Salut tout le monde ! Merci pour toutes les reviews ! (surtout Clelia Kerlais, ça fait plaisir de recevoir trois comm' d'un coup :D)
Ce week-end j'ai réussi à me casser la figure dans les escaliers. J'aime bien raconter ma vie dans cette section pré-chapitre, ça me fait réaliser à quel point il m'arrive plein de trucs pas intéressants. Wow. Sinon, je sais pas vous, mais je déteste le mois de novembre. J'ai toujours l'impression de me faire dépasser par les événements à cette période de l'année (deadlines? responsabilités? de quoi ça?)
Voici donc le dernier chapitre de cette deuxième partie, ou que je vous révèle que John est toujours vivant. Mais ça n'empêche pas que la situation soit loin d'être parfaite. J'ai promis du fluff, mais le happy ending n'est pas pour tout de suite. Patience...
Bonne lecture !
Ah oui, avant de reprendre : Clelia Kerlais a relevé (avec raison) le fait que les snipers de Mycroft ont tiré dans le ventre de Mary. Je précise que ce n'est pas une situation du type "Mycroft voulait tuer l'enfant de John". Personne n'avait vraiment l'intention de tuer Mary, mais disons que personne n'avait prévu qu'elle essaierait d'étrangler John... Et si j'ai choisi le ventre comme partie touchée, c'était plus par symbolique que pour une raison narrative (tout comme Sherlock s'est pris une balle dans la poitrine pour symboliser son cœur brisé). Je précise tout ça ici parce que ça n'apparaîtra pas clairement dans le texte, donc voilà :D
And I will stand beside you.
Who you fighting for ?
I would have died too,
I'd have liked to.
Le manque d'oxygène lui brûlait les poumons. Il s'épuisait à se maintenir au fond, agrippé au corps inconscient de John. Pourquoi avait-il pris un revolver plutôt qu'un couteau ? Ses doigts affaiblis par le froid se fatiguaient en vain à desserrer la corde autour de son cou. Mary maintenait une prise trop puissante malgré la mort. Il parvint finalement à déplier ses doigts et à libérer une extrémité de la corde, puis la gorge de John, violemment marquée. Il le saisit d'un bras autour du torse et entreprit de remonter. Trois mètres, ce n'était pas terrible, ce n'était rien, mais l'eau dans ses chaussures et dans ses vêtements, l'essoufflement et la fatigue, arriverait-il jamais à trouver la force.
Lorsqu'il approcha de la surface il vit deux mains gantées de noir plonger dans l'eau pour saisir John et le tirer sur le bord. Il s'extirpa de la piscine pour assister à l'horrible spectacle d'un agent de Mycroft tentant de le réanimer. Un autre homme l'empêcha de s'approcher.
- C'est sous contrôle. On a appelé une ambulance, elle est au coin de la rue. Laissez-moi vérifier que vous n'avez rien.
- Je n'ai rien, protesta faiblement Sherlock, trop engourdi (par le froid ? par le choc ?) pour écraser son front contre le nez de cet homme comme il l'aurait voulu.
Rien.
L'homme s'appliqua malgré tout à scruter ses pupilles et à prendre son pouls.
- Il est resté combien de temps sous l'eau ? demanda Sherlock en essayant de voir John par-dessus l'épaule de l'agent.
Sa montre qui était censée être waterproof était noyée et il ne pouvait certainement pas se fier à son téléphone.
- Pas longtemps.
- Combien ? aboya Sherlock à bout de patience.
Une voix près de la porte s'exclama que l'ambulance était là. Des secouristes entrèrent en courant, tirant une civière. Sherlock poussa l'agent sur le côté et rejoignit John, les jambes tremblantes. Les paupières closes, la peau délavée. Oh mon Dieu.
- Combien de temps d'anoxie ? demanda l'un des ambulanciers pendant que les deux autres soulevaient le corps inconscient.
- Entre une minute et une minute et demie, répondit un agent. On l'a très vite sorti de l'eau et on l'a réanimé aussitôt.
- Il respire ? demanda Sherlock.
On l'ignora, on l'empêcha d'approcher la civière. Il fut tenté de sortir le revolver trempé coincé dans sa ceinture et tirer en l'air pour se faire écouter. Il se contenta de suivre les secouristes qui retournaient à l'ambulance et parvint à convaincre le plus jeune (une vingtaine d'années, un petit ami un peu plus âgé, ni ses parents ni ses collègues ne sont au courant, grand amateur de comédies romantiques et de romans sentimentaux) de le laisser les accompagner (« C'est mon ami, vous ne comprenez pas, c'est mon ami. »)
- Il a été opéré il y a trois semaines, expliqua Sherlock pendant qu'on le reliait à un monitoring. Blessures par balles.
En pilote automatique, il commença à réciter le contenu du dossier médical de John. Calmement. C'était comme si des parties de son cerveau avaient été mises au repos. Il ne restait que la mémoire et la parole. Plus de réflexes, plus de peur, plus de sentiments.
On lui mit une couverture sur les épaules (« Vous êtes trempé »), de cet orange horrible qui eut le mérite de lui rappeler les premiers jours avec John, et l'insouciance.
La ligne verte des battements du cœur de John se brisa. L'ambulancière (quarante ans, deux enfants, passionnée de jardinage et de photographie) commença le massage cardiaque. Sherlock avait la tête dans du coton. Il n'entendait rien, ne sentait rien, ne voyait rien que le visage blême de John. John John John John
Whether you're a brother or whether you're a mother
You're stayin' alive, stayin' alive
Feel the city breakin' and everybody shakin'
And we're stayin' alive, stayin' alive
Ah, ha, ha, ha, stayin' alive, stayin' alive
Sherlock fixait avec des yeux hallucinés la bouche de l'ambulancière qui fredonnait du Bee Gee's comme si Moriarty n'avait pas déjà assez hanté ces derniers jours. Il savait que c'était une astuce pour garder le rythme lorsqu'on fait un massage cardiaque, mais…
La ligne verte reprit le cycle de ses pics.
- On est arrivés, dit le jeune secouriste en saisissant Sherlock par le poignet.
Il n'avait pas réalisé qu'il tenait la main de John. Il le laissa partir et suivit la civière. Il enjamba l'espace sur le trottoir où, gisant, il avait feint d'être mort (comment John avait-il eu la force de survivre) et entra dans l'hôpital. Encore.
On l'abandonna dans une salle d'attente, on lui donna du café, un homme de Mycroft vint l'informer que la situation était réglée, une infirmière vint lui dire que John était dans un lit, que son état était stable, qu'il allait se réveiller, qu'on le garderait en observation jusqu'au matin, qu'il pouvait aller le voir.
Il avança comme un fantôme jusqu'à la chambre, un fantôme orange et trempé jusqu'aux os. Son reflet dans la vitre de la porte (encore), la chambre déserte (encore), le corps endormi de John (encore), la chaise solitaire tout près du lit (encore).
Mais cette fois-ci était la dernière, parvint-il à se convaincre, ils seraient en sécurité, sans plus Moriarty ni Magnussen ni Mary. Ils reprendraient la vie d'avant, les petites enquêtes, les clients inintéressants, les affaires insolubles de la police.
Et si.
Et si John ne lui pardonnait pas d'avoir tué son enfant, s'il partait, du moins il serait en sécurité, et encore davantage puisqu'il n'y aurait plus d'enquêtes où l'entraîner.
Il inspira profondément, chassant ces pensées pour plus tard. La main de John, posée sur le drap rêche. Il l'attrapa prudemment, penché tout contre le lit, et la pressa sur ses lèvres. Il ne pleurait pas. John était en vie, c'était fini. Tout était fini.
- Je t'aime.
Un murmure, un secret contre sa peau.
- Il faut… que je sois en danger… de mort… pour que tu me le dises ? marmonna John en riant légèrement, si légèrement. Déjà l'autre fois.
Sherlock laissa échapper un soupir sur le dos de sa main, les yeux fermés, les coins de la bouche étirés en un demi-sourire. Il respirait à nouveau, il ne s'était pas aperçu qu'il s'était arrêté de respirer.
- Tu m'avais entendu l'autre fois ? demanda-t-il en se redressant comme si de rien n'était.
- Toute la rue t'a entendu. Tu hurlais.
Sherlock voulut formuler une réponse spirituelle et ironique. Les yeux baissés, fixés au bout de ses souliers ruinés par le chlore, il ne trouvait rien. Il évita de regarder ses mains, sur lesquelles il sentait encore la brûlure du sang. Un long silence passa. Sherlock bénit l'obscurité de la chambre.
- Tu ne dis plus rien, constata John en fermant les yeux, fatigué.
- J'ai tellement voulu te le dire quand je ne pouvais pas. C'est…
Il lâcha le fil de sa phrase et ne chercha pas à le rattraper, le visage vide. Il ne se sentait jamais vraiment à sa place quand il fallait parler de ce genre de choses.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé… à la piscine ? Tu es trempé, je suis à l'hôpital, je conclus qu'il s'est passé quelque chose.
Sherlock avait espéré ne pas devoir aborder le sujet si vite.
- Mary s'est rendue compte, je ne sais pas comment, qu'on l'avait piégée. Elle a essayé de t'étrangler. Les agents de Mycroft sont intervenus. Ils l'ont… tuée. Elle est tombée dans la piscine en t'entraînant avec elle. Je t'ai remonté.
Voilà. Mais il ne le dit pas.
John était choqué. Sherlock attendait la sentence.
- Elle a agi tellement vite qu'il aurait été impossible de la neutraliser autrement, précisa-t-il, comme si ça changeait quelque chose à la mort d'un enfant.
John leva la main pour le faire taire. C'est bon, j'ai compris. Il ne dit rien pendant un long moment, puis parvint finalement à articuler quelques mots.
- Le bébé est…
Mort. Il n'y avait pas d'autres mots, et celui-là était impossible à prononcer.
- Oui. Je suis désolé.
John tentait de réguler sa respiration. Il frotta son visage des deux mains, dissimulant ses yeux. Son front douloureusement plissé trahissait ses larmes. Sherlock ne savait pas quoi faire. Rien ne pouvait racheter cet instant.
- Tu veux que je te laisse seul ? demanda-t-il, très bas.
Il pouvait au moins ménager son intimité. John ne répondit pas mais attrapa sa main. C'était donc un non. Sherlock se leva pour s'installer au bord du lit. Il passa son bras autour de ses épaules, le serra contre lui.
- J'aurais préféré mourir, murmura-t-il presque sans le faire exprès, contre les cheveux châtains qui caressaient ses lèvres.
- Ne dis pas ça, s'il te plaît.
Sherlock se tut mais ne put arrêter de le penser. Il aurait préféré mourir que d'assister à ce malheur.
- J'ai besoin de toi pour supporter… ça. Alors ne dis pas ce genre de conneries, d'accord ?
Il acquiesça. Je ferai ce que tu voudras.
- Il n'y a aucune situation où il serait préférable que tu meures. Mets-toi ça en tête une bonne fois pour toutes.
Je ferai ce que tu voudras.
Ils restèrent immobiles de longs instants, enlacés dans le noir. Les vêtements de Sherlock séchaient lentement, à mesure que les draps et le matelas s'imbibaient. La respiration de John finit par s'apaiser totalement.
- Si tu veux un enfant, murmura Sherlock. Et si tu veux toujours de moi. On peut en avoir un, tu sais.
Il ne vit pas John sourire. Ils ne dormirent pas vraiment, somnolèrent par intermittence jusque sept heures. Un médecin entra dans la chambre, sermonna Sherlock pour l'état dans lequel il avait mis le lit (« Tout est trempé, vous risquez tous les deux la pneumonie ») et déclara à John qu'il pouvait quitter l'hôpital. Ils partirent à huit heures, après le petit-déjeuner. Mrs Hudson les accueillit avec un second petit-déjeuner.
- Ton frère m'a dit ce qu'il s'était passé.
Elle n'ajouta rien et leur servit le thé. Ils montèrent chez eux, avec la sensation que tout avait changé. Ils étaient étonnés de retrouver sur la table basse les tasses dans lesquelles ils avaient bu, le livre que John avait lu avant de partir, même pas dix heures plus tôt. Contre le bureau, un homme de Mycroft avait posé la canne laissée à la piscine.
Sherlock vida ses poches sur la table de la cuisine : son portefeuille, son téléphone, le revolver. Tout était détrempé.
- Je vais me laver, marmonna-t-il en détachant sa montre.
John avait essayé de rallumer son portable (sans succès) et cherchait du riz dans les placards.
- Attends, dit-il et claqua une porte.
Sherlock fronça les sourcils. John posa le riz sur la table.
- Viens.
Il l'embrassa. Sherlock aurait voulu ne pas être surpris mais il l'était. John n'était pas en colère, il était toujours là et il voulait toujours de lui.
- Je vais me laver, répéta-t-il en se dégageant à contrecœur de son étreinte.
Bain. Besoin de se réchauffer. Il se déshabilla après avoir ouvert le robinet d'eau chaude (brûlante). Regarda son reflet dans la glace, essaya d'oublier toutes les cicatrices. Son corps n'était peut-être pas entièrement détestable. Peut-être que John serait de cet avis.
Il entra dans le bain. Il avait mis trop de mousse, comme à son habitude, mais ça permettait de ne pas voir ce qui se passait sous l'eau. Il se détendit et ferma les yeux.
Il les rouvrit en entendant John pousser la porte.
- Ça te dérange si je te rejoins ?
Sherlock n'hésita pas longtemps.
- Non, viens.
Il ferma à nouveau les yeux et ne les rouvrit que lorsque John fut dans l'eau jusqu'aux épaules. Il y eut quelques complications logistiques quand il s'agit de déterminer l'emplacement idéal de leurs jambes dans la modeste baignoire. John provoqua quelques vagues en se penchant en avant pour l'embrasser.
- Je t'aime.
- Je t'aime.
A suivre...
Lundi prochain, je vous laisserai découvrir la dernière partie, intitulée d'après l'une des (seules) chansons optimistes d'Amy Winehouse. Pourrez-vous deviner de laquelle il s'agit? :D Sinon c'est pas grave, je vous aime quand même.
A part ça, si je calcule bien il nous reste 48 jours avant la sortie de la saison 4. Oh man. Oh. Man.
Je suis tellement tellement pas prête (c'est mignon, avec des hiatus aussi longs, que je sois toujours si peu psychologiquement préparée à chaque nouvelle saison. Oh. Man.)
