1973, Sommet mondial – Bruxelles, Belgique

Le palais de Justice de Bruxelles était un édifice remarquable, conçu en 1862 par l'architecte Belge Joseph Poelaert dans un style néo-classique. Ce bâtiment avait la réputation d'être le plus grand construit au cours du XIXème siècle, et l'intérieur avait de quoi en stupéfier plus d'un, avec ses colonnades titanesques, ses pilastres, et ses entablements. De plus, ce bâtiment pouvait se targuer d'avoir survécu à un incendie ayant ravagé la précédente coupole et une explosion d'un missile V1 en 1944. Mais hélas, malgré tous ces défis surmontés au cours des années, rien n'avait pu le préparer à la tornade Anglaise qu'il avait accueilli ce jour-là.

Des pas pressés résonnèrent contre les énormes dalles du grand couloir vide menant à la salle de conférence.

''Non mais ce n'est pas possible, je rêve ! FRANCIS !'' s'écria un certain Britannique en ouvrant la porte à la volée, faisant fi des dizaines de regards surpris qui se fixèrent sur lui.

Le concerné était actuellement plongé dans un débat animé avec Alfred sur l'éventuelle transformation de la ''Press Week'' en Semaine de la Mode. Étonné par le soudain silence ambiant il tourna la tête vers la cause de celui-ci, et eut un grand sourire aux lèvres.

''Bonjour Arthur ! Tu t'es finalement décidé à te joindre à nous ?''

''Artyyy,'' s'exclama en même temps Alfred en se jetant sur le nouveau venu. ''Tu as vu mes nouvelles-'' mais le Britannique l'ignora, tant il était occupé à fusiller le Français du regard.

''Comment oses-tu ?'' siffla-t-il avec tout le venin dont il était capable.

''Quoi, qu'est-ce que j'ai fait encore ? T'avoir une fois de plus battu au football ? Insulté Big Ben ?''

Ce fut le moment que choisit Prussia pour se réveiller, et il donna un coup de coude à son voisin Espagnol qui s'était lui aussi assoupi sur la table, parce que franchement quelle idée d'organiser un meeting pendant l'heure de la Siesta ?

''Antonio, réveille-toi, ces deux-là ont recommencé leur parade nuptiale ! J'ouvre les paris, cinquante euros sur Francis !''

''P'tit joueur,'' railla Scotland. ''Moi je mise cent livres sur mon chieur de petit frère.''

''Ok Gilbert, je te suis !'' lança Elizaveta.

''Vous êtes complètement fous, vous les européens…'' maugréa India, avant d'ajouter ''deux milles roupies sur England.''

Celui-ci était présentement en train d'essayer d'étouffer Francis avec ses cheveux, sans aucun succès.

''Tu… tu as refusé la vente de mon chocolat ! Je sais que tu n'es pas le premier à te jeter sur mes plats mais… tu as osé refuser de vendre du putain de chocolat Anglais ? Mais qu'est-ce qui ne se passe pas correctement dans ton putain de cerveau ?''

''Oh, tu veux parler de ce Dairy Milk de Cadbury ? Voyons Arthur, essaie de te mettre à ma place, repense à tous tes exploits culinaires et essaie de comprendre pourquoi je peux éprouver certains scrupules à vendre un… un aliment provenant de chez toi !

''Mais tu te fiches de…''

Le pauvre homme ne trouvait même plus ses mots tant il était outré. Il se tourna brusquement vers leurs compagnons européens :

''Et vous, vous êtes d'accord avec ça ?''

Certains firent la sourde oreille, d'autres se prirent d'une passion soudaine pour les moulures du plafond. Après s'être rapidement concertés du regard, Antonio et Feliciano hochèrent vivement la tête, décidés à soutenir leur frère de cœur.

''Arthur arrête avec ta paranoïa, ce n'est pas parce que c'est Anglais que nous refusons de le commercialiser -au contraire je trouve cela vraiment admirable que tu t'essaies à sortir des sentiers battus- mais il contient cinq pourcents de matières grasses qui ne sont pas du cacao ! Comment tu peux appeler ça du chocolat ?'' tenta Emma avec diplomatie, ce qui malheureusement ne suffit pas à calmer la nation insulaire.

''C'est une blague ?''

''Arthur, Arthur, calme-toi. Il faut juste que tu comprennes que ça ne respecte pas la législation de l'Union Européenne. Mais peut-être qu'en changeant le nom…''

''Quoi, pour cinq putains de pourcents ?''

''Peut-être que 'chocolat au lait des ménages' ferait l'affaire…'' fit Emma, pensive.

''Non, c'est trop rébarbatif,'' intervint Francis. ''Il faut se mettre dans la peau du consommateur, et imaginer son horreur en voyant un produit Britannique… Il faut définitivement quelque chose qui pourra prévenir toute crise de panique... Peut-être 'chocolat de substitution' ?''

''J'arrive pas à y croire… tout ça pour cinq putains de pourcents !'' hurlait Arthur en se tirant les cheveux.

Emma jeta au Français un regard anxieux. ''Tu crois ?''

''Personnellement du 'chocolat de substitution' ça ne me donne pas du tout envie !'' ajouta Antonio, lui aussi en pleine réflexion.

''J'ai une idée !'' s'exclama soudain Feli. ''Pourquoi pas 'vegelate' ? Comme ça on a un mélange de 'vegetable' et de 'chocolate' !''

''Ce n'est pas une mauvaise idée… mais 'vegelate' ne paraît pas un peu… rébarbatif comme terme ?''

Pendant ce temps, de l'autre côté de la salle, on pouvait voir un Britannique essayant de passer sa colère sur de malheureuses victimes.

''Pour cinq pourcents !'' s'exclama-t-il en étranglant à moitié le pauvre Matthieu. ''Tu te rends compte Alfred ? Cinq malheureux pourcents !''

''Vegelate, vegelate… ça me fait penser à quelque chose de visqueux, pas vous ?''

''Prussia, neuf milles francs suisses sur England !''

''ÇA SUFFIT !'' hurla soudain Ludwig en se levant et en frappant violemment la table de ses poings, faisant sursauter son voisin Brésilien.

''Cessez vos gamineries sur le champ ! Nous sommes dans un meeting mondial pas dans un salon de coiffure, alors un peu de tenue bon sang ! England, tu lâches Canada immédiatement et tu retournes à ta place ! Gilbert, si je t'autorise à venir ici ce n'est pas pour faire le guignol, alors tu cesses tes paris ridicules, quant à vous quatre…'' fit-il en pointant un doigt menaçant sur les concernés pétrifiés. ''Vous vous taisez et vous vous remettez tout de suite au travail ! Exécution !''


Année 2000, soit 27 ans plus tard… - Londres, Royaume-Uni

''Arthur, Arthur, j'ai une merveilleuse nouvelle à t'annoncer !''

''Quoi, tu as enfin fait tes bagages pour partir sur Mars ? Tu pourrais me donner Mona Lisa avant ?'' répliqua l'Anglais en feuilletant son précieux Daily Mail.

''Non j'ai beaucoup mieux ! Nous sommes enfin parvenus à trouver un accord concernant ton perfide chocolat Cadbury ! Il pourra être commercialisé, mais à condition qu'il porte une étiquette indiquant: "contient des matières grasses végétales en plus du beurre de cacao." ! Ce n'est pas génial ?''

Le sourire de Francis s'effaça quand il vit l'aura verte qui se dégageait de l'autre homme, et d'expérience il savait que ça ne présageait généralement rien de bon.

''Ok, ça n'a pas l'air.''


Ceci est en partie inspiré de l'article de the independant ''France and England, 1000 years of cross channel rivalry''

Si vous vous débrouillez en anglais je vous conseille vraiment de le lire, c'est hilarant xD