C'est la rentrée des classes, aujourd'hui. Shane est comme à son habitude très classe et propre, ses boucles docilement plaquées sur sa tête, son dos bien droit, devant la Berline noire de son chauffeur. Il regarde l'heure sur sa montre luxueuse, cadeau pour ses treize ans, une Cartier qui valait bien un mois de salaire de son chauffeur. Il a cinq minutes d'avance, il est donc à l'heure. Un Walsh n'arrivait pas à l'heure ou en retard, mais en avance, avec distinction et sobriété.
La Berline quitte le parking, et il serre la poigne de son précieux sac en cuir Hermès, avançant dans l'allée. Quelques camarades aussi richement vêtus que lui le saluent chaleureusement, du moins en apparence, car les Walsh ont de l'influence, à New York. On lui fait de la place dans les couloirs, on lui sourit avec politesse, d'autres mains serrent la sienne. Shane glisse quelques remarques humoristiques, offre quelques sourires chaleureux aux filles qui tentent de l'appâter, ne sort pas de son rôle de petit héritier parfait. Une routine quotidienne qui l'avait enchaîné aux rouages d'une machine impitoyable, dans un monde où tout n'était question de possession et pouvoir. Shane est un prisonnier plutôt docile, un mouton imbécile qui se faufile entre les élèves, déjà maître des lieux.
Mais une épaule percute la sienne, et un silence étrange s'empare du couloir bondé. Une seconde passe, durant laquelle Shane tente de comprendre l'incident qui vient de se produire. Le petit mouton cherche fébrilement celui qui vient de titiller des rouages pourtant parfaits. Des yeux bleus et durs percutent les siens, apportant une drôle de lumière que Shane n'a jamais vu auparavant.
Le garçon a beau être propre, Shane voit les trous dans son jeans, l'usure de ses baskets certainement trop petites. Encore un des quartiers pauvres qu'on avait récupéré pour satisfaire les quotas. Un de ceux qui, habituellement, rasait les murs en attendant leur expulsion du fait de leurs médiocres résultats scolaires.
Et Shane se perd dans le regard du garçon débraillé et insolent, ne respectant pas l'ordre social instauré par la richesse et le prestige de l'établissement. A tous les coups, c'était un boursier qui pensait avoir une chance de sortir du quartier.
Mais il y a une flamme dans les pupilles du garçon. Une étincelle étrange, chaude et attirante. Quelque chose de brutal, et d'humain. De la défiance. Il lui lance un regard froid, puissant, mais le garçon ne faiblit pas, riposte en redressant fièrement le menton, pas prêt de s'excuser. Shane le pousse alors d'une main, et l'autre hausse un sourcil. Une fille porte une main à sa bouche, chuchote quelque chose à sa partenaire, mais Shane ne voit que le garçon, qui le pousse à son tour.
Et, sans savoir pourquoi, Shane se met à sourire.
Shane sursauta brusquement en s'éveillant, regardant autour de lui pour trouver un repère après son rêve. Le visage de Carol apparut au-dessus du sien, et il passa une main éreintée sur ses yeux. Ils étaient sous un pont, et il avait été de garde presque toute la nuit. Perchés sur des buttes, Glenn et Hershel montaient la garde, alors que les premiers rayons du soleil perçaient leur trou. L'humidité le fit tousser, et il se redressa, courbaturé.
« Depuis…depuis quand… »
« A peine trois heures. Tu étais si épuisé, on n'a pas voulu te réveiller. » Chuchota Carol en tentant de lui sourire, mais ne put que grimacer. Elle n'avait visiblement pas dormi et semblait même lui en vouloir.
Shane se détacha du mur, clignant des yeux pour mieux se réveiller, alors que le reste du groupe commençait tout juste à remuer. Il croisa le regard dur et froid de Lori, qui serrait son couteau dans sa main, assise dans la même position depuis des heures. Les deux détournèrent rapidement le regard, et Lori se pencha sur Beth et Maggie, qui s'étaient collées l'une à l'autre pour se tenir chaud.
« Elle n'a pas dormi de la nuit. » Informa Carol à Shane, qui se pencha discrètement vers elle. « N'a pas mangé non plus. »
Il hocha la tête, émit un grognement, glissa le fusil à pompe sur ses épaules, montant la butte pour rejoindre Glenn. Celui-ci eut un mouvement inconscient de recul, et si Shane tiqua face à sa méfiance, il n'en parla guère.
« Du mouvement ? » Demanda-t-il d'une voix rauque, acceptant avec plaisir la bouteille d'eau du Coréen.
« Non, rien. Mais T et moi…Y'a un orphelinat à cinq kilomètres d'ici, j'ai la carte et le chemin à faire. C'n'est pas Fort Benning mais on ne peut pas faire mieux pour l'instant. Alors… »
« Hmm. » Approuva Shane en inspectant les horizons.
Glenn poussa un profond soupir, attirant l'attention du policier, et il fronça les sourcils.
« J'suis désolé d'avoir reculé quand je t'ai vu mais…Tu devrais vraiment laisser Hershel t'examiner. T'as une sale tête, et tes plaies sont encore ouvertes. »
« C'est bon, j'me sens bien. » Répliqua Shane en redescendant la pente, alors que les autres se réunissaient. « O.K. tout le monde, on rassemble nos merdes et on s'bouge ! »
« Et on va où ? » Grogna Maggie, suspicieuse. « Pourquoi ce serait à toi de décider, hein ? »
« Tss, tu veux p'têt me dire où aller, hmm ? Une proposition, un avis ? »
« Ouais, on a tous notre mot à dire dans cette histoire. Notamment sur toi et ton rôle de pseudo-chef. »
Un tic nerveux agita la mâchoire de Shane, qui eut un demi-sourire aigre.
« C'est vrai, on a tout perdu à cause de toi. »
« Moi ? » Il pencha la tête sur le côté, ricana. « Merde, vous gardiez des Rôdeurs dans une grange, vous n'vouliez pas qu'on soit armés, et maintenant tu vas m'dire que c'est d'ma faute ? »
« Calme-toi Shane. »
« Oh j'suis parfaitement calme, doc'. J'explique juste à votre fille pourquoi je peux m'permettre de diriger c'groupe. »
Il posa ses deux bras sur son long fusil au-dessus de ses épaules, dans une position clairement avantageuse, légèrement en hauteur.
« Vous voulez partir ? Très bien, allez-y, tracez votre route, j'n'vous retiens pas. Mais moi j'vais tâcher d'me trouver un toit pour la nuit prochaine et les suivantes si possible. Vous savez comment survivre en-dehors de votre ferme ? J'vous en prie, vous inquiétez pas pour moi. Mais si vous restez ici, alors on fait ça avec mes règles. J'n'compte pas perdre encore quelqu'un, j'veux juste que tout le monde reste en vie, O.K. ? Alors on va prendre nos affaires et aller dans cet orphelinat. »
Lori marcha jusqu'à Carol, le jaugeant du regard. Il la suivit des yeux, le visage ferme et les yeux grands ouverts, presque menaçant. Non tu ne pars pas, certainement pas toi. Le message était clair.
Lori n'avait peut-être pas dormi, mais elle avait beaucoup réfléchi. Elle n'avait aucune chance de survivre seule à cet instant, mais il était hors de question de passer le restant de ces jours avec Shane. Parce que si son bébé vivait, elle refusait qu'il se prenne pour son père.
« Il devient fou. » Chuchota-t-elle à Carol, sachant que seule la femme pouvait être de son côté. « Tu ne vois pas qu'il va tous nous tuer ? »
« Je… » Carol ouvrit la bouche, haussa ses maigres épaules. Le regard de Lori sonda son âme, et sembla y trouver toute la peur, toute la terreur engendrée par ce monde tenir dans le seul corps de la Peletier. « Je pense qu'il peut vraiment nous aider. » L'ombre de Shane couvrait la femme, comme pour la protéger ou l'engloutir définitivement. Carol n'était pas forte, qu'avait-elle bien à offrir pour se défendre ?
« Tu le penses ou tu l'espères ? » Siffla la Grimes, sans écouter sa réponse.
Elle attendait simplement son heure. La patience allait être son plus grand atout.
« Et si cet orphelinat est rempli de morts, qu'est-ce qu'on fait ? Si on ne peut pas y vivre ? »
Shane quitta Lori des yeux pour les ancrer dans ceux apeurés de Beth. Beth qui avait essuyé ses larmes la veille, et qui attendait qu'on sèche les siennes. Mais Shane avait besoin d'un toit au-dessus de leur tête pour stopper ses larmes sur le long terme.
« Alors on nettoiera l'endroit. On le prendra quoiqu'il en coûte. »
« Je ne suis pas… »
« Putain, Maggie ! Il s'agit de ta putain de survie ! Tu veux crever dans cette forêt, c'est ton problème ! C'est votre problème à tous, d'ailleurs ! Quoi, vous…vous croyez quoi, que ça me plait, cette situation, hein ? Que j'suis qu'un meurtrier qui mérite de crever, hmm ? Mais pourquoi vous continuez d'me suivre, alors ? Mettez-vous ça dans l'crâne : avec moi, c'est marche ou crève. C'est vous qui avez cru que les Rôdeurs étaient vivants mais c'est moi le putain d'taré ! Vous pensez qu'on est encore dans l'monde des Bisounours, ça n'vous a pas suffi c'qui s'est passé hier ?! Je n'suis pas Rick moi, j'vous aiderai pas en vous écoutant m'critiquer à longueur de journée ! Hershel, c'était votre ferme et vos règles, et bah aujourd'hui, c'est MON monde avec MES règles. Si vous restez, vous suivez mes ordres, c'est clair ? On n'est plus en démocratie, pigé ? On n'débattra pas 107 ans sur un sujet aussi clair que celui-ci ! »
Un lourd silence ponctua son monologue, mais personne ne le contredit. Chaque regard se baissa lorsqu'il chercha à les confronter, signe de leur abdication. Seuls T-Dog et Hershel l'affrontèrent, le vieillard avec colère et résignation, tandis que T semblait vérifier s'il allait encore péter un câble du fait de la veille, mais Shane descendit de son perchoir et ramassa lui-même les affaires, alors qu'on lui faisait de l'espace et qu'on évitait tout contact.
Et Shane se retrouva dans ce foutu couloir où il avait rencontré Rick Grimes pour la première fois de sa vie, lorsque personne n'osaient l'affronter à part lui.
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« Yo, Carl. »
Le gamin sursauta au contact de Daryl, qui ne s'en offusqua guère. Il avait simplement touché sa joue du doigt, mais le gosse l'avait rejeté avec panique voire violence, prêt à prendre son arme.
« Tu vas pas m'descendre moi aussi ? » Tenta Daryl en grimaçant, pour le faire rire. Mais il se rappela soudainement ce qu'avait fait le gamin la veille, et il se mordit la langue jusqu'au sang. « Désolé gamin, je… »
Carl repoussa une nouvelle fois sa main et descendit les escaliers, où Andréa s'activait déjà. Daryl soupira et descendit à son tour, suivant le garçon des yeux.
Celui-ci hocha la tête à la vue d'Andréa, qui lui remit son chapeau, tombé du haut des escaliers lorsqu'il s'était endormi. Daryl apprécia le thé que la femme lui offrit, grognant de satisfaction quand l'eau chaude et parfumée réchauffa son être.
Puis, fronçant les sourcils, il remarqua le silence de la pièce. Pas un grognement ni un râle, et le sourire d'Andréa répondit à sa question avant-même qu'il ne la pose.
« T'aurais dû m'attendre, j't'aurais prêté main-forte pour nettoyer. » Gronda-t-il en passant une main fatiguée sur ses yeux. « Nan j'veux pas de tes putains d'haricots, mange ta bouffe Carl. »
Celui-ci haussa les épaules et rejeta la dernière conserve, alors que Daryl tournait son buste vers l'enfant, assis à côté de lui.
« J'ai dit : mange. »
Carl secoua la tête, ouvertement défiant, et le poing du Dixon frappa la table si fort que l'avocate sursauta.
« Putain Carl ! » S'écria le chasseur, hésitant toujours un peu. « Mange ! »
« Je n'ai pas envie d'manger, d'accord ?! » S'écria le garçon, s'exprimant pour la première fois depuis de longues heures. « J'n'veux pas dormir, j'n'veux pas manger, j'n'veux pas que tu t'prennes pour mon père, parce que tu l'es pas, connard ! »
Et il quitta la table, renversant la boite devant le Dixon. Ce dernier voulut le suivre, énervé contre ce gosse qui n'se prenait pas pour d'la merde, mais Andréa lui intima de laisser tomber.
« Il se calmera tout seul, tu verras. »
« Et comment, hmm ? L'avocate va p'têt me sortir un p'tit plaidoyer sur un orphelin qui mérite des baffes ? »
« C'n'est pas aussi simple pour lui, laisse-lui du temps. »
« C'est simple pour personne. » Trancha-t-il d'une voix aigre.
Compréhensive, la jeune femme ne répondit pas, alors qu'il se levait dans l'optique d'aller chasser.
« Vous restez ici, je serai de retour avant la nuit. Et si j'n'reviens pas… » Il laissa sa phrase en suspens, haussa les épaules d'un geste fataliste. « Tu sais quoi faire. »
Mais Andréa se rendit compte que non, elle n'en savait rien, mais le laissa tout de même partir, certainement oppressé par l'atmosphère tendue de la pièce.
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L'odeur de la charogne leur vint au nez avant même qu'ils ne voient l'orphelinat. Shane en tête, la lunette de son fusil face à son œil et la bouche légèrement ouverte, il ouvrait lentement la voie à son groupe, s'attendant au pire.
L'endroit, tout fait de pierre et métal, était véritablement sordide. Des corbeaux volaient au-dessus de l'établissement, et les grandes grilles noires forgées en fer grincèrent violemment lorsqu'il repoussa le portail. Des corps jonchaient la cour extérieure, et il entendit quelqu'un vomir dans son dos.
Il rangea le fusil dans son dos et sortit son long poignard à cran d'arrêt, se tournant vers son groupe.
« On fait ça en silence, pièce par pièce, lentement et calmement. On évite au maximum les armes à feu. Tout ira bien, O.K. ? »
Personne ne lui répondit, mais il commençait à avoir l'habitude. T-Dog et Glenn juste derrière lui, il pénétra l'orphelinat, le cœur battant, la sueur coulant le long de ses tempes.
Il sentit une main crocheter son dos, comme il l'avait demandé, afin qu'ils ne forment qu'une chaîne humaine résistante aux hordes. D'ailleurs, les premiers morts se firent voir, et Beth gémit dans la file, serrant la main de sa sœur.
Shane s'arrêta une seconde, le visage dur et indécis. Les premiers cadavres étaient de petits enfants, tous dans un état épouvantable, et l'un deux n'avait plus qu'un bras et un œil qui pendait hors de son orbite. Puis d'un pas assuré, il se dirigea vers les enfants et les tua froidement, sans toutefois les abîmer plus encore. Les autres ne l'avaient pas suivi, et il sentait leur profonde gêne face à son acte. Les corps tombèrent au sol dans un bruit mat, et il se passa une main brûlante sur son front fiévreux, l'image de Carl s'imprimant sur les visages décomposés sous ses yeux. Il se détourna en poussant un grognement, tapa deux fois le coin de sa tête qui n'était pas blessé avec fureur, et aussi pour se donner du courage.
« Je n'peux pas faire ça. » Lança Maggie, paniquant comme lui. « Je… Je ne… » Elle s'accrocha à Glenn, qui lui murmura une parole réconfortante à l'oreille.
Carol se mit à pleurer bruyamment, se détournant des corps, et la langue de Shane passa sur ses lèvres avec impatience.
« Il faut l'faire ! » Dit-il pour les encourager. « Pour notre survie ! »
Mais Carol et Beth refusaient de regarder les cadavres ambulants, alors que d'autres s'amenaient.
« Raaaah ! » Lâcha-t-il en repoussant T-Dog. « O.K., très bien. Que tous ceux qui ne peuvent aller plus loin surveillent la cour et le portail. Les autres, avec moi. »
T-Dog le suivit fidèlement, de même qu'Hershel et Glenn, mais il eut un mouvement de panique en voyant Lori s'avancer, son propre couteau à la main, l'expression complexe.
« Lori… » Commença-t-il, mais elle l'ignora, passant une main absente sur son ventre. Il déglutit avec difficulté puis reprit son avancée meurtrière, jetant souvent des coups d'œil à l'arrière.
Combien d'enfants avaient-ils croisés ? Combien bloqués dans des chambres fermées à clé, qu'on n'avait eu le courage de descendre, combien coincés dans le sous-sol condamné, combien…
Shane n'avait vu que du sang, à tel point qu'il avait senti son âme se teinter de la même couleur. Des milliers d'enfants morts, grouillant partout, sur et en lui, cherchant de leurs petites mains à déchirer sa peau pour dévorer sa chair, et lui, seul contre tous, tuant sans réfléchir, fermant les yeux lorsque Carl surgissait dans son esprit, T et Glenn ayant abandonné l'idée de l'aider tant il y allait franco.
Il y eut un moment où le couteau ne suffit plus. Il attrapa une batte de base-ball accrochée à un mur, abandonna son fusil, et défonça les cadavres en hurlant, implorant l'Univers de lui pardonner son massacre, son énième meurtre, ne sachant plus s'il suait ou s'il pleurait.
Le dernier enfant devait avoir une douzaine d'années, il était brun et se tenait seul dans la salle commune, au fond du bâtiment, comme s'il l'avait attendu toute sa vie. Shane franchit les derniers quarante mètres en marchant puis en courant, ignorant les voix derrière lui qui l'appelaient à la raison. Il leva sa batte au-dessus de la tête de l'enfant, poussa un dernier cri de rage.
Mais Lori passa devant lui, stoppant net son geste. Elle renversa l'enfant, et le maintint sous sa poigne ferme.
Dieu qu'il ressemblait à son fils. Son tout petit bébé, qui aimait tant défier sa mère jusqu'à en mourir. Intègre à lui-même jusqu'au bout. Carl ne méritait pas de pourrir ainsi.
« Je suis désolée, bébé… » Murmura-t-elle à l'inconnu qui tendait ses dents pourries vers elle. « Je t'aime, Carl. Je t'aimerai jusqu'au bout. »
Le poignard trouva son chemin tout seul, comme le hurlement qui jaillit de sa gorge, tandis qu'elle frappait encore et encore, jusqu'à ce que le visage disparaisse, jusqu'à ce qu'elle dérape sur le sang, jusqu'à ce que Shane saisisse son bras, l'arrêtant à son tour. Elle leva un visage fou vers le policier, haletante. Sa peau était encore plus chaude que la sienne.
Shane voulut dire quelque chose, mais sa respiration lourde et sifflante l'en empêcha. Il balbutia, trembla puis flancha, et Glenn remarqua enfin le pus qui suintaient de ses blessures au visage.
Le policier s'écroula soudainement au sol, juste à côté des restes du Rôdeur, sombrant dans l'inconscience.
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Andréa et Carl marchaient tranquillement entre les rues silencieuses et abandonnées, fouillant les maisons une à une. Ils avaient marché vingt minutes avant de tomber sur une petite bourgade, ville-fantôme où ils espéraient trouver des vivres. Le visage toujours aussi dur et froid, le Grimes surveillait les environs d'un œil vif et attentif, le doigt sur la détente, l'autre main sur la poigne de son couteau. Andréa ne savait comment réagir à tout ça. Il ne montrait aucune autre émotion que la colère, prêt à exploser à tout moment, mais restant la plupart du temps calme et quasi-insensible. Et ça ne faisait qu'une journée depuis la perte de son père. Elle se demandait s'il était encore en état de choc, ou bien s'il amorçait une dépression, tentant de se remémorer les étapes psychologiques du deuil. Il finit par soupirer, et elle fit mine de s'intéresser à autre chose, n'oubliant pas le danger qui pouvait surgir de n'importe où.
« Tu crois que je suis fou. »
« Non, pas du tout. Mais je pense que tu devrais en parler. »
Il ne répondit pas, s'approchant de tâches de sang au sol. Andréa le suivit tout en lorgnant les maisons, son ventre grondant bruyamment.
« Quelqu'un s'est accroché à cette voiture, en tuant ce Rôdeur. » Dit Carl d'une voix sombre en fixant le cadavre. « C'est encore frais. »
« Et comment tu sais ça ? » Demanda Andréa en ôtant la sécurité de son Winchester.
« Shane m'a…appris quelques trucs, avant… »
Un bruit de fenêtre brisée et des grognements se firent entendre deux rues plus loin, et ils s'y précipitèrent silencieusement, la femme protégeant Carl de son bras. Quelqu'un était entré dans la pharmacie du village-fantôme, et avait laissé deux Rôdeurs mutilés et enchaînés sur le seuil de la porte. Andréa eut une grimace de dégoût, se demandant quel genre de personne s'amusait à faire ça.
Elle jura lorsque le garçon se précipita vers la pharmacie, pénétrant les lieux en silence, la blonde sur ses pas, tentant de le retenir. Des bruits de pas se firent entendre puis le silence, signe que l'intrus se savait suivi.
Andréa prit son couteau, et d'un geste silencieux lui indiqua la droite, tandis qu'elle prenait la gauche des rayons pour tenter de surprendre l'inconnu.
Un sifflement aigu dans son dos l'incita à se jeter au sol, et elle vit une de ses mèches de cheveux s'envoler loin de son visage, coupée par un katana levé au-dessus de sa tête, alors que son arme glissait sous un rayon.
Elle balança à son attaquant la première chose qui lui vint à la main, une boite aussi légère qu'un paquet de cigarettes, qui rebondit sur le torse de son assaillant sans bruit. L'étrangère haussa un sourcil et elle recula en rampant, observant l'Afro-Américaine froide comme la Mort se préparer à l'exécuter, saignant au niveau du ventre.
Mais une balle traversa sa jambe et elle s'effondra à côté d'Andréa, alors que Carl s'avançait à découvert pour viser sa tête. Il y eut un instant de flottement avant qu'Andréa ne récupère le sabre avant l'autre femme, se dressant comme un mur entre les deux adversaires.
« Carl, baisse ton arme. » Ordonna Andréa d'un ton froid, implacable, une main levée, dans une posture étrangement similaire à Rick et Carl cilla.
Derrière la blonde, la samouraï gisait au sol. Elle cracha du sang, certainement à cause de sa blessure au ventre, et eut un sourire cynique.
« Vas-y, tire, gamin. T'as tué mes deux gardiens, pourquoi pas moi, hein ? » Son souffle erratique déforma ses mots, mais ils comprirent néanmoins sa question.
« N'fais pas ça, Carl. »
« Elle a voulu te tuer. Elle garde des Rôdeurs prisonniers. C'est elle ou toi, Andréa. »
« On l'a attaqué les premiers, O.K. ? » Argumenta la blonde. « Elle est blessée et elle ne nous connaît pas, t'aurais fait pareil à sa place ! »
« S'il reste des médicaments ici, elle les prendra tous, et nous, on va en avoir besoin. Elle ou nous. »
« Et si elle faisait partie du nous ? Tu ne peux pas tuer tous ceux qui se mettent en travers de ta route ! » Proposition inconsciente et dangereuse, mais elle ne peut supporter l'idée de le voir tuer...encore.
« Mais j'essaye de te protéger ! Tu veux qu'elle devienne notre second Randall ? » Hurla-t-il en baissant inconsciemment son arme. « Toi et Daryl, vous devez rester en vie, pour… »
« Vas-y, dis-moi ! Finis ta phrase ! »
Pour toute réponse, il visa l'Afro-Américaine, mais la blonde se mit à nouveau devant le canon.
« Ils me protégeaient. » Souffla l'inconnue, attirant leur attention, alors que du sang perlait au bord de ses lèvres. « Mes…Rôdeurs, comme tu dis. Avec eux, les autres ne me sentaient pas. Et sans mâchoire ni bras, ils ne me mangeaient pas. Mais maintenant qu'ils sont plus là…J'dois les rejoindre. »
La fêlure dans la voix de la femme toucha Carl, qui perdit un peu de son air de gros dur.
« Tu vois, elle est juste tarée. » Railla-t-il comme dernier argument.
« Non, blessée. Elle doit avoir de la fièvre, délirer. »
Carl trembla, grimaça, serra les dents et mordit ses joues. C'était comme si son index était attiré par la détente, comme si cela était dans sa nature. Sa nature de tueur. Ses yeux se baissèrent, et il commença à capituler.
« Carl. S'il-te-plaît. » Andréa avait gagné, mais il lui fallait une confirmation.
Il soupira mais abaissa son arme, toujours focalisé sur la samouraï. Celle-ci eut un ricanement cynique, acide, mais le remercia tout de même d'un hochement de tête.
« Ton père…c'est ce qu'il aurait fait. Il aurait aidé… »
« Je t'interdis de parler de mon père ! »
Andréa ferma la bouche tant la colère du garçon la foudroya, mais il se ferma à nouveau.
« Prenez ce que vous voulez, j'en n'ai plus rien à foutre. » Chuchota l'Afro-Américaine d'un geste évasif du bras, coupant court à la tension qui alourdissait l'atmosphère de la pièce.
Carl n'avait pas attendu sa permission pour fouiller les lieux, et Andréa se baissa vers la femme, qui lui lança un drôle de regard.
« C'est ton fils ? »
« Oh, non ! » Elle n'avait quand même pas l'air si âgé. « Juste…le fils d'une amie. »
« Hmm. Et où elle est, cette amie ? »
« Certainement très loin… »
« Dommage, hein. » Soupira la femme, impassible. « Quel merdier. »
Le gosse renversa une étagère, et ramassa toutes les boites sans se poser de questions.
« Garde le p'tit en vie, surtout. Il a l'air d'avoir du cran. »
Andréa eut un vague sourire, et elle hocha la tête en observant Carl, qui tenait un sac en plastique aussi grand que lui.
« Mon nom à moi c'est Andréa. » Dit-elle soudainement en se tournant à nouveau vers la femme. « Tu pourrais venir avec nous. »
« Pourquoi faire ? Crever ici ou là, ça ne change rien. »
« Tu ne vas pas mourir. Pas si tu me laisses te soigner. »
« Je refuse d'être redevable à quelqu'un. »
« Arrête de faire l'enfant. » Clama Carl en posant lourdement le sac au sol, revenant vers elle. « Tu veux vraiment mourir ? Je m'en occupe tout de suite. Mais si Andréa veut t'emmener avec nous, si elle veut t'aider, alors je le ferai aussi. Tranche. »
La femme sonda le garçon, qui ne bougea pas d'un poil. Un vide immense dans ses pupilles l'interpella, et elle lui offrit un petit sourire triste.
« J'suis Michonne. »
« Alors debout, Michonne. On a encore des choses à faire. » Murmura Andréa en la soutenant.
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Daryl s'ébroua comme un chien en rentrant à l'hôtel, les mains pleines de prises, épuisé. Andréa le réceptionna tant bien que mal lorsqu'il glissa sur le parquet, et le débarrassa des animaux crevés ainsi que de sa veste. Il se précipita vers le feu, tremblant, volant la couverture de Carl. Celui-ci ne réagit pas, lui donnant même celle d'Andréa, qui pesta silencieusement. Dehors, une tempête semblait prête à détruire le monde, et le bois de l'hôtel craquait avec fureur, comme si l'endroit savait que ses occupants n'étaient pas légitimes. Et Andréa se sentait comme une étrangère, entre ces murs. La ferme, la carrière, le CDC…à chaque fois, elle s'était habituée à l'endroit, pensant que oui, ça pouvait être une maison. Mais ici, coincée entre la tempête et les rares suicidés occupant les chambres, elle avait l'impression d'étouffer.
Elle vint s'installer à côté du chasseur, dépeçant le premier lapin à portée de main, alors que Carl s'occupait d'un écureuil. Le Dixon attrapa le bol où fumait une sorte de thé, et but goulument avant de tout recracher.
« C'est dégueulasse. » Tempêta-t-il d'une voix rude alors qu'Andréa récupéra le bol.
« C'est de la ciboulette, du persil et du basilic infusé. » Lui expliqua-t-elle d'un ton hautain, lui tendant à nouveau le récipient. « Finis-le, c'est bourré de trucs bons pour ta santé. »
« C'est encore un régime de nana à la con c'est ça ? »
« Non, c'est la science et la nature, abruti. Tu devrais le savoir en tant que chasseur, non ? »
Il grogna une insulte inaudible mais obéit néanmoins, grimaçant jusqu'à la dernière gorgée, alors qu'elle se mordait les lèvres pour réprimer un rire. Il était pire que Carl, qui lui avait bu sans discuter.
« Bordel ! » Elle sursauta et sortit de ses pensées, alors que Daryl se saisissait de son arbalète pour viser la forme face à lui. « C'est quoi ça ? »
« Ça s'appelle Michonne. » Gronda la susnommée en le fusillant du regard.
Daryl se tourna vers Andréa, attendant une explication, alors que Carl montait la garde.
« T'as décidé de récupérer tous les chats errants croisés sur ta route ? » Grogna le chasseur avec une mimique dépréciative, tandis qu'elle levait les yeux au ciel.
« Je pourrais te botter les fesses à mains nues, connard. » Lança Michonne, sans craindre l'arbalète pointée sur elle.
Daryl allait répliquer mais Andréa s'écria avant lui en lui intimant de baisser son arme d'une voix autoritaire, de la même façon qu'elle l'avait fait avec Carl.
« Et ça te va, gamin ? » Demanda-t-il alors que Carl tournait des yeux vides vers sa personne.
« Comme si ça comptait. Si elle est là, c'est pour Andréa. » Et l'enfant se recentra sur la fenêtre, fixant la tempête à travers les planches clouées.
Le chasseur protesta, tempêta pour la forme, mais finit par dépecer ses prises lui-même en marmonnant dans sa barbe. Il en mit une à griller au-dessus du feu, et Andréa surveilla la cuisson en salivant. Le chasseur nettoya son couteau puis le passa au niveau des flammes pour le désinfecter. Il coupa des parts équitables, et cette fois-ci Carl ne se fit pas prier pour manger. Michonne eut elle aussi droit à un morceau, et elle le remercia d'un hochement de tête, alors qu'il haussait les épaules.
Andréa observa tout cela d'un œil apaisé, amusé et touché. Daryl se pressait autour d'eux pour maintenir le feu en vie, surveillant Michonne de loin sans pour autant l'ennuyer, demandant parfois à Carl s'il avait besoin de quelque chose, n'hésitant pas à faire le tour de l'hôtel pour éviter une intrusion. Puis, au bout d'une longue heure, il finit par venir s'asseoir avec elle sur le canapé, leurs épaules collées pour se donner du courage. Il s'alluma une cigarette, écoutant d'une oreille distraite la blonde faire connaissance avec Michonne. Il s'endormit rapidement, tant il avait couru toute la journée et soirée, la clope encore à la main. Carl vint l'écraser et la jeter au feu, replaçant correctement la couverture sur le ventre du chasseur. Andréa voulut prendre la garde mais il resta néanmoins éveillé, Michonne s'étant endormie peu après le chasseur, ayant été soignée et recousue par l'avocate.
Et pas un râle ne vint les troubler.
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« C'est bon Beth, je prends le relai. »
La Greene leva les yeux vers Lori, et lui offrit un petit sourire que la Grimes eut du mal à rendre. La plus jeune se leva, quittant le chevet d'un Shane fiévreux et haletant tandis que Lori pressait son épaule pour lui donner un peu de réconfort.
« Ta sœur est avec les autres en bas, ils ont fini de nettoyer. »
« Il va s'en sortir. » Répondit Beth avec espoir, l'air de vraiment y croire. « C'est un battant. »
Lori la remercia du regard, gênée, alors que l'autre s'éloignait. Lori perdit son gentil sourire emprunté à Carol pour reprendre son air glacial et insensible, dévoilant son couteau à la lumière des bougies posées autour de Shane.
Celui-ci bougeait dans son sommeil, comme hanté par quelque chose d'invisible, et elle l'observa un long moment depuis le seuil de la porte, avant de la franchir et la refermer lentement derrière elle.
Elle contempla celui qui fut un jour son amant avec froideur, et il s'agita encore plus, les yeux mi-clos, la sueur coulant sur ses cils et son torse avec abondance.
Shane avait mal. C'était comme si son corps brûlait de l'intérieur, et qu'il ne pouvait réagir, alors que les visages de son groupe filait et défilait au fil des heures. Il oscillait entre cauchemar et Apocalypse, totalement désorienté, et il se mit à gémir en voyant Otis pénétrer dans sa chambre. Il toussa et cracha du sang, ricana avec mépris, alors que Lori penchait la tête en s'approchant.
« Ha, c'est vraiment…vraiment trop fort…C'est toi qui vient me voir, à la place de tous les autres. » Chuchota-t-il à son hallucination, alors que Lori serrait le couteau entre ses mains.
« Qui d'autre ? » Siffla-t-elle avec rage, caressant du bout de sa lame le torse mouillé du policier. « Qui d'autre que moi pour mettre fin à ta vie, Shane ? »
Le policier hocha la tête face à un Otis plus qu'en colère.
« Aaah, mec. » Pouffa-t-il, du sang perlant à sa bouche. « T'as foutrement raison, t'sais. J'ai mis fin à la tienne, c'est… » Il toussota, papillonna des yeux. « C'est l'retour du bâton, tu vois ? Une connerie du genre. »
Lori se figea au mec, mais Shane n'y prêta guère attention, tout à son hallucination. Ses yeux farfouillaient la pièce avec panique, tandis qu'un air ahuri et absent déformait les traits du blessé, sa tête ne cessant de valser de tous les côtés au rythme de sa respiration saccadée.
« T'sais quoi mec, le pire dans tout ça, hmm ? » Chuchotait-il fébrilement, alors qu'elle se penchait sur son corps enfiévré. « C'est qu'ça aura servi à rien, hé hé. T'es…T'es mort pour rien, parce que le p'tit, il n'a pas survécu, putain. Mais toi, toi non plus t'n'aurais pas pu, mec. C'était toi ou Carl, tu sais ? »
Lori voulut parler, mais il semblait que l'homme n'avait pas besoin d'elle pour répondre à des questions qu'elle ne pouvait entendre. Son interlocuteur, ça devait être son mari, et il était en train d'avouer…
Devenant brûlante à son tour, elle s'empara du front de Shane d'une main, tendit son couteau de l'autre.
« Dis-le. » Chuchota-t-elle d'une voix aussi suppliante qu'haineuse. « Avoue que tu as tué mon mari. »
Mais Shane ne la voyait ou ne l'entendait guère, perturbé. Otis finit par s'approcher et sortir de son silence, penché au-dessus de son lit, pâle copie que la Mort avait envoyée pour le chercher. Bon Dieu, il ne méritait même pas la visite de Dame Mort elle-même. Pas même celle de Rick. Juste Otis, personnage aussi dérisoire et pathétique que lui.
« Mais j'n'pouvais pas être le mec gentil et sauver des vies en même temps, tu vois ? J'l'ai dit un million d'fois à Rick : le meilleur choix c'est celui qui nous garde en vie, tu n'peux pas juste être le gentil et t'attendre à survivre, plus maintenant. Mais il ne m'écoutait pas, jamais…Il pensait que ça valait encore la peine, que Randall valait encore le coup de survivre, alors qu'ils étaient tous d'accord pour le tuer. Fallait que ce soit moi, le méchant. J'étais obligé de te tirer dessus. J'étais sensé faire quoi, Otis ? Laisser Carl mourir alors qu'il venait tout juste d'retrouver son père ? Naaaan, mec. J'n'suis pas…J'n'étais pas…ce genre de gars. »
Otis ? Otis ? La lame de de Lori s'éloigna de la gorge de Shane, alors que son visage dur se décomposait. Elle savait, bien sûr. Elle savait qu'Otis avait laissé sa peau pour son petit garçon. Mais l'entendre de la part de celui qui avait tué pour son fils ne la rendait que plus coupable.
« Là est ta place, Shane. Ce monde…il est à toi, maintenant. Il est fait pour les gens comme toi. » Murmura Otis avec la voix de Dale, et Shane ouvrit grand les yeux, effrayé.
« J'en veux pas, d'ce monde ! D'cette vie ! J'n'veux pas, Dale ! »
« Je sais quel genre d'homme tu es. » Souffla Dale, le regardant avec mépris. Un lâche, il n'était qu'un lâche.
« Tue-moi, Dale…Emmène-moi voir Rick. Laisse-moi retrouver mon frère. » Son souffle était si faible qu'elle dut se pencher pour l'entendre, et une larme toucha sa joue.
Il était entièrement à sa merci, seul face à tous. Il était faible, mourant et suicidaire. Shane n'avait pas tué son mari, mais il en crevait de culpabilité.
Le couteau tomba, et le bruit sembla ramener Shane à la vie, qui la vit pour la première fois de sa vie. Le visage impassible, elle pencha la main vers la bassine laissée à l'abandon par Beth, reprenant le chiffon dans l'eau froide. Il balbutia, croisa l'éclat métallique du Colt Python posé près d'une bougie, et se tut.
Il resta roide comme une statue, de l'air de celui qui va être assassiné, et pas un sentiment ne traversa les prunelles de Lori. Elle posa simplement le chiffon contre son front, et peu à peu, Shane reprit une respiration plus calme et profonde.
Lori disparut sitôt qu'il eut à nouveau sombré dans l'inconscience, moins d'une minute plus tard.
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Carl se réveilla lorsque le bruit caractéristique d'un papier déchiré titilla son oreille, et il se mit à renifler et froncer les sourcils avant d'ouvrir les yeux, suspicieux. Il tomba directement sur Michonne, qui plissait les siens d'un air mauvais, l'air déçu et prise en flagrant délit.
« Est-ce que c'est un Mars ? »
« Quoi ? Naaaan, t'es en train d'rêver. » Nia-t-elle ouvertement, en prenant une bouchée sans le quitter des yeux.
Daryl, qui avait pris la dernière garde, ronfla discrètement, la tête appuyée sur sa paume et tenant en équilibre sur une chaise contre un mur. Aucun de des deux ne bougea d'un poil, Michonne mâchant tranquillement sa barre chocolatée.
« Tu ne nous avais pas dit que tu avais un Mars. » Siffla le garçon les yeux plissés, d'un ton un peu trop rancunier à son goût.
« Vous n'avez pas dit grand-chose non plus. » Répliqua-t-elle en haussant les épaules, avant d'essayer de se lever.
La main de Carl se resserra autour de son arme et la femme soupira, ennuyée.
« Si je vais pisser, tu vas me tirer dessus ? »
« Tu vas pisser avec ton Mars à la main et dans la bouche ? »
« Touché. » Marmonna-t-elle, un sourire narquois aux lèvres.
Elle s'assit plus convenablement, grimaçant à peine sous la douleur de ses blessures, et soupira.
« Je pourrais t'en filer la moitié, si tu veux. »
Il ne cilla même pas, et la mine de Michonne se fit plus sérieuse.
« Allez, un garçon de ton âge, ça adore le chocolat. Pourquoi tu n'en prendrais pas ? »
« Parce que je ne veux pas. »
« Si, je vois la bave couler sur ton menton. Alors…qu'est-ce que tu as fait pour ne pas mériter de manger un Mars ? »
La tête de Daryl bascula et percuta une planche, le réveillant en sursaut, de même qu'Andréa.
« Putain de…Merde ! » S'écria-t-il en chancelant, sentant déjà la bosse se former. « 'Chier ! »
Andréa mit un coussin sur son visage pour étouffer un cri, harassée par ce foutu chasseur qui avait foutu son quart de nuit en l'air, à deux heures du matin.
Carl réceptionna par réflexe la moitié du Mars que lui lança Michonne, tandis que le samouraï se levait, n'oubliant pas de jeter un œil à son sabre confisqué.
« J'n'ai plus faim, tu peux le manger. Je peux aller pisser, maintenant ? »
Carl se tourna vers Andréa, qui souleva le coussin de son visage fatigué.
« Quoi ? » Croassa-t-elle, absolument pas réveillée et ne tenant pas à l'être. « C'est non, Carl. »
« Mais je ne peux pas l'accompagner... C'est une fille. » Lança Carl en chuchotant le dernier mot, faisant ricaner l'Afro-Américaine et hurler Andréa dans son coussin.
