Beaucoup de choses changent dans ma vie pour l'instant : je sors d'une relation de 2 ans et demi, j'essaie de devenir vegan, je tente de vivre une existence libre d'hétéronormativité, j'ai reçu l'accord de mes promoteurs pour produire un mémoire gay (j'ai la ferme intention de vomir des arcs-en-ciel lors de ma défense), je vais faire un travail universitaire sur la rhétorique et la poétique de la crack-fic... Mais je suis toujours en retard pour poster mes chapitres. Y a des choses qui ne changeront jamais.

Plusieurs personnes ont relevé des soucis dans le chapitre précédent (et le paragraphe de réflexion intertextuelle qui le suivait) : j'ignorais que l'histoire des étagères était une expression courante indépendamment de la série Queer as folk... au temps pour moi !

Concernant la même phrase : je ne suis pas sûre que le sourire de Molly aille contre l'interprétation "Sherlock a couché avec le vendeur de fish'n'chips". Je pense qu'elle sait que Sherlock est amoureux de John (cfr The Reichenbach Fall : "You always look sad when you think he can't see you", pour moi cette phrase recouvre plein de choses, dont ça), donc elle sait qu'il est gay (ce qui rend le "Maybe I have a type" qui suit beaucoup plus triste pour elle : son type, c'est pas les sociopathes, mais les mecs gay), donc elle peut capter la private joke et en sourire. MAIS même si ça ne passait pas au niveau de l'histoire (des faits) (autrement dit, même si Sherlock ne voulait pas dire qu'il avait couché avec lui ; qu'il faisait simplement de l'ironie à la "évidemment que je l'ai aidé grâce à mes talents de détective, what else"), le fait que Gatiss ait choisi de mettre cette phrase dans cette ligne de dialogue sert, à un niveau méta, de signal clignotant disant "this guy is gay" (comme les très nombreux autres signaux : "I'm flattered - You shouldn't" avec Irene, quand il prouve qu'il connaît ses mensurations ; les 30 secondes d'inutile matage de mecs musclés à Buckingham Palace (dans The Sign of Three) ; "Girlfriends, not really my area" ; "Whatever you are / I know the kind of man you are" de Janine ; etc. etc. : ce sont des détails qui peuvent être compris de plusieurs façons et qui ne sont pas forcément gay dans leurs motivations dans l'histoire/les faits, mais qui renvoient à "Sherlock est gay" dans un plan plus métaphorique/rhétorique)

Et, non, Sherlock n'a pas eu le temps de se laver les cheveux. J'en suis consciente (de là à dire que c'est 100% volontaire... héhé) et je trouvais ça """amusant""" (notez la présence massive de guillemets) de montrer un Sherlock tellement à fond dans cette enquête, tellement speedé dans sa vie en général, qu'il refuse de perdre du temps à se laver les cheveux. Du coup après le sang a séché, c'était atroce et douloureux à enlever. Voilà toute l'histoire xD

Mais quelle introduction de fou malade.

Je vous laisse lire ce beau petit chapitre :D


You're the sweetest thing I have ever known


- Oh, John. John… John.

Les ressorts du lit grinçaient. John buvait le soleil du matin sur la peau de Sherlock. Les mains agrippées, les souffles mêlés, les corps embrassés.

- Hm-hmmm, soupira Sherlock comme un acquiescement. Je te tue si tu arrêtes. Je te–

- Je t'aime.

Le téléphone de Sherlock vibra sur la table de nuit. Une longue main blanche l'attrapa maladroitement, à l'aveuglette.

- Attends, je dois voir… si c'est pas Lestr-ah-ade…

- Fais pas chier, marmonna John en lui mordant la clavicule, sans interrompre ses mouvements.

Sherlock sourit mais vérifia quand même l'écran. Il le repoussa d'un coup d'épaule et John se retira en grommelant.

- C'est Lestrade, se justifia-t-il en décrochant. Allô. Oui. Non, je ne faisais rien de partic-ah !

Il tenta d'éloigner le visage de John qui s'était aventuré entre ses jambes, pour se concentrer sur ce que lui disait Lestrade (sa bouche, cette bouche le déconcentrait constamment). Un gargouillis inhabituel s'échappa de sa gorge.

- Tout va bien ? demanda Greg, confus.

- Oui-oui, je t'éc-coute… C'est juste John qui–

Il ne voyait pas comment finir sa phrase et décida de la laisser en suspens. Lestrade se remit donc à exposer la situation qui l'amenait à appeler Sherlock à l'aide, et ce dernier écoutait le plus silencieusement possible en subissant avec un sourire en coin le traitement de son médecin particulier. Puis il fut impératif qu'il raccroche.

- Hun-hun, okay, pas de souci, j'arrive dans une demi-heure, salut.

- Je n'ai pas fini de–

Le téléphone tomba dans les oreillers et Sherlock gémit.

- Oh. John.


Mrs Hudson n'était toujours pas redescendue du nuage où elle avait été propulsée le jour où Sherlock lui avait annoncé comme si ce n'était pas l'événement du siècle que John et lui-même étaient ensemble (« Pas platoniquement, avait-il ajouté. Sentimentalement. Romantiquement. Sexuellement. » Comme si toutes ces spécifications prononcées d'un ton détaché, scientifique, avaient été nécessaires.)

Elle le savait depuis le début, bien sûr, elle l'avait senti dans ses os (dans sa hanche, plus précisément) quand ils s'étaient embrassés pour la première fois, et elle avait entendu deux ou trois choses que les murs trop fins de sa vieille maison ne pouvaient étouffer, mais elle n'avait rien dit et avait attendu. « Vis et laisse vivre. » Elle n'allait pas commencer à être indiscrète (pas plus que d'habitude) à son âge.

Mais depuis qu'elle avait été officiellement mise au courant, elle ne voyait plus de raison de se retenir.

- Il faut faire attention à Sherlock, dit-elle en tapotant doucement le poignet de John. Il fait le fier et il fait le fort mais il est… comment dire ? Vulnérable.

John remuait sa cuillère dans sa tasse de thé, perplexe comme à chaque fois que leur propriétaire se lançait dans ce genre de conversations.

- Mais tu le sais déjà, n'est-ce pas ? ajouta-t-elle avec un grand sourire. Tout ce que je veux dire, c'est qu'il faut faire attention. Il ferait n'importe quoi pour te faire plaisir, même s'il n'est pas prêt. N'en abuse pas, même inconsciemment.

- Où voulez-vous en venir ? s'impatienta John, graduellement de plus en plus inquiet.

- Je parle de sexe, John.

Il haussa les sourcils le plus haut qu'il put et se leva, les poings sur la table, en s'éclaircissant la gorge. Ce n'était pas le type de discussion qu'il appréciait particulièrement avoir avec une petite dame âgée qui lui préparait du thé et des biscuits à intervalle régulier.

- Vous n'aviez pas une étagère à réparer ? lança-t-il pour ramener l'attention sur l'objet initial de sa visite.

Mrs Hudson se leva également, agitant vers lui un index sévère.

- J'ai vécu une vie longue et mouvementée, j'ai vu et fait des choses qui te donneraient des cheveux blancs, commença-t-elle. Ne crois pas que je sois innocente. Mais Sherlock l'est, d'une certaine façon.

John ne répondit rien, les poings toujours plantés dans la table. Il ne savait pas trop s'il devait rire ou rester sérieux. Il eut sa réponse en voyant Mrs Hudson esquisser un sourire attendri.

- J'ai menti. Je ne parlais pas que de sexe. Et mon étagère va très bien.

Il sourit, se détendit. Elle s'inquiétait, c'était tout. Il se rassit et acheva son thé. Elle resta debout, les mains jointes et la tête penchée, affectueuse.

- Il n'a jamais eu personne, commença-t-elle.

- Je sais.

- Il ne sait pas comment ça fonctionne. Les relations.

- Je sais, mais pour l'instant ça va. Ça va très bien.

Il souriait et il n'y avait aucun mensonge dans ses yeux, uniquement une lumière qu'il n'avait jamais connue. Tout allait très bien.


Un jour (il était quatre heures de l'après-midi et il faisait un peu frais pour la fin août mais Sherlock préférait que ce soit ainsi pour pouvoir porter son Belstaff sans étouffer sous la laine noire) John décida que la meilleure façon de célébrer la résolution de leur dernière enquête en date était de manger une glace.

Il avait repéré un petit kiosque au coin de la rue. Sherlock l'attendait sur le trottoir opposé pendant qu'il achetait les deux cornets (cookie dough pour John, chocolate chip mint pour lui), les yeux parcourant la vitrine d'un bijoutier. Un éclat doré retint son attention mais une main se glissa dans la sienne avant qu'il ait pris une décision.

- Tiens, dit John en lui tendant l'une des deux glaces qu'il tenait d'une main, comme un improbable jongleur.

- Merci.

- Tu as trouvé quelque chose pour l'anniversaire de Molly ? demanda-t-il en désignant la vitrine du menton.

- Oui, mentit Sherlock avant de refermer les lèvres sur le sommet de sa glace.

Il pointa du doigt une zone aléatoire de l'étalage, sans vraiment regarder.

- Ce sont de belles boucles d'oreilles, acquiesça John. On repassera les acheter plus tard, quand on ne risquera pas de répandre du sucre sur tous leurs présentoirs.

Sherlock sourit en l'attirant vers lui.

- Je t'ai déjà dit que je t'aimais ? chuchota-t-il, à quelques centimètres de son visage.

- Ça a dû t'échapper une ou deux fois, répondit John en soutenant son regard plus qu'intense.

Il s'avéra que l'association des parfums de leurs deux glaces n'était pas des plus heureuses.


- John.

- …

- John.

- …

- John.

- …

- JohnJohnJohnJohnJo

- Quoi ?

- …

- Sherlock, qu'est-ce qu'il y a ?

- John.

- Tu aimes juste prononcer mon prénom, c'est ça ?

- …

- Je t'aime.

- …

- …

- John.


Sherlock venait d'entrer dans la pièce où le cadavre gisait, Lestrade venait de commencer à lui expliquer les différentes pistes découvertes par les médecins légistes. Il ne bougeait pas, les mains dans les poches, la tête baissée. Pensif.

John arriva derrière lui et trouva étrange qu'il ne soit pas déjà en train de s'agiter autour du corps à la recherche d'indices passés inaperçus pour le commun des mortels. Un peu inquiet, il posa une main sur son dos et Sherlock bougea légèrement la tête pour lui jeter un regard de côté.

- Ça ne t'intéresse pas, ce que je te raconte ? lâcha finalement Greg, excédé. Je te rappelle qu'on a un cadavre, qu'on ne sait pas comment il est arrivé là et qu'un tueur est en liberté !

Sherlock fit la grimace, offusqué qu'on puisse prétendre qu'il n'était pas intéressé par un meurtre en chambre close accompli sans laisser la moindre trace sur le corps de la victime.

- A vrai dire ton bavardage me distrayait d'une importante réflexion.

- C'est-à-dire ? aboya Lestrade en croisant les bras.

Sherlock haussa un sourcil. Il n'aimait pas son ton. Et parce qu'il n'avait littéralement aucune pudeur lorsqu'il s'agissait d'exaspérer quelqu'un…

- Je viens de me rendre compte que j'ai passé toute ma vie à croire que le sexe était une dangereuse distraction qui menaçait la pensée rationnelle et obscurcissait l'esprit.

Il prit une inspiration brève et profonde, comme lorsqu'il s'apprêtait à conclure une longue chaîne de déductions, et sortit les mains de ses poches.

- Alors qu'en fait, je suis beaucoup plus efficace depuis que John (il désigna John du pouce) et moi-même avons une vie sexuelle plus que satisfaisante (John lui fila un coup de coude qui se voulait discret, mais il souriait comme un imbécile heureux). Et non, ce que tu me racontes ne m'intéresse pas, parce que c'est un tissu d'inepties. C'est son pharmacien qui a tué cette pauvre femme : il était – pas amoureux, simplement persuadé de ses droits sur sa vie – et ne pouvait accepter qu'elle ne soit pas intéressée – lesbienne, si j'en crois les ongles et les mille autres détails que je ne te ferai pas l'affront d'énumérer – alors il a empoisonné au mercure sa crème contre l'eczéma.

- Eczéma ? répéta Lestrade, hébété. Comment–

Sherlock soupira et se lança dans la longue énumération de tous les détails révélant l'eczéma, tellement manifestes qu'il n'avait pas eu besoin de s'approcher de moins de deux mètres du cadavre pour les voir.

- Et tu ne vas pas me faire croire que tes pouvoirs d'observation et de déduction ont décuplé parce que John te… tu sais quoi, marmonna Greg, abasourdi, en prenant note du mieux qu'il pouvait.

- C'est évident, répondit John avec un sourire en coin. Maintenant excuse-nous, mais il faut qu'on parte. Je dois récompenser le génie de Sherlock en le… tu sais quoi.

Sherlock baissa les yeux, essayant sans succès de retenir le sourire hystérique qui étirait le côté gauche de sa bouche. Il attrapa la main de John et l'attira hors de la pièce, tournant le dos à un Greg complètement hors de lui.

- C'était déjà pénible de supporter la tension sexuelle entre vous quand vous n'étiez pas ensemble ! cria-t-il derrière eux.

Il ajouta quelque chose au sujet des cadavres qui allaient revenir à la vie tellement ils mettaient tout le monde mal à l'aise, mais Sherlock ne l'entendit pas très bien. Trop concentré à regarder John rire silencieusement. Violemment.

- Ah, si tu savais depuis combien de temps je rêvais de faire ça, conclut-il lorsqu'ils furent de nouveau en rue.

- Quoi, me sodomiser pour me féliciter d'avoir résolu une enquête ? murmura pensivement Sherlock en cherchant des yeux un taxi.

John fit la grimace.

- Ta façon de parler de sexe me laissera toujours… perplexe. (Sherlock sourit) Non, je parlais de Greg.

- Je sais.


John poussa doucement la porte de l'appartement. Sherlock dormait peut-être encore, affalé dans le divan où il l'avait laissé une heure plus tôt.

- Hmmmm… tu étais où ?

Sa voix était encore encombrée de sommeil et ses cheveux rebiquaient dans tous les sens. Il le regardait de ses yeux si si si bleus, la tête basculée en arrière par-dessus l'accoudoir du divan d'où il ne parvenait apparemment pas à sortir.

- Sorti acheter du lait, répondit-il laconiquement en désignant le sac de chez Waitrose.

- Le Waitrose le plus proche est à dix minutes en métro alors qu'il y a un Tesco Express en bas de la rue. Je suppose que tu ferais un effort pour mieux mentir si tu voulais me cacher quelque chose de grave, donc tu cherches à me faire une surprise. Je serai magnanime et je ne chercherai pas à déduire quel cadeau tu m'as acheté, ni pour quelle occasion, bien que la question soit légitime vu que trois mois nous séparent encore de Noël. Tu n'as qu'un sac en plastique et tu ne l'aurais pas caché dedans, donc dans ta poche, donc c'est un petit objet. Tu fuis mon regard, donc–

- Tu viens de dire à l'instant que tu ne chercherais pas à déduire ce que c'est ! protesta John en serrant son poing dans sa poche.

Autour d'une très petite boîte en velours.


A suivre...

La semaine prochaine... l'avant-dernier chapitre ! Déjà. Quelle tristesse. C'est d'autant plus triste que je n'ai pas encore commencé le dernier chapitre. Ce serait amusant que je le sorte avec une semaine de retard. Parce que ce serait tout juste une semaine avant la diffusion de la saison 4. Je dis ça je dis rien.

JE DIS ÇA JE DIS RIEN.