. Cent millions de choses pouvaient mal se passer s'il n'était pas en première ligne pour intercepter les balles. Amortir les chocs. Il ne parvenait pas à s'ôter de la tête qu'inclure John le mettait en danger – même si le passé lui avait prouvé le contraire encore et encore.
Il était nerveux, et agité, et frustré, et impatient, et terrifié, et il détestait chacune de ces sensations. Il essaya de penser à une cigarette – l'odeur, la fumée, la chaleur, la sensation de relaxation – mais la technique ne fonctionna qu'à moitié. Maintenant il voulait fumer. Et par association d'idée, il s'était mis à penser à la cocaïne (sept pourcents le dosage parfait c'est chimique c'est prouvé c'est scientifique c'est) et tout son esprit n'était qu'un train fou lancé à pleine vitesse hors de ses rails.
À une époque, il était capable de rester calme sous la pression. Alors, il n'avait rien à perdre, ou il ne savait pas ce qu'il risquait de perdre. Cette époque était révolue.
- Ça va être l'heure, dit John en posant son livre.
Il se leva prudemment. Il s'essoufflait moins vite depuis quelques jours. Sherlock attrapa une boîte de médicaments sur la table et lui tendit deux cachets.
- Sérieusement ? marmonna le médecin peu convaincu par sa conception d'une posologie efficace.
- S'il se passe quelque chose, il vaut mieux que tu forces sur ton cœur que de te prendre une balle entre les omoplates parce que la douleur t'empêchait de courir.
- Ce que j'aime chez toi, c'est ton optimisme.
- Je suis très optimiste, rétorqua Sherlock avec un de ces grands sourires froids qu'il servait aux clients.
La grimace tomba de son visage comme un masque. John posa une main dans le creux de son épaule, le pouce frôlant la peau de sa gorge juste au-dessus du col de sa chemise.
- Fais-moi confiance.
Et ils quittèrent la maison. Mrs Hudson ferma la porte derrière eux en les priant d'être prudents. Avant qu'il ne monte dans le taxi, Sherlock attrapa John par les épaules pour l'embrasser. Les agents de Mycroft étaient à deux pas mais ce n'était pas grave, réalisa-t-il. Ce n'était pas ce qui était grave.
Il faisait son possible pour ne pas rendre l'instant trop mélodramatique, mais il ne put s'empêcher de retenir la main de John lorsqu'il s'apprêta à refermer la portière.
- Je– Tu sais, balbutia-t-il en sondant ses yeux.
- Je sais, répondit John en souriant. Je t'aime aussi.
Sherlock referma la portière doucement, puis monta dans une des voitures noires de Mycroft. Le trajet ne dura pas longtemps. John entra le premier dans le bâtiment obscur. Quelques instants plus tard, un homme indiqua à Sherlock qu'il pouvait le suivre. Il avançait en faisant le moins de bruit possible. À quelques endroits, il repérait des agents de Mycroft planqués dans l'ombre, qui lui faisaient savoir d'un geste que tout allait bien.
Il approchait de la salle principale. John y était déjà, faisant les cent pas, seul. Les clapotis de l'eau, l'odeur… tout était trop. Il se replia prudemment dans une cabine, tira le rideau rouge et bleu et attendit.
À minuit pile, Mary entra par une lourde porte à l'autre bout de la pièce. Le bruit de ses talons hauts se réverbérait contre les murs carrelés.
- Bonsoir mon cœur, susurra-t-elle avec un sourire en coin, la tête basculée sur le côté. Tu aimes l'endroit ? Ça te rappelle de bons souvenirs ?
John ne répondit pas. Entre les pans du rideau, Sherlock le vit serrer sa prise sur la poignée de sa canne.
- C'était il y a cinq ans, à peu près, non ? J'étais juste là… continua-t-elle en pointant la galerie du doigt, où un sniper était allongé, en joue. Fais coucou à monsieur…
John jeta un bref regard vers l'endroit en question. Un petit point rouge apparut sur son torse, exactement comme cette autre fois, cinq ans plus tôt.
- Tu m'as fait venir dans cette piscine uniquement pour se remémorer le bon vieux temps ? marmonna John.
Mauvais, songea Sherlock. Pas être sarcastique.
- Non, bien sûr. Quoique, je suis surprise que tu n'aies pas amené ton petit ami. Je suis surprise qu'il t'ait laissé venir seul. Je n'en croyais pas mes oreilles quand mes amis me l'ont dit.
Elle parlait, bien entendu, de ses nombreux hommes, armés et cachés partout dans le bâtiment. Les points rouges se multiplièrent. Simple affirmation de puissance. Ne fais pas de bêtises, John Hamish Watson.
- Ç'aurait été plus amusant s'il avait été là, regretta-t-elle. Enfin ! Je suppose que tu es venu parce que, très raisonnablement, tu t'es rendu compte que c'était la seule solution possible.
John acquiesça sèchement.
- Je ferai… ce que tu voudras.
Mary ricana doucement.
- Intéressant. Mais je suppose que tu veux aussi savoir pourquoi.
Sherlock retint sa respiration. John aussi, sans doute.
- Ce qui intéressait Moriarty, et par extension moi… c'était de briser Sherlock Holmes, tu vois ? Une distraction comme une autre, surtout pour une personnalité telle que celle de Jim. Et pour cela, il fallait passer par toi. Et puis il est mort, et j'ai continué ma mission, un peu par habitude, beaucoup par curiosité. Voir si j'étais capable de reprendre le flambeau.
Mary se mit à marcher le long de la piscine, pour rejoindre John. Ses pas lents et mesurés rythmaient sa voix.
- Je l'étais, bien sûr. Mais en même temps, tout cela me lassait profondément. Envie de vivre une vie normale, tu vois, ordinaire. Tu peux comprendre, je pense.
John acquiesça, douloureusement.
- Et tu étais là, à disposition, ordinaire John Watson, et tu aurais pu servir à plus que la simple destruction de Sherlock Holmes. Tu aurais pu être mon gentil alibi, ma retraite pacifique. J'ai bien vu que ce serait difficile de te garder, une fois que Sherlock est revenu d'entre les morts. Mais avec le bébé, c'était réglé. Tu n'es pas du genre à abandonner une femme enceinte. Trop intègre pour ça. Bref, tout était sous contrôle. Mais c'est difficile de se débarrasser du goût du risque. Je me suis mise dans le pétrin avec Magnussen et j'ai un peu perdu le contrôle de la situation. Il ne fallait pas que Sherlock parte en Serbie, tu comprends, parce que sinon, tout serait devenu trop simple et ennuyeux, tu serais devenu père de famille et j'aurais fini par te tuer d'ennui. C'est compliqué de vouloir quelque chose, une domesticité, et de détester ça en même temps, tu sais.
Elle était près de lui à présent. Sherlock la voyait par la fente du rideau. Son ventre rond tendait son manteau rouge. Elle n'avait pas encore accouché.
La façon dont elle regardait John, dont elle lui parlait. Sa manière de tendre un bras indolent pour frôler du bout des phalanges sa silhouette, son visage. Caressante. Et si cruelle.
- Alors j'ai fait cette petite vidéo, juste pour qu'il ne parte pas. Et puis, c'était tellement mieux de le voir souffrir ici, plutôt que de simplement savoir qu'il mourrait là-bas. Le plus drôle, c'est que je n'avais pas l'intention de faire autre chose de « Moriarty ». La vidéo, puis plus rien. Tu imagines à quel point ç'aurait été comique de le voir se creuser la tête pour rien ? Je regrette vraiment que ça se soit passé autrement.
Elle sourit en passant légèrement la main sur son épaule et son torse blessés.
- Parce que, du coup, je ne t'ai plus. Je n'ai plus ma retraite, mon mariage parfait, ma couverture.
Sa façon de parler de lui, d'eux. Sherlock tremblait pratiquement de rage. John ne disait toujours rien.
- Alors je me suis dit : pourquoi ne pas reprendre les activités ? La vie civile n'est pas faite pour moi, de toute évidence. Je ne serais jamais devenue « Moriarty » si tu n'avais pas agi dans mon dos, John. Tu vois où ça nous mène, tes petites bêtises ?
Les points rouges, dramatiques, sur son visage et son blouson.
- Enfin, je suis heureuse que tu sois revenu à la raison. Tu vois, je ne veux pas te tuer. Je veux juste pouvoir continuer mes petits hobbys. Et, accessoirement, empêcher que Sherlock Holmes me vole mes affaires. Toi en Amérique latine, lui abattu en Serbie, et moi à la tête d'un empire criminel. J'aime beaucoup l'image, pas toi ?
- Si, si, marmonna John. Qu'est-ce que je dois faire pour… ne pas finir en prison ?
Mary sourit, écœurante. Elle frôla du bout des doigts le visage de John, qui resta stoïque.
- Rester quelques jours dans un hôtel que je t'indiquerai. En attendant les faux papiers et l'accouchement. Puis quand tout sera prêt tu pourras partir pour toujours.
Elle marqua une pause, pensive.
- Ça m'étonne que tu me fasses confiance, dit-elle finalement. Qu'est-ce qui te dit que je ne vais pas te tuer maintenant ?
- Rien. Mais ai-je vraiment le choix ?
Elle rit, un peu trop longtemps pour paraître naturelle.
- Tu es adorable. J'ai vraiment apprécié être ta femme, tu sais. J'ai toujours eu un faible pour les idiots courageux.
Elle sortit une corde de sa poche, épaisse comme le pouce. John la regarda faire avec méfiance. Il ne put empêcher la remarque ironique :
- Tu veux me ligoter ?
- Tu as déjà tué quelqu'un par strangulation ? demanda-t-elle sans l'écouter.
- Pardon ?
John recula d'un pas, décontenancé.
- Tu as déjà eu l'impression d'avoir été trahi, sans savoir précisément par qui ? continua-t-elle en faisant rouler doucement la corde entre ses doigts.
Sherlock commençait à s'agiter dans sa cabine. Il ne parvenait pas à donner du sens à ce qui se produisait sous ses yeux. Il sentait le danger, mais ne le réalisa que trop tard.
- Si je meurs, je ne te laisse pas derrière moi, cracha Mary comme du venin.
Tout se passa très, trop vite. Sherlock passerait le reste de sa vie à revivre, seconde par seconde, ces instants terribles.
D'un geste vif, Mary enroula la corde autour du cou de John. Deux des hommes de Mary, en réalité de Mycroft, tirèrent sur elle et l'atteignirent à la tête et au ventre. Elle bascula en arrière, entraînant John avec elle dans une immense gerbe d'eau chlorée. John se débattit faiblement mais coula, irrémédiablement lié au cadavre de son épouse, disparaissant dans l'obscurité d'une eau rouge.
Sherlock jaillit de la cabine en hurlant, mais c'était trop tard, tout avait été l'affaire de trois secondes, mais comment pouvait-il être trop tard. Comment pouvait-il être toujours trop tard. Il se jeta à l'eau, tirant avec désespoir sur la corde tordue autour du cou de John, nouée aux poignets de Mary. Comment pouvait-il être toujours trop tard.
Trop tard.
A suivre...
Que voulez-vous, j'aime les cliff-hangers. Mais bon, vous vous doutez bien que John ne va pas mourir :D
Et si vous trouvez que je m'acharne sur ce pauvre chou, je vous réponds que c'est la faute du fandom et de son interprétation très littérale du titre The Three Garridebs. Qui est l'aventure au cours de laquelle quelqu'un tire sur Watson, Holmes passe en mode berserk (ou presque), puis réalise que Watson n'a rien du tout, et conclut en menaçant le quelqu'un-qui-a-tiré : "Vous avez de la chance qu'il n'ait rien, parce que vous ne seriez pas sorti vivant de cette pièce" (ou un truc du genre). Bref, dans cette aventure, Watson réalise à quel point Holmes l'aime (c'est les mots du texte, j'invente rien) et dit de cette réalisation qu'elle valait bien une blessure (It was worth a wound, it was worth many wounds). BREF c'est l'aventure où que Holmes croit que Watson va mourir et que ça lui fait mal à son petit cœur. Et quand je parle d'interprétation littérale : une partie du fandom, principalement TJLC, considère qu'il va y avoir trois "Garridebs", c'est-à-dire trois moments où Sherlock croira que John est sur le point de mourir. Spoiler alert : le premier, c'était le bûcher à la fin de The Empty Hearse (3x01). Et dans ma fic, le troisième, c'est celui-ci ! (Ceci était la minute culture)
BREF (j'aime ce mot) : merci de m'avoir soutenue jusqu'ici, j'espère que mes choix scénaristiques sadiques ne changeront rien à votre amour pour moi et mes histoires ! Laissez un commentaire ou deux pour me dire ce que vous en pensez, et on se retrouve lundi prochain pour de nouvelles aventures ! Je promets que plus personne ne se fait presque-assassiner après ça :D
