Merci à : - Tayaress d'avoir mis l'histoire dans ses favoris

- soln96 pour le follow -^^- et pour le temps que tu as pris pour commenter chaque chapitre

- Et n'oublions pas : Angelyoru et RoronoaAgathou pour leurs commentaires ! (Je me crois à un concert.)

A être en retard, je me perds et je ne sais pas si j'ai oublié des personnes ah lala...! Bref, bonne lecture ~

(Oh! On en parle du "petit bisou" entre Garfield & Reynold ? Le SpideyPool est là!)


Chapitre 10 : Medical intention


1 + 1 = 3. Et c'est vrai, je viens de le voir, ce n'est pas juste quelqu'un qui me l'a dit. Même mes yeux peuvent vous le confirmer. Enfin, ils ne sont pas aussi limpides et frais que la première fois où j'ai vu le visage de ma mère lorsqu'elle m'accouchait mais quand même ! Moment merveilleux dans la vie d'une mère, celui de mon papa aussi à mon avis avant qu'il ne saute sa maîtresse. Pour moi c'était pas le plus beau jour en vrai, je me rappelle de que dalle. Sans doute ai-je regardé ma mère dans le blanc des yeux, crier ou pleurer, j'ai demandé à personne de naître mais bref, c'est une histoire. Là, mes yeux ont vu des choses depuis, mais je peux vous confirmer que c'est la vraie vérité. Celle qui vous sort des orbites, qui coulent de vos trous par évidence. Et dire que lorsque j'étais bébé il n'y avait encore personne pour me contredire et c'était beaucoup mieux comme ça. Je sais même pas pourquoi j'essaie de vous convaincre, vous êtes sûrement en train de vous marrer de ma pauvre personne. Surtout que je suis clean pour une fois. Si je mens, je vais en enfer !

Au départ, je pensais à rien mais maintenant cette petite fille à la peau chocolat a fait fondre un truc au fond de moi. Elle danse et se trémousse sur la scène comme si le monde a toujours tourné de cette manière. Par moments ses gestes se faisaient au ralenti, un truc comme le slow motion qui donne un aspect poétique même à la plus grosse merde sur cette Terre. Et je pèse mes mots. Je dois être en train de baver, pas sur elle mais sur ses mouvements délicats riches en émotions. Il ne faut pas non plus croire que je me promène dans un camion blanc près des écoles maternelles pour appâter des enfants avec des bonbons. Là je parle d'art vivant. Cette fille dégage une aura, je crois avoir trouvé mon sensei.

Enfin, pour revenir à cette histoire de calcul, car j'ai commencé comme ça et vous vous attendez à mon raisonnement comme Jésus attend Noël. Je préfère que les choses soient claires sinon vous n'allez jamais me prendre au sérieux. Eh bien je vais vous le dire bande de lectrices : j'ai toujours raison. C'est la jeune fille qui me l'a dit, indirectement, car elle ne m'a pas adressé la parole. Je l'ai vu se dédoubler et se réunifier pour ne former qu'un seul être vivant. 1 + 1 = 3. Bouum. Big bang. CQFD. Ça vous embouche un coin, hein ?

À la fois, étrange mais également fascinant que je n'arrive pas à regarder ailleurs. Vous avez peut-être changé d'avis si je vous dis que c'est de la magie, ce n'est pas simplement physique c'est aussi psychique. Franchement, j'espère que vous êtes plusieurs à me croire, car mon petit-partenaire n'a pas l'air de voir la même chose que moi. Ce qui est vraiment dommage, car je sens l'essence pure de sa représentation me parcourir le corps et me fais beaucoup d'effet.

— Wade, tu t'es regardé dans un miroir ? T'as vu comment tu la regardes ?

— Quoi ? Il a quoi mon regard ?

— Celui d'un gros pervers.

— Je l'honore en la regardant.

— Bah voyons, tu vas la dévorer toute crue oui !

Peter est né péteur et grincheux. Il a beau être un joli garçon, mais ses mots me blessent parfois. Il ne le sait pas, mais j'ai un cœur d'artichaut et je peux être à fleur de peau. J'ai presque envie de pleurer alors que je me sentais bien quelques secondes plus tôt.

Ne pas pleurer. Ne pas pleurer.

Je renfrogne mes larmes de garçon attristé et décide de lui faire mordre la poussière en voulant lui donner un coup de tête. Je me rate complètement alors que nous sommes assis côte à côte, les épaules se touchant presque. Ma tête vise le vide poussant mon corps à tomber sur le banc. Quand je relève la tête, Peter est plus loin. Bizarre. Il était tout près à l'instant. Très bizarre.

Je me relève avec le peu de dignité qui me reste en remuant les épaules.

— Tiens-toi tranquille, tu vas nous faire repérer, chuchote-t-il. J'ai pas envie de faire la garderie dans une église, déjà que t'es complètement drogué.

— C'est celui qui le dit qui l'est !

Je peux apercevoir son regard désabusé, Petey veut me sortir une réplique cinglante, mais il finit par se calmer en se rappelant mon comportement de non drogué.

— Alors, qu'est-ce que tu vois autour de moi ?

— Des fresques, des statuts, des bancs, des bougies…

— Non, ce qui flotte autour de moi ?

Je reste à le contempler un moment, les sourcils froncés puis détache mon regard de sa personne pour admirer les nombreuses fleurs en impesanteur. Ce qu'il peut être grotesque, il doit bien les voir les licornes qui s'envolent avec leurs petites ailes. Elles dansent et s'amusent si gaiement, tout ce qu'il y a de plus normal. Il y en a pour toutes les couleurs, c'est un monde coloré et magique dont j'aimerais bien faire partie. Je remarque même des bonbons en train de rire près de moi. L'un d'eux m'effleure et je rigole à mon tour puérilement.

— Génial, ils t'ont transformé en bisounours, raille-t-il.

Plus je l'observe et plus les fleurs se regroupent vers lui alors qu'une lumière jaillit sur lui me donnant l'impression que tout son être étincelle par sa grâce. Je me mets à rire de bonheur, sous son regard éperdu. Ça doit être le paradis, même avec son œil au beurre noir et ses blessures il est toujours aussi craquant. Mais cette image romanesque s'évapore lorsqu'un de ces sourcils se lève d'interrogation en entendant mes ricanements. Même moi je ne les avais pas remarqués. Je baisse les yeux, intimidé et remarque que mes bras sont jonchés par des trous si fins que je dois plisser des yeux pour les voir entre mes gigantesques trous volcaniques habituellement sur ma peau.

— Est-ce que je ressemble à un chinois, Pete ?

— Chut ! Ne dis-plus rien !

— On joue à Jacques a dit ou au roi du silence ?

— Les deux si tu arrêtes de l'ouvrir !

Je ne dis plus rien et lui mime que ma bouche est zippée. C'est compliqué de jouer si Peter ne respecte pas les règles du jeu. Les licornes répètent aussi mon geste, je pouffe de rire en essayant d'être discret ce qui n'est pas facile avec toutes ses beautés autour de moi. Devant moi au loin, Peter se met à gigoter dans tous les sens pour s'extirper de ses liens en plastique, il tente de ramener ses mains en avant mais la longue corde autour de lui finit par le décourager. S'il est ligoté, moi je suis libre de mes mouvements. En regardant mes doigts pianoter sur mes genoux, quelques souvenirs commencent à me revenir à travers les nuages roses. Je me souviens qu'ils étaient tendres donc il était tout à fait normal que je sois gentil. Par contre pour Spidey c'était une autre histoire. Pour une raison que j'ignore il était dans une colère que je ne lui connaissais pas à tel point que je ne peux pas enlever cette image de mon esprit. Lui, fou de rage alors que ces personnes avaient toutes l'air d'être de bonnes personnes. Peut-être que je suis trop gentil, mais ma maman m'a toujours dit d'être gentil et respectable envers les autres. Aime ton prochain, et il t'aimera. Peter n'est pas le genre de personne à s'énerver pour un rien, ce qui me laisse penser le contraire sur ce qui m'est arrivé par la suite.

Maintenant qu'il est passé à autre chose, Peter a arrêté de bouger pour regarder autour de lui. Enfin il se met à regarder les licornes blanches. Je fais de même et constate la présence de deux individus se tenant devant la plus grande porte en bois que j'ai vu de toute l'espace et de la terre entière. En suivant la hauteur de cette porte, ma tête finit par se renverser sur le banc. Elle est si lourde que je reste le regard à l'envers, la position n'est pas confortable, mais je peux voir d'autres hommes derrière moi. Eh beh, ça doit être l'heure de prier.

— Deadpool aide-moi, murmure Peter. Il me faut une bougie.

En utilisant sa tête, il me montre une petite table où est située une statuette représentant la vierge Marie. Autour d'elle, une pluie de lumières offerte les nombreuses bougies allumées auprès d'elle.

— T'as pas dit « Jacques a dit ».

— T'es lourd Deadpool…

J'insiste et il soupire, faisant fleurir les roses rouges une à une. J'espère qu'il n'y a pas d'épines, elles pourraient piquer son visage.

— Jacques a dit « va me chercher une bougie tout de suite avant que je me fâche. »

Je m'exécute en sifflotant puis m'arrête. Ah oui il faut être silencieux. Je m'exécute tout court alors, rampant sur ce long banc interminable afin de lui attraper cette fameuse bougie. Je suis une chenille, et les chenilles n'ont pas de pieds donc je rampe. Le jeu a pris des tournures plus drôles maintenant !

[ Pool.]

Je lève ma tête pour regarder Spidey, mais il ne me dit rien. Bizarre. Un courant d'air ? Pourtant quelqu'un m'a interpellé. Bon. Tant pis.

Je continue mon chemin, en suivant les arcs-en-ciel jusqu'à ce qu'ils disparaissent quand une autre voix se met à surgir.

[ Wade ! Deadpool ! Merde ! Moi ! Répond !]

[Non, ne réponds pas. Utilise tes pieds, non d'abord tête pour réfléchir, puis tes pieds et va chercher cette bougie !]

Oh, mon Dieu. Je suis Jeanne d'Arc. J'ai des voix dans ma tête. Je suis fou. Et dire que je me croyais sain d'esprit, Peter me croyait drogué mais non, j'ai juste des problèmes psychologiques. Oh mais, la petite voix a raison aussi, pourquoi je rampe ? Je suis ni attaché ni une chenille, car les chenilles sont vertes ou blanches ou marrons ou… Hohoho, comme je peux être bête.

Je me lève du banc et traîne des pieds, je n'oublie pas d'être discret c'est pourquoi les genoux pliés, je me mets à marcher comme un bébé à quatre pattes pour atteindre Marie, sainte mère de dieu. J'arrive vite devant ma table où se dressent la statuette religieuse et ses bougies, mais oublie de m'arrêter et fonce tête baissée la première dans les pieds-de-table. Sous le choc, je tombe à la renverse et me rattrape d'une galipette en arrière.

10/10 pour Deadpool ! Et maintenant une pirouette !

— Mais qu'est-ce qu'on a là ?

— 10 points pour Deadpool !

En suivant le son de la voix, j'aperçois un homme d'une chevelure blonde si brillante si lisse si belle. Les petits anges tout nus sont même en train de lui mettre une auréole sur la tête. Cette atmosphère est merveilleuse, la religion est belle. Pourquoi est-ce que je crachais sur eux avant ? J'espère que le monsieur tout en haut pardonne les brebis égarées. Le sourire de l'homme est contaminant que je me mets à sourire aussi.

[On l'a perdu.]

[Il est déjà perdu, au moins il nous a retrouvés.]

[Donc, logiquement il est pas perdu ?]

Un lasso vient enrouler ma cheville pour attraper mon pied. Je m'arrête aussitôt de rire alors qu'on me traîne sans gêne au sol, je suis devenu la serpillière sacrée. C'est la jeune danseuse tout à l'heure si colorée qui m'a attrapé. En la voyant d'aussi près, sa peau est plus terne que je ne l'espérais.

[Tu sens la blague de mauvais goût arriver ?]

— Pourquoi j'entends des voix ?

— Ce n'est rien, répond le blondinet. Juste les effets secondaires.

Je me laisse traîner comme une vieille chaussette, la voix Peter retentit tel un écho dans cette église. Arrivée près de l'autel, la petite fille desserre son fouet et recule pour laisser place au grand blond. Sa longue veste violette me chatouille le nez alors qu'il me passe devant pour déplacer une statuette sur l'autel. Un énorme bruit se met à résonner sous mes pieds, la terre se met à trembler et j'en perds ma langue de chat quand l'autel lui-même s'écarter d'un côté en suivant les rails du mécanisme. Se montre alors un escalier souterrain éclairé par des lumières électriques.

— Et si on allait faire un tour, mes amis ?

Autour de moi, la dernière tulipe me dit au revoir avec un visage triste. Mon joli petit monde si coloré perd de son allure et les couleurs fondent comme les cierges face à la mèche enflammée. Les couleurs perdent en intensité me révélant le véritable monde qu'est notre société, aussi fade que mes petits pois à l'école primaire.

Comme dirait Céline Dion : ne partez pas sans moi. Toutefois personne n'écoute ma supplication ou ma chanson car je me suis lancé à chanter tout le refrain. Je perds vite mes mots en ne me rappelant plus les paroles. La mélodie des anges ne résonne plus, et la dispute dans ma tête profite du silence pour s'intensifier.

[Je suis ce que je suis, bordel de sa race ! Pas un toutou qui embrasse langoureusement des licornes !]

[DEPUIS QUAND J'ECRIS EN GROS ? JE SUIS DÉJÀ BIEN ASSEZ GRAS.]

Bon. En vrai, ça n'a pas l'air d'être une dispute. Je tends à m'étouffer lorsque des souvenirs viennent se bousculer dans mon crâne comme la belle claque que je me suis prise par maman. Mais oui, ils m'ont déjà emmené dans ce foutu laboratoire sous l'autel pour me prélever du sang et faire leur drogue. Tout ça par…

— Où est cette SALOPE DE VAMPIRE ?!

[Oh. OUUUUUUUUUUUUUUUUUH.]

[Daddy est de retour !]

— Et je vais casser cette baraque !

Je bouscule Georges le blondinet car non, je n'ai pas oublié son nom ridicule et me réfugie derrière l'autel en prenant avec moi Peter. Les balles éclatent dans ce lieu sacré, j'espère qu'ils ont dit pardon à la Vierge Marie et au petit Jésus… Moi je passerai plus tard au confessionnal, car c'est à mon tour de faire saigner le Christ.

— Peter, prend la relève de la narration, je peux parler et faire du hard gore en même temps, tu comprends ?

Il me dévisage mais n'a pas le temps de me répondre que je me jette sur le groupe de bras cassés.

— Non, mais…DEADPOOL ! Mais quel crétin fou.

Qui est aussi bête pour partir sans arme ni rien ? Je veux bien lui accorder le doute quant à ses compétences en combat rapproché mais pour y arriver, il faut déjà passer sous cette pluie de balles. Vraiment, je me demande qui les fournit en armes et en munitions ?!

En fonçant tête basse, Wade a complètement oublié de me détacher. Ces gars ont fait attention en m'attachant de manière, mes mains sont trop serrées entre elles pour que je puisse tisser mes toiles. Heureusement, j'ai un plan : il me faut une bougie de préférence allumée pour que je puisse brûler mes liens. Et il y en a toute une rangée derrière Georges qui me regarde toujours intensément. Est-ce qu'il lirait par dans mes pensées par hasard ?

— Zut alors, pas de chance je suis juste devant. Je me tiendrais à l'écart si j'étais toi, ma petite tisseuse de toile.

Un coup de genou dans le ventre vient bloquer mon souffle. Mon corps se plie par automatisme obligeant par mégarde ma tête à frapper contre l'autel. Georges ne me laisse pas le temps et pose son pied contre la gorge. J'essaie de m'en détacher avant de finir étouffer sous sa botte mais c'est plus difficile quand on n'a pas nos mains et les yeux fermés, car je commence à perdre ma vue sous ces étoiles blanches et noires. Georges serre plus fort sa prise pour me dissuader de continuer mes agissements vains.

— Je sais comment pensent les gars comme toi, j'en ai côtoyé lorsque j'étais légionnaire français et ce sont les premiers à mourir.

Qu'il garde sa morale à deux balles.

— J-Je…suis…

— Prêt à mourir ? Différent ? Plus fort ? Au final l'araignée, tu n'es bon qu'à être le sujet de notre expérience familiale.

Il m'attrape par le sweat-shirt et me jette dans l'ouverture sous l'autel. Je chute à l'envers et dans un cri, m'affale marche après marche. Je finis ma longue descente le dos à plat sur ce qui semble être du carrelage blanc. La pièce en est elle-même construite autour de ce carrelage tellement blanc qu'il pourrait me rendre aveugle. Ce n'est qu'après plusieurs clignements de yeux que je remarque les miroirs autour de moi qui reflètent à l'infini mon image.

Je me relève tant bien que mal, et constate qu'à présent la porte est fermée. J'ai beau pousser de toutes mes forces mais pas moyen d'enclencher le mécanisme de l'intérieur, bien pratique dit donc. Le pavé numérique juste à côté est suffisant m'avertir que si je veux sortir j'aurais besoin du code. Je tourne le dos et cherche un autre moyen de sortir d'ici. Pas le choix, autant chercher une autre issue donc j'avance dans ce couloir et arrive devant une autre porte. Ce ne doit pas être pire ce qui m'attend derrière cette porte, je porte la main sur la poignée quand mes sens d'araignée me mettent en alerte. Je me retourne rapidement, sentant le danger venir vers moi mais je tombe nez à nez avec Deadpool. Calme. Bien trop calme. Son visage est neutre, il ne dit rien et ses yeux me font froid dans le dos.

— Deadpool ? Comment… tout va bien ?

Sa bouche s'ouvre mais une voix le coupe avant qu'il ne puisse me répondre. Il observe sous tous les coutures que je suis presque effrayé de lui tourner à nouveau le dos. Quelque chose manque chez lui comme une lueur de folie. Pourtant c'est bien Wade qui est devant moi, personne ne peut lui ressembler après tout.

— Spider-Man ? C'est toi ? S'adresse une voix.

Le ton est légèrement différent de mes souvenirs mais je n'ai pas de mal à mettre un nom sur cette voix. En prenant mes précautions, je pose ma main sur la poignée et la tourne pour ouvrir la porte. Emi se trouve au centre de la pièce, le visage triomphant dont je n'aurais jamais pu croire le voir un jour au vu de son état lorsqu'elle était avec nous. C'est une tout autre femme qui se tient devant moi, je n'arrive plus à déceler la fille que j'ai rencontrée dans ce miteux motel. Il ne reste que sa coupe de cheveux et la couleur de ses yeux qui restent les mêmes qu'à mon souvenir.

Je reste presque là à la contempler comme si le mirage allait disparaître d'un clignement des yeux mais il ne partira jamais car c'est sa vraie nature. Son regard dérive et fait signe du doigt à quelqu'un d'autre de s'approcher. Je tourne la tête pour voir de qui il s'agit et me prends un coup d'épaule lorsque Deadpool vient me dépasser pour la rejoindre. Il avance sans dire un mot, les pieds traînant au sol. Il se laisse dicter comme un gentil toutou, oh non ça ne va pas se passer comme ça. Je le retiens, tirant sur sa main pour l'obliger à s'arrêter.

— Wade, je sais que tu es bizarre en général, tu l'as toujours été mais là, t'es pas juste bizarre normal mais bizarre bizarre.

D'un geste brusque, il tire sur son bras pour se détacher de ma prise. Même pas un seul regard, il continue sa route pour se joindre à ses côtés. Le premier sentiment que je ressens est l'abandon, bien avant la surprise générale. Le sourire d'Emi s'agrandit en voyant ma stupeur. Est-ce que Deadpool a toujours été un vilain depuis le début ? Je ravale amèrement ma salive, la sensation d'être mené du bout du nez aussi bêtement m'est insupportable. Surtout quand le vautour prend un plaisir malsain à vous voir vous décomposer.

— C'est pas cool de me l'avoir transformé en rôdeur.

— Pour l'amour de Dieu ! Réplique-t-elle. On les appelle des zombies, et je ne lui ai rien fait.

Elle passe derrière lui et effleure de ses doigts les larges épaules de Wade. OK, ce serait très inattendu s'ils sortent ensemble. J'ai vraiment du mal à croire qu'ils n'ont rien fait dans le motel quand j'étais encore sous les vapes mais qu'est-ce que je raconte, évidemment qu'elle lui a fait quelque chose.

— Pour te répondre, je lui ai simplement montré la voie à suivre, continue-t-elle.

— Aussi simple que ça ?

Enfin, elle m'accorde un petit regard, non pas en y rajoutant sa touche personnelle. Avec Deadpool fait en chiffon, elle ramène ses mains sur elle pour les poser sur son épaule alors qu'elle se range à l'intérieur, virilement blottie comme si la possession n'était pas assez remarquée depuis le début. Je comprends mieux les mecs jaloux de voir leur copine traîner avec d'autres mecs, mais bon sang pourquoi je pense comme ça ? C'est surtout le fait qu'elle le gesticule avec facilité qui me déconcerte au plus haut point. Et il ne faut pas oublier qu'il n'est plus de mon côté. Si elle peut l'utiliser comme bon lui semble, quoi d'autre peut-elle encore faire…

— Aussi simple que ça, répète-t-elle mot pour mot.

— OK… Tu sais quoi ? Tu peux le garder de toute façon je m'en fiche complètement de lui. Je peux très bien m'occuper de vous seul, comme je l'ai toujours fait en vrai.

Tête baissée, je fonce sur elle mais elle esquive aisément me laissant bousculer Deadpool au passage. Nous renversons une table à côté, et en levant le regard j'aperçois deux katanas s'envoler pour tomber à notre position.

— Ne le blesse pas, et assieds-le sur la chaise.

Deadpool récupère ses deux katanas dans un grognement et me fait face de toute sa largeur. Le voir dans des habits de civil m'est étranger comme l'expression sur son visage, est-ce qu'il est aussi inexpressif sans contrôle mental ? Est-ce qu'il a toujours été comme ça lorsqu'il tue ses victimes ?

Je recule appréhendant son premier geste et j'ai vu juste. Faisant tourner ses katanas dans le vent, il se met à fendre l'air pour me toucher. Même en étant contrôlé, les ordres sont mal compris de sa part. Il veut pas du tout m'arrêter, il va me tuer si je me laisse faire ! Je suppose que c'est dans les gènes on n'y peut rien.

J'évite les nombreuses tentatives de Deadpool et réussis à me frayer un chemin entre dans sa garde relevée pour lui donner un coup de pied retourné. Je me prépare à lui lancer mon coup, mais quelqu'un me tire en arrière avant que je n'ai le temps de rappliquer.

Oh, salut Emi je t'avais oublié.

Ma tête heurte sensiblement le sol d'un choc énorme, et je ne suis pas au bout de mes surprises puisque Deadpool ne me laisse pas en paix et continue à m'attaquer. Deux contre un, vive l'injustice ! Il rate ses attaques mais ses lames atteignent mes liens pour les couper en deux. Enfin libre, je me décide à sortir mon coup de pied qui ne viendra pas. Je suis figé sur place et en tournant le regard, je remarque un ensemble d'araignées ensevelir ma jambe. Qu'est-ce que c'est que ça encore ?!

Deadpool en profite pour m'attraper par-derrière, je suis serré dans ses bras et complètement jeté ensuite sur la chaise. Les araignées grimpent sur moi pour bloquer mon corps contre le dossier du siège, Emi dicte les actions de ces insectes en jouant de ses doigts.

— Impressionné ? me demande-t-elle.

— Malgré les apparences, je suis arachnophobe. Faut me croire.

— Et tu n'as encore rien vu…

Le numéro du magicien qui coupe sa femme dans des boîtes m'a toujours intrigué, même en étant un petit garçon le procédé reste à mes yeux une chose intrigante et sensationnelle. Mais ce n'était qu'un tour de passe-passe, un secret que les magiciens ne dévoilent pas aux yeux du public. Or, je ne peux pas dire à cet instant la même chose, je perds mes mots en voyant Emi se fendre littéralement en deux. Sous mes propres yeux, je la vois se couper verticalement avec le katana de Wade. Comme un caméléon changeant sa peau, elle enlève la sienne pour vivre sous une nouvelle enveloppe corporelle. Ses cheveux roses périssent tels des filaments de toiles faisant chuter avec la peau, d'innombrables minuscules araignées noires.

Je suis fier d'être nommé Spider-Man, mais face à cette situation, je préfère m'éloigner de ses bestioles qui lui sortent du corps comme si elle avait un nid dans son corps. Je n'ai aucune idée de leur dangerosité mais quand ça sort d'un corps c'est forcément radioactif ou maléfique. Dans cette nouvelle apparence, c'est une femme aux cheveux noirs que j'ai face à moi. Les traits asiatiques sont restés sur son visage mais sa peau est pâle, très pâle. Je me demande si elle est vraiment vivante. Emi porte à présent qu'un court corset noir qui laisse entrevoir son ventre. Elle se penche sur le côté pour prendre deux gants noirs et porte un collier de la même couleur obscure accroché à des filaments de perles tombant sur ses épaules dénudées.

Pensant que je tente à nouveau de m'enfuir, Deadpool me retiens fermement les épaules.

— Enfin de nouveau moi.

— Tu t'appelles toujours Emi ou tu vas aussi enlever une couche pour le spectacle des yeux ?

Un sourire énigmatique se dessine sur son visage tandis qu'elle redresse ses cheveux dans deux chignons opposés où quelques mèches s'en échappent. Elle se retourne et me laisse la possibilité de voir son dos où se dresse un gigantesque tatouage représentant une araignée. Je suis comme hypnotisé par la bête dont les finitions la rendent vivante et prête à bondir sur moi. En se retournant vers moi, elle tient dans ses mains un kit de perfusion. Le matériel était déjà préparé, elle n'avait qu'à me piquer.

— Emi est mon vrai prénom.

— Je ne pense pas que dans le milieu tu aimes utiliser ton vrai prénom.

— Tout comme toi, réplique-t-elle en vérifiant que la poche reçoit bien le sang. Cela me permet de faire la différence entre ma vie privée et le business. Mes ennemis m'appellent la Mariée des neuf araignées, je n'en suis pas vraiment fière.

— C'est plutôt long comme nom. Pourtant Deadpool préfère te voir comme un vampire suceur de sang.

Elle lui jette un œil dépourvu de sentiment.

— Comme je l'ai déjà dit au départ : c'est mon sang, je n'ai pas donné mon autorisation et c'est illégal je précise encore et encore, si toi et tes copains aient oublié.

Elle se penche vers moi, son souffle chaud s'écrasant contre mon visage. Ses yeux d'un noir mat ne me quittent pas tandis qu'elle caresse mes cheveux avec la tendresse d'une mère.

— Je suis désolée, mais j'en ai besoin.

— Pour quoi ? Détruire des vies pour faire fonctionner ton petit marché ?

— Tu parles, mais tu ne sais strictement rien.

— Explique-moi dans ce cas.

— Et révéler mon plan ? réplique-t-elle en haussant un sourcil. Pas mon style.

— J'aurais essayé.

Elle enlève sa main et la chaleur disparaît instantanément avec elle. Emi n'ajoute aucun mot ensuite, alors que les poches se remplissent de mon sang. Elle est vraiment là pour mon sang et non mon identité alors qu'elle peut facilement remonter à la source avec mon visage à la vue de tous. Deadpool reste avec elle tout le long. Il n'est qu'un bon garde obéissant dont tout le monde aurait aimé voir agir de cette manière.

— J'ai essayé d'avoir une vie normale, mais le passé revient toujours me hanter. Mais cette fois, ce sera différent et tout ça grâce à toi.

Prélevant une petite quantité en plus, je la vois en injecter une sur une des araignées. Aussitôt celle-ci fume et fond en cendres dans sa paume. De ses deux mains, elle modèle quelque chose dont elle seule peut voir et lorsque son travail est terminé, elle montre ses paumes où se tient l'élixir tant convoité.

— Où est la caméra cachée ?

— Tu peux voir cela comme de la magie. Et celui-là sera pour toi.

— Pas vraiment envie de me droguer.

— Ce n'est pas de la drogue, c'est un antidote. Pour ton ami.

Ce n'est pas mon ami, aurais-je pu répondre mais, je n'ajoute rien tellement concentré sur le liquide pour le répéter à haute voix.

— Cependant, c'est la seule et unique qui existe. Je suis la seule à pouvoir en fabriquer.

— Et tu veux me proposer un marché ?

— Non, j'ai déjà tout de toi. J'aimerais avoir ton avis, devant un dilemme.

Elle se relève et me détache tout en tenant éloigné cet antidote. Je cherche tout de même à m'en emparer à présent libre mais mon corps est endolori, elle a prélevé beaucoup plus de sang que je le pensais. Plus possible de faire un mouvement sans perdre l'équilibre à cause de l'épuisement.

Emi dépose la petite fiole par terre et rejoint la porte où Georges l'attend discrètement sur le bas-côté. Elle tient avec elle une mallette contenant sûrement mon sang et celui de Wade qui me barre la route.

— Au fait, cette jeune fille aussi a besoin de cet antidote.

La petite fille sort de son coin et je ne peux que la regarder avec peine en comprenant enfin le dilemme.

— Comme Deadpool, elle y a déjà goûté. Chacun d'eux a reçu une quantité trop importante pour leur organisme… J'espère que tu ne regretteras pas ton choix.

Elle claque des doigts et sort de la pièce me laissant entre deux personnes me mettant mal à l'aise. Je ne sais pas qui est le plus effrayant, Deadpool qui vient soudain de remarquer ma présence toujours avec son regard noir ou la petite fille encore ignorante de ce qui lui arrive.

Quelques minutes avant que je me rappelle la promesse de Justin, le petit garçon près de l'autel. Il serait heureux de revoir sa sœur saine et sauve. Aucun doute là-dessus elle lui ressemble trait pour trait.

— Hey ! L'interpellé-je. Tu es la sœur de Justin, je me trompe ?

Elle n'ose pas prendre la parole et hoche la tête à la place. Soit c'est la surprise, soit c'est la crainte que Wade finisse par la remarquer elle aussi alors qu'il fait jongler ses katanas sur ses mains habiles. Je réussis à me relever sur la table mais retombe à genoux à la place. Bon, un point pour l'effort.

— Comment t'appelles-tu ? Moi, c'est Peter.

Aussi distante que son frère vis-à-vis des étrangers. Merci les parents.

— Sasha.

Je me remets debout en prenant appui sur la table. Deadpool s'est rapproché de moi dangereusement, je surveille attentivement ses katanas du coin de l'œil me donnant un aperçu des évènements à venir. Sérieusement, pourquoi il veut me faire la peau alors que j'essaie de le sauver ?! À moins qu'il veuille récupérer l'antidote pour lui… ?

La fiole se trouve juste sous ses pieds, je ne peux pas l'atteindre sans qu'il ne m'attaque en premier, mais une petite fille pourrait. Mon choix est déjà fait. Deadpool aurait fait le même choix, je suis certain.

— D'accord Sasha. Je ne sais pas pourquoi tu suis cette femme, ni pourquoi tu as pris cette drogue, mais je sais surtout que ton frère Justin s'inquiète pour toi.

Ses yeux chocolat s'illuminent à la pensée de son frère.

— Je lui ai dit de…

— Il a peur pour toi Sasha, il était prêt à se mettre en danger.

— Je…Je savais pas…

— Tu dois prendre ce remède, tu m'entends ? Il a besoin de toi, pense à lui et à ta famille…

Des minutes qui me paraissent interminables puis, la délivrance. Elle hoche la tête et énergiquement, elle réagit et se baisse pour prendre l'antidote. Elle a fait le bon choix. Deadpool la rate de peu et arrive trop tard. Je me jette sur lui avant qu'il ne l'attrape, mettant mes deux bras autour de son cou. Sasha s'empare du précieux pour le boire pendant qu'il tente par tous ses moyens de m'arracher de son dos. Wade lâche ses katanas pour me tirer.

— Deadpool ! Écoute-moi, c'est Peter !

Il tourne en rond, les pieds se jonchant à chaque tour et finit par m'aplatir contre un mur. Je finis par céder quand il me cogne plusieurs fois de suite sur les différents murs qui composent la pièce, cette fois décorée par de belles fissures.

Il profite de cet enchaînement pour m'agripper à la gorge ne me laissant que très peu de temps pour comprendre ce qui se passe. J'entends Sasha crier au seuil de la porte, Wade continue à m'étrangler férocement comme si j'étais son plus vieil ennemi et qu'il devait me tuer. Son visage si expressif d'habitude ne laisser rien entrevoir cette fois, contrairement à ses yeux où valse une haine des plus profondes. Ses longs bras musclés portent des traces d'injections et je ne peux que supposer qu'on ne lui a pas simplement prélevé du sang. Ils ont aussi injecté cette substance néfaste.

Sasha apparaît dans mon champ de vision, elle tient un plateau entre les mains. Le regard déterminé, elle prend de l'élan et abat l'objet sur sa tête. Un son éclate et le métal du plateau se tord pour prendre la forme de sa tête. Elle reste bouche bée face à et homme qui ne bronce même pas et l'éjecte en un seul poing comme un insecte lui gênant la vue.

J'essaye de reprendre la situation en main, écartant ses bras de part et d'autre mais au lieu de libérer mon cou, j'obtiens l'effet inverse. Wade me punit presque en serrant plus fort sa prise. Il rentre ses doigts plus profondément dans ma peau mettant mes cordes vocales à rude épreuve.

— S'il te plaît…Wade...

Mes mots disparaissent dans un murmure pour celui qui veut l'entendre. Je sens l'air quitter mes poumons et la panique me submerger. Le cœur au bout des lèvres, je suis face à moi-même, j'ai beau connaître cette situation des centaines de fois, mais lorsqu'il s'agit de quelqu'un que vous appréciez particulièrement, tout est différent. Même en cherchant à écraser ses bras, il rogne placidement la souffrance. Je le griffe, désemparé, comme dernier recours avant de mourir. Mes gestes ne sont que des actes d'un animal en détresse, se tordant sans répit par le manque d'oxygène. Il n'est pas immortel pour rien, et mon obstination a ses limites. Ma résistance est vaine, je perds tout courage de continuer et accepte l'obscurité qui tend vers moi. Elle m'aspire entièrement et ma vision se brume à cause de mes larmes. Mes halètements deviennent des cris de douleur, et sans trop savoir comment, dans un dernier souffle, effleure du bout des doigts son visage. Ce n'est pas lui, ce n'est pas sa faute.


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Correction le 19/12/21