Chap 4 : cloîtré ici, et ici aussi
Des heures se sont écoulées depuis notre départ et je ne vois toujours pas le panneau « Bienvenu à San Francisco ». Ah, j'ai parlé trop vite nous voilà arrivés à destination. Enfin. Cela fait un moment que je n'ai pas voyagé autant. Pour en arriver jusque-là dans ce véhicule, tout d'abord nous avons pris le train, ce n'est pas mon genre de vivre par procuration mais Deadpool a préféré m'acheter un billet pour ce trajet. Pour une fois que je peux pavaner avec de l'argent sur moi, on décide de payer à ma place pour le train mais également le bus. Puis certainement ce taxi. Jamais deux sans trois. Tant pis, après tout je pourrais me payer un double cheese burger au diner le plus proche avec mon argent non dépensé.
Si le voyage a été très long, le confort n'était pas médiocre à mon étonnement il était bien, juste standard. Le prix était convenable, c'est ce que j'aurais sûrement pris au vu de mes moyens. Par contre, je ne peux pas dire la même chose pour Wade. Je ne sais pas s'il est en fin de mois difficile, mais il n'a pas voyagé à mes côtés. Tout en gardant son costume, il est resté tout au long dans la valise.
J'étais seul à la manœuvre, toutefois je ne suis pas parti à l'aveuglette. Pour m'indiquer le chemin à suivre et les moyens de transport à prendre, Deadpool m'a gentiment passé une feuille avec les indications à suivre. Il m'a écrit ce qu'il fallait que je fasse pour éviter que je lui parle bêtement dans le vide si je suis perdu. Jusqu'à maintenant, j'ai suivi ses instructions à la lettre même si j'ai eu du mal au départ. Je ne cherche pas l'écriture de Shakespeare, mais là il était proche de celui d'un médecin. La feuille était gribouillée, des mots étaient parfois barrés, il a même mis sa liste de courses dessus. Heureusement qu'en attendant le train, j'ai pu avoir le temps qu'il me faut pour le déchiffrer. Même un gosse de 8 ans avec des fautes d'orthographe peut mieux écrire, et j'exagère à peine. À mon avis, il le sait lui-même que son écriture n'est pas des plus lisibles, car les dessins dans la marge m'ont grandement aidé.
— On est bientôt arrivé ? Demande-t-il par-delà la valise.
Le chauffeur règle son rétroviseur, et nos regards se croisent. Sa feuille est forte utile, mais je crois qu'il a oublié de prendre en compte qu'il ne peut pas se contrôler de me parler. Surtout qu'on n'a jamais conversé longtemps puisque je l'évite le reste du temps. Cette fois, je suis obligé de rester près de lui comme je tiens la valise. Et monsieur est plutôt lourd.
Je me concentre sur ma fenêtre pour éviter son regard, tapotant ma valise à mes côtés. Tout le long du trajet, les gens pensent que je parle à une voix dans ma tête, en gros que je parle tout seul. À vrai dire, je ne peux pas non plus expliquer que j'ai un homme déboîté à l'intérieur entre les vêtements. Et cerise sur le gâteau, une valise Hello Kitty. Je tiens à préciser que ce n'est pas moi qui ai choisi la couleur rose et cette marque en particulier. Dans ma chambre, il n'était même pas venu avec cette valise. Nous avons échangé avec celle-ci alors que la taille est beaucoup plus petite que la précédente. Comme d'habitude, il a voulu faire le beau en me prouvant qu'il rentrait dans absolument tout. Tout le monde n'a pas cette chance de ne pas entendre inlassablement la voix de Deadpool vous demander à chaque minute qui passe la même et satanée question :
— On est bientôt arrivé ? Rapplique-t-il au taquet.
— Tais-toi.
— Vous savez, je connais une très bonne psychiatre, intervient le taxi-man. C'est une vieille amie à moi et elle a soigné beaucoup de personnes. Elle peut certainement vous aider.
— Volontiers, camarade, répond Deadpool avant moi.
Je balance mon poing dans la valise, un creux sur la face apparaît aussitôt qu'il disparaît grâce à la flexibilité du matériel. Avec une taille pareille, aucun moyen que je rate ses côtes ou son ventre. Il va juste s'étouffer un moment, et moi je vais avoir un peu de silence. J'aurais dû prendre mes précautions, évidemment qu'il ne garderait pas sa langue dans sa poche, j'aurais dû le bâillonner avec mes fils…
Le coup porte ses fruits, Deadpool avale un juron en silence. Le chauffeur n'arrête pas de me dévisager par le rétroviseur, levant cette fois un sourcil en me voyant cogner sur l'objet.
— Non, pas besoin, repris-je le plus calme possible. Je suis déjà un traitement qui consiste à frapper autant de fois que nécessaire ma valise rose qui représente à mes yeux l'image de mon malheur. Rien de méchant, bien entendu ça vient comme ça part. Et je crois que là, ça me démange encore un peu.
De nouveau, je m'empresse de frapper au milieu encore une fois et en plein dans le visage d'Hello Kitty. Si seulement il n'avait pas de bouche comme ce personnage tout mignon.
— Euh d'accord.
J'entends Deadpool crier de pitié à l'intérieur de la valise mais son appel traverse insensiblement mes oreilles. Heureusement qu'un klaxon retentit au même moment, le conducteur ne l'a pas entendu également et continue de regarder droit devant lui.
— Vous voilà arrivé monsieur !
Par-dessus la vitre ouverte, je passe ma tête pour voir notre arrêt final : le motel Diamant. J'ouvre la porte pour mieux apercevoir le bâtiment. Un immeuble non fraîchement construit comme je l'avais prédit, j'espère que les chambres sont le diamant de ce motel. Nous sommes arrivés dans un petit endroit perdu dont aucune personne ne mettrait les pieds et je ne serais pas étonné qu'il affiche la pancarte de bail à céder à l'entrée d'après l'état vétuste des lieux.
Je sors la feuille de mon jean, le dessin ressemble à s'y méprendre à la réalité : la taille de deux carrés marrons avec des petits carrés blancs alignés pour faire les fenêtres. Sans oublier, un grand rectangle vertical gris avec un trait vertical pour représenter la porte d'entrée. Il n'y a pas de commentaires pour ce dessin. J'en viens au stade où il faut à présent lâcher le bavard pour continuer ma quête.
Le chauffeur, un vieux gaillard à la peau foncée sort de sa voiture pour venir m'aider à descendre ma lourde valise. Il prend l'argent, me remerciant et me souhaitant un bon séjour puis démarre la voiture en trombe.
La rue est déserte, il n'y a même pas un habitant pour nous regarder de travers dans le quartier. À part la présence d'un petit garçon perché à sa fenêtre. La taille de la fenêtre est plus grande que lui me laissant voir que sa touffe de cheveux et ses deux yeux. Il me fixe d'une intensité que j'ai l'impression d'être un Martien venu envahir la Terre. Je lui envoie un salut vulcain en tirant la langue. Mon geste le prend au dépourvu, le garçon disparaît derrière les rideaux. En baissant le regard, je me demande en fin de compte si ce n'est pas ma valise qui rebondit près de moi qui l'a fait fuir.
— On est arrivé ?
— On est arrivé, oui.
À l'abri des regards indiscrets derrière une rangée de buissons, j'ouvre enfin la valise pour libérer Wade. Je continue à regarder autour de nous mais personne ne semble nous prêter attention. Je passe pour un fou, mais je n'ai pas envie qu'on me classe dans la catégorie des psychopathes. Chaque membre commence à sortir de la valise, Deadpool s'étire, se déboîte pour reprendre un angle normal pour se reformer en une seule pièce avec des os remis à leur bonne initiale. Il saute de la petite valise rose, flamboyant à nouveau, et prend de l'élan pour faire un saut. Il bondit et durant son envol, j'entends les articulations craquer. Le mercenaire retombe sur ses deux pieds en posture de combat après sa lancée olympique. Une position en rapport Kung Fu ou un sport de la même famille. Jackie Chan aurait su répondre à ma place.
— À quoi je ressemble ?
Au power ranger force rouge.
— Un sac à patates. On y va maintenant, tu as la clef sur toi ?
— La clef ?
— Tu sais la clef, pour ouvrir la porte de la chambre. Ta chambre au moins. Dis-moi que tu n'as pas l'intention de te présenter comme ça pour demander une chambre.
— J'ai l'intention de me présenter comme ça pour demander une chambre.
Boulet fini. Je passe devant, le bousculant au passage sans lui dénier un seul regard. Je vais devoir me taper à nouveau le boulot : demander une chambre ou deux pendant que lui s'installera confortablement sur un de leurs fauteuils délavés et usés.
J'arrive devant le réceptionniste d'un pas décidé, c'est un jeune homme d'environ mon âge et d'après son air et son look, il a l'air d'avoir une vie royalement pourrie. L'écran de son ordinateur est dans l'angle du comptoir me laissant apercevoir ce qu'il est en train de faire. Je remarque une seule fenêtre ouverte et une partie de cartes semble en cours. On dirait du poker à première vue, avec cette table verte en guise de fond derrière les cartes virtuelles. Avec son casque et ses yeux rivés sur l'écran, il ne nous a pas entendus rentrés ni même remarqué l'ombre grandir sur son dos. Vu sa nonchalance à vouloir me regarder, il n'a pas dû voir un voyageur séjourner ici depuis longtemps.
Heureusement sur le comptoir je trouve une sonnette pour marquer ma présente au lieu d'utiliser ma voix. Je me penche et actionne le mécanisme pour enclencher la clochette en dessous. Un son mélodieux vient réveiller la salle, d'abord une fois puis deux. Cela me rappelle le son des bonnes vieilles auberges qui vous accueillent à bras ouverts. Ou encore, un couple de retraités qui vous offre une chambre le sourire au coin des lèvres, quelque chose de magique et de chaleureux. Le parfait début de voyage que je ne suis pas en train de vivre actuellement. Le jeune réceptionniste est toujours avachi sur sa chaise, me faisant dos. Il n'y a que l'argent qui le pousse à venir travailler ici.
Je décide de prendre la sonnette pour lui lancer en pleine tête mais celle-ci est collée sur le comptoir. Je crois qu'une telle expérience est déjà arrivée ici. Je finis par abandonner cette idée sinon je vais arracher complètement le bois et tire une toile sur un pied de chaise pour le retourner. Son casque se débranche en même temps, il ne comprend pas ce qui se passe jusqu'à ce qu'il lève le regard en me voyant.
— Oh, bonjour et bienvenue dans le merveilleux petit motel le Diamant, celui qui prend soin de son client à n'importe quel moment, dit-il d'un ton lasse. Que puis-je faire pour vous ?
Wade abandonne son fauteuil et se joint à nous au comptoir. Je le vois arriver à ma hauteur, se prélassant dans une musique inexistante et dont les doigts pianotent en l'air. Le réceptionniste jette un regard sans surprise face au costume de Deadpool puis de nouveau vers moi. À nouveau, il me regarde puis Deadpool. Moi, et encore Deadpool.
Une sorte de mécanisme s'enclenche dans sa tête puis il tapote à la hâte sur son ordinateur. Je crains le pire vu le rictus se former sur son visage qu'il n'essaie pas de cacher.
— Ne dîtes plus rien, je vous ai pris une chambre. Réservation pour une nuit je suppose, vous avez l'air jeunes, mais je vais dire que vous êtes majeurs sur le registre. Dit-il en nous lançant la clef. La discrétion est la règle dans ce motel !
— Vous sous-entendez quoi par là ?
Deadpool rattrape les clés au vol. Cette histoire me paraît louche, je me retourne pour le maintenir en place en le tenant fermement par la ceinture qu'il n'aille ouvrir la chambre donnée.
— Déjà il y a le costume, s'ensuit la petite valise qui contient certainement vos outils BDSM. Il ne vous reste plus que la chambre pour faire vos jeux. Vous voyez ? Pas besoin de m'en dire plus, tout ça c'est de l'observation suite à des années d'expérience.
L'amertume submerge ma bouche, je ne sais pas exactement comment le prendre. D'un côté, il n'a pas tort : le costume fait penser exactement à un masochiste franchement débarqué, la valise décalée pour ce côté enfin…voilà. Je ne veux même pas m'imaginer lui et moi en train de…argh trop tard l'image défile déjà.
— Ce n'est pas du tout ce que vous croyez…
— C'est ce qu'ils disent tous, vous avez pas à avoir honte. C'est monnaie courante dans le coin, promis je vous dénonce pas aux keufs.
— Non, je suis sérieux, soyez compréhensible et intelligent, on est juste là pour une affaire personnelle, pas pour s'adonner à ça la nuit.
— Je vois pas le mal de pratiquer en plus de votre « affaire personnelle », dit-il en clignant d'un œil.
Je suis sur le point de m'arracher les cheveux de la tête au risque de devenir chauve comme le professeur Xavier. Ensuite, je me ferais un malin plaisir à lui arracher les siens en retour avant qu'il ne les mange. Pour une fois que ce n'est pas Wade qui me cause directement des torts, il a aussi le pouvoir de m'en causer indirectement.
Je me répète encore et encore, mais il faut toujours que mon bon côté me fasse revenir à la raison. Ne pas tuer. Il y a des jours où je me demande ce que je serais sans règles ni morales, oh je viderai le monde entier de tous ces abrutis. Ce jeune homme n'atteint pas la débilité et l'égoïsme de Deadpool, mais sa logique reste proche…très proche.
— Vous allez me donner une chambre avec deux lits SÉPARÉS. Ou deux chambres individuelles et je vais faire en sorte d'oublier cette discussion.
— Eh bien…c'est que …
— Quel est le problème maintenant ?
— Toutes les autres ont été réservés, c'est la dernière qu'il nous reste.
— Vous rigolez ?
L'étiquette apposée sur sa chemise à carreaux rouges m'indique que je parle avec Ted. Son sourire pincé peu concluant me donne l'impression qu'il y a anguille sous roche. J'étais bien à New-York, j'étais tranquille qu'est-ce qui m'a pris de partir pour faire le héros dans une autre ville ?
Une main se pose sur mon épaule, Deadpool me toise comme si je faisais un caprice puéril à mon âge.
— Allez Petey, on fera des économies comme ça.
— Je prends le lit. Toi, tu dors sur le canapé voire par-terre. Non négociable.
Wade se fige sur place, la main à la même position sauf qu'à présent elle flotte dans le vide puisque je suis parti en direction de la chambre. Je prends la valise rose et la fais rouler derrière moi. Je sors en poussant la porte me retrouvant au milieu du parking. Pour accéder aux chambres du motel il faut passer par l'extérieur et emprunter la rampe escalier à droite.
Maintenant direction vers la seule et unique chambre. Dans le trousseau de clés, le bout de bois indique la chambre 106 on va devoir monter d'un étage.
— On partage pas le lit ensemble comme des tourtereaux ?! Hurle Deadpool en courant pour me rattraper.
— Jamais de la vie, et même pas dans tes rêves.
Un cri d'indignation résonne jusqu'au couloir de l'étage tandis que je finis de monter les marches. La valise cogne à chaque marche, je suis trop agacé que j'oublie mes manières. Je passe la clé dans la serrure et la porte s'ouvre dans un grincement à en faire tomber la poussière incrustée dans le mur. Une odeur d'humidité s'échappe de la pièce, je me précipite vers la seule fenêtre de la chambre pour l'ouvrir. Sur mon chemin, je fais tomber la valise dans un coin et mon sac sur le canapé. On a une vue imprenable sur la rue principale et un bâtiment à l'abandon. L'état du bâtiment est trompeur, en regardant plus près une porte menant à une allée me paraît bien blindée pour être un bâtiment inhabité.
Je prends une bouffée d'air avant de revenir cette petite chambre dérangeante. Deadpool rentre en sprintant pour bondir sur le lit. Un canapé se trouve dans le coin dans la pièce, son état est aussi déplorable que le reste des objets ici présents. On dirait qu'il y a eu une bagarre dessus, le cuir est découpé et la mousse en ressort. Je remarque même une trace liquide non identifié près d'un accoudoir, jaunâtre y a pas de doute. Juste une nuit ça peut faire l'affaire. Puis, on a le strict minimum : des toilettes dont je ne veux même pas connaître l'état actuel, un canapé gris avec trois places, un lit et une petite télévision.
— Rejoins-moi petite araignée ! Je suis tout chaud juste pour toi !
Wade est allongé sur le côté du lit, la tête posée dans une main tandis que l'autre tapote la couverture devant lui. Sa position en dit long sur ses intentions malsaines.
— Arrête, c'est dégoûtant et j'ai réservé le lit alors soit gentil et va rejoindre ton canapé.
Refusant d'obtempérer, Wade s'étale telle une étoile sur tout le lit. Je décide donc de tirer sur la couverture et fait tomber à la renverse l'étoile de mer à plat au sol.
— Puisqu'on a de l'énergie à revendre, que faisons-nous à présent que nous sommes là ?
— On attend, dit-il le visage aplati sur le tapis. Ils travaillent tard le soir pour faire leur trafic dans l'immeuble dans face.
— Et c'est quoi le plan ?
— Tuer le chef pour dissiper la colonie ou tous les tuer, au choix.
Du Deadpool craché. On ira plutôt les neutraliser.
Je marche sans ménagement sur son corps qui couine sous mes pas pour atteindre la commode et ouvrir le tiroir. Je récupère la télécommande à l'intérieur. À ma montre, je constate qu'il est déjà 23 heures passées. Cette nuit va être longue, je le sens.
— Et qu'est-ce qu'ils manigancent exactement dedans ?
— Une nouvelle drogue de synthèse sur le marché.
Je hoche la tête en signe de compréhension et m'installe tranquillement sur le lit. J'appuie sur le bouton « ON » pour allumer l'écran et en jetant un regard à Wade, celui-ci est toujours par terre. Je l'entends parler dans le tapis mais puisqu'il marmonne, ce n'est que des brouhahas qui se noient dans mes oreilles. S'il préfère dormir sur le tapis malgré les microbes et la poussière, je respecte son choix. Ce sera toujours plus propre que le canapé moisi.
À la télé, je tombe sur un clip musical plutôt étrange mais pas moins avec un style qui attire le regard. Au milieu d'un carré bleu, une femme habillée tel un homme dansant sur de la pop plutôt électrique avec des gestes rappelant Michael Jackson. C'est similaire mais la comparaison s'arrête sur certains gestes car dans une voix suave, elle emporte le mouvement en le recourbant à sa manière. Je ne connais pas cette artiste, mais je crois reconnaître des paroles françaises. Ce n'est pas mon genre musical mais j'admire l'originalité de cette chanteuse et le son simple mais entraînant. Quant au clip, il est simple et épuré mettant en avant sa personne et les danseurs autour d'elle.
Je zappe vers une autre chaîne et tombe sur un journal télévisé. Une banderole défile sous la journaliste, on peut lire : « AVENGERS : NOUVELLE ÉQUIPE, NOUVEL ACTE HÉROÏQUE. » La journaliste est en train de commenter une vidéo où l'équipe apparaît au complet entraidant les blessés des décombres. Autour d'eux le lieu est pratiquement devenu un no man's land. Ils sont entourés par des débris de bâtiments effondrés. Captain America porte un enfant blessé sur ses épaules, Iron Man transporte en vol les blessés plus sérieux et Hawkeye indique le chemin à suivre pour l'évacuation par héliporteur. Moi qui croyais qu'ils avaient tous coulé lors de la chute du SHIELD.
— Moi aussi je veux être un Avenger.
— Moi aussi, Wade. Moi aussi.
Je tisse une toile d'araignée pour attraper mon sac à dos et le ramène vers moi sur le lit. Je sors mon téléphone portable et remarque que j'ai reçu deux nouveaux messages.
Voyons voir le premier message :
[Coucou Pete, alors t'en penses quoi de la ville ? C'est chouette non ? ;) J'ai hâte que tu me racontes en détails ton voyage secret ! N'oublie pas de m'appeler quand tu seras revenu à NY, xoxo ! MJ]
Je lui enverrai un SMS demain, pas besoin de la déranger pour ce soir elle doit sûrement être déjà couchée à l'heure qu'il est.
Et le second :
[Peter, je sais que tu prends indirectement des vacances et j'espère que tu ne m'as pas oublié. Es-tu arrivé ? Je m'inquiète, j'attends de tes nouvelles je sais que tu es grand, mais tu me connais, 'aime entendre ta voix et savoir que tu vas bien.
Ps : dit bonjour à ton ami, et soit gentil avec lui. S'il t'a demandé personnellement de venir avec lui c'est qu'il a vraiment besoin de toi, car tu es le seul qui peut l'aider, d'accord ?
Pleins de bisous, ta tante.]
Il faut vraiment qu'elle ait raison dans ce genre de moment, je vais juste lui répondre par message que je suis bien arrivé et que tout se passe bien. Voilà, envoyé. Être gentil avec Wade, bah voyons je l'ai toujours été en me retenant de lui mettre le poing dans la figure. Qu'est-ce qu'il faut de plus ? Faire connaissance, absurde. Vraiment. J'insiste.
Je fais défiler mes anciens messages archivés et constate que le nom qui revient souvent est celui de Gwen.
— Je t'aime, et beaucoup plus que toi ! De la part de Gwen. Hum, c'est qui Gwen ?
Avec la télé en bruit de fond, j'ai complètement oublié que je n'étais pas seul dans cette chambre. Il est assis en tailleur prés du rebord du lit, lisant mes messages par-dessus mon épaule.
— Va-t'en, c'est pas tes affaires.
— Si c'est une concurrente, il faut que je sache à quoi elle ressemble !
— Non, Wade attend !
Trop tard, il a déjà volé mon téléphone de mes mains. J'ai un pincement au cœur rien qu'en pensant qu'il est en train de lire tous mes messages et mes photos. Merde, c'est privé quoi !
— Elle est mignonne comme petite blonde, mais tu préfères les rousses ?
J'essaye de récupérer mon téléphone, mais plus je veux l'atteindre, Wade l'éloigne en levant plus haut sa main. Le téléphone portable me file entre les doigts, ce gars est plus grand que moi de quelques centilitres. Certes tu es grand, mais je suis plus habile que toi.
— Rends-moi mon téléphone Wade, je rigole pas. C'est privé !
Cette fois, je me jette sur lui, il esquive mon attaque me laissant tomber sur la télévision mais tombe sur mon croche-pied. Je rattrape la TV avant qu'il ne se fracasse au sol mais perd légèrement l'équilibre à cause de ma feinte. Bien qu'au sol, il continue à faire défiler les photos sous mon nez, prenant un malin plaisir à me voir me débattre.
— Pourquoi t'es énervé ? Demande-t-il comme si ce n'était évident jusque-là.
— Donne-moi ça Wade, s'il te plaît.
— Naaah, pas envie. Son dernier message date… d'un an bientôt deux. Pourquoi tu gardes encore tout ça ? Ça sert à rien si elle veut plus de toi, je peux effacer, ça te fera de la place pour avoir mon numéro !
Poussée par la colère et d'une certaine peur bleue, je me projette à nouveau sur lui le bousculant violemment sur mon passage. Sa tête heurte le sol en premier dans un craquement que j'ignore tellement que ma rage bouillonne en moi, je reste focaliser sur l'homme qui va me supprimer tout ce qu'il me reste, toutes mes années précieuses passées avec Gwen.
À présent, je lui assène d'abord une droite ensuite une gauche alors qu'il est coincé au sol en dessous de moi. J'alterne mes frappes, me détachant du monde extérieur. Il n'a pas le droit de voir, tout ça m'appartient. C'est à moi, ses vidéos, ses photos, ses messages, il n'a pas le droit de les regarder. Ce sont les seules choses qui me restent d'elle, tout ce que je garde ce sont des fragments de souvenir passés avec elle. Les supprimer vient à la tuer encore une fois. Je ne pourrais pas le supporter.
Le téléphone était déjà tombé par terre et pourtant, mes poings partent encore et encore, rien ne peut m'arrêter et je n'arrive pas à m'arrêter. Je revois son expression, je ressens à nouveau son dernier souffle sur mon visage et entends, ce craquement qui lui sera fatal. Elle est morte par ma faute et moi je suis toujours vivant.
Je serre à présent cette toile qui est entourée autour de son cou. Encore, et encore. Non. Que quelqu'un m'arrête.
Soudain, une main fébrile vient se poser sur ma tête, m'ébouriffant les cheveux les mettant dans le désordre. Je relève le visage et relâche ma toile par mécanisme. Le masque de Wade est déformé, son visage est gonflé, tuméfié. C'est moi qui aie fait ça ?
« Frank, bien que les Avengers nous aient encore montré qu'on pouvait compter sur eux lorsque la menace nous guette, qu'en est-il de l'autre super-héros qu'on surnomme l'homme araignée ? Ils sont de notre côté mais à quel prix ? Leurs pouvoirs peuvent être incontrôlables et Spider-man par exemple mérite sérieusement d'être encadrée par une autorité expérimentée. Je me sentirai beaucoup plus en sécurité si les militaires l'arrêtent, des innocents sont morts par sa faute. Vous trouvez ça normal, vous ? Où est l'acte héroïque dedans ? Il faut savoir doser la part des choses. »
Je voulais vraiment l'arrêter, lui faire lâcher mon téléphone mais là, ce n'était pas ça j'étais passé à un stade supérieur. J'étais prêt à tuer, je voulais qu'il réponde, mais il m'a laissé faire sans broncher. Je n'aurais pas dû faire ça, qu'est-ce qui m'a pris ? Mon cœur bat à tout rompre jusque dans mes oreilles et mon souffle est si court. Je sens la pièce se dérober, fondre, se rapprocher de moi. J'ai besoin d'air, mes mains sont moites, et commencent à trembler. J'ai une crise de panique.
Deadpool continue à frotter sa main dans mes cheveux, je tombe contre lui sans le moyen de bouger un membre de mon corps. La rage du début est remplacée par de la tristesse, et un vide profond.
Quelques minutes passent dans un silence abîmé par les commentaires des journalistes et les publicités à tout-va. Wade n'a rien dit pendant ce temps, une de ses mains s'est posée derrière mon dos comme pour s'il voulait me garder près de lui. Je ne proteste pas, je n'ai plus la force de toute façon.
— Pourquoi tu ne m'as pas arrêté ? Ils ont raison, je devrais pas être là. Je…j-je sais même pas pourquoi, moi, j'ai eu ces pouvoirs, je suis incapable de faire le bien autour de moi. Tous ceux qui restent près de moi, meurent à la fin. Pourquoi passer pour un héros quand je ne sais pas m'occuper de moi-même ?
Wade hoche la tête. Il doit vraiment m'en vouloir, peut-être qu'il aurait répondu violemment s'il l'avait fait. J'en sais trop rien, j'ai du mal à réfléchir. Pete, ça c'est de la violence gratuite, il faut assumer à présent.
J'aperçois mon téléphone qui est toujours à côté. Je tends le bras pour le ramasser afin de le ranger soigneusement dans la poche de mon jean. Je pense qu'il est grand temps que je me décolle de lui, entendre son cœur tambouriner et son corps si proche du mien. On est pratiquement à califourchon, c'est… vous voyez. Et puis, sa main commence particulièrement à peser sur ma tête.
— Et arrête ça, je suis pas un gamin et pourquoi tu dis rien, toi de nature toujours bavarde ?
Oh, je crois savoir pourquoi. J'ai dû l'amocher gravement pour qu'il ne l'ouvre plus pour parler.
— Pas, bredouille-t-il faiblement. Sang… trop bouche.
Le mercenaire gesticule pour s'extirper, je me projette sur le côté rapidement avant qu'il ne crache son sang sur moi. Ma tête heurte le pied du lit au même moment. Aïe.
Le liquide s'enfonce dans la maquette et rejoint les autres taches au sol. Du pouce, il essuie la salive au coin de sa bouche avant de remettre son masque.
Je lui dois des excuses, je peux pas laisser passer et faire comme si rien ne s'était passé. Ça ne doit pas être au-dessus de mes moyens.
— Wade… je suis désolé de t'avoir frappé, je me suis emporté. Je voulais pas… et oublie ce que j'ai dit avant, c'était des paroles en l'air, hein…
Son pouce se lève en l'air en réponse. C'est sympa de sa part, mais pas très rassurant par rapport aux blessures qu'il vient de subir.
— Enlève ce masque, je vais te soigner ça.
Je m'approche de son visage, mes mains positionnées aux extrémités de son masque pour le relever. Sa bouche m'apparaît d'abord en premier, il est difforme comme je le pensais. Je reconnais à peine ses lèvres en comparaison de son menton aussi gonflé. Le sang a séché sur ses lèvres bleutées. Je m'abstiens de réagir, car ce que je vois n'est rien comparé à sa peau. J'ai pu l'apercevoir furtivement dans ma chambre, mais je ne pensais pas que c'était sur l'ensemble de son visage. Il a vraiment des cratères sur une peau inexistante, c'est comme si l'épiderme avait oublié son apparence. Autrement dit, elle s'est inspirée par la seule chose qu'elle connaissait : des cicatrices. Je constate à mon étonnement des traces de brûlure mais aussi la marque de produits hautement toxiques tels que l'acide. Immortel au détriment de son apparence, je comprends mieux pourquoi il préfère rester avec son masque à longueur de journée. Je m'y connais en respect et protection lors de la manipulation de produits nocifs et dangereux. Wade semble avoir tout testé sur sa peau, et il est toujours en vie. Son nez m'est visible à présent, torturé par le manque de chair l'os montre le bout de son nez. Bon, c'est peut-être pas le bon moment pour faire des blagues nulles. Oh god. Si le nez est déstructuré alors les yeux…
— Interdit au – 18 ans.
Wade m'attrape par les poignées avant que je ne m'aventure plus loin en terre inconnue.
— Quoi ?
C'est alors qu'il se roule sur le côté en direction de la porte tel un rouleau compresseur qui s'échappe en roue libre sur le sol. Il sort de la chambre avant que je n'aie le temps de rouspéter me laissant perplexe sur ce qui vient de se passer. Je me relève pour le rejoindre mais en ouvrant la porte de nouveau, aucune trace de lui à l'étage.
— Pour info, j'ai plus de 18 ans !
Mon cri disparaît dans le couloir de l'étage, personne ne me répond sauf un automobiliste qui passe par là. Il me klaxonne lorsque le feu est vert et se met à rouler en me faisant un doigt d'honneur en dehors de sa vitre baissée. Très charmant, je devrais arrêter de crier comme si j'étais seul.
Que quelqu'un m'explique pourquoi il est parti en vrille ! Je n'ai même pas eu le temps de sortir ma trousse de soin.
Je referme la porte non sans une pointe d'agacement. Il fait un caprice maintenant ? Oui, bon je l'ai frappé à mort mais c'est pas une raison de s'en aller sans rien dire. Est-ce qu'il part pour mourir dans un coin ? Son corps va être retrouvé plus tard par une patrouille, et les policiers vont faire le lien avec mon ADN ? Je vais trop loin. Après tout, il ne peut pas mourir. Il va revenir, n'est-ce pas ?
— Même quand il est pas là, il arrive à s'insinuer dans ma tête…
Ne sachant plus quoi faire, je me dirige en direction des toilettes pour me rincer un peu et passer du désinfectant sur mes phalanges. Je m'attendais à pire pour la propreté des toilettes, mais je n'ai pas de remarque à faire. Pas de liquide visqueux, ni d'odeur non identifiée. Je trouve facilement ce que je voulais pour panser des blessures dans l'armoire derrière le miroir : du ruban, du coton et de l'alcool. Manque plus que le blessé à soigner, s'il a l'intention de revenir me voir.
« …sans avis. Certains New-Yorkais qu'on a croisé se réjouissent de pas l'avoir dans les parages. Spider-man pas là une journée. J'espère que ça va continuer pour les jours à venir ! Nous ne sommes pas à l'abri des catastrophes avec lui ! Bon débarras ! »
Je saute sur le lit et attrape la télécommande afin d'éteindre la télé. Ce reportage est juste venu pour démonter l'image de Spider-man, merci j'ai ma dose avec les pros de la loi contre la limitation des actions de super justiciers je ne sais quoi. Je m'étale sur le matelas, la télécommande et la trousse à mes côtés. Mes yeux sont rivés sur le plafond rongé par les fissures. Si ce soir il annonce une tempête, c'en est fini pour nous. Je ferme les yeux et laisse le silence m'emporter quelques instants, soufflant tranquillement pour prendre ce temps pour moi.
Après de longues minutes de repos, je jette un œil sur mon téléphone : encore 10 minutes avant qu'il soit minuit et aucune trace de Deadpool à l'horizon. Il n'est toujours pas revenu de sa fugue. Alors comme ça, il ne veut plus revenir.
Il ne serait pas parti inspecter cette immeuble sans me prévenir quand même ?
Je me dirige d'un bond vers la fenêtre et observe discrètement l'étendue de l'immeuble face à notre chambre. La rue a sombré dans la nuit, les voitures sont rangées en ligne et les passants ont déserté les lieux pour rentrer chez eux au chaud.
Au niveau de la porte blindée, je remarque qu'un chat noir se déhanche la queue en l'air. Alors qu'il marche tranquillement au milieu du trottoir, il se décale en sursaut, miaulant de fureur devant la porte. Je ne pense pas que les chats détestent les portes. Caché par le rideau, je me décale légèrement sur le côté pour mieux voir la cause de sa peur.
Le lampadaire lumineux est bien placé, je n'avais pas remarqué la présence de quelqu'un juste derrière. Il doit y avoir une personne prés de cette porte, ça explique pourquoi le chat n'avait pas l'air content de se faire chasser dans sa promenade nocturne. Pourtant dans cet immeuble décontaminé, aucune lumière n'indique une présence ou un travail de nuit. Les fenêtres doivent être teintées ou alors ils utilisent des lampes à basse consommation ou des bougies, je ne sais pas, mais j'en saurais plus si je me rapproche.
Soudain, la porte de la chambre s'ouvre dans un grand battant laissant place à Deadpool dont je n'espérais plus revoir. Au fond de moi, je crois que je suis soulagé de voir qu'il n'est pas parti pour de bon. Ma fierté m'empêche de lui demander ce qu'il a fait, ou s'il va bien tout simplement.
Le mercenaire se rapproche, et me passe un sac en plastique. J'ouvre celui et sens une bonne odeur remontée dans mes narines.
— Je nous ai pris à manger ! Trop faim ! M'explique-t-il ravi. Tu veux indien ou chinois ?
— Va pour chinois, et dire que je croyais… T'es pas fâché enfin je veux dire je t'ai quand même tabassé à mort, non ?
Il me prend le sac des mains et déballe le plat sur le canapé qu'il utilise comme une table. Il m'enrôle deux baguettes dans les mains et retire son masque. Son visage était un carnage vivant devant mes yeux, mon air surpris ne le surprend pas. Il s'assit sur le canapé et avale déjà la moitié de son entrée. Il m'invite à le rejoindre à s'asseoir par terre.
Sans hésiter, je me ramène sur le canapé, je lui devais ça au moins : être docile.
Durant ma manœuvre, Je ne le quitte pas des yeux, la boîte de carton contenant des nouilles dans les mains. Je n'ai même pas commencé mon plat qu'il semble déjà arrivé aux desserts. Je suis stupéfait de ne recevoir aucun reproche, mais il a l'air d'avoir meilleure mine que tout à l'heure. Il ne semble pas gêné que je l'observe. Son crâne est visible, ses yeux n'ont pratiquement plus de paupières, c'est presque comme regarder un crâne humain avec des globes oculaires pour rendre plus vivant. Je n'imagine pas son corps. C'est bluffant et pourtant bien réel. À part ça, sa tête a complètement dégonflé. On dirait qu'il a récupéré son visage « normal », il n'a plus aucune trace de son passage à tabac comme si je ne lui avais rien fait. Bien qu'il ait immortel, cela ne l'empêche pas de ressentir. De plus, maintenant je sais que sa peau se régénère après quelques minutes mais avec des difficultés puisqu'elle garde parfois des cicatrices. J'en oublierai presque qu'il est chauve. En même temps, rien ne doit pousser avec tout ce qu'il subit…
— Tu as dit au chauffeur que le fait de tabasser, commence-t-il à dire la bouche pleine. Ça t'aidait à te détendre comme après une bonne branlette. Donc pas de problème, j'ai presque rien ressenti… je suis un grand garçon.
— En effet…
Je détourne le regard pour contempler l'intérieur mes nouilles que je touille dans le vide. Il me surprendra toujours.
— La prochaine fois, ne me demande pas de choisir si tu as pris seulement chinois pour nous deux.
Il marmonne un pardon entre les nouilles qui ressortent de sa bouche et continue à manger. Il mange son dessert en même temps que son troisième plat maintenant. Original. Je roule des yeux et me retiens d'ajouter un commentaire, j'ai trop faim pour me chamailler.
Après avoir terminé mon repas, j'ouvre mon biscuit chinois et découvre le petit mot à l'intérieur :
- Faites-vous pardonner maintenant, demain vous ne vous sentirez peut-être plus coupable. -
Très aimable à vous, j'en ai presque la chair de poule. Lorsque je me tourne vers lui, il mâchouille déjà le mot avec son biscuit.
— Wade, comment as-tu fait pour avoir cette habilité régénérante ?
— Vous avez entendu ? Petey s'intéresse à moi ! Tu veux savoir mon secret ? Mon plus grand secret ? Mais seuls mes meilleurs amis le savent, est-ce qu'on est assez proche pour que je te le dise ? Notre amitié a dû sacrément évoluer si tu me le demandes, ça doit dire qu'on est complice, on va se faire des sorties ensemble, combattre le crime ensemble et sûrement mesurer celui qui a la plus grande partie génitale ! Oh Oui !
Ses mains clapotent dans l'excitation.
— Urgh, oublie, c'était une mauvaise idée… Je me dis qu'avec, en t'examinant de plus près on pourrait peut-être sauver des vies, trouver un remède sur des maladies dégénératives…
Deadpool réagit d'un mou dubitatif.
— Évidemment. D'autres gens avant moi te l'ont déjà proposé et ça s'est mal passé…
Je finis par manger mon biscuit un peu honteux. Brusquement, Deadpool se lève et prend la parole tel un hurleur des rues.
— Il était une fois : moi, Wade Wilson, un jeune homme fourgue, était condamné à mourir jeune, très jeune. Les docteurs ont dit qu'aucun organe n'était vital. Une maladie incurable. J'allais mourir sans connaître les joies de la vie… Triste début d'histoire hein ?
— T'avais quoi ? Le cancer ?
— Exactement !
— Ouais donc t'étais atteint du cancer ensuite ?
— Pas de précipitation Petey… une chose à la fois. Un beau jour, au moment où je ne m'attendais pas sur mon canapé, un gentil monsieur m'a proposé d'être un cobaye pour des expériences, un projet X, genre top secret.
— Et t'as dit oui, car de toute façon t'avais plus rien à perdre et c'est comme ça que tu as eu l'immortalité ?
— En outre, je m'auto-guéris avec mes cellules cancéreuses, totalement hors sujet par rapport à Wolverine. C'était pas vraiment ce qu'ils voulaient, donc au lieu de me tirer une balle en pleine tête, enfin me tuer complètement tu vois ils ont décidé de me garder pour leur expérimentation. C'était plus de la torture, mais j'avais signé en partie tout ce tralala, mais j'ai survécu et je vis une vie de mercenaire trentenaire ! Si tu veux avoir plus d'infos croustillantes, tu peux chercher sur Wikipédia, c'est comme ça que j'ai appris qui est Bruce Wayne. Ba-ba-ba-ba-bat baaatman ! Tu le savais toi ? Je l'ai dit au Joker, le pauvre il cherchait son meilleur ami depuis des années ! Si tu avais vu sa tête, il était très content quand je lui ai dit… J'ai fait de lui un homme heureux avec un simple nom !
Il a plus de 30 ans ? Et moi avec mes petits 20 ans à côté… Plus important, il a oublié de me faire part du moment où il a perdu toute sa tête et lorsque son état mental s'est dégradé. À mon avis, ces séances de tortures et expériences ont joué un rôle dedans même s'il a accepté de son plein gré pour les expériences. Il n'a pas dû lire entre les lignes.
— Ça m'a l'air d'être un site illégal ton Wikipédia. Enfin bref, je me demande comment tu fais pour être défoncé sans prendre de drogues.
— THE POWER OF FLOWERS ! À ton tour ! Qui est Gwen ?
Mes lèvres se retroussent, j'évite de justesse de recracher ma boisson. Je ne m'attendais pas à ce qu'il me demande qui elle est après ce qu'il s'est passé. Si je veux apprendre plus sur lui, il est normal que je sois sincère en retour.
— Elle… elle était ma petite-amie.
— Était ?
— Elle est morte des années avant que je rencontre MJ. Les derniers mots que j'avais pour elle, c'était de rester loin, aussi loin que possible du danger. Je gérais la situation avec Electro, en quelque sorte. Elle est restée et m'a aidé en mettant sa vie en danger. Dès le départ, j'aurais dû m'éloigner d'elle, mais nos sentiments envers l'autre ont été trop forts.
Je souris en repensant nos nombreuses disputes de couple, au final on s'est retrouvé un moment avant que le destin décide de nous séparer pour de bon. Je revois son visage alors lors de cette chute, sa peur se mêlant à la mienne tandis qu'elle tend sa main pour attraper la mienne, moi, son seul espoir. Je n'ai pas assez proche, une milliseconde mortelle. L'âme dans ses yeux s'est éteinte à jamais. Je l'ai vu s'envoler alors qu'elle était dans mes bras. Elle est morte par ma faute.
Un reniflement me fait revenir de mes pensées. Deadpool verse une larme à mon étonnement puis se presse pour me prendre dans ses bras. J'aurais juré sentir ses globes oculaires toucher ma peau.
— Par pitié, épargne-moi tes larmes c'est vraiment pas terrible sur toi… Et rassure-moi, tes boutons ne sont pas contagieux.
Oh, merde j'ai complètement oublié de regarder l'immeuble. Je m'échappe de ses bras pour regarder par la fenêtre, et remarque que le bâtiment semble vivant à présent. Il émet différentes couleurs de lumière à travers ses fenêtres. Des femmes et des hommes se tiennent prés d'un camion, ils sont tous menottés ensemble et rangés en file indienne et avance chacun leur tour. Un à un, ils rentrent tous par la porte dérobée de l'allée.
Sans attendre, je sors mon costume de mon sac et l'enfile dans les toilettes. Quelque chose ne tourne pas rond dans cet immeuble, il y a un drôle de manège qui vient de commencer, et je ne vais pas attendre les bras croisés à ne rien faire alors que des innocents sont retenus captifs. Le costume enfilé, je pousse la porte de la salle de bains et m'avance vers la fenêtre pour l'ouvrir. Plus le temps de jouer aux espions, il faut agir maintenant et je n'ai pas fait tout ce chemin pour appeler la police.
— Qui que quoi ? Baragouine Deadpool.
Il tente de m'arrêter avant mais déjà ai-je projeté ma toile sur le lampadaire pour me jeter dans le vide.
Alors que je me balance au milieu de la route, j'ai juste le temps d'entendre Deadpool me crier quelque chose par la fenêtre, seul le mot « piège » m'est audible.
Coucou tout le monde ! C'est un choix de ma part d'écrire un petit mot à la fin, bon c'était juste pour vous dire désolé de l'attente ! Je ne vais pas m'étaler dans les détails pour mon excuse, mais j'étais surtout occupée et je ne sais pas encore quand le prochain chapitre sortira :s
Merci pour vos gentils commentaires, et je m'excuse encore pour celles dont je n'ai pas pu répondre par messages privés (car je me suis emmêlée dans mes pinceaux) et bienvenue aux nouvelles qui follow mon histoire :)
À bientôt !
Correction : le 12/05/2020
