Carl jeta un dernier coup d'œil à Daryl et Andréa qui dormaient sur le tapis du salon, ouvrit la porte avec toute la discrétion possible, alors que Michonne se glissait silencieusement à l'extérieur. Ni le chasseur ni l'avocate ne s'éveillèrent, et Carl referma la porte comme il referma son cœur, suivant la samouraï sous les premiers rayons du soleil. Carl avait glissé un somnifère dans les bouteilles d'eau des deux derniers adultes de son groupe la nuit dernière, espérant ainsi avoir le plus d'avance possible.

L'air frais lui revigora la peau, et il se sentit plus éveillé et alerte. Michonne s'empara d'une corde un peu plus loin dans la rue, avant de se diriger vers les bois, le garçon sur les talons.

« On va se prendre deux… Rôdeurs, comme tu dis. Je vais couper leurs bras et leur mâchoire, et on les attachera ensemble pour nous protéger. »

Il hocha la tête en silence, préférant mille fois se balader avec des morts plutôt qu'avoir leurs tripes sur le visage pour être en paix. Enfin, se balader. Ils n'avaient aucun objectif en tête, si ce n'était sortir de l'État. Le plus loin de la ferme ou de Fort Benning allait très bien à Carl.

« Alors, que fuyons-nous ? » Finit par demander Michonne alors qu'ils s'enfonçaient dans la forêt, katana à la main. « Tu devrais plutôt sortir ton poignard, tu ferais bien trop de bruit avec ça. » Ajouta-t-elle en pointant son flingue du menton.

Carl soupira mais obéit néanmoins, et elle eut un sourire satisfait. Un petit groupe de morts croisa bientôt leur chemin, et elle le fit reculer en assurant s'en occuper. Il l'observa de loin pour échapper à la danse mortelle de la lame affûtée, et ne put s'empêcher de frémir face à la dangerosité de la jeune femme.

« Tu n'as pas répondu à ma question. » Siffla-t-elle d'un ton froid en décrochant un dernier coup de lame pour parfaire son Rôdeur et le rendre docile.

« Et toi, qu'est-ce que tu fuis ? »

« Un tas de choses. » Répondit-elle d'une voix sombre en essuyant le sang sur sa lame.

Michonne dégagea une aura étrange, dans sa quête solitaire. Elle saignait de la même manière que lui, portait une culpabilité similaire à la sienne. Cette femme était grande pour ses yeux d'enfant, et très forte d'esprit, une femme qu'il pourrait admirer. Sa mère aussi pouvait être très tenace, mais elle n'égalait pas Michonne, qui avait la violence et la haine comme alliées.

Ils marchèrent encore une longue heure sans rien dire, elle tenant la corde qui emprisonnait les morts, et lui le chapeau enfoncé sur la tête pour échapper aux yeux des autres Rôdeurs qui s'étaient attachés à leur petit groupe. Michonne avait l'air d'avoir l'habitude et ne présentait guère de trouble à l'idée d'avoir sa propre horde, perdue dans ses pensées.

Le sabre à l'air, elle semblait à sa place au milieu des morts, et Carl se surprit à vérifier si elle respirait toujours. Il ne savait plus qui entre les Rôdeurs et elle avait calqué sa démarche sur l'autre. Capuche rabattue sur la tête, c'était une Reine, une femme détruite par un secret qui la rongeait aussi durement que le sien.

Mais étrangement, perdu ainsi au milieu des corps décharnés, il comprenait son besoin qu'elle avait de se fondre littéralement dans la masse. Malgré l'atmosphère lourde et puante, il respirait plus librement qu'avec Andréa et Daryl. Les grognements et les bousculades involontaires lui faisaient peur autant que cela le réconfortait. L'odeur de putréfaction et l'absence de vie lui rappelait qu'il en avait une, de vie.

Il prit une longue inspiration, toussa du fait des miasmes atroces, ferma les yeux, libre.

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Elle pouvait entendre l'eau goûter entre les murs du vieil établissement avant même d'ouvrir les yeux. La main reconnaissable entre mille de son père sur ses joues, et celle de Maggie enserrant la sienne. Le souffle chaud de Carol sur son front, la voix à la fois lointaine et proche de Glenn, qui apaisait les battements frénétiques de son cœur. Elle se sentait bien, allongée sur un nuage. Elle pensa vaguement à sa jambe qui lui faisait un peu mal, mais elle se concentrait uniquement sur le son et le contact que son groupe entretenait avec elle. Beth aurait voulu que cet instant dure mille ans, tant il était bon. Elle et sa famille, les yeux clos pour masquer l'horreur du monde, les lèvres serrées pour étouffer le cri d'angoisse qui lui serrait la gorge.

Une masse plus lourde vint s'appuyer à sa gauche, et la chaleur qui exhalait de la peau de Shane l'atteignit sans qu'il ne la touche. Elle se sentit froncer les sourcils en retrouvant l'odorat, les relents de sueur et de sang se collant dans ses narines. On s'agita, l'appela pour qu'elle sorte de son rêve. A contrecœur, elle obéit à sa sœur, qui se dévoila sous ses yeux perdus et vaseux. Avant qu'elle ne puisse parler la douleur de sa jambe s'éveilla soudainement, attirant son regard étonné, ne comprenant pas le visuel que lui renvoyait son corps.

Elle voulut se redresser et s'exprimer, mais les mains pourtant si douces se firent étau, l'emprisonnant et l'affolant plus que de raison. Celle de Shane en particulier, beaucoup trop chaude pour son front, qui lui grillait le cerveau de l'intérieur, et son regard si intense, si paumé et désabusé, dans lequel elle se perdit pour échapper à son malheur.

« Non… » Murmura-t-elle, étouffant lentement. « Non ! »

Murmurant des sh sh qui se voulaient apaisants, le policier s'empara de son visage et ses pouces essuyèrent ses larmes.

« Ça va aller. » Chuchotait-il en ignorant ses tremblements et ses pleurs hystériques. « On va prendre soin, j'vais prendre soin d'toi, et Maggie et Hershel aussi, parce que t'es encore en vie, t'es… »

Il baissa la tête un instant lorsqu'elle hurla de rage et désespoir, mais la releva bien vite pour implorer Hershel du regard. Beth continuait d'hurler et il n'arrivait pas…n'arrivait pas…

Le regard de la jeune fille croisa à nouveau le sien, l'implorant de ses larmes de lui rendre son pied, d'effacer la dernière heure de sa vie, cherchant du secours auprès de son vénérable père. Mais celui-ci, complètement dépassé par les événements, se leva et sortit de la chambre, l'âme vide et le cœur lourd. Seuls restèrent Maggie et Glenn, alors que Shane suivait le vétérinaire en jurant mentalement.

« Hé, où vous allez ? »

« Je…de l'air… »

« Beth a besoin d'son père, elle n'pourra pas traverser ça toute seule ! »

Il le retint d'un mouvement ferme du bras, le visage déformé par la colère. Il s'adoucit face au désarroi évident du Greene, s'approcha encore un peu plus de lui alors que Carol et Lori les observaient de loin.

L'expression véritablement peinée, les yeux fouillant l'endroit en quête de réponses, Hershel écoutait d'une oreille les vagissements de Beth et les suppliques de Maggie. Hershel qui n'avait pu protéger sa fille des morts, Hershel qui avait vu Shane sauver Beth à sa place.

« Je suis trop vieux pour ça. Je suis trop vieux pour les maintenir en vie et en bonne santé…Et elles sont trop jeunes pour vivre ce qu'elles vivent actuellement, je ne suis pas un bon père, je… »

« Hé ! » Le coupa Shane en lui tapotant les épaules avec force pour le secouer. « Vous êtes leur père, et c'est diablement suffisant. Allez rejoindre vot' p'tite fille, parce que tout ce qu'elle veut, là, c'est vous. »

« Non, elle a besoin de… » Hershel se cacha la bouche de sa main, complètement retourné. « Elle a besoin de toi, Shane. C'est toi qui l'as sauvé. C'est toi qui a…enfin, tu sais. Elle a besoin d'explication pour tout ça, des explications que je ne peux lui fournir. Il faut que ça vienne de toi. »

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« Oh oh oh…Ce s'rait 'ti pas le gosse à Rick Grimes, ça ? »

Les bras levés en signe de rémission, Michonne jeta un regard anxieux à Carl qui ne bougea pas, fixant Merle Dixon d'un air qui se voulait dur mais qui en disait surtout long sur son trouble évident.

Ils avaient fini par quitter discrètement la horde en apercevant une petite cabane dans les collines boisées une fois midi dépassé, mais ils s'étaient fait prendre par derrière par cet homme qui semblait avoir un long passé avec le Grimes.

Merle eut un sourire torve et pencha la tête avec curiosité, ses doigts s'agitant sur la détente avec prudence, surveillant les alentours en même temps qu'eux.

« Et ils sont où tes parents, hmm ? Où est Super-Shérif ? J'ai un tas de choses à lui dire ! »

« Il n'est pas là. »

« Sans déconner. » Cracha le Dixon avec véhémence, n'y croyant pas une seule seconde. « Tu f'rais mieux d'n'pas prendre c'shuriken dans ta poche Jackie Chan, ni ce sabre sur ton dos si tu veux pas être trouée. »

Michonne retira ses mains en jurant mentalement. Elle avait rangé son sabre dans son fourreau pour cueillir des herbes nourricières à quelques mètres de la cabane, se pensant en sécurité. Comment pouvait-elle encore céder à de tels moments de naïveté ?!

« Là, on est bien mieux comme ça. Alors, gamin ? »

« Mon père… » Carl brûlait littéralement de rage, et il se tût de peur de déborder.

Il sentait ses joues chauffer et rougir, alors que le regard des deux adultes le clouait sur place. Il essaya de se cacher sous son chapeau mais Merle se baissa et son sourire s'agrandit plus encore.

« Naan, me dis pas qu'il a trépassé, ce s'rait trop fort ! »

« Hé connard, si tu t'en prenais à plus grand, hein ? Attaquer un gamin de dix ans c'est vraiment courageux, voire téméraire de ta part. »

« On n't'a pas sonné, l'ninja. »

« J'ai onze ans. » Gronda Carl en se retournant avec irritation.

Michonne leva un sourcil, pince-sans-rire, lui demanda d'une voix ferme s'il en était sûr, et haussa le deuxième lorsqu'elle le vit hésiter.

« Hé bah j'n'en suis pas sûr, parce que j'n'ai pas de calendrier sous la main mais… »

« Hé, enfoirés ! J'suis là j'vous signale ! »

« Sans déconner. » Railla Michonne avant de sursauter lorsqu'il tira au-dessus de son épaule.

« M'forcez pas à m'répéter. »

« …Mort… »

« Quoi ? J'n'ai pas entendu, fillette ! »

« J'ai dit : Mon père est mort, fils de pute ! »

Merle ricana bien jaune face à l'air fier –détruit- du gosse beaucoup trop hautain –détruit- à son goût. Michonne serra les dents de colère et fusilla l'homme des yeux, tombant nez à nez face à son moignon entouré de métal. Carl aussi, et Merle le leur présenta officiellement avec un de ses sourires à la con, sans pour autant baisser son arme.

« Et ouais gamin, il m'est arrivé un tas de trucs ! » La voix de Merle était si grinçante et brisée que le Dixon avait senti ses cordes vocales se tordre de douleur. « Et c'est grâce à ton connard de père, tout ça. N'est-il pas fantastique ?! »

Il perdit son sourire et baissa son moignon, visant désormais la tête de l'enfant. Celui-ci dressa le menton et inspira un bon coup alors que Michonne paniquait, se demandant comment elle allait pouvoir l'aider. Ce taré allait tuer un pauvre orphelin de sang-froid sous ses yeux, et elle ne pouvait rien y faire.

« Dire que je ne vivais que dans l'espoir de recroiser un jour le Grand et Putassier Rick Grimes, quel dommage… Mon cœur est en miettes ! » Il essuya une larme imaginaire, se délectant de la rage du garçon. « Mais ? Quoi, qu'ouïs-je ? Le fils de Rick est prêt à se sacrifier pour apaiser mes souffrances ? Diantre, m'en voilà tout bouleversé ! »

Merle se pavanait, se plaisait à jouer la comédie comme s'il était le putain de fils de Shakespeare, mais il se demandait s'il aurait le cran de tirer. Ce n'était pas Rick, alors était-ce réellement une revanche ?

Le gamin avait l'air de bien vouloir mourir, pourtant. Il ne cilla pas lorsqu'il décrocha le cran de sûreté, alors que Michonne faisait inconsciemment un pas en avant.

« Hé, Dixon c'est ça ? » Elle tenta un quart de seconde de sourire, mais ne put que grimacer. « Tu connaîtrais pas un Daryl Dixon, par hasard ? Un pur connard comme toi. Il vit à dix...douze kilomètres dans un hôtel en bordure de route, si t'allais y jeter un œil ? »

Le pur connard l'analysa une brève seconde, avant d'interroger le garçon du regard. Celui-ci hocha la tête, très sérieux, et Merle lui offrit un énième sourire tordu.

« Mais c'est qu'vous m'prenez pour un con, en plus ! » Rit-il, l'air de se bidonner comme personne.

« C'est vrai. T'es un chasseur, tu n'as qu'à suivre nos traces, et tu tomberas directement sur eux. » Continua Carl, et Merle haussa un sourcil pour signifier que cet argument avait du sens et son importance.

« J'n'ai qu'à l'faire après t'avoir fait la peau ! Jackie Black Chan va gentiment m'accompagner, pas vrai ma jolie ? »

« J'te tuerai. » Répondit calmement et honnêtement Michonne tandis que Carl lui jetait un regard étrange. « Tu touches à l'enfant et je te tue. Peu importe comment ou quand, je. Te. Tuerai. »

« Dommage pour toi bébé, parce que j'ai assez de balles pour vous deux. On dirait que j'vais être le dernier des trois à rester en vie finalement ! »

« Pas pour longtemps, vu comment t'as l'air malade. » Cracha la jeune femme avec haine.

« Hé ! » S'écria Merle sur la défensive en fronçant les sourcils. « Les légendes ne meurent jamais, O.K. ? »

Michonne se plaqua au sol la première lorsque les arbres face à elle se trouèrent de balles, et elle entendit des automatiques dans son dos les charger. Carl atterrit indemne à son côté et elle se jeta sur lui pour le protéger.

La fusillade ne dura même pas une minute, mais elle fut presque immédiatement confrontée à un AK-47, tout comme Carl. Des hommes les encerclèrent rapidement, et un juron poussé dans un buisson proche attira l'attention de toute la petite troupe. Un grand homme brun et l'air charmeur s'approcha d'eux, un long manteau de cuir le protégeant du froid hivernal.

« Il est encore en vie ? » Demanda-t-il à ses soldats, alors qu'on relevait un Merle blessé mais toujours conscient. Les balles l'avaient seulement éraflé. « Il faut croire que les cafards sont increvables… »

« Les légendes, enfoiré ! » Corrigea Merle, et il se prit un coup de crosse qui lui cassa le nez.

L'homme leva les yeux au ciel et se tourna vers les deux autres prisonniers, ordonnant à ses hommes de fouiller l'endroit. On découvrit deux sacs remplis d'armes, de munitions et de nourriture à l'intérieur de la cabane et le chef soupira avec lassitude.

« Vous connaissez cet homme ? » Demanda-t-il aux deux par terre, de l'air d'un papa qui dispute ces enfants et n'ayant vraisemblablement pas entendu leur petite conversation.

On leur ordonna de se relever, et Carl ramassa son chapeau tombé devant lui. Il se figea face au trou sur un des bords du chapeau, là où il y aurait dû y avoir sa tête, puis l'enfila sans plus de cérémonie, le visage dur.

Ils hochèrent négativement la tête et Merle ne broncha pas, à la surprise de Michonne.

« Nan, ces sans-couilles allaient juste m'voler dans mon sommeil ! » S'écria-t-il en la surprenant plus encore. « Tu peux les tuer, fais-toi plaisir chef c'est bien ton genre ! »

Chef cilla et ses narines frémirent une seconde mais il ne perdit pas pour autant son sourire avenant. Merle évita le regard inquiet de Michonne, lui faisant clairement passer un message dont le sens ne lui plaisait guère. Elle avait la chair de poule juste en regardant l'homme qui les tenait en joue grâce à ses hommes, elle le sentait encore plus fort que la putréfaction du monde : le prédateur. Ça puait le prédateur.

« Tu nous as volé plus tôt dans la matinée, c'est l'arroseur arrosé Merle. » Lança-t-il d'un ton blasé. « Et pourquoi je tuerai une femme et un enfant, vraiment ? Non, je vais vous accueillir. J'ai une ville pas très loin si vous voulez. »

« Ça ira, mais on se contentera de la route. » Répliqua Carl d'un ton qui n'admettait aucune objection.

« La route n'est pas sûre pour un garçon de ton âge, petit. T'as quoi, dix ans ? »

Carl ne répondit pas, poussant un profond soupir, alors que Michonne se faisait délester de son sabre et le Grimes de son Glock.

« Et puis je dois vérifier si vous ne le connaissez pas, ou si vous mentez comme lui. Nous avons des lits, de la nourriture, de quoi satisfaire tout le monde. Passez au moins une nuit en notre compagnie, et demain matin, vous ferez comme vous voulez. Vous êtes d'accord ? »

Ils n'avaient guère le choix et la question était rhétorique, et il leur indiqua le chemin d'un bras et d'un sourire. Merle se débattit pour la forme, mais on lui attacha les mains et on lui voila les yeux, ainsi que ceux de Carl et Michonne. On les sépara et l'enfant ne pensa qu'à Daryl et Andréa encore épargnés pour l'instant. Si Merle ne leur avait rien dit pour son frère, c'est qu'il ne comptait pas le faire plus tard. Ils étaient protégés, ils seront en sécurité.

Quant à eux...

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Andréa sentit comme un vide en elle et c'est ainsi qu'elle se réveilla, passant une main fatiguée sur son visage nerveux. Elle se leva en baillant, tapant doucement le chasseur du pied en le faisant grogner, la tête lourde. Merde, elle n'arrivait pas à ouvrir pleinement ses paupières tant elle était fatiguée.

Elle appela Carl d'une voix faible mais il ne répondit pas, et elle se dirigea dans la cuisine en pensant y trouver Michonne. Elle s'arrêta dans le couloir et revint sur ses pas, cherchant le sabre qu'elle avait laissé entre elle et le chasseur, mais celui-ci avait été remplacé par un long bâton de bois. Et à côté de son oreiller, une lettre avec son nom inscrit dessus.

Elle jura et se précipita dessus, l'ouvrant avec hâte alors que le chasseur se secouait pour se remettre les idées en place.

« Ne me cherchez pas et arrêtez de vivre pour moi, je tracerai ma propre route seul…Quel con, merde ! »

Elle se releva avec tout autant de précipitation en balançant la lettre à Daryl qui la pressait de questions, et ouvrit la porte d'entrée en hurlant le nom du petit Grimes. Un Rôdeur se retourna en pensant qu'on l'appelait lui, mais elle claqua la porte avec colère, la main droite trifouillant ses cheveux blonds avec des gestes hystériques cette fois-ci parfaitement éveillée.

« Hé hé, calme-toi, c'est bon respire, respire… »

« Oh mon Dieu il est parti mais à quelle heure ?! Pourquoi tu n't'es pas réveillé, pourquoi je… »

« Hé ! » S'écria le Dixon en secouant ses épaules. « Emballe tes affaires et prends le plus de bouffe possible. On va partir à sa recherche et on va le retrouver, O.K. ? »

« Mais quand est-ce qu'on arrêtera de passer notre vie à chercher des enfants, merde ?! »

« Je vais te l'retrouver t'inquiètes pas va, juste pour lui botter son cul de p'tit ingrat tu vas voir. » Gronda le chasseur en se préparant lui-même.

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Le bandage glissa de ses yeux mais une main ferme le remit en place, le faisant involontairement grogner.

« Ah désolé gamin, j'voulais pas t'blesser. » Murmura une voix à côté de lui, alors que Carl se sentait bousculé dans tous les sens.

« Il en faut plus pour me faire mal. » Lâcha-t-il avec fierté et condescendance, provoquant un fou-rire général dans la voiture.

Il entendit le rire d'une femme, et se sentit étrangement rassuré : il savait que Michonne aurait eu plus de mal à s'en sortir s'il n'y avait eu que des hommes avec eux. Enfin, c'était comme ça que le monde semblait fonctionner avec les femmes. Il se souvenait encore de son père enseignant la boxe à sa mère quand...

Non. Ne pas penser à ça, ne pas penser tout court. Continuer de les faire rire, les faire parler. On lui avait pris ses armes, il ne pouvait que jouer la carte de l'enfant insolent pour les amadouer.

« Ben dis donc c'morpion s'prend pas pour de la mierda ! »

« Du calme, Martinez. Il a du cran et j'aime ça. »

« Et si vous me retiriez mon bandeau ? Je promets de ne rien vous faire. »

Un deuxième éclat de rire ponctua sa menace, et lui-même sourit jaune face à son mensonge. Mais il lui fallait gagner du temps, espérer que Michonne leur plaise tout autant.

« J'aime ce gosse. » Trancha le Gouverneur en tapotant sa tête, comme s'il s'agissait d'un bête animal domestique. « Désolé petit mais c'est pour notre sécurité. »

Il échappa à la main d'un mouvement ample de la nuque, de plus en plus incertain quant à son sort prochain. Mais Shane avait toujours dit : si on t'enlève le moyen le plus sûr de rester en vie c'est le bandeau sur tes yeux. Sans ça, c'est qu'on va te tuer.

Il sentit le véhicule s'arrêter et une porte à sa droite s'ouvrir, mais on le maintint sur son siège. Il entendait toutes sortes de bruits, des choses de la vie quotidienne comme des armes qu'on charge, des éclats de voix de toutes parts, et on le souleva hors de la voiture. Il se laissa faire en silence, mais s'agita lorsqu'il entendit Merle et Michonne tout près de lui. Des odeurs de viande grillée firent gronder son estomac si fort qu'il s'en sentit rougir. On lui retira avec délicatesse son bandeau.

Le soleil lui fit cligner des yeux, et il contempla d'un air perdu la ville face à lui. On s'activait tout autour de sa personne si vite qu'il s'en sentit troublé, croisant des yeux curieux qui l'observaient de chaque côté. Une portière claqua et la main de Michonne vint enserrer son épaule, alors qu'on emmenait Merle loin d'eux. Le Gouverneur se posta face à eux avec un sourire fier, et présenta sa ville d'un large mouvement du bras.

« Bienvenue à Woodbury ! » Clama-t-il sous le regard méfiant et furieux des deux protagonistes, mais n'en tint guère compte, tout à son cinéma. « Je suis sûr que vous allez beaucoup vous plaire ici. »

Carl se retourna vers les immenses portes qu'on fermait derrière eux, et il n'arriva à se défaire de la leçon de Shane.

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« Ils sont partis par là. On dirait qu'y'a eu une sorte de bagarre. »

« Une bagarre ?! Tu crois qu'jsuis assez conne pour ne pas voir les douilles et les impacts de balle dans les troncs ? On les a enlevés, Daryl ! »

« Ça va t'énerves pas, j'voulais juste éviter que tu ne paniques. » Murmura le chasseur en fixant les traces au sol.

Andréa jura et soupira, surveillant les environs pour lui. Le petit camp improvisé autour de la cabane avait été saccagé et fouillé, et elle se frotta les yeux lorsqu'elle essaye de reconstruire l'altercation qui avait eu lieu à cet endroit. C'était peine perdue, elle n'était pas flic ni chasseresse et même si elle avait beaucoup d'imagination, Daryl serait le plus à-même de détenir la vérité.

« J'ai l'impression qu'ils n'ont trop rien dit, y'a pas de sang à part ici. » Marmonna ce dernier en se relevant, inspectant une douille à la lumière du soleil. « Tu m'diras face à un gros calibre comme ça, j'fermerais ma gueule aussi. »

« Il va être dix-sept heures, le soleil est en train de se coucher. Il va falloir qu'on se trouve un endroit pour dormir, et vite. »

Il se baissa à nouveau et ramassa une dread au sol, glaçant le sang d'Andréa lorsqu'elle reconnut les cheveux noirs.

« Quelqu'un s'est battu juste devant eux. » Continua Daryl en montrant les traces de lutte dans la terre, ainsi que les gouttes de sang sur l'herbe. « Ils ont dû être pris entre deux feux et emmené pour… » Il haussa les épaules, continua sa fouille.

Andréa explora les alentours d'une vigilance extrême, le cœur au bord des lèvres depuis qu'elle avait lu cette foutue lettre. Carl se comportait comme un enfant et c'était normal, mais s'il avait réussi à pointer du doigt leur immaturité, cela prouvait qu'ils n'étaient pas mieux. Pire, qu'ils avaient échoué. Comme s'ils n'étaient pas capables de le protéger mais qu'au contraire, c'était Carl qui le faisait et il n'avait plus la force de continuer et prendre les rênes. Ce garçon pétait un câble oui. Il n'avait peut-être pas tort sur toute la ligne, mais il restait un gamin dans un monde d'adultes bien trop tordus pour ses frêles épaules.

« Tu crois qu'il a envie de mourir ? »

« Hein ? » Le chasseur se tourna vers elle d'un air stupéfait, n'arrivant pas à croire ce qu'il venait d'entendre.

« Se suicider. C'est un adolescent, il a tué son père, et maintenant ça… »

« C'est clair qu'il a eu pas mal d'exemples sous les yeux pour finir par être tenté. » Marmonna le chasseur sans se rendre compte de l'impact de ses paroles, la rejoignant près de l'habitation pourrie et défoncée.

« Exactement, oui. » Siffla la blonde avec mépris en dardant un regard outré sur sa personne. « Et il a toutes les raisons pour. »

« C'est pas de la raison mais d'la connerie, à son âge. » Cracha le chasseur en ouvrant violemment la porte d'un coup adroit du pied. « Mais s'il a choisi de fuir plutôt que de mourir, ça m'semble clair comme message non ? » Lâcha-t-il en pointant son arbalète sur l'intérieur de la cabane.

Elle grimaça mais ne put contester, levant elle aussi son flingue pour couvrir les arrières du chasseur.

« Moi, tu m'aurais laissé mourir si Dale n'avait pas pris mon arme. »

« C'est un gamin. »

Ils ne trouvèrent rien de concluant à l'intérieur, mis à part des outils rouillés et un paquet de cigarette avec un briquet à l'intérieur.

« Mais pourquoi tu t'en préoccupes tant ? Comme Sophia ? »

« C'est comme ça c'est tout arrête d'me faire chier avec ça. »

Excédée et nerveuse, la femme sortit de l'unique pièce en poussant de profonds soupirs, réfléchissant sombrement en tuant le seul Rôdeur des environs. Du moins c'est ce qu'elle crût jusqu'à entendre des râles dans le lointain, qui ne manqueraient certainement pas de se rapprocher.

Daryl ressortit la tête basse, le briquet lui chauffant la paume de la main, tandis qu'il fronçait les sourcils jusqu'à ce qu'ils touchent ses cils.

« Faut qu'on se bouge Dixon ! » S'écria-t-elle en se relevant du cadavre qu'elle avait tabassé à coups de crosse.

« C'est le briquet de mon frère. » Murmura-t-il sans l'entendre alors qu'elle s'approchait de lui. « Y'a ses initiales dessous, MD. C'est forcément à Merle. »

Il tangua sur ses pieds, et Andréa dut le soutenir une brève seconde avant qu'il ne retrouve ses esprits.

« Je ne sais pas si je dois être surprise, inquiète ou simplement blasée…Pourquoi quand ça sent les emmerdes y'a toujours Merle derrière ? » Grogna-t-elle en suivant l'autre Dixon qui s'élançait sur la piste qu'avaient laissé les roues de plusieurs véhicules, tête basse et d'un pas ferme et décidé.

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Carl posa son chapeau sur la chaise libre pour le dîner, ignorant les yeux curieux et dangereux de l'homme face à lui qui lui souriait d'un air amusé. Michonne s'installa tout autant en silence, bien mieux soignée qu'avec Andréa, à la différence que cela était contre sa volonté. Deux hommes derrière lui stationnaient devant la porte, et le Gouverneur finit par les renvoyer face au regard insistant du petit Grimes.

« Vous êtes bien protégés. » Souffla-t-il d'une voix éteinte en regardant la portion de bœuf-carottes qu'on lui servait. « Vous devez être bien tranquilles, derrière vos murs. »

« Ça pourrait te plaire de vivre ici tu penses ? »

« Non. Je n'ai pas envie de me retrouver enfermé ici comme vous. »

« Carl. » Siffla Michonne d'un ton dur comme avertissement, mais le Gouverneur leva une main pour la faire taire.

« Non non laissez-le s'exprimer, il n'y a aucun problème. » Concéda le Gouverneur avec un grand sourire.

Mais il y avait quelque chose de figé dans son expression qui déplaisait à la jeune femme, comme s'il surjouait légèrement, comme s'il retenait une quelconque pulsion.

« Et Gouverneur, c'est votre prénom ou… ? »

« Je m'appelle Philip Black, mais tout le monde a pris l'habitude de m'appeler ainsi. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai laissé faire, et j'ai fini par aimer ce surnom. » S'expliqua-t-il alors que Carl avait une mimique témoignant de son scepticisme.

Michonne dut cacher son demi-sourire face à l'insolence évidente du garçon qui semblait plaire au Philip. Plus le temps passait, et plus elle se surprenait à apprécier Carl, alors qu'elle ne le connaissait que depuis deux jours. Milton toussota à sa droite et son visage redevint impassible et alerte, alors que Carl posait sa fourchette sans toucher à sa nourriture.

« Tu peux manger, tu sais. » L'informa le Blake avec un sourire un peu trop avenant. « Je ne vais t'empoisonner. »

« Pourquoi pas. » Grogna le Grimes sur un ton qui se voulait aussi ferme que celui du Dixon.

« Il ne mange pas beaucoup. »

« Et d'où vous connaissez-vous ? Êtes-vous sa mère ou… » Intervint soudainement Milton, arrachant un rire cynique à Carl.

« Nous nous sommes rencontrés il y a quelques semaines dans une ville au fin fond de la Géorgie. » Débita automatiquement la femme, ne se privant pas pour piocher dans l'assiette de Carl. « Il était seul et moi aussi. »

« Michonne m'a recueilli et s'est occupée de moi durant tout ce temps. » Mentit effrontément Carl sans même être surpris par les dires de Michonne. « Et puis nous sommes tombés sur ce…Merle, et…voilà où on en est. »

Le Gouverneur hocha la tête, le croyant sur parole, mais se mit à froncer les sourcils, la serviette sur sa bouche pour finir sa bouchée en toute discrétion.

« Et d'où venez-vous, exactement ? »

« On n'avait pas de carte. » L'hésitation dans la voix de Carl fut perçue comme une faiblesse, et non comme quelque chose qui pouvait trahir un quelconque mensonge, mettant plutôt en évidence la précarité de leur situation.

« Mais vous aviez les panneaux de signalisation. » Contra Blake avec un grand sourire poli.

« Pas dans la forêt. »

« Hmm. » Le Gouverneur hocha à nouveau la tête, mais ne lâcha pas le morceau pour autant. « Mais je ne sais toujours pas d'où… »

« Atlanta. » Murmura le garçon d'une voix franche et qui n'acceptait aucune objection. « On a fui quand ils se sont mis à bombarder la ville au napalm. Michonne m'a sauvé la vie. »

C'était toutefois trop forcé et trop rapide pour être vrai, et une étincelle étrange scintilla dans les prunelles du Gouverneur, alors que Michonne n'osait déglutir.

« Ah ? Je croyais que vous veniez de la frontière de l'État… »

« Euh… On a beaucoup marché, j'imagine…On avait une voiture, parfois. »

« Hmm. » Répéta le Gouverneur sans perdre son sourire.

« Que va devenir ce…Merle ? » Demanda Michonne pour changer de sujet, serrant sa fourchette comme si elle était tout ce qui lui restait sur Terre.

« Oh, ce n'est pas la première fois qu'il fait une bêtise. » Lança Milton d'une voix incertaine, attirant soudainement tous les regards. « On va encore lui taper sur les doigts, il promettra de ne pas recommencer, ainsi de suite. »

Blake appuya les dires de son scientifique d'un geste de la main, alors que le regard de Michonne était lourd de méfiance et d'interrogation.

« Vous le verrez dans une semaine, j'imagine. » Chuchota-t-il alors que Carl fronçait ses petits sourcils.

« On repart demain. »

« Tu es sûr ? Pourquoi préférer la route quand on a une ville pour soi ? »

Parce qu'on a quelque chose à fuir, aurait voulu hurler le garçon. Mais il se contenta de garder les lèvres et les poings serrés, de peur de trop en dire. Carl n'avait pas connu la détention jusqu'à aujourd'hui, mais désormais elle lui tordait et retournait l'estomac.

« On verra bien demain, O.K. Carl ? » Demanda Michonne en lui lançant un regard dur, lui prenant la main pour lui donner du soutien, l'écrasant plus que de raison. « Le garçon est un peu fatigué, la journée se termine et… »

« Elle a été longue, je comprends. » Acquiesça le Gouverneur, et se leva poliment avec Milton lorsqu'ils prirent congé. « Martinez va vous indiquer vos appartements. »

« Où se trouve mon sabre, pas vrai ? » Railla la jeune femme, toutefois très sérieuse.

Le Gouverneur inclina la tête avec une fausse désolation sur le visage, et elle eut un demi-sourire torve. Évidemment.

« Nous préférons garder les armes en sécurité entre les mains de nos soldats. Et vous êtes des étrangers… »

« Je comprends. » L'imita-t-elle sur un ton sarcastique. Puis elle poussa le Grimes devant elle en ignorant le drôle de regard de Blake, des frissons lui parcourant avec frénésie le dos.

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Hershel caressait les cheveux de Beth avec toute la douceur du monde, alors que Maggie berçait sa sœur en lui chuchotant une prière. Hershel se sentait vieux et éreinté, mais ce n'était rien face au visage de Beth qui avait pris mille ans. Elle fixait le plafond avec détermination, imperturbable et imperméable à l'amour de sa famille, enfermée dans son monde. Le vétérinaire embrassa la main de sa toute petite fille et se tourna vers Shane, qui attendait son heure sur le seuil de la porte, le fusil pendant à l'épaule. Ce dernier se passa une langue incertaine sur ses lèvres ainsi qu'une main sur sa tête, puis finit par s'approcher lentement, telle une petite souris qui se sait étrangère au milieu de cette famille.

« Beth, tu m'entends ? » Chuchota-t-il une fois au pied de son lit, alors que Maggie arrêtait de prier, devenant muette comme une tombe.

Shane ignora son regard lourd de sens et attrapa la main libre de la petite blonde, qui continuait de fixer le plafond comme elle l'avait fait toute son existence. Il soupira, ne sachant que dire. Il n'était pas doué avec les mots, et encore moins avec les gens aussi fragiles que Beth. Ce n'était pas son rôle, pas son combat, pas sa faute si la Greene se retrouvait là. Il essuya une goutte de sueur qui coulait sur sa joue en frottant cette dernière contre son tee-shirt imbibé de sang, regarda une dernière fois Hershel pour qu'il le guide et le soutienne. Shane n'avait soutenu que Rick dans sa vie, et Lori quand elle en avait eu besoin. Avec eux, c'était naturel de s'entraider et de communiquer. Mais c'était une époque bien trop lointaine et révolue pour que Shane trouve encore l'inspiration dans ses souvenirs. La p'tite n'allait plus jamais remarcher comme avant, que pouvait-on lui dire de plus ? N'était-ce pas remuer le couteau dans la plaie et la tuer à petit feu ?

« Allez gamine, il est temps d'se secouer. Tu…tu n'veux pas manger un morceau, hmm ? On a même trouvé de la crème au caramel, Maggie m'a dit que tu adorais ça. » Pas de réaction. « C'est qu'on commence à s'inquiéter, tu sais. Ton père est là, tu le vois ? » Même chose.

Sa main était morte dans la sienne, froide et pâle comme un suaire. Le néant s'était accaparé les prunelles roides de la jeune fille, qui ne semblait même pas l'entendre. Nouveau soupir, Shane se détacha de son corps, renvoya d'une main vague les deux Greene, qui obéirent à contrecœur. Carol referma la porte sur eux, et le silence lourd lui coupa le souffle. Ses épaules s'affaissèrent, ses traits s'assombrirent, alors que Beth attendait que le plafond l'emporte dans la mort. Mais son moignon était sauf et désinfecté à son plus grand malheur.

« J'vais pas passer par quatre chemins. » Commença-t-il d'une voix qu'il trouvait trop rude, autoritaire pour l'enfant. « Tu vas souffrir. Tu vas pleurer. Comme si on t'avait enlevé une partie de ton âme. Comme si toute la vie qui t'habitait t'avais quitté en même temps qu'une partie de ta jambe. »

Les larmes silencieuses de Beth furent son unique réponse, mais c'était une réaction, et il ne s'arrêta pas.

« Tu seras épuisée, comme si tu portais le poids du monde depuis des millénaires. Tu seras déprimée, morte à l'intérieur, et la cendre envahira ton cœur comme un poison. Tu seras vide, sans lui. »

Était-ce l'ombre de Rick qu'il apercevait du coin de l'œil ?

« Mais tu vas te relever. Tu vas arrêter de regarder en arrière, et tu vas voir tout le chemin qu'il te reste à faire, à vivre. Tu vas compter les secondes comme si elles étaient des heures, tu attendras que le prochain coup t'achève, et t'y survivras des centaines de fois. Parce que devant toi, y'a encore Maggie et Hershel, tu comprends ? Parce que t'es encore là, quoi que tu fasses. »

Il fixa le drap sans oser vérifier son visage, sans oser toucher son bras, sans oser confronter l'ombre de Rick qui le narguait dans son dos.

Mais Beth le regardait lui, sans qu'il n'en n'ait conscience. Elle le voyait trembler de peur, perdre la raison tant les drames s'enchaînaient et grignotaient sa conscience, et la chute de Shane aux Enfers était encore plus rapide que la sienne.

« Ce que tu peux être stupide. »

Il tourna des prunelles effrayées et scandalisées vers sa personne, et l'expression trop froide, trop implacable et presque mauvaise de Beth le blessa plus que de raison.

« Regarde-toi, à tenter de fuir tes propres démons. » Cracha-t-elle sur un ton venimeux, ignorant l'incompréhension sur son visage. « A ne parler que de toi, parce que le monde tourne autour de Shane Walsh. Ne viens pas te lamenter au pied de mon lit si c'est pour me sortir de telles conneries. »

« Mais non, je… »

« Ça va, arrête. Garde ta salive pour toi. Prends tes deux jambes saines à ton cou et fuis le plus loin possible de tes pêchés avant qu'ils n'arrivent à t'attraper. » Siffla la blonde avec un sourire cruel, le faisant reculer de choc. « De toute façon, c'est toujours nous qui prenons. Sophia, Shawn, Carl, moi...Toujours les plus jeunes, quoique vous fassiez. »

Il entendit le ricanement sec de Rick dans sa tête et déglutit avec difficulté, se relevant gauchement.

« T'es vraiment qu'une sale ingrate. J'ai p'têt pas sauvé Carl mais t'es encore là, toi. » Il eut beau essayer, le ton n'était pas aussi venimeux que celle de la blonde qui l'ignora royalement.

Il passa la main sur sa tête pour témoigner de son impuissance et de ses doutes, mais il sortit néanmoins bien vite de la chambre, ne supportant plus la tension étouffante que maintenait la Greene autour d'elle.

Greene qui ferma les yeux en essuyant rageusement ses larmes, se maudissant d'avoir été aussi méchante. Mais elle n'avait pas tort et au fond d'elle, elle le savait. Comme Shane n'avait pas tort, que ses mots l'avaient touché et ranimé son cœur froid de battements d'espérance.

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Michonne ouvrit un œil en entendant le doux bruissement d'un rasoir et tourna un regard vaseux vers la porte de la salle de bain qu'elle apercevait depuis sa chambre. De la lumière s'en échappait et elle se leva difficilement en s'emparant du couteau sous son oreiller. Arrivée devant la porte, elle la poussa du bout des doigts et contempla Carl qui se coupait les cheveux devant le miroir. Il lui jeta à travers celui-ci un regard sans âme, s'étant arrêté une seconde. Du sang coulait sur ses sourcils et son cou, mais il n'en tenait guère compte. Rallumant le rasoir électrique, il continua son œuvre sans desceller ses pupilles froides des siennes. Elle finit par refermer lentement la porte, n'ayant pas repris son souffle depuis la première fois qu'elle l'avait touché.