Bonjour/Bonsoir mes lecteurs ! Mes excuses les plus sincères car vous le valez bien déjà et puis car ma lenteur n'a jamais été aussi phénoménal. A vouloir tarder de poster, et bien j'ai été occupés avec les cours qui ont repris. J'ai pris en compte quelques commentaires sur les fautes que j'ai pu faire dans le précédent chapitre (qui est donc modifié) en espérant que celui-là en ait moins.
Comme vous le savez déjà, je n'aurais sûrement pas (bien que j'essaye) une publication régulière, mais l'histoire n'est pas abandonnée (bonne nouvelle?)
Fini le blabla, et passons à la lecture of course.
Merci beaucoup à :
- Alaudi Kyoya-chan (favoris + follow)
- ItzMy01 (favoris + follow)
- FleuredAutomne (follow)
- iWomanXxZooe (favoris)
- missbooking (follow me, follow et favoris) (ah oui le pack complet!)
Je suis conquise (oui oui oui!)
Chap 9 : Interrogation
Sagement assis sur sa chaise, l'agent de police attend, tantôt la jambe trépidante tantôt secouant son stylo en espérant faire apparaître une pensée logique à notre raisonnement. Cela doit faire des heures que nous sommes dans cette salle interrogatoire et ce serait au-dessus de mes capacités de compter les minutes pour connaître l'heure précise. À vouloir faire comme dans les films, on finit juste par avoir un mal de crâne. Bon j'avoue j'ai essayé, mais je me suis arrêtée à 15 minutes. Mon intérêt et sûrement une grande partie de ma santé mentale ont décidé qu'il valait mieux y mettre un terme pour s'occuper autrement. Il m'a suffi de regarder la pièce pour trouver une autre occupation beaucoup plus intéressante. Cette vitre teintée par exemple, je n'ai de cesse de la fixer bien avant que l'agent de police ne décide enfin de faire son entrée pour nous demander de lui raconter tout ce qui s'est passé. Je me demande s'il est obligé de rester avec nous pour prouver à ses collègues qu'il peut nous faire cracher le morceau. Ou alors, il fait tout simplement son job mais malheureusement ils étaient sur des mauvaises personnes. En tout cas, les deux personnes derrière la vitre teintée n'ont pas cessé non plus de nous regarder et je crois avoir réussi à les déstabiliser, ils se posent déjà des questions sur moi à savoir j'arrive vraiment à les voir derrière la vitre. Les pauvres, ils ne sont pas au bout de leur peine.
À travers cette même vitre, je vois le policier dans la même salle nous dévisager pour chercher un quelconque indice ou autres qu'il pourrait écrire sur son carnet. Il fait tournoyer son stylo sur son index, il réfléchit et veut noter n'importe quoi mais, il faut déjà penser à une idée or il n'en a aucune. L'officier lève le regard de cette page blanche et regarde Deadpool en premier, celui-ci joyeux de nature fait de l'air piano les doigts à quelques centimètres de la table. Les menottes ne le gênent pas, au contraire il s'amuse à taper le métal sur la table pour trouver la bonne rythmique pour sa chanson qu'il fredonne à tue-tête. Le policier doit vraiment se demander à qui il a affaire, il respire un grand coup, les yeux tout ronds comprenant qu'il n'allait pas engager la conversation avec cet individu. Alors son attention se rapporte vers moi qui ne dénie qu'à le regarder à travers cette vitre teintée. Par moments, j'ai envie d'être un garçon mal élevé, pour ennuyer les gens et m'occuper bien entendu.
Ce n'est pas son regard de policier-bientôt-à-la-retraite-donc-vos-affaires-de-jeunots-vous-les-gardez-pour-vous qui allait me faire frémir pour tous lâcher. Le policier abat sa dernière carte et sirote bruyamment son café pour m'agacer. Personne ne boit son café d'une manière aussi infâme et effectivement il a suscité mon envie de briser mes menottes et verser son café encore fumant sur son pantalon mais, ce n'est pas sans penser qu'il comprendrait directement que ce costume n'est pas qu'un simple costume et que je suis réellement Spider-man en séjour dans sa ville.
Depuis que la troupe nous a embarqués dans cette salle d'interrogatoire, cet homme n'a pas prononcé une autre phrase après sa question, à savoir ce qui s'était passé et le pourquoi du comment par la même occasion. Évidemment, nous l'avons tourné en bourrique, on est pas des idiots finis pour raconter tout ce qu'on savait sur l'histoire surtout sans preuves à notre disposition. Nous lui avons donné des idées farfelues et le plus drôle, c'est qu'il nous laisse déverser des conneries sans nous contredire. Son silence est bien plus parlant, j'ai déjà ma petite idée de ce qu'il pense de notre duo de bras cassés. La question est de savoir jusqu'à quand va-t-il nous laisser mariner dans cette pièce maussade. On n'est pas les méchants dans l'histoire et le vrai est en train de courir dehors. Au tout début, je m'attendais vraiment à le voir sortir le jeu du méchant et du gentil flic mais tout laisse à croire qu'ils veulent juste nous retenir dans cette salle. À ce rythme, je vais me laisser tomber de fatigue. J'ai une envie irréprochable de m'endormir la tête à l'envers, ça change de l'habituel dodo au lit. Je le fais souvent dans ma chambre et en centre-ville entre les buildings, et j'ai toujours aimé faire ça.
Soudain, Wade s'arrête de jouer les mains toujours en l'air figé sur sa dernière note. Son ventre se met à gargouiller, un bruit proche d'une mauvaise nourriture ingurgité qu'une grosse faim si vous voulez mon avis. Il semble repenser aux heures depuis que nous sommes ici. Je vois presque son âme s'évaporer à travers sa bouche. Le voilà à présent en train de se balancer sur sa chaise, l'air grognon tandis qu'il pose une jambe sur l'autre et ses deux pieds sur la table. J'apprends que cette pile électrique arrive à se contenir, je devrais faire autant.
— Alors, reprit-il en poussant les jambes de Wade par terre. Vous me dîtes que tout ce remue-ménage a débuté à cause d'une carotte ?
Je hoche la tête, le plus sérieusement possible. Et, c'est reparti les amis.
— Il parle, rajoute Wade abasourdi.
— J'ai jamais aimé les carottes à la vapeur, même avec de la fine herbe je n'y arrive tout simplement pas. Les carottes en salade par contre, un régal !
— Il a parlé.
Nous nous arrêtons pour regarder Wade. Je le connais bavard, mais ce type de comportement ne colle pas avec son image de mercenaire à la grande bouche.
— Il va pas bien votre ami ? Demande le policier faussement soucieux.
— On n'est pas amis, je vous l'ai déjà dit. On est vachement écouté par ici. Notez-le.
Mon doigt tapote la table pour lui presser de prendre en compte mes paroles. Le policier roule des yeux, et passe sa main dans ses cheveux gris pour les amener en arrière. Il finit par noter ma phrase, ou est-ce un commentaire par rapport à mon arrogance car je peux lire à l'envers, enfin le début du mot.
Il n'a pas le temps de terminer sa phrase que Deadpool lui vole son stylo, pris par un élan de taquinerie pour amuser la galerie. J'aurais fait pareil si ma fatigue et mes douleurs au corps ne me laissaient pas aussi aplati contre ma chaise.
— On est meilleurs amis, reformule Deadpool en craquant le stylo en deux. Pour revenir à l'histoire de la carotte, j'aime beaucoup les carottes. Pas besoin de me lancer un regard revolver. Donc qu'est-ce que je disais ? Ah oui, je connaissais pas le vrai amour jusqu'à ce que je regarde le film là...euh l'héroïne en lapinou et l'autre type, le genre renard rebelle.
— Zootopie.
— ZOOTOPIE. Exactement. En sortant de la séance, j'étais tout content, je sautais de joie avec ma licorne sous le bras, et puis j'ai eu l'irrésistible désir de me touch...ah non. Mauvaise séance. J'avais une envie irrésistible d'essayer le régime des femmes celui essentiellement constitué de jus de carotte.
— Et le bolide de Captain America traînait dans le coin, tu as voulu le voler, mais c'était pas ton jour. Donc mon faux ami a pris le bus.
Wade lève le doigt en l'air, une idée claire venant illuminé son cerveau poussiéreux.
— J'ai effectivement pris le bus, les bobos étaient trop bobos pour moi donc l'envie d'une carotte m'est passée. Poto est passé par ci, je l'ai interpellé par là et on a mangé indien.
— Chinois.
— OK, mon curry était en fait des nouilles sautées. Très délicieux, je peux vous donner l'adresse.
— Dégueulasse, une souris se tortillait dedans.
Je croise les bras, ne lâchant pas du regard le policier qui désespère au fur et à mesure que notre histoire aussi longue soit-elle n'avait aucun de sens. Wade me jette un regard pour voir si j'ai l'air de rigoler, je n'affiche rien du tout mais au fond, je suis mort de rire par cette histoire montée de toutes pièces.
— Et elle chantait la Macarena ? Me propose Wade.
— Tu vois quand tu veux te rappeler, et elle le dansait pour réchauffer ton plat cuisiné par des aliens tout droit sortis de l'univers du dieu du tonnerre. Je parle de Thor, si vous avez raté la référence.
Deadpool m'interpelle en posant une main ferme sur mon épaule. Je pourrais presque voir une sorte aura masculine se dégager dans l'atmosphère jusqu'à ce qu'il se mette à gémir puis à pleurer comme un bébé, et qu'un bout de morve menace de s'écouler sur ce qui reste de mon costume.
— J'adore ton imagination, m'avoue-t-il entre deux sanglots.
Je le reprends des deux épaules, l'éloignant gentiment pour éviter le drame.
— Merci l'ami. Faux ami, pardon.
Nous nous mettons à rire oubliant rapidement qu'on n'est pas tout seul dans cette salle. À bout de nerfs, le policier se met à frapper la table de ses deux mains. Le contenu de son café se déverse au sol, et les jambes de Deadpool tressautent à cause des vibrations.
— ASSEZ ! Vous me prenez vraiment pour un imbécile, ma parole ! Toi le SM et ton ami, le gigolo !
Je sens un filet d'air glisser sur mon dos. J'espère que l'agent a sorti les initiales comme ça sans aucun raisonnement intelligent derrière.
— S'il vous plaît, soyez raisonnable j'y tiens beaucoup. On est entre adultes.
— SM, par hasard...
— Non, tais-toi piscine morte, lui dis-je. Je ne veux même pas avoir cette conversation.
Le policier plisse les yeux, se pinçant l'arrête du nez. Les policiers derrière la vitre teintée ne sont plus là également, je profite de ce court instant pour me lever de ma chaise pour m'approcher de lui en donnant un coup de poing amical sans aucune force sur un de ses pectoraux. L'homme réagit au quart de tour et agrippe mon bras pour le plier derrière mon dos. Dans cet enchaînement, il plaque mon corps contre la table. Ma tête cogne, je laisse passer ma frustration juste assez pour rendre la situation plus réelle à ses yeux. J'ai voulu faire le malin, tu m'as neutralisé et tu en es sûrement fier mais, ce que tu n'as pas vu c'est que j'ai attrapé ton badge.
Deadpool récupère l'objet en essayant tant bien que mal d'épeler le nom de famille écrit dessus.
— Trop russe pour moi, je m'avoue vaincu !
— La prochaine fois je te boucle en cellule, m'avertit-il en reprenant son badge.
— Je voulais juste être gentil.
— Essayez le tai-chi. C'est mémé Cheng qui me l'a dit. Ça sonne trop cliché ? OK, on va garder son anonymat pour l'appeler mémé Shi. Comme tai-chi mais Shi, vous l'avez ? Et elle m'a appris ça : la libération du lion sacré. Attention !
Il illustre ses propos en nous offrant une drôle de pose, les bras tendus, et les jambes écartées. Heureusement que les chaînes de nos menottes sont assez longues pour nous laisser plus d'espace pour bouger.
— Vous voulez la jouer comme ça très bien, déclare l'officier de police. Je vais vous dire ce qu'on a sur vous : on a des témoins qui affirment vous avoir vus vous battre avec un individu, encore un barjot. Un bus fou qui descend toute la ville, puis explose comme ça sans aucune raison. Où est passé l'autre gars ?
— Vous vous adressez à la mauvaise personne. On en sait pas plus que vous et ce n'est pas en nous gardant enfermés que vous allez résoudre quoi que ce soit.
Deadpool se contente d'un hochement de la tête toujours en position d'étoile de mer puis il rajoute :
— Un coup monté du Pape en personne. Et là, la position du singe endormi !
Je m'apprête à prendre la relève quand l'officer de police m'arrête avant.
— Qui était sous les ordres de Jésus, c'est ça ?
— Raptor Jésus, reprenons Wade et moi-même en chœur.
— Vous êtes pas croyable. Et si James Armstrong et Pamela Anderson ne veulent pas révéler leur vraie identité ce seront leur emprunte qui s'en chargera.
Il récupère son gobelet vide toujours délaissé au sol. Sa main appuie sur la poignée de la porte et avant de sortir, il pointe un doigt menaçant vers nous. Deadpool l'ignore complètement en réunissant le chakra qui est en lui pour une nouvelle posture animalière.
— Vous resterez là jusqu'à que je vous dise que vous pouvez partir.
— OK, monsieur l'agent. De toute façon, 18 agents qui parcourent le commissariat et vos deux copains dans le couloir à parler bouffe, on n'ira pas très loin.
Une tête sort du couloir pour nous dévisager par-delà la porte ouverte.
— Et pour répondre à votre question non, mon costume n'est pas en latex. Et c'est sûrement pas le cas des habits de votre mère. Oups, c'est sorti tout seul.
Le policier fait irruption dans la pièce le visage crispé par une colère non dissimulée. Une veine apparente tape énergétiquement sur sa tempe, il lève le poing en l'air et cogne en plein dans mon œil gauche. Ses collègues interviennent avant que son second poing ne vienne frapper une autre partie de mon visage. Tant bien que mal, ils le retiennent des deux bras avant qu'il n'aggrave encore plus son cas. Sa voix grave se met à cracher une liste d'insultes à mon égard. Ses collègues le font sortir hors de la salle pour le calmer dehors. Je l'entends crier de plus belle dans le couloir et je ne doute pas une seconde que tout le commissariat l'ait entendu.
Deadpool se rapproche et vient voir si tout va bien, je le rassure un peu sonné, mais je ne peux pas dire autant pour mon œil qui commence déjà à enfler obstruant déjà ma vue.
La porte claque derrière eux nous plongeant à nouveau dans un silence sans policiers pour cette fois-ci. Enfin, on peut de nouveau respirer sans être surveillés.
— Tu as un méchant œil au beurre noir, m'indique Wade.
— Si comme ça je fais craquer personne...
— Mon sachet de petits pois congelé aurait pu aider à dégonfler.
Deadpool se rassoit à mes côtés à la fin de ses étirements.
— Merci Dead', j'apprécie.
Nous restons là sous la lumière artificielle à contempler le vide et notre propre portrait quelques minutes, une heure, deux heures je ne sais plus. Les policiers ne nous ont pas rendus visite ensuite et je meurs de soif. Mon cocard a furieusement grossi et quand je me regarde à travers la vitre teintée mon apparence me rappelle l'ancien moi, celui qui n'avait aucun superpouvoir simplement une tonne de devoirs à faire. Le petit gars qui se prenait que des raclées par Flash, car il a été élu tête à claques et qu'il aimait la fille populaire de la classe. Avec un œil plissé et les égratignures sur tout mon visage, je ne remarque plus le courageux Spider-man. Je vois Peter Parker. Avec un œil plus gros que l'autre, le visage crasseux et les joues rouges à cause des blessures. Voilà l'apparence d'un humain qui vient de sortir d'une bagarre et d'une certaine manière, je suis nostalgique de cette époque révolue. À présent, j'ai un métabolisme qui me permet de guérir rapidement. Je redécouvre mon corps en le voyant ainsi, ça me fait toujours tout drôle et je commence à me remémorer des vieux moments de mon existence. Enfin, ce n'est vraiment pas le moment de faire une rétrospection de ma vie.
Je passe ma main dans mes cheveux, tire mes joues pour réveiller ce visage engourdi. Je balaye cette pensée morose et me remets sur pied. Quitte à redevenir un citoyen, autant trouver des vêtements de rechange en adéquation pour soigner cette apparence à la dérive.
— Wade, tu as vu l'église ?
— Bien sûr mon ange, on se marie quand tu veux.
— OK, tu ne l'as pas vu. Pendant notre trip dans la voiture, on est passé devant une église à l'abandon. Je crois bien que c'est là-bas que se situe leur stock, et je te parie ce que tu veux que Emi, son pote musclor et le blondinet de l'entrepôt dont je n'ai pas demandé le nom soient là-bas.
Deadpool se met alors à tambouriner, ses frappes s'intensifient puis il tire sur ses chaînes qui se cassent sous sa force brute. Avec aisance, je casse aussi les miennes en massant mes poignets qui ont souffert à cause de ses menottes.
— Tu essaies de faire quoi exactement ?
La main à son menton et la tête penseuse, on dirait presque qu'il essaie de griller la porte en faisant jaillir des lasers de ses orbites.
— Ça se voit pas ? J'essaye de nous sortir de là. Ce n'est pas parce qu'on est dans une fiction que ce sera facile les doigts dans le nez.
— D'accord... Alors tu m'envoies navré de t'apprendre qu'on est dans la vraie vie et que la porte est déjà déverrouillée, elle n'a jamais été vérouillée à vrai dire.
— Hein ?!
J'ouvre la porte sous son regard ébahi. Avant qu'il ne franchisse le seuil je lui inflige une tape à l'arrière du crâne avec le revers de ma main.
— Aïe ! Pourquoi t'as fait ça ! J'ai rien fait !
— C'est pour la musique que tu m'as mise en tête.
Il marmonne dans sa barbe et continue sa route trop courte puisqu'il s'arrête d'une traite m'obligeant à foncer sur lui sans pouvoir l'éviter. Je m'apprête à faire une prise pour neutraliser l'officier devant nous avant qu'il nous remarque mais Wade m'arrête avant.
En regardant de plus près, je constate qu'il n'a pas bougé et reste statique sans cligner des yeux alors qu'on se trouve à moins d'un mètre de lui avec des costumes déchirés qui ne passent pas inaperçus. Encore plus étrange, sa position laisse croire qu'il était en plein mouvement avant d'être interrompu le figeant le pied encore au-dessus de quelques centimètres du sol. Je ne l'ai pas entendu venir, et lui non plus puisque son regard est coincé vers une autre direction.
Pendant que Deadpool cherche un moyen de le réveiller notamment en baissant son froc, je détourne le regard pour me concentrer. En expirant l'air de mes poumons, je développe mes sens en relâchant mes propres ondes qui traversent les objets, les murs et les pièces qui nous entourent afin d'analyser le commissariat. Mes ondes entrent en contact avec plusieurs individus éparpillés dans les couloirs ou les bureaux mais aucun d'eux ne semblent être en mouvement. Ils semblent tous bloqués dans leur dernière position et tous laisse à croire que nous sommes les seuls à bouger librement. Cette histoire me fait froid dans le dos. Qu'est-ce qui vient de se passer ici ?
En relançant mon super sens j'élargis ma vision au-delà des murs du commissariat. Je peux sentir les vibrations des voitures, et le bruit de la circulation. Le monde tourne normalement à l'extérieur, donc quelqu'un ou quelque chose a bien figé ces personnes, mais seulement l'ensemble des personnes dans l'enceinte du bâtiment. C'était trop demander de nous laisser partir tranquillement ?
J'attrape Deadpool par l'oreille et lui explique la situation. Nous nous mettons en garde rapprochée pour continuer notre avancée, prenant la pose la plus assurée qui nous vient à l'esprit. Quelques pas nous suffisent pour arriver à leurs bureaux généraux, et voir autant de policiers dans une seule pièce ne me rassure pas. Au contraire, je m'attends à ce qu'ils se jettent tous sur nous après une blague de mauvais goût mais ce n'est pas le cas. Ma curiosité m'amène à regarder un écran d'ordinateur où mon visage apparaît, je me rapproche et je confirme c'est bien ma tête. Avec les avancées technologies et les empreintes, ça va très vite maintenant.
Je supprime mon profil de leur base de données puis celui-ci de Wade qui apparaît dans une seconde fenêtre. Une fois notre identité de nouveau cachée, je continue ma route et tombe sur une personne dont le visage me donne parfois des sueurs froides au lit.
— Attends, mais c'est...
Oui, c'est bien lui. Le fameux journaliste à qui j'offre mes prestations pour un petit salaire méprisable. Deux stylos tout frais préparés sont accrochés sur la poche de sa chemise beige. Toujours au rendez-vous avec cette belle moustache made in Jameson, son regard est rempli d'animosité tandis qu'il tient un gobelet rempli d'un liquide encore chaud, sans doute du café. Comment je le sais ? Deadpool vient de mettre son doigt dedans pour y goûter. Le malheureux semble s'être brûlé le doigt et la langue mais cela ne l'empêche pas de lui arracher la boisson des mains pour le boire jusqu'à la dernière goutte.
— Du café noir. Trop noir. Pourquoi ? Il broie du noir ? Il aime l'humour noir ? Sa chienne est noire ?
Je fronce les sourcils mais ne soulignant pas la subtilité de sa gradation.
— Ça fait vraiment trop de questions, et après, viens pas me demander pourquoi t'as mal à la tête.
— Ouais, ajoute-t-il en se grattant la tête. Direction la Mecque dans ce cas !
— L'église et non.
— Non ? Comment ça NON ?
Je m'exaspère en levant les yeux au ciel et reviens devant Jameson pour l'observer sur tous les angles. J'ai une affaire à finir avec lui avant.
— Et dire que je lui offre les plus belles photos de Spider-man, les plus merveilleuses poses que je peux faire sous mon objectif.
— Dit comme ça, on dirait que tu poses pour des photos de charme. On s'abonne où ?
Je me mets aux petits soins pour lui mais ce gars n'a jamais apprécié mes efforts trouvant toujours un prétexte pour me renvoyer. Ce serait bête de partir comme ça alors que le journaliste est juste devant moi, figé et surtout inoffensif. Il a fait tout ce chemin pour rencontrer Spider-man, les nouvelles sur ma présence se propagent plus vite que je ne l'aurais cru. Je me demande si à travers ses yeux il peut me voir, je suis là, devant lui sans masque et avec le costume je me demande si vraiment ses neurones se seraient enclenchées pour faire le lien étroit entre tous ces éléments face à lui. Je peux déjà l'entendre me crier dessus et écrire un autre article pour nuire encore à mon image en mettant encore en avant les dangers d'un Spider-man aux alentours. Et on n'oublie pas sa marque de fabrique : un excellent titre racoleur pour écouler le stock des Daily Burgle comme des petits pains.
— Je croyais que tu étais le gentil, ajouta Deadpool.
— Je le suis.
— Mon ange, deux cornes viennent de pousser sur ta tête.
Je me laisse un temps de réflexion avant de jeter un œil sur Deadpool qui me fixe longuement avec des petits yeux.
— En effet, avoué-je. Juste une moustache au marqueur comme ceci, rien de méchant. Tout roule, tu vois ?
Il me laisse agir, peu convaincu puis nous reprenons notre route pour trouver une sortie et nous arrivons finalement au centre du commissariat. Presque la totalité des agents étaient sur les lieux, entre les bureaux et les autres criminels attendant leurs auditions sagement assis à leur chaise, il y a de quoi faire une fête. Deadpool est le premier à s'incruster dedans, ayant remarqué un homme qui semblerait tenir nos papiers imprimés avec nos têtes et notre vraie identité surtout, la mienne surtout car Wade est open bar sur son identité. Une chose surprenante, cet homme bouge, mais il est si concentré dans sa tête qu'il n'a pas l'air surpris de voir que le commissariat est devenu un musée de statues humaines.
Sans ménagement, Wade lui fait peur en le prenant par surprise puis attrape ce qu'il tient dans les mains pour détruire toutes traces de notre présence tandis que le malheureux prend fuite en nous voyant. Mon acolyte déshabille une personne choisie au hasard et me donne ses vêtements. Sous mes yeux et ceux des autres parce que ça compte aussi, il se déshabille et enfile d'autres vêtements.
— Tu ne crois pas qu'on devrait un peu s'inquiéter de la situation et trouver la cause de tout ça ?
— Roh, tu veux encore jouer le héros alors que ça nous concerne pas. Ils doivent jouer à 1, 2, 3, soleil.
— Quelle perception inégalable, Deadpool, répliqué-je avec un sourire hypocrite. Je ne l'avais pas remarqué, c'était pourtant si clair.
Il prend la casquette au-dessus de la pile de vêtements dans mes mains et me l'enfile sur la tête. Je plisse des yeux et agite la tête en signe d'abandon. Il vaut mieux que je porte autre chose qu'un costume déchiré.
Je me change à la vitesse d'un escargot, les muscles de mon corps se sont alourdis au point que j'en grince des dents. Pour passer un bras à un autre dans les manches, il me faut un long moment à tel point que j'ai l'impression que les gens vont se réveiller avant et se moquer de moi. Deadpool s'est éclipsé entre-temps, sûrement a-t-il trouvé la remise où les armes sont stockées.
Une fois habillé, je patiente en me calant sur un bureau, l'ennui fait vite son apparition que je ne peux pas tenir deux secondes sans rien faire. Je m'avance vers un agent, le visage enragé et la bouche ouverte. Il pointe fermement son index sur le bureau de son collège qui respire la panique et le stress. Sur son bureau, une dizaine de feuilles éparpillées dans le désordre. Entre stylos qui traînent et dossier ouverts, j'ai ma petite idée de l'histoire entre ces deux gars.
Je finis par trouver l'envie de l'aider à ranger ou du moins, à empiler les feuilles pour rendre le bureau acceptable mais, à peine ai-je fini d'entasser des feuilles ensemble je tombe sur une goutte bleue à peine visible sous une feuille. Je regarde au sol, et mon pied écrase par mégarde du verre déjà brisé. Encore quelque chose de familier…
Au même moment, les policiers se mettent à bouger. Mécaniquement, ceux qui portent une arme la sorte et la pointent sur moi. Normal après tout, je m'évade et je vole des habits. En temps normal je comprendrai parfaitement leur geste, mais je n'ai pas affaire à des gens réveillés et dans leur état normal. Le regard vide, et l'absence totale de lueur dans leurs yeux me laisse perplexe quant aux événements qui vont suivre. Et Deadpool n'est pas encore arrivé, je suis encore livré à moi-même. Jamais là quand on a besoin de lui, ça va devenir une habitude à ce rythme. Je pourrais éviter certaines balles, mais ce serait suicidaire de fuir ou même, de les combattre.
Une porte s'ouvre à la volée et un homme entre, le pas claquant sous ses bottes de cow-boy. Il est l'image parfaite du shérif dans les westerns : le long chapeau, le gilet en velours avec le gousset qui dépasse de sa poche, le long manteau et la cigarette fumante au bout des lèvres. Ah, petit oubli de sa part il manque la petite étoile pour obtenir le parfait shérif. Vraiment déçu, il pouvait faire un effort quand même.
De l'index, il soulève son chapeau et j'aperçois enfin son visage. L'amertume remonte dans ma bouche, je reconnais mon voleur pompeur de sang.
L'homme se rapproche tandis que je suis tenu à joue par des pantins sans vies qui ouvrent le passage à sa venue. Il se fraie un chemin jusqu'à se tenir juste devant moi. Je n'avais pas fait attention auparavant mais maintenant qu'il est là, je constate qu'il mesure une tête de plus que moi. Pas d'autre choix que de lever le regard pour le fixer du regard, il ne cache même pas son sourire narquois tandis qu'il exagère son geste en levant un peu plus sa tête pour me fixer de toute sa hauteur. L'air doit sûrement être plus respirable.
— Vraiment je vous aime pas, il faut faire quoi pour vous garder éloigner ? J'appelle le juge pour qu'il vous fasse un message ?
— Quel nom me correspond mieux ? Demande-t-il en ignorant mes paroles. Aurélien, Clovis, Alexandre, Benoît, Jacques ? Choisissez celui qui vous convient le mieux, mon garçon.
Cet homme est un vrai taré. Je dois prendre une longue respiration pour me contenir, sinon mon poing partirait directement à sa figure. Je suis de nature calme, mais quand je vois les atrocités qu'il a faites aux personnes captives dans l'entrepôt. Comment ce genre de personne peut-elle agir de cette manière sans aucune once d'humanité ? Et tout ça pour un business de drogue ? La grosse blague.
Il me fait ressortir de mes pensées en posant ses deux mains sur mes épaules. J'ai un mouvement de recul par ce geste inattendu vite rattrapé par le dégoût. De la force de son regard ou plutôt de ses mains il m'encourage à lui répondre.
Aucune alternative n'est possible, je vais devoir jouer son jeu.
— Vous avez un fétichiste sur les noms français ou la France ? Edith Piaf, la baguette, béret, Paris, Tour Eiffel tout ça, tout ça ?
Ses mains se serrent à nouveau jusqu'à écraser mes épaules, je résiste contre sa force sans ciller pour ne pas flancher. Pourtant, son visage ne montre aucun signe de contrariété, il a l'air plutôt de s'amuser de mon répondant. Ah oui, c'est vrai que ce type aime ça.
— Vous avez une tête de Boris...Non, j'ai mieux, repris-je. Gabriel ou alors Georges. Vous allez bien Georges ?
Je vois que quelque chose en lui craquer, une grosse fissure qui laisse entrevoir de la joie ou plutôt une bonne surprise qui l'a pris au dépourvu. Me dîtes pas que j'ai réellement trouvé son nom ? Je ne sais pas si j'ai vraiment de la chance.
Georges relâche mes épaules, mais pas le temps pour souffler et chanter « Libéré Délivré » qu'il me prend dans ses bras. Finalement entre le gars flippant et les policiers zombifiés, j'aurais mieux fait de me battre contre eux.
Où es-tu DEADPOOL ? Je t'attends !
— On aurait pu faire de grande chose, Spider-man. Vous êtes du mauvais côté du camp, il n'est pas trop tard pour nous rejoindre.
— Nan, vous êtes pas le premier ni certainement le dernier à me le dire et il y a pas de « on aurait pu ». Puis prenez pas cette voix, surtout pas avec cette mauvaise interprétation. On vous a déjà dit que votre accent français est mauvais ? Me regardez pas comme ça, voir votre visage me donne des nausées pas besoin d'en rajouter.
Je refuse de détourner le regard, mais il n'a pas cessé de me regarder droit dans les yeux sans cligner. Personne ne m'a mis autant mal à l'aise, j'ai l'impression d'être déshabillé sous son regard. Oh.
Merde...vraiment ?
— Vous avez tout pour vous, admet-il satisfait en caressant ma joue tout le long d'un seul doigt.
Brusquement, le vent se met à tourner vers nous mais étant dans une pièce close, je comprends vite l'origine et évite de peu de prendre un katana en plein vol. Avec agilité, je m'écarte et retombe sur mes deux jambes à côté de deux policiers.
Je suis malheureusement bien étonné de voir que George n'a rien. Lui aussi retombe au même moment que moi, à une distance raisonnable cette fois. Nos regards se croisent, il tente de m'attraper mais Deadpool fonce sur lui. Par la force brute, il l'envoie cogner contre un mur faisant tomber des portraits de policiers accrochés. Je n'ai pas le temps de suivre leur combat que quatre policiers se saisissent de mes bras pour me maintenir sur place. D'une pirouette à l'envers, je bouscule leur équilibre heurtant deux têtes entre elles, et balançant le reste des policiers par-dessus les bureaux.
Les habits que je porte retiennent et ralentissent énormément mes mouvements. Je rate plusieurs fois mes coups, car le tissu tire et me bloque avant. Foutu jean. Ma cible finit par m'échapper, je dois faire le boulot deux fois au lieu d'une. Mes adversaires neutralisés, je m'apprête à résister à une prochaine pluie de balles des autres agents ou d'un mouvement synchro d'une troupe de policiers à la conscience absente, mais rien. Je suis toujours en place et je suis presque tenté de leur crier de venir m'affronter.
Les policiers se tiennent à leur position, et je perds tout mon souffle en voyant que chacun porte leur arme à leur tempe. Je n'ai qu'à tourner sur moi-même pour voir l'étendue des conséquences si l'ordre était donné. Je visualise le cou de feu partir, les balles exploser dans leurs têtes et une série de corps ensanglantés tombant au sol comme des dominos. Une scène macabre dont je serais simple spectateur impuissant, jamais je ne pourrais me pardonner. Le silence me fait suffoquer, je n'entends plus que le son de mes battements telle une bombe à retardement.
— Ma petite toile, garde ton calme.
La voix de Deadpool fait sortir ma tête de l'eau, je n'ai pas le temps de lui demander de quoi il parle quand je sens la présence d'une personne derrière moi. Un katana vient se loger sous ma gorge. Je me suis fait prendre comme un bleu et j'ai la parfaite tenue pour sortir cette phrase. Un peu humour pour sortir de ce stress qui monte en flèche, ça ne me ferait pas de mal.
Je ferme les yeux par mécanisme en sentant la lame entailler ma peau, sûrement assez pour me laisser un trait en sang. Deadpool est en pleine agitation quand j'ouvre de nouveau les yeux et ne sachant plus quoi faire, il finit par jeter son seul katana en signe de renoncement.
— Deadpool, ne fait pas ça. Ne panique pas.
— Je ne panique pas ! Hurle Wade à mon encontre.
— C'est pas vrai, tu t'entends parler ?!
Deadpool prend le risque et fait un pas vers nous. Autour, le chien arme les balles faisant reculer Wade de deux pas en arrière. Je ne veux même pas savoir ce qui arrive s'il tente autre chose.
Je lève mes mains à mon tour pour calmer la situation. Georges cale sa tête sur mon épaule, son souffle chaud au creux de mon oreille me fait frissonner.
— Peux-tu vivre avec une dizaine de morts sur la conscience, Spider-man ? Murmure-t-il.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
— Pour le moment : toi et ton acolyte dérangé.
— Je suis pas dérangé ! Je suis drôle, sexy, violent par moments mais pas dérangé !
Je jette un coup d'œil à Deadpool, lui mimant d'arrêter toutes tentatives pour le mettre en rogne. Sa peau fissurée et craquelée est à la vue de tous, il soutient mon regard à la recherche d'un signal pour contre-attaquer, mais je ne peux pas lui en donner un, pas avec ces victimes autour de nous.
— On se rend à condition que vous relâchiez votre emprise.
— Et vous me suivrez gentiment ?
— Vous avez ma parole.
D'un claquement de doigts, les policiers s'évanouissent et tombent tour à tour. Est-ce qu'il est une sorte d'homme psychique ? George abandonne le katana.
— Pas la mienne !
À mon étonnement Deadpool ne se rend pas aussi aisément, je lui crie d'arrêter, mais il surgit d'un côté et lance son poing. George prévoit le coup et l'évite avec cette même légèreté d'un danseur étoilé. Tout se passe si vite, George attrape son arme à feu avant, et lui tire sous le menton. La balle traverse sa tête et ressort, m'éclaboussant de son sang et autres morceaux dont je ne veux pas connaître la provenance. Son corps sans vie s'écroule sur moi me tâchant d'un rouge morne.
— Les dérangés ne réfléchissent jamais et foncent dans le tas, ajoute-t-il en rangeant son arme. Heureusement que tu es intelligent. Ne t'inquiète pas, il va survivre.
Je veux rappliquer, mais à peine ai-je le temps de me retourner qu'il m'assène un coup de crosse à l'arrière du crâne. Par la suite, je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe. C'est le noir complet.
Corrigé le : 13/10/2020
