Qu'y avait-t-il de plus agréable que de prendre une collation bien méritée avec son meilleur ami dans un café animé au chaud, après une longue journée de dur labeur, tout en regardant les passants se faire asperger par une pluie battante ? Rien, pensa un certain Français non sans une bonne dose de satisfaction sadique alors qu'il reprenait une gorgée de son chocolat chaud.
''Et je lui ai dit 'mais c'est le superbe Prussia', et là Roddie-''
Francis eut un léger sursaut en sentant son portable vibrer dans la poche intérieure de sa veste. Il s'excusa auprès de son compagnon et le sortit d'un geste fluide pour avoir été pratiqué un millier de fois. Il déverrouilla rapidement l'écran pour tomber sur un message des plus succincts et cryptiques, à l'opposé d'une quelconque urgence nationale à laquelle il s'était mentalement préparé.
il pleut.
Le Français soupira et revint dans la conversation avec Gilbert – pour la défense du Britannique il était malade, et son éloquence avait connu des jours bien meilleurs. Il ne fallut cependant qu'une poignée de secondes pour que l'appareil ne se remette à vibrer.
''Pourquoi t'actives pas tout simplement le mode silencieux ?''
''Je ne peux pas, imagine qu'il s'agisse de quelque chose d'important ? Je n'ose même pas imaginer le savon que je me prendrais à l'Élysée si par malheur je ratais quoi que ce soit.''
''C'est ça, tu refuses juste d'admettre que tu as une obsession malsaine avec tout ce qui vibre, hein ? Enfin bref, laisse-moi te raconter la suite...''
le seul avantage de ton stupide pays c'est censé être la météo et même ça c'est merdique
''Et là je lui dis 'bien sûr et Mozart, quand il pète, ça fait un accord de Si mineur'. Si tu avais pu voir sa tête-''
mais après tout, qu'y a-t-il d'étonnant ? Les grenouilles ont besoin de pluie pour vivre, tu as même composé une chanson là-dessus
''-et Lizzie est arrivée pile à ce moment-là ! Roddie était encore plus rouge que les tomates d'Antonio, t'imagines ? En plus il n'arrivait même plus à remettre son froc en place-''
aux dernières nouvelles je te déteste idiot de Frenchie
''Hé, tu m'écoutes ?''
''Oui Gilbert, excuse-moi.''
toi et tes stupides croissants qui ne sont même pas français… tu n'as toujours été qu'un sale voleur de toute façon
Cette fois-ci Francis sourit et il se fit la note mentale de passer à la boulangerie sur le chemin du retour. Il porta de nouveau son attention sur Gilbert qui le fixait désormais avec un air suspicieux, les sourcils froncés.
''Pourquoi tu souris comme un imbécile ? Et qu'est-ce qui pourrait être plus intéressant que l'un de mes ragots ?''
''Rien d'important. Continue, je t'en prie.''
''Très bien. À ce moment là je leur lance 'et pourquoi on ne se ferait pas un plan à trois histoire de tuer le temps ?', donc rien d'inhabituel en somme, sauf que le Roddie a commencé à hyperventiler tandis que la Lizzie nous sortait des trucs du genre 'je préférerais juste regarder si ça ne vous dérange pas' et-''
Il fut interrompu de nouveau quand le portable de son ami se mit à vibrer sur leur table où il l'avait laissé. Francis leva les yeux au ciel en soupirant.
''Je suis vraiment désolé, il semblerait qu'Arthur se languit de ma présence.''
''Et je suppose que si tu n'accours pas immédiatement auprès de sa gracieuse Majesté pour te jeter à ses pieds et implorer son auguste pardon tu te feras engueuler ?''
Gilbert ne reçut en guise de réponse qu'un sourire contrit, et il ne put s'empêcher de soupirer en secouant la tête. ''Tsss, tu es bien trop gentil avec lui. Il ne te mérite pas.''
''Je sais. Mais que veux-tu ? L'amour nous rend tous cons, et s'il y a bien une chose au monde d'immuable c'est celle-là. Je trouve cela plutôt rassurant d'ailleurs. Enfin bref. Passe le bonjour à Ellie et Roderich de ma part !''
''J'y manquerai pas.''
Après avoir réglé leurs consommations les deux hommes se séparèrent, tentant tant bien que mal de se protéger de l'averse. Heureusement pour Francis son appartement ne se trouvait qu'à dix minutes de là, quinze s'il comptait son petit détour par la boulangerie, augmentant par là ses chances de se retrouver transi de froid sous des vêtements humides qui lui colleraient à la peau. Gilbert avait raison, il était bien trop attentionné et indulgent.
Il fallait noter que ce n'était pas toujours facile d'avoir une relation avec une vraie tête de mule comme l'était l'Anglais. Mais après des siècles et des siècles passés à se côtoyer il avait peu à peu réussi à percer les mystères du langage arthurien, bien que cela ait été tellement fastidieux que déchiffrer la pierre de Rosette lui semblait avoir été un jeu d'enfant en comparaison. Mais rien n'était à la hauteur de ses talents de linguiste, et Francis avait finalement compris que la fierté mal placée du Britannique le rendait tout simplement incapable de demander directement quelque chose. De plus pour quelque obscure raison Arthur avait pris la curieuse habitude de dire tout l'inverse de ce qu'il pensait réellement quand le sujet le rendait mal à l'aise. Francis en avait donc conclu que c'était sa situation insulaire qui avait dû lui embrouiller l'esprit au fil des siècles. Après tout Kiku ne s'en sortait guère mieux.
Un 'Atchaaa !' sonore vint accueillir le Français quand il entra finalement dans l'appartement, essoufflé et dégoulinant et frigorifié. Il essuya rapidement ses chaussures sur le perron tout en lançant un regard mauvais au parapluie innocemment rangé dans le vestibule, qui avait l'air de lui dire d'un ton narquois : ''Eh oui, ce n'est pas comme si tu allais finalement développer un cerveau après plusieurs siècles d'existence.'' Il se trouva idiot sur le moment, mais comme il n'y avait là rien de nouveau il laissa passer et se dirigea vers le salon.
L'Anglais valétudinaire était blotti dans un coin du canapé, emmitouflé dans une montagne de couvertures, un mug fumant entre les mains, devant un télé-crochet débile dont Francis n'avait jamais pris la peine de retenir le nom.
''C'est de ta faute si je suis malade,'' brailla la voix accusatrice et enrouée de son… de son quoi d'ailleurs ?
''Si nous tombons malades c'est à cause de notre situation économique ou géopolitique, tu le sais très bien,'' répondit-il avec lassitude. ''Ça n'a strictement aucun rapport avec la météo.''
''Tu apprendras que la météo a un impact très important sur le subconscient et sur le moral, quelques rayons de soleil et j'aurais été sur pieds en moins de deux. Mais non, il pleut comme vache qui pisse et en plus de ça tes programmes télévisés sont déplorables. Tu fais vraiment toujours tout pour me contrarier de toute façon.''
Notant l'absence de réponse de Francis Arthur se redressa, inquiet, et il ne dut qu'à ses réflexes aiguisés le fait d'avoir pu rattraper de justesse le projectile lancé dans sa direction. Projectile contenant quelque chose d'agréablement chaud et d'incroyablement appétissant.
''Mais tu es complètement cing-''
''Si tu me cherches je serai dans mon bureau, je n'ai absolument pas envie d'une énième engueulade avec toi.'' lui lança le Français en s'éloignant.
''Francis, attends !''
Le concerné se retourna légèrement, pour voir qu'Arthur s'était redressé sur le canapé et lui lançait désormais un regard implorant.
''Tu peux… enfin je veux dire, tu-''
''Oui ?''
''Arrête de faire l'imbécile, tu sais très bien ce que je veux dire !''
''Tu veux que je reste avec toi, peut-être ?''
Arthur détourna la tête. Il ne manquerait plus que l'autre le voit rougir, déjà qu'il avait son petit sourire suffisant parfaitement irritant, merci bien, pas la peine d'en rajouter.
''Réfléchis un peu, comment veux-tu que je mange tout ça tout seul ? Tu veux que je gâche de ta nourriture en jetant le reste à la poubelle ? Et puis c'est juste parce que je veux te refiler mes microbes, hein ? Que l'on soit bien d'accord.''
''Je sais mon coeur, je sais.'' murmura le Français, se retenant bien de rappeler encore une fois qu'une nation ne pouvait pas être malade à cause de microbes et encore moins les refiler à une autre, ce que le Britannique savait parfaitement.
Ceci a été en partie inspiré d'un post sur ask-aph-fruk (blog que je vous conseille fortement si vous ne le connaissez pas déjà).
Pour vous laver de toute cette mièvrerie veuillez noter que les douches sont à gauche au fond du couloir, nous vous remercions pour votre coopération.
