Bonjour lectrices ! Non, vous ne rêvez pas c'est un chapitre. Oui, je ne suis pas morte et la fiction non plus. Mon excuse de cette longue attente ? Euh...j'étais sur une autre fanfiction et on peut dire que j'étais un peu occupée en dehors du site aussi. Bref, j'espère comme vous que le prochain chapitre (et oui je pense au prochain chapitre) va sortir dans pas longtemps (ça reste vague.) parce que les attentes, c'est toujours dur :D

Alors, je voudrais remercier :

Miss-Gaeilge-Dia pour sa review et pour avoir ajouté SPARKS dans ses favoris (quelle gentillesse!)

Angelyoru pour sa review aussi !

Ketsalistli pour son follow et pour avoir aussi ajouté SPARKS dans ses favoris (je suis gâtée!)

Elise94 pour avoir aussi mise l'histoire en favoris :)

les disjonctees du cerveau de suivre l'histoire (encore un merci!)

Funambulle, merci à toi aussi pour tes reviews (oui, le chap est enfin sorti!)

Amazingxlife qui suit l'histoire aussi (bienvenue à toi!)

J'espère n'avoir oublié personne, sinon merci aussi aux lecteurs discrets de passage :D

Bonne lecture !


CHAPITRE 7 : Souffle un coup, puis deux.


Ce froid qui m'habitait a enfin disparu, les picotements ont aussi déserté mon corps. Cette sensation désagréable de ne plus sentir ses membres bougés semble être un lointain souvenir à présent. Je me sens respirer calmement, étrangement je suis plutôt détendu et ce n'est pas plus mal après tout. En respirant cet air autour de moi, je ne sens que la pureté de l'air. Les odeurs humidités et de renfermé ne se glissent plus dans mes narines à m'en faire vomir le peu que j'ai mangé. Je comprends rapidement que nous ne sommes plus dans l'entrepôt et que le danger n'est plus à nos trousses. Si seulement je pouvais me rendormir au lieu de rêvasser dans mes pensées et d'analyser mon environnement, je l'ai bien mérité après tout. Jusqu'à présent, je n'ai rencontré que des problèmes et aucun moment de répit. C'est sûr que je n'oublierai jamais ce voyage en dehors de ma ville.

Je tente de replonger dans le vide sous mes paupières, mais l'obscurité s'illumine comme pour m'extirper de cet endroit qui m'est interdit dorénavant. Pourtant je suis censé être maître de mon esprit or, à la deuxième tentative il m'est toujours impossible de passer cette porte pour sombrer dans l'inconscience. Cette fois c'est bon, je vais malheureusement devoir me réveiller.

Mon corps est rempli d'une chaleur vivifiante que je n'avais jamais ressentie aussi encrée et forte en moi. Elle m'enveloppe de ses bras invisibles tandis que sa chaleur a l'air de se calibrer en fonction de mes préférences. Je l'avoue, je n'ai aucune envie de bouger au risque de perdre cette position confortable et étrangement plutôt douce. C'est fou comme cette sensation de bien-être peut vous faire voyager loin sans avoir à lever le pied. Même les légers mouvements que je viens de ressentir n'arrivent pas à me faire ouvrir les yeux. On touche d'abord mon bras, puis on titille mon pied ou bien ma jambe. Hors de question que je regarde ce qui se passe, c'est une peine perdue.

Encore les paupières closes, je sens une douceur inconnue m'effleurer le bout des lèvres. Une image de Gwen trace son sillon dans ma tête. Je la revois comme un vieux film qui se décompose en plusieurs vignettes. Elles tracent les différents moments où nous avions été ensemble et je les regarde tel un spectateur. Dans chacun de ses moments, elle me sourit et son regard lumineux me regarde comme si j'étais la plus belle chose sur Terre. Il m'est vraiment difficile de dégager ses sentiments sur un coup de tête, je les ai eus depuis tant d'années que j'ai l'impression qu'ils font partie intégrante de moi. Jamais ils ne partiront et je me demande si ce n'est pas si mal tout compte fait.

Je repense à ses lèvres fines sur les miennes pouvant me faire oublier les mauvais jours et l'armure de glace que j'ai bâtie pour me protéger du monde extérieur en un claquement de doigt. Selon elle, c'était une solitude vagabonde qui n'était pas faite. Gwen avait sans doute raison.

D'un revers, j'éloigne ses souvenirs et Gwen s'évapore comme une fumée qu'on essaie de dissiper dans le vent. Je suis peut-être un grand amoureux, mais j'ai assez d'expérience pour savoir que ce n'est pas ses lèvres.

Me réveillant peu à peu, je sens que je vais immédiatement regretter ce que je vais voir. Je sens la chose m'étouffer de tout son poids. Coincé en dessous, et comprenant que cette chose ne va pas bouger, j'ouvre les yeux au même moment où un souffle chaud se faufile dans le creux de mon oreille.

Je t'ai embrassé. Et c'était pas mal, 10/10.

J'arrache mon enveloppe charmante qui me gardait au chaud et me relève dans un bond énergétique. Sur mon passage, je bouscule l'individu à la voix pas du tout, mais alors là, pas du tout douce et un cri de dégoût s'échappe de ma bouche. Qu'est-ce qui m'a pris d'avoir pensé à Gwen une seule seconde. La tête dans le cul, j'avais vraiment la tête dans le cul. Au diable, les bonnes paroles !

Non, 9/10. J'ai raté, ma faute. Je devrais réessayer.

J'essuie mes lèvres, tentant d'enlever ce qui peut-être enlevé, frottant encore et encore pour ne laisser aucune trace de contact qui peut infecter mon organisme sain.

— Oh, mon Dieu. Oh mon Dieu. Oh mon Dieu. TOUT mais pas ça.

Deadpool se rapproche de nouveau dangereusement de moi, j'arrache le premier objet à proximité soit un coussin sur le lit pour le lui jeter à la figure. Horrible. Ignoble. J'en perds mes mots.

Le coussin arrive droit sur lui, il évite de justesse de basculer sa chaise en arrière à case de ma force.

— Je…

— Non, ne dit plus rien. Il n'y a rien eu, j'ai rêvé… de la pure imagination. Il sait passer un truc ? Non. Absolument rien et c'est très bien comme ça.

La lampe près de moi me donne très envie d'être balancée mais mon partenaire se fait plus sage et écoute mes saintes paroles. Il ouvre la bouche, prêt à intervenir mais finit par abandonner, vaincu tandis qu'il remet son masque en place. Je cohabite assez longtemps avec ce spécimen pour savoir sa réponse fraîchement tout droit sortie de sa cervelle d'homme Neandertal. Quelque chose du genre : « j'ai voulu faire comme dans les contes ». Non, mais je dois halluciner.

— Ne pense même pas une seule seconde à me voir comme une princesse en détresse Wade.

Une mine boudeuse fait son apparition sur son masque. Je ne sais pas comment il fait pour être aussi expressif même derrière un tissu aussi épais. Si j'avais eu le choix, j'aurais aimé un seau d'eau froide en pleine figure ou à la limite, nos fichus masques au moins, j'aurais eu une frontière pour me protéger de toutes substances étranges que ce fou de chimichanga peut me transmettre. Quand j'y pense maintenant, la pièce a une odeur savoureuse de crêpes faisant aussitôt grogner mon ventre.

— Ça sent bon, dis-je en reniflant une deuxième fois pour m'imprégner de l'odeur.

Mon ventre se met une nouvelle fois à faire des bruits embarrassants, j'ai l'impression de ne pas avoir mangé convenablement à ma faim depuis des lustres. Je ne sais pas quelle heure il est, mais je meurs de faim. Sur ma gauche, la fenêtre donne vue sur un ciel bleu parfaitement clair sans nuages. À priori, la matinée doit déjà être derrière nous, je ne ressens pas la chaleur dans la pièce à travers ses rayons. En regardant autour de nous, je comprends que celle-ci m'est familière puisque nous nous trouvons dans la chambre du motel désastreux.

— Tiens !

Deadpool ramène une assiette avec des crêpes fumantes, je ne l'ai même pas vu partir m'en chercher. En voyant l'assiette qu'il me tend, si mes yeux pouvaient sortir de leurs orbites ils le seraient en ce moment même. Je perdrai aussi ma langue en voyant la quantité de crêpes contenue dans cette assiette. Ce n'est pas une ou deux crêpes, mais pas moins de 100 crêpes entassées les unes sur les autres pour ne former qu'une réplique de la tour de Babel à perte de vue.

Mon ventre s'est soudainement arrêté de réclamer à manger, la vue m'a coupé net l'appétit. Malgré la si bonne odeur qui ravive mes papilles, le sucre déjà fondu et dégoulinant tel un ruisseau sur plusieurs étages de crêpes me donne une vision cauchemardesque de ce plat. Je comprends mieux pourquoi cette tour s'est effondrée.

Je n'ai pas le temps de refuser l'assiette quand quelqu'un se met à frapper à la porte. Laissant de côté le plat bien garni, je crie à Deadpool de me rapporter mon masque où qu'il soit avant d'ouvrir la porte à l'inconnu qui ne devrait même pas exister et être en train de toquer. Je ne sais pas où est passé ma tête pendant tout ce temps mais ce n'est que maintenant que je remarque qu'il porte une tenue de soubrette tout droit sortie d'un animé japonais.

Wade sautille au passage et ouvre la porte sans prendre de précaution, il n'a même pas cherché à regarder dans le trou de la porte à mon plus grand étonnement qui me laisse la gorge sèche. Je n'ai pas le temps de me préparer, la pression montant d'un cran que je baisse aussitôt ma garde en voyant une jeune femme aux cheveux roses faire son entrée. Son sourire est béat en voyant la tenue de Deadpool, mais elle ne semble pas plus choquée que je l'étais. Elle rentre dans la chambre les bras chargés de gros sacs remplis.

— Mais qu'est-ce que tu fous ?!

Ma protestation était un appel désespéré sur le chemin d'un aboiement et un chuchotement inaudible.

— Elle a déjà vu nos visages.

— Super l'anonymat, Wade.

Ses cheveux roses artificiels tombent jusqu'à ses épaules, elle jette ses sacs de course avec vivacité sur un Deadpool qui les rattrape avec une agilité d'une gymnaste que je ne connaissais pas. La femme se rapproche de moi pour me tâter et tirer mes joues sous le masque que j'ai tout juste le temps de remettre avant qu'elle n'arrive en trombe sur moi. Les racines de ses cheveux sont d'un châtain foncé, sa peau blanche et ses yeux bridés m'indiquent qu'elle doit être des origines ethniques asiatiques.

— Tu vas mieux Spider-man ? Je me suis fait du souci pour toi !

Je lui réponds par un « tout va bien » mais ce n'est qu'un ramassis de yaourt qui sort de ma bouche, car elle continue à tirer sur mes joues. Deadpool vient se joindre à nous, me donnant un verre d'eau et un comprimé pour mon mal de tête. J'avale et bois sans me poser plus de question, en espérant que j'ai vu juste et priant que l'antibiotique fasse effet rapidement dans mon organisme. Habillé d'un t-shirt blanc, et d'un pantalon de sport gris, je me retrouve gêné d'être aussi proche d'une inconnue.

— Contente de l'entendre dans ce cas-là ! Que fait-on maintenant ?

Je me relève et mets de l'espace avec cette femme trop jeune et jette un long regard plein de significations à Deadpool qui en réponse, hausse les épaules derrière la montagne de sacs de course sous ses bras. À première vue, elle a l'air d'être inoffensive, Deadpool ne l'aurait pas laissé rentrer aussi aisément. Elle ne porte qu'une robe plutôt très légère à mes yeux, une bretelle mal réglée tombe sur l'une de ses épaules dévoilant en partie sa poitrine.

N'en dites pas plus. Je fais le lien aussitôt : femme à moitié dénudée, une chambre d'hôtel et un Deadpool.

— Wade.

— C'est moi.

— Tu payes des femmes pour leur charme maintenant ?

— Toujours !…Attends, c'est une question piège ? Qui, elle ?! Non, pas elle ! Enfin si concrètement si elle en était une, mais je ne dis pas qu'elle n'est pas jolie car Emi tu es très jolie mais, non en même temps, je ne la considère pas comme une traînée en disant que je veux la payer dans le sens où… Tu m'écoutes ?

— Non, tu t'es enfoncé tout seul.

— Spidey !

Je ferme la porte de la salle de bains juste avant de me recevoir ses grosses lèvres demandant un bisou pour s'excuser et ses bras battants voulant m'offrir un câlin serré. Le bruit qui survient à la suite me laisse imaginer la tête de Deadpool frapper docilement le plat de la porte. Il le mérite, pour remettre son cerveau en place.

S'ensuit alors, une voix féminine plaintive, et quand j'ouvre à nouveau la porte portant mon costume d'araignée, j'ai l'impression de visionner une scène dramatique. La demoiselle lui tapote délicatement ses joues joufflues tandis que sa tête est calée sur ses jambes, lui offrant une vue imprenable sur sa poitrine. On a tous compris pourquoi il fait durer son personnage fragile d'esprit.

— Je croyais que vous vous aimez bien…

— Mais je l'aime bien mon araignée ! Explique Deadpool plaintif en faussant une agonie.

— Ce n'est pas réciproque. Si je dois résumer notre situation : imagine-le maintenu dans le vide par une branche qui vacille sur son poids. Il ne peut pas bouger sous peine de casser et tomber dans le précipice. Eh bien je serais présent avec une corde pour le sortir de là.

— C'est vrai ?! Se réjouit le concerné.

Je secoue la tête, continuant mon récit.

— Je garderai la corde, car je n'aurais pas l'intention de lui envoyer. C'est tout.

— Mais… mais c'est horrible ! S'écrit la jeune femme.

— Non, jusqu'à présent je le vis bien avec cette pensée.

Wade atteint le stade maximum de sa peine, et finit par se rouler en boule avec la couette. Des cris de bébé se mélangent à des cris d'animaux. Nous voilà avec une autre scène. S'il cherche à ce que sa nouvelle amie ait pitié de lui alors il est sur la bonne voie mais moi, je le trouve ridicule.

— Pourquoi vous êtes autant méchant avec lui ? Pauvre Wade.

Je crois l'entendre murmurer qu'il est riche, mais elle ne l'a pas entendu.

— Il carbure sur la méchanceté. Faites-moi confiance…

— Emi, me dit-elle en comprenant que je n'ai pas retenu son nom.

Elle semble perplexe mais finit par être d'accord. Je l'aide à faire sortir Deadpool de son armure de fortune mais rien n'y fait, il a comme qui dirait renforcé tous les murs de son château gonflable.

— Et, vous ne m'avez pas dit comment vous êtes là avec nous ?

— Moi ? J'étais emprisonnée dans cette cage avec les autres, heureusement que vous étiez là, je ne sais pas comment j'aurais pu faire sinon.

— Je peux savoir pourquoi vous êtes avec nous, non pas que je soupçonne que je suis une mauvaise compagnie pour vous, en quoi que ce soit, mais avec celui-là, c'est plutôt dangereux vous serez mieux avec la police.

Elle se met à rire et m'offre un sourire remarquable qui apaise cette petite gêne au fond de moi.

— Je veux vous aider à les coincer, après ce qu'ils m'ont fait, je ne peux pas revenir vers ma famille en sachant pertinemment qu'ils sont dans la nature.

C'est compréhensible.

— Vous savez où ils sont ?

— Pas exactement, je les ai entendus parler d'une planque dans une église.

Ça me paraît bien utile pour les retrouver, mais avec ce qu'il vient de se passer, interdit de faire un faux pas sur un coup de tête. Toujours apprendre de ses erreurs pour avancer.

— Si on finit par les avoir, continue-t-elle. Vous serez libre pour prendre un verre avec moi, un soir ? Enfin, je ne vous propose pas exactement un RDV, c'est… voyez cela comme un signe de remerciement pour votre aide.

— Euh, je ne pense pas…

— S'il vous plaît, c'est la moindre des choses que je puisse faire et puis, je promets de garder votre secret.

Ses yeux sont remplis d'une lueur indescriptible. Comment dire non à ces yeux de chat ?

— Si vous insistez, pourquoi p…

Deadpool jette sa couverture sur Emi et saute sur moi avant que j'aie le temps de lui répondre. Où sont les sens d'araignée quand on a besoin d'elles ?

— Coupé ! Je rêve où vous flirtez sous mon nez ? Se plaint Wade.

La mule rouge sort de sa carapace et s'invite dans notre conversation, rapprochant sa tête afin de la coincer entre nos deux visages rapprochés.

— Tu n'es pas ma mère, et encore moins ma tante à ce que je sache Dead', dis-je en repoussant férocement son visage.

— Même pas dans cette jolie tenue ?

Il s'inspecte, et nous fait partager la couture sur sa tenue de soubrette. Minutieusement brodée, on y voit une fleur prés de son flanc gauche, ou encore un papillon survolant un champ de fleurs de l'autre côté. Si je n'étais pas déconcentré par cette énergumène, j'aurais pu apprécier les heures de travail derrière le vêtement.

— Et certainement pas dans cette tenue. Et d'abord, pourquoi est-ce que tu es habillé comme ça d'abord ?

— Une femme se doit de bien s'habiller pour cuisiner.

Je prévois le geste d'Emi mais ma main finit de l'autre côté de la plaque, un raté aussi vrai que le ciel est bleu. Elle fait subir à Wade les conséquences de son sexisme. J'aurais dû l'intercepter aisément, pourtant en observant ma main, je ne vois rien d'anormal ou d'inhabituel. La drogue dans mon organisme doit avoir un lien avec mes sens devenus plus lents, plus normaux. Heureusement personne n'a remarqué mon geste, je cache ma main derrière mon dos, un peu embarrassé de ne pas être à ma meilleure forme.

— Wade, tu sais qui est ton employeur ?

— Monsieur Lee Clerg.

— Et bien sûr il t'a donné une belle somme d'argent, tu ne l'as jamais rencontré et il habite dans le coin ?

Je me mets sur mes deux pieds et offre poliment une main à Emi qui se lève à son tour. Perplexe, Deadpool décide de rester assis en tailleur sur le sol, la mine songeuse à comprendre ce qu'il vient de louper dans mes propos.

— Et donc ?

— Celui qui l'a payé est aussi notre cible, c'est ça ? Annonce Emi en premier.

— Exact, on remet les lettres en place et on obtient Le Clergé. Simple comme bonjour.

La lumière se déverse enfin sur lui.

— Oui bon, c'est fascinant et possible Sherlock, mais pourquoi se compliquer la vie avec un méli mélo ? Ça me donne un mal de chien.

— Je ne sais pas, il avait l'air heureux que tu m'aies ramené à lui, mais la vraie question c'est comment pouvait-il savoir que tu me demanderais de l'aide ? Ça aurait pu être un autre super-héros, ou personne… Et je songe à surtout personne.

— Tu dois dire la phrase magique : élémentaire mon cher Watson.

— Non, pas encore. Mais je viens de me souvenir qu'il te voulait toi également, le fait que tu m'aies incrusté à ton histoire ça a dû modifier ses plans d'une certaine manière. Je ne peux pas plus me prononcer là-dessus sans plus de preuve, on devrait mettre les voiles pour le moment. il t'a donné une adresse ?

Il se fouille déjà en prévention de ma question. Il se touche le torse, d'une drôle de manière qui me renfrogne puis se tâte partout même aux endroits dont la dissimulation d'un petit objet porte sur l'impossibilité. Après quelques minutes, sans gêne il se déshabille sous mes yeux pour sortir de son caleçon une carte de visite.

Il ne me mentait pas en disant qu'il était mon plus grand fan. Un caleçon à mon effigie, il fallait le faire. Je lui prends la carte de visite du bout des doigts sans cacher mon dégoût et regarde l'adresse inscrite noir sur blanc sur le papier cartonné. Je ne connais pas la rue et Emi non plus, bien que son regard divague sur le spectacle qu'offre Deadpool en caleçon. Je la laisse roucouler tandis que je pense à la suite de notre plan. Peut-être qu'une personne en ville pourrait nous aider.

— On en saura sûrement plus en suivant cette adresse, c'est la meilleure piste qu'on a de toute façon.

J'attrape mon sac et ouvre la porte pour laisser passer Emi. Évidemment Deadpool n'en a pas fini avec sa tragédie grecque.

— Spidey. Question d'ordre capitale.

— Je t'écoute.

— Est-ce qu'ils m'ont pris pour un gros idiot ?!

— Dans le code juridique, on appelle cela une victime, Wade.

L'air outré, il passe ses mains sur son visage, tirant sur son masque en murmurant des non en continu.

— Une victime ?!

— D'un autre côté, si on se base sur leur point de vue, ouais on peut te qualifier d'idiot. C'est vraiment pas nouveau, si tu veux mon avis.

Deadpool n'entend pas ma pointe de sarcasme et se met à crier. Un cri soudain si aigu dans sa bouche que je réalise un instant après que j'ai sursauté. Il s'empare de ses deux katanas et saute par-dessus le rempart. Prendre l'escalier alors qu'on est au premier étage, c'est pour les minables surtout quand on peut faire une rentrée fracassante. Bien sûr, personne ne pense comme ça. C'est vraiment n'importe quoi, il va surtout nous faire repérer pour un rien.

— Spidey ! Dépêche-toi !

Terminé la philosophie. Dans la précipitation, il paye l'employé au comptoir. Il plaque deux billets sur la figure du jeune homme, même pas scandalisé. Je devrais lui demander comment il fait pour garder un calme proche de Bouddha.

— Il manque 50 cents…

— Alors tope là ! Lui dit-il une main en l'air.

— Ça suffira pas à me payer, m'sieur.

— Radin, fulmine-t-il en abaissant sa main. Je devrais t'embrocher.

— Si vous voulez, baille-t-il la bouche grande ouverte. Mais je veux mes 50 cents d'abord.

Wade lui jette un regard noir qui pourrait déstabiliser une personne normale surtout venant d'une personne avec deux katanas cependant l'employé n'a pas l'air de prêter attention. Je sens que cette histoire va durer des heures, et Emi est de mon avis puisqu'elle s'installe sur un fauteuil en attendant.

— Oh, regarde ! Un pigeon qui saute une pigeonne.

L'employé ne tombe pas dans le panneau, plus personne ne tombe sur le « oh regarde ailleurs » je le crains fort. Je les rejoins alors que Deadpool met en place son second plan, prenant le jeune gars par l'épaule et lui montrant n'importe quoi à l'extérieur de cette fenêtre poussiéreuse. Pendant ce temps, la vilaine main de Deadpool pique dans la coupe à pourboire. Il récupère sous mes yeux le reste d'argent manquant. Je tape dans sa main et il relâche son petit butin, il complique pour un rien surtout qu'il aurait pu me demander si je les avais.

— Tiens, les keufs, remarque-t-il.

Ça pouvait pas mieux tomber. Je peux espérer que ce n'est qu'une patrouille qui circule dans le coin, mais elle se gare juste en face, dans l'immeuble encerclé par deux autres voitures de police déjà sur place. Les banderoles jaunes sont de sortie et la troupe de badauds s'est regroupée autour. L'équipe scientifique sort de son fourgon blanc, une policière soulève la banderole pour les faire passer alors que son coéquipier note à l'écrit les événements selon les paroles d'un voisin certainement. Ils vont bientôt retracer l'ordre chronologie de la nuit précédente, et il vaut mieux déguerpir avant qu'ils ne fassent le lien avec les deux individus en rouge au motel d'en face.

— Voilà tes 50 cents et lâche nous la grappe de raisin.

— Vous voyez quand vous voulez. À bientôt messieurs et madame ! Oh… plan à trois hein ?

Je ne relève pas la bêtise de l'adolescent et lui demande s'il connaît cette adresse. Il nous indique le chemin à prendre, un trajet plutôt long, et finit par un sourire sarcastique qui me donne envie de passer du côté des méchants. Nous sortons du motel, évitant de nous faire repérer avec nos costumes et filons jusqu'à une nouvelle intersection.

— NOM DE ZEUS ! S'écrie Deadpool en s'arrêtant.

— Quoi encore ?

— J'ai oublié mes pancakes ! Et ma valise Hello Kitty !

— Trop tard, la police doit être en train de questionner le gérant à l'heure qu'il est.

— Mais j'ai faim ! Et Hello Kitty, c'est toute ma vie ! Tu peux pas savoir, tu la connais pas !

Je soupire. Il y a vraiment des moments où je sens que je suis accompagné d'un enfant capricieux, et en aucun cas à un mercenaire avec une longue liste de meurtres derrière lui. À côté, Emi fronce des sourcils, l'air indigné par une excuse absurde. Elle va bientôt s'habituer à son comportement elle aussi, et le seul moyen de le garder sain d'esprit, c'est d'accepter tout en limitant les dégâts.

— Je ne peux pas me battre le ventre vide ! Braille-t-il aux passants pour se justifier.

— Il est souvent comme ça ? Me demande Emi sur un ton désinvolte.

Je hausse les épaules, ne trouvant pas une réponse appropriée. Parcourant du regard les alentours, j'aperçois une épicerie pas loin de notre position. Parfait pour faire le plein.

— Deadpool, viens par là.

Il m'écoute docilement et se rapproche de moi aveuglement tel un chien vers son maître. Ses yeux reflètent une confiance absolue jusqu'à ce que je porte attention à sa tunique. Il comprend où je veux en venir, pas besoin de voir le sourire malicieux que j'affiche sous le masque pour savoir qu'il ne va pas aimer ce qui va suivre. Mais trop tard, je m'acharne dessus, bafouant le tissu, tirant et écartant en deux pour le déchirer. À la fin, il ne reste que des lambeaux d'une tenue de soubrette.

Deadpool tombe en ruine, n'ayant pas eu le temps de résister à l'attaque. Il prend des bouts étalés au sol et les berce dans ses bras.

Emi pose sa main sur son épaule en signe de compassion, mais on sait tous les deux qu'elle est morte de rire.

— Même Javotte et Anastasie ne sont pas aussi méchantes envers Cendrillon…

— Les oiseaux et les souris t'en feront une nouvelle. Tu attirais trop l'intention. Je t'achèterai un sac Hello Kitty.

En marchant quelques minutes encore, nous rentrons enfin dans l'épicerie. Deadpool est à la ramasse derrière nous, et le voyant toujours abattu, mon cœur se fend en deux. Je me sens fautif de l'abaisser gratuitement, c'est comme faire des blagues noires à un handicapé. Hm, ça laisse à réfléchir. J'ai peut-être poussé trop loin la méchanceté, Deadpool m'a secouru dans l'entrepôt et a été à mes côtés quand j'étais à moitié moi-même. On parle quand même d'une robe de soubrette.

— Deadpool, attends.

Je l'arrête au niveau de l'entrée et le prends à part pour parler seul à seul en tête à tête. Emi continue sa route à l'intérieur sans nous remarquer, regardant au rayon des gâteaux et biscuits. Le gérant est posté à l'entrée derrière sa caisse nous observant minutieusement. Ses doigts tapotent étrangement un paquet de préservatifs. Fluorescent, hein ? Je lui envoie un regard si sombre que Satan peut me passer son trône. Il frémit, et se rabâche aussitôt à sa mini-télé sous le comptoir, diffusant un match de foot.

— Tu vas encore me déshabiller ?

— Non, dis-je en roulant des yeux. Et désolé, j'aurais pas dû réagir comme je l'ai fait sachant que tu es un être doté d'une grande sensibilité. Je voulais juste te remercier. Pour tout ce que tu as fait jusqu'à présent. Laisse-moi terminer, certes tu ne m'as pas rendu la tache facile parfois… enfin tout le temps, néanmoins j'apprécie… ta compagnie, enfin non c'est pas le bon mot plutôt ton dévouement, comme tu peux le voir c'est pas mon truc s'exprimer. On va dire l'effort que tu fais pour nous garder en vie. Donc, continuons notre travail ensemble pour trouver ce foutu Clergé, partenaire. OK ?

Deadpool reste planté là, statique. Ses yeux restent bloqués sur pause et quand je passe ma main pour m'assurer qu'il ne s'est pas transformé en statue, il ne réagit pas. Je dois être le premier à le parler aussi franchement, et de cette manière. Il s'est perdu dans mes mots au point de ne plus lever la tête hors de l'eau pour respirer.

— C'est vraiment pas ta tasse de thé ce genre de mots…

J'ouvre grand mes bras à contre-cœur, et l'enveloppe maladroitement dedans. Je ne suis pas du genre à offrir des câlins, où les trucs qui s'y ressemblent. Je reste un moment à le blottir, espérant qu'il réagisse rapidement à mon inhabituel geste pour qu'on en finisse, mais il ne me rend rien. Je décide de m'écarter pour mettre un terme, lui donnant une dernière tape amicale au dos. Il y a des choses sérieuses qui nous attendent.

Quand je relâche mes mains, je sens enfin ses deux bras me serrer contre lui. Wade se met à fonctionner, couinant, soupirant et marmonnant des bruits louches. Il me chahute en collant son visage sur ma joue, la frottant contre la sienne comme pour s'imprégner de mon odeur. Eurk. Je lui remets les mains en place, car elles ont glissé malencontreusement sur mes fesses.

— Oh, ma petite araignée préférée. Tu me fais enfin ta déclaration, je ne la voyais pas comme ça, mais ça passe ! Tout est oublié ! Tout est pardonné !

Je le repousse toujours amicalement, il faut savoir apprendre de ses erreurs et limiter la casse. Je viens tout juste de faire la paix avec Deadpool, il est encore trop tôt pour crier et s'arracher les cheveux. Oublié comme par magie la tenue de soubrette, il détale dans l'épicerie à la recherche d'un paquet à grignoter. Contrairement à eux, je choisis rapidement ce que je veux : un grand café serré.

Il va falloir que je paye pour eux aussi, espérons qu'ils n'ont pas dévalisé le rayon. Je n'ai pas envie de chauffer ma carte bancaire aussi. Je sors une bouteille du frigo, finis le café commandé et me tourne pour rejoindre le caissier quand une personne sans gêne, me pousse pour passer devant moi.

Oh allez mec, qui pousse Spider-man de nos jours ? Spider-man, sérieux ?!

Mes bras se lèvent, consternés par autant d'impolitesse mais journée de réconciliation oblige, je vais me retenir de péter un câble. Sans parler de mes capacités à viser à côté de la plaque.

Deadpool est en train d'hésiter dans le rayon voisin, un paquet de chips au paprika sur une main et un autre paquet au poulet barbecue dans l'autre. Je plains Emi à ses côtés qui n'arrive pas à se faire entendre dans son dilemme, bien qu'il lui demande à chaque fois son avis pour ensuite lui couper la parole. Je renonce à venir me joindre à ce débat fort adorable et passe en caisse pour payer, posté juste après le gars malpoli.

Je continuerai avec plaisir à fixer les ingrédients contenus dans des Tic-Tac, mais le revolver dans son étui me fait les yeux en plus d'être suspect. Je reconnais un holdup au premier regard.

Je vole son calibre avant qu'il ne puisse s'en servir, c'est beaucoup plus lourd que je ne le croyais. Le propriétaire de l'arme ne m'a pas vu arriver, et n'a rien ressenti quand je lui ai pris son arme derrière son dos. Ce n'est qu'en voulant braquer le commerçant, passant sa main à l'arrière sans se retourner qu'il remarque un problème. Le commerçant porte déjà ses mains en l'air, détournant son regard et c'est ce que fait aussi le braqueur pour voir ce qu'il cloche.

— C'est ça que tu cherches ?

Je lui pends sous le nez son arme qu'il tente vainement d'atteindre, sur sa droite d'abord puis le voyant manquer, je lui tends à sa gauche pour finalement enlever le chargeur. Je jette l'arme derrière mon épaule et continue mes courses comme si de rien n'était. S'il est intelligent, il partirait loin avant que je ne l'arrête mais l'homme a décidé de me prendre la tête, et sort un couteau pointu sous sa veste en jean. Il fonce, la lame la première vers mon cœur que j'évite avec la délicatesse d'un chat en mouvement. Il cherche à me poignarder ailleurs tant que la lame s'enfonce, mais à nouveau je m'écarte. Même avec des sens affaiblis, j'arrive à mener la danse.

Son tour terminée, j'attrape sa main pour le ramener vers moi et lui donner un coup de genou dans le ventre. Il ne voit pas venir mon deuxième coup tandis que je le renverse au sol avec un coup de pied retourné. L'homme détale sur toute la surface pour cogner sa tête sur une étagère où Deadpool et Emi s'arrêtent immédiatement de parler en le voyant sous leurs pieds. Sa casquette tombe avec lui lorsqu'il heurte cet étage de conserves qui s'éparpillent en cacophonie.

Deadpool le termine en lui donnant une belle gauche dans la mâchoire, clouant son adversaire au sol pour ce dernier round. Il profite de cette arrestation pour trouver un compromis avec le gérant et ne rien payer à la fin. À mes yeux, c'était plutôt du chantage sur l'acte héroïque. Après notre achat, le gérant appelle la police et je ligote l'individu inconscient avec mes toiles faisant attention que le gérant ne me regarde pas.

En serrant ses liens, quelque chose glisse de sa veste grise avant de rouler sur le sol en carreaux blancs. Je m'empresse d'aller le chercher en suivant l'objet toujours roulant. C'est une petite fiole bleue, un liquide se balance à l'intérieur. Je le reconnais, et mon corps lui aussi. Mon pouls se met à battre fort jusque dans mes oreilles. Je sens mon sang crier, supplier pour sentir cette sensation brûlante encore une fois.

— La rage, la peur, la haine, la tristesse…

Je me retourne, interloqué. Emi est en train de me parler. Les bras derrière le dos, elle s'avance et me contemple comme si j'étais la dernière chose mélancolique que le monde ait portée.

— Tout disparaît à la deuxième prise.

Je fronce les sourcils.

— Je ne comprends pas.

Elle me prend le poignet et parcourt ses longs doigts fins. Je frémis sous son geste tandis qu'il continue son chemin jusqu'à toucher mon cœur.

— Elle t'appelle.

Au début je pense à Gwen, mais elle veut parler de cette chose. Je m'écarte d'elle, comme brûlé par son toucher. Il y a quelque chose de nouveau chez elle, de dangereux que je n'arrive pas à cerner et que je n'ai pas vu au début. Son regard ne me lâche pas une seconde, même quand je m'abaisse pour pouvoir attraper cette fiole tant désirée. Je pensais être rapide mais en ouvrant ma main, l'objet n'est pas là. Une minuscule petite main se l'approprie devant moi.

— Qu'est-ce que…

En levant la tête, j'aperçois un garçon qui ne m'est pas inconnu puisque son visage m'est familier. Je l'ai vu par la fenêtre au motel, il était caché derrière ses rideaux. Quand je le vois maintenant, je vois qu'il ne fait pas plus haut que trois pommes pratiquement et qu'il porte un sweat-shirt gris et d'un pantalon rayé noir. Je ne bouge pas de peur de le voir écraser cette fiole si fragile, presque vide dans la paume de sa petite main. Il ne me prête pas attention, mais quand Emi se rapproche de lui, il recule de deux pas ne cachant pas son intention de briser la fiole et lui faire mordre la poussière par la même occasion.

À mon étonnement, elle s'arrête bien qu'elle devrait être plutôt reconnaissante que cette fiole disparaisse. Je me remets debout. N-a-t-elle pas souffert à cause de cette drogue ? De quoi ce garçon a-t-il bien peur ?

Deadpool nous rejoint, les bras lourds de cochonneries industrielles. Il se goinfre de deux paquets de chips, le regard excité par autant de gourmandises en sa possession. La moitié de son masque est relevée. Ce n'est qu'au bout de deux chips agglutinés qu'il vient s'interposer, faisant tomber ses paquets pour tapoter la tête du garçon.

— Hello, little boy.

— Je ne parle pas aux inconnus.

— Alors moi je ne parle plus aux petits garçons, dit-il en plissant les yeux. Spidey ?

— Il a la drogue qui provient du Clergé.

Wade le jauge de haut en bas puis le prend par les pieds et le secoue à l'envers. Il le fait bouger dans tous les sens que l'enfant est rapidement sonné qu'il fait tomber la fiole. Deadpool récupère ce qu'il veut et lâche l'enfant dont je me presse d'attraper avant qu'il ne se brise un os.

— Déjà dealer à son âge ? Ça me rappelle moi quand j'avais 5 ans, dans le parc. Ma mère était sortie pour…

Je lui cloue le bec d'une tape à l'arrière du crâne. Il va pas bien de lâcher un enfant comme ça. J'avais oublié, Deadpool est un psychopathe.

— Tu vas bien ? Hé, du calme, je ne vais pas te faire du mal. Tu n'as rien à craindre.

Ses yeux divaguent, il n'arrive pas à fixer un point fixe. Je l'aide en lui prenant la main et en la dirigeant vers moi. Sa tête ne tient pas sur place, mais son regard croise enfin le mien.

— Je sais qui tu es.

— Tu sais qui je suis ?

— Oui, tu es Spider-man je t'ai vu hier soir au motel.

Deadpool revient à la charge, et nous prend chacun par l'épaule pour nous englober dans son petit monde. Il scrute le petit un long moment pour finalement sourire. Je peux voir à travers qu'il lui reste des bouts de chips mâchouillés encore coincés entre ses dents. Je détourne les yeux horrifiés par cette scène mais sa main n'est pas mieux, huileuse tandis qu'elle étale cette graisse sur mon épaule.

— Et moi je m'appelle comment ? Ajoute-t-il en se désignant du doigt.

— Euh… Spider-man remplaçant ?

Son sourire resplendissant disparaît dans une grimace. Je pouffe de rire, masquant ma bouche derrière ma main. Un regard accusateur portait sur moi m'arrêter aussitôt.

— Je suis Deadpool. DEADPOOL. D.E.A.D.P.O.O.L ! Articule-t-il.

— Désolé… je vois pas qui vous êtes.

J'écoute le cri plaintif de Deadpool comme la voix du seigneur.

— Put-être que si tu sauves plus de chats perchés sur les arbres et aide les mamies à traverser le trottoir, tu te feras un nom dans le milieu.

— Dans le milieu des boy-scouts oui ! Avec le Collant bleu coincé de l'Amérique ? Non, merci !

Je hausse les épaules, résigné. J'ai quand même essayé, un Deadpool rangé, ne jurant pas comme maintenant sur Captain America, c'est un espoir qui vaut la peine d'y avoir pensé. Peut-être dans un autre monde parallèle, qui sait ?

— Tu t'appelles comment gamin malpoli qui me prend pour un mec sur le banc de touche alors que ça se voit sur mon visage que je suis putain important.

— Justin.

— Emi t'a fait du mal ? Lui dis-je.

Ses mains se mettent à trembler quand je prononce son nom. Quand il lève la tête pour la regarder, sa bouche est entrouverte, mais il ne dit rien, sa réponse ne sort pas. Deadpool se met alors à fouiller un panier contenant des centaines de peluches, il m'explique qu'il a un autre moyen qui pourrait le faire parler, me répétant plusieurs fois que ce n'est pas de la torture pour me rassurer. Règle primaire chez les mercenaires, on ne maltraite pas les enfants quand on peut menacer les parents avec d'après lui. À vrai dire, je ne suis pas très convaincu.

— Il doit me prendre pour quelqu'un d'autre, je ne le connais pas ! M'explique-t-elle derrière mon dos.

Elle a sûrement raison. Justin est jeune, sa mémoire peut lui jouer des tours mais le voir si perturbé pour une inconnue, il n'a pas de raison de nous mentir. Mais cela n'enlève pas le fait qu'elle n'est peut-être pas celle qu'elle prétend être. Deadpool l'a sauvé de la réserve, mais je ne me rappelle pas l'avoir vu dans l'une des cages. Toutefois j'étais trop sonné pour me rappeler de ce genre de détails.

Sur ses bras nus, je remarque des traces d'injections. Les cicatrices sont vieilles contrairement aux autres dont la peau était bleutée, sale et rouée de coups. Et je reconnais ce genre de regard chez un enfant, elle n'est pas juste une peur, c'est un cauchemar vivant.

— Vendeur pakistanais ! Pourquoi tu as des peluches Daredevil et même pas des peluches à mon effigie. Hein ?!

— Les gens veulent des peluches Avengers… Vous êtes qui au juste ? Spider-man 2.0 ?

Il fulmine tel un rhinocéros, je peux presque voir la fumée sortir de ses oreilles. Il étale sa rage en jetant les peluches de la Veuve Noire, Hulk et d'Iron-man que je réussis à attraper au vol. La peluche porte la première armure que Tony Stark a créée, un beau casque rouge tricoté en laine mais à présent, il doit avoir une nouvelle armure améliorée. Je ne peux m'empêcher de jouer avec ses bras, le mettant dans des positions héroïques mais en voyant Justin émerveillé par le personnage dans mes mains, je le partage avec lui. Je suis certain de perdre contre Iron man si on devait se battre.

— Vendeur ! Tu n'es qu'un sale fils de…

Je lui envoie une boîte de thons à la tête. Perfect strike.

de ta maman ! Qui veut d'un Hawkeye dans sa maison ? Inutile comme mon petit doigt de pied. Et Daredevil est pas un Avenger, révise tes classiques, le vieux !

— Dead', je devrais te demander 10 $ pour chaque injure, je deviendrai aussi riche que Stark.

— Samèrelipopette ! Pourquoi tu t'énerves pas toi aussi ? Il t'a même pas en peluche ! Je fais comment moi ? Puis zut, plan B. Donne-moi ton corps.

— Que je… quoi ?

Il arrache la peluche des mains de Justin puis m'attrape par les deux épaules pour me présenter au jeune garçon m'indiquant par la même occasion de me mettre comme le mec-à-la-coiffure-rebelle-et-à-poil-dans-sa-roue de Léonard de Vinci. Je crois qu'il veut parler de l'Homme de Vitruve.

— Je pense qu'il vaut mieux qu'on parte. La police va bientôt arriver…

— Psscht ! Hey gamin, montre à papa Deadpool sur cette peluche Spidey grandeur nature où la dame t'a touché ?

Justin fronce les sourcils, soit à cause de la scène soit parce que Wade fonce dans le mur avec cette idée grandiosement grotesque.

— E-Elle ne m'a pas touché.

Deadpool secoue la tête, cette réponse ne lui convient pas. Puis une ampoule s'illumine dans sa tête, la mauvaise ampoule, car je n'aime pas le visage qu'il fait tandis qu'il se rapproche du petit pour lui murmurer des mots à l'oreille.

— C'est le zizi ?

Si seulement j'étais sourd.

Justin soupire, et l'écarte de son passage. Il veut dire la vérité mais quelque chose l'interdit de le révéler. Je me rapproche de lui posant un genou à terre et prenant ses deux petites mains dans la mienne.

— On peut te protéger, petit bonhomme. C'est en rapport avec cette drogue ?

Il hoche la tête et pointe mon doigt en direction de mon torse, plus précisément à l'emplacement où se trouve mon cœur.

— Elle t'a brisé le cœur ? Revient Wade à la charge. Alors brise-lui les jambes.

— Dead', c'est sérieux là…

— Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit encore ?!

Je remue la tête, exaspéré puis regarde à nouveau l'enfant dans les yeux. Il ne nous dit pas tout et on doit savoir ce qui se passe, je vais devoir forcer un peu la main.

— Hé, on est des super-héros, non ? Tu sais, on est là pour aider les gens comme toi et les protéger.

Enfin, Deadpool reste un anti-héros par excellence.

— Elle a ma sœur, me chuchote-t-il enfin.

Deadpool et moi-même, nous nous retournons pour observer Emi. Elle se trouve à présent à la sortie du magasin.

— Je vous l'ai déjà dit. Il se trompe de personne…

Wade se rapproche d'elle changeant directement de position avec un air menaçant. J'ai juste le temps de serrer l'épaule de Justin, je n'aime pas la tournure que prennent les événements.

— On va la retrouver. Je te le promets.

Nous sortons de la boutique, Emi reste éloignée de nous, gardant une certaine distance mettant ses mains en évidence par-dessus sa robe blanche.

— Emi, lui dis-je en levant les mains pour calmer le jeu. On va juste parler. On ne t'accuse en rien.

— Vraiment ? Lâche-t-elle sèchement d'un rire amer. Pourquoi Deadpool sort ses katanas ?

— Je veux entendre le bruit de mes lames fendre ta peau, ma jolie.

Je demande à Wade de baisser les armes en voyant aucune réaction à ma troisième demande, je m'exécute moi-même en les baissant en signe d'apaisement.

— Pourquoi es-tu sur la défensive ?

— Elle a toutes les raisons du monde de l'être, répond Deadpool à sa place.

Il a raison. Je remarque à la dernière minute les mouvements de ses mains, c'était si lent et discret que je n'avais pas remarqué plus tôt qu'elle les bougeait. Ses doigts tapotent sur sa robe d'une manière synchronisée. Elle tapote, puis glisse, tapote deux fois encore et glisse. Un code ? Le léger sourire d'Emi répond à ma question.

— Attention ! Crie Deadpool.

J'ai à peine le temps de voir de quoi il s'agit que Deadpool me bouscule. Un drôle d'objet roule sous nos pieds, je vois furtivement une LED rouge clignoter au-dessus de son mécanisme et l'explosion survient. Une puissance torrentielle nous balaye suivi d'un son aigu quelques secondes après. Des choses fines métalliques me griffent au visage mais c'est à mes jambes que je sens la douleur s'intensifier. Mon visage ainsi que mon corps évitent les projections mortelles, Deadpool m'enveloppe de son corps comme dernier rempart pour me protéger. C'est lui qui prend toute la violence de l'impact alors que nous sommes catapultés dans les airs par la force du souffle. Mon dos frappe en premier, les éclats de verre s'ensuivent et frôlent mon visage. Nous heurtons le sol en un bond silencieux dans mes oreilles, je n'entends plus rien si ce n'est qu'un son lourd et aigu me faisant perdre tous mes sens orientations.

Des pneus grincent, des cris humains viennent s'attrouper autour de nous mais mon cœur se met à tambouriner âprement dans ma cage thoracique. Paniqué par la violence du choc, je n'arrive pas à ouvrir les yeux craillant comme un enfant de revoir une nouvelle attaque de même envergure. Mes jambes me font atrocement souffrir, heureusement je les sens.

Je ne me suis jamais pris une explosion d'aussi prés, j'ai beau me hurler de bouger, me relever et d'affronter la réalité, mais j'en suis paralysé à rester accroché à ce qui me reste. Le son aigu continue à siffler dans mes oreilles, je sens comme un liquide chaud s'écouler certainement mon sang. Je ne sais plus quoi penser, où sommes-nous ? Que s'est-il passé ? Puis je pense à Wade toujours blotti contre moi. Son souffle chaud contre mon cou me rassure. Il est en vie et j'espère que nous le resterons.


Correction : 29/08/2020