3.
Ses pattes silencieuses semblaient survoler le goudron humide londonien. Suivant son flair, il flânait le long des rues, changeant parfois radicalement de direction ou traversant sur le trottoir d'en face, pour éviter le regard des passants. Après tout, il n'était pas habituel pour les moldus de voir un chien aussi grand.
Il le savait tout près. Pourquoi était-il dehors à cette heure-ci? Son instinct ne le trompait que rarement, il pouvait ressentir que son ami était triste et déboussolé.
Son cœur manqua un battement et se serra douloureusement lorsqu'il l'aperçut. Lupin était assis sur un vieux carton déchiré, sous les tuiles d'un magasin ancien et à moitié délabré. Ses jambes recroquevillées contre sa poitrine, il paraissait assoupi. Cette position semblait bien trop désagréable, pour que son corps tout entier ne le fasse pas souffrir.
Sirius observa autour de lui et renifla longuement. Ils étaient seuls, il ne risquait rien. Il reprit sa forme humaine et s'approcha de son ami. Il se baissa pour se mettre à sa hauteur et posa une main hésitante sur l'épaule tremblante et glacée de Remus. Son corps était si froid, que l'animagus poussa un soupir de consternation. Comment Remus avait-il pu en arriver là?
Et puis les yeux de Sirius s'écarquillèrent. Une crainte sans nom retourna chaque organes de son corps, alors que tout se mettait en ordre dans son esprit.
A leur sortie de Poudlard, Remus avait reçu l'aide de James. Il gardait Harry pendant que James faisait ses études d'Auror et en échange, Remus avait de quoi se payer un appartement et remplir son frigidaire. Remus ne gardait jamais bien longtemps les petits boulots qu'il parvenait à décrocher, à cause de son problème de fourrure, mais l'argent de James l'aidait à garder la tête hors de l'eau.
C'est d'ailleurs en partie pour cette raison que Peter pensait que Remus était le traître de l'Ordre. Il leur avait monté la tête, en leur disant que Voldemort avait sans doute promis une somme considérable d'argent, pour le sortir de la précarité. Une somme suffisante pour qu'il puisse aider sa famille et se procurer une potion qui lui permettrait de contrôler sa lycanthropie. A l'époque, la potion tue-loup était doucement en train d'être mise au point en Grande-Bretagne. Oh, bien sûr, personne n'était parvenu à la créer, elle n'était qu'en période d'expérimentation, mais les chercheurs disaient être sur la bonne bonne voie. Mais le produit allait être très coûteux et presque impossible à reproduire, même pour le meilleur des maîtres de potions.
L'animagus secoua amèrement la tête. Comment avaient-ils pu gober un seul mot de ce que ce sale rat avait prononcé? Ils ne voulaient pas le croire à l'époque, seulement de nombreux indices coïncidaient. Remus était distant, s'absentait souvent, ne leur parlait plus beaucoup et semblait inquiet pour autre chose que la guerre. Il avait changé. Sirius et James en avaient longuement discuté et en avaient déduit qu'il était peut-être sous l'emprise de l'Imperium.
C'est pour cette raison qu'ils avaient changé de gardien du secret. Ils n'auraient jamais dû. Sirius aurait préféré mourir plutôt que trahir son meilleur ami et sa famille, qui était devenue la sienne également. Mais ils pensaient que personne ne soupçonnerait jamais Peter d'être le gardien. Ils avaient été si stupides, si irréfléchis, comme d'habitude. Si seulement ils avaient utilisé leurs têtes.
Une fois James mort et Sirius en prison, personne n'avait pris soin de Remus. Personne n'avait été là pour l'aider et pour le soutenir les jours de pleine lune. Il avait dû se sentir tellement abandonné, au moins autant que Sirius. Combien de mois et d'années avait-il passé ainsi, à ne pas savoir où aller?
L'animagus eut un sourire de dégoût, maudissant Merlin de leur avoir fait subir tout ça. Remus et Sirius avaient tout perdu du jour au lendemain, alors qu'ils avaient eu tant de mal à combattre le chemin qui leur avait été tracé. Un Black et un loup-garou n'avaient donc pas le droit d'être heureux, c'était sûr à présent. Quoi qu'ils fassent, ils ne pouvaient pas avancer.
Doucement, pour ne pas l'effrayer, Sirius laissa ses doigts caresser la joue gelée de son ami. Dessinant des spirales autour de ses yeux, sur ses lèvres, sur son menton et sur son front. Les sourcils de Remus se froncèrent et il ouvrit brusquement les yeux. La surprise le cloua sur place et il dévisagea Sirius comme s'il se trouvait en face d'un magyar à pointes.
– Que fais-tu dans la rue, Lunard? soupira-t-il tristement.
– C'est exactement la question que j'allais te poser! Ton inconscience me fatigue! Et arrête de m'appeler de cette façon. Il n'y a plus de Lunard et de Patmol, depuis que deux des Maraudeurs ne sont plus.
Il avait dit cette dernière phrase dans un murmure.
Sirius fut plus touché que ce qu'il ne l'aurait pensé, par les paroles de son ami. En reniant leurs surnoms, il reniait leur passé et tout ce qu'ils avaient vécu ensemble. Sirius savait qu'il agissait ainsi simplement pour l'éloigner. Il avait peur pour lui, il pouvait le lire dans l'inquiétude démesurée qu'il lisait dans ses yeux. Il discernait également une pointe de culpabilité dans sa voix, qui lui arracha un nouveau soupir.
– Écoute-moi, Remus. Je n'ai aucune envie de retourner à Azkaban.
– Tu as une drôle de façon de le montrer, railla son ami.
– Harry et toi, êtes les seules personnes qui comptent réellement à mes yeux et l'un comme l'autre, êtes malheureux en ce moment. Je le ressens. Et je ne peux pas ignorer ça. Je ne peux pas aider Harry en ce moment. Mais toi, je peux pe..
– Je ne suis pas malheureux, protesta le lycanthrope en une moue boudeuse, lui coupant la parole.
– Tu es par terre, dans une ruelle sombre et humide. Je suis sûr que tu n'as rien avalé depuis que tu as quitté Poudlard. Tu es glacé jusqu'aux os et tu as une mine affreuse.
– J'ai tout le temps une mine affreuse, tu devrais le savoir.
– Luna..Remus! siffla Sirius en levant les yeux au ciel. Tu es encore pire que d'habitude.
– De toute façon, tu ne peux rien y faire. Si ça ne te dérange pas, j'aimerais dormir un peu. Je suis fatigué. Mets-toi à l'abri, s'il-te-plaît. File.
Sirius ne l'entendait pas de la même oreille. Sa place était auprès de lui. Elle l'avait toujours été. Il se transforma sous les yeux désespérés de son ami et se glissa contre lui, pour lui tenir le plus chaud possible. Remus soupira, mais il devait avouer qu'il était beaucoup mieux ainsi. Il caressa un instant le dos de l'énorme chien qui se pressait contre lui et enfouit son visage dans sa fourrure chaude.
Ils s'endormirent aussitôt. Malgré l'endroit où il se trouvait, Remus soupira d'aise. Lorsqu'il ouvrit les yeux, son cœur se pinça en remarquant qu'il était seul. Mais au fond, c'était mieux ainsi. Il devait être sept heure du matin. La ville se réveillait à son rythme, mais les trottoirs étaient encore désert.
Il allait se lever, lorsque le gros chien noir réapparut, un sachet coincé entre sa mâchoire.
Sirius posa sa trouvaille sur les genoux de Remus, qui découvrit avec stupeur qu'elle était bondée de croissants et de pains au chocolat.
– Bon sang! Sirius! Ce n'est pas possible! Comment as-tu eu ça? Ne me dis pas que tu es allé les acheter!
Le chien fit tomber sa tête sur le côté, légèrement amusé par la situation. Il aurait préféré qu'il les vole? Où était la bonne morale dans tout ça? Remus leva les yeux au ciel et le poussa doucement de son coude, en soupirant. L'animal se blottit contre lui et cala sa tête sur sa cuisse.
– Tu ne manges pas? demanda Remus en haussant les sourcils, alors que son ami se rendormait.
Sirius ouvrit les yeux et les referma, montrant ainsi que tout ce qu'il y avait dans le sac n'était que pour Remus. Il s'en sortait bien en étant un chien, il n'avait aucune explication à donner, ni aucune excuse à fournir. Il ne se releva qu'une fois le paquet totalement vide. Remus était si heureux à cet instant. En effet, il n'avait rien mangé depuis le banquet de fin d'année de Poudlard. Il désespérait de se mettre quelque chose sous la dent. Il n'avait pas envie de gaspiller ses économies pour de la nourriture. Il était reconnaissant envers son ami.
– Merci, souffla-t-il en embrassant le front de l'animal.
Ils restèrent un instant l'un contre l'autre, puis Sirius se leva et attrapa la manche de Remus, pour qu'il le suive. Son ami ne se fit pas prier et l'accompagna silencieusement entre les ruelles encore peu fréquentée. Ils ne rencontrèrent que quelques moldus pressés, dont le visage appelait leur lit et leur oreiller.
Ils marchèrent longtemps. Remus se questionnait, mais il se doutait que Sirius cherchait un endroit tranquille où il pourrait, sans aucun danger, reprendre sa forme humaine.
Ils s'arrêtèrent devant une maison que Remus reconnut immédiatement, pour y avoir été de nombreuses fois. C'était la maison que Sirius s'était acheté après Poudlard, pour ne plus avoir à encombrer James de sa présence. Ils avaient déjà passé sept ans dans le même dortoir, Sirius ne voulait pas s'imposer en plus à James, Lily et leur vie de couple.
Remus soupira en découvrant le lieu. Ce n'était pas très prudent. C'était sûrement à cet endroit que le ministère chercherait son ami en premier. Remus espérait que personne n'était au courant de l'existence de cet endroit, mise-à-part lui et cet idiot de Peter.
Sirius se transforma et s'étira longuement avant de tourner un visage souriant vers son ami.
– Avant que tu ne dises quoi que ce soit pour me montrer ta désapprobation, souffla-t-il en redoublant son sourire, personne ne peut me trouver ici, sauf si Andromeda me trahit, ce qui n'arrivera jamais.
– Bon, répondit simplement Lupin en croisant les bras sur sa poitrine. On devrait peut-être rentrer, au lieu de rester sur le palier de la porte, tu ne crois pas? Ce serait moins dangereux.
Sirius roula des yeux. Où était passé son ami qui prenait des risques avec les autres Maraudeurs? Il avait grandi, sans doute.
– Alohomora, murmura-t-il en serrant doucement sa baguette magique.
La porte s'ouvrit immédiatement et les deux amis s'engouffrèrent à l'intérieur. La maison n'avait pas changé, elle était toujours aussi chaleureuse et accueillante. Remus se sentait apaisé à l'intérieur. Les odeurs douces et familières qui se mélangeaient, lui donnaient l'impression d'être sur une autre planète.
Ils traversèrent l'entrée pour s'arrêter dans la cuisine. Sirius ouvrit le frigo qui était malheureusement vide. Il en sortit toutefois une bouteille de vin qu'il posa sur la table. Il se dirigea ensuite vers le placard, ou il récupéra deux verres poussiéreux, qu'il essuya rapidement avant de les remplir de nectar rouge.
– Remus, reste avec moi, l'implora-t-il alors que Remus prenait son verre.
– Quoi?
– S'il-te-plaît. Je voulais déjà t'en parler lorsque l'on s'est vu hier après-midi. Il y a largement de la place pour deux ici. Et puis, j'ai deux chambres d'amis, tu pourras choisir celle qui te convient. On sera bien. Comme au bon vieux temps.
– Je n'ai pas besoin que tu me fasses la charité. Je peux me débrouiller tout seul, dit-il gentiment, sans pour autant pouvoir réprimer un ton de reproches.
– Bien sûr que tu peux te débrouiller tout seul, ce n'est pas ce que je dis. En réalité, ce que je te propose est plutôt égoïste. Je ne veux pas être seul... Je ne veux plus être seul. Je t'en supplie. C'est moi qui ne peux pas me débrouiller. Je ne veux pas me retrouver face au silence et à la solitude.
– Sirius..
– J'ai besoin de toi, comme tu as besoin de moi, reprit-il rapidement, ne lui laissant pas la possibilité de refuser. Je te le demande comme une faveur. J'ai envie de te voir tous les jours, comme avant. J'ai besoin de ta présence à mes côtés, parce que c'est la seule chose qui peux me permettre de tenir et d'oublier l'enfer que j'ai vécu en prison. Ta présence pourrait m'empêcher de devenir complètement fou, enfin.. si je ne le suis pas déjà.
– J'ai envie d'être avec toi, mais je ne peux pas dépendre de toi.
Sirius porta son verre à ses lèvres, puis le laissa sur le buffet.
– On peut toujours s'arranger, murmura Sirius en posant son front contre la joue tiède de son ami. Tu pourras toujours faire la cuisine, je suis un vrai boulet. Si jamais tu veux un repas qui ne se compose pas que de pommes de terre, c'est plutôt dans ton intérêt. Ou le ménage. La seule chose que je sais faire avec un balais, c'est du quidditch. Et puis les courses, parce que toi tu peux sortir en tant qu'humain, ce qui n'est pas mon cas. Je me vois mal payer une caissière en tant que chien.. parce que.. enfin, bon. Allez, Lunard, s'il-te-plaît.
– Ne m'appelle pas comme ça, soupira tristement le lycanthrope. En fait, tu veux que je sois ton serviteur? sourit-il. C'est ça?
Sirius eut un sourire démoniaque, sachant pertinemment qu'il avait gagné la partie et entoura Remus de ses bras, pour le serrer de toutes ses forces contre lui.
– Si tu savais comme je suis heureux de t'avoir dans ma vie, mon ami. Si tu savais comme tu me manques.
Remus tiqua en remarquant le temps du présent que Sirius avait employé.
– Je suis là pourtant.
Sirius le serra encore plus fort dans ses bras et hocha la tête. Ce n'était pas un rêve, il était revenu. Il n'était pas encore libre, mais il n'était plus enfermé et il avait retrouvé Remus. C'était tout ce qui comptait. Oui, Remus était là. Il était bien réel. Son odeur était réelle, sa peau était réelle, sa voix était réelle, son corps était réel. Remus était là.
– Tu sais, si j'ai tenu pendant tout ce temps, c'est grâce au chien, mais c'est aussi grâce à toi. Je nous revoyais à Poudlard. Je me souvenais de tes yeux reconnaissants lorsqu'on faisait tout pour devenir des animagi. Et je pensais ensuite au regard triste et déçu que tu devais avoir, en me sachant responsable de la mort de James, de Lily et de Peter. Et la seule chose que je voulais, c'était de sortir d'Azkaban pour te prouver que ce n'était pas vrai. Et puis, je t'imaginais seul les nuits de pleine lune, à t'arracher la peau et à combattre le loup. Parfois j'observais la lune ronde, à travers ma cellule, et je voulais sortir juste quelques heures, pour être auprès de toi, te calmer et courir dans le parc, comme on le faisait autrefois.
– Oh, Sirius! s'exclama Remus en pivotant légèrement pour coller sa poitrine contre la sienne et entourer son cou de ses bras. Je m'en veux tellement. Je suis vraiment désolé.
– De quoi parles-tu? s'étonna son ami.
Remus se recula et secoua la tête. Il se sentait encore bien trop mal. La pire trahison, c'était justement celle de l'avoir cru coupable. Pendant que Sirius pensait à lui de cette façon et qu'il se faisait du soucis, alors qu'il en avait des plus gros encore, Remus le détestait et le maudissait. Il baissa tristement les yeux, la bouche grande ouverte et se laissa tomber sur la chaise la plus proche.
Sirius s'accroupit face à lui, en une moue désolée. Il comprenait ce qui le tourmentait.
– Je ne t'en veux pas, Remus. Je ne t'en ai jamais voulu. Si c'est ce que tu penses, oublie ça très vite, dit-il d'une voix autoritaire. Tu ne pouvais pas savoir. Peter était également ton ami, sa mise en scène était excellente et on t'avait fait croire que j'étais toujours le gardien du secret. Ce serait plutôt à moi de faire mes excuses, pour avoir douté de toi. Si James et moi avions eu un peu plus de jugeote, on aurait réfléchis davantage. Mais le temps nous manquait, on commençait à paniquer et on avait peur pour Harry. Je me sens responsable, tu sais. Pendant longtemps je me suis dis que je méritais d'être enfermé à Azkaban. Je me disais que ce n'était pas Peter, que ce n'était pas Tu-Sais-Qui, mais que c'était moi qui avait causé tout ça.
Remus releva les yeux et serra la main de son ami dans la sienne.
– Le seigneur des ténèbres a eu ce qu'il méritait. Peter aurait mérité plus que la mort, mais on va le retrouver et quand ce jour viendra, il regrettera d'avoir pensé qu'il serait protégé en s'alliant avec les forces obscures. Et cette fois, Harry ne sera pas là pour montrer de la clémence envers sa misérable personne. Mais pas toi, Sirius. Tu n'es coupable de rien.
Sirius lui sourit et après de longues minutes de silence agréable, il le força à se lever. Ils firent le tour de ce qui était à présent leur maison et Remus semblait absolument ravis. Le voir si amusé et souriant, en découvrant d'anciens objets à eux, ou des photos, rendait Sirius particulièrement heureux.
Remus ne put s'empêcher de rire en découvrant l'hippogriffe qui avait élu domicile dans le grenier. Il l'avait oublié celui là et ne s'était pas demandé une seule fois où il pouvait être. L'animal semblait très triste d'être enfermé à l'intérieur d'une maison, mais acceptait son sort avec obéissance et compréhension. De toute façon, ce n'était pas nouveau pour lui d'être enfermé, car il aimait particulièrement rester au chaud dans la cabane de Hagrid, lorsqu'il était à Poudlard, plutôt que de se mêler aux autres hippogriffe.
Il y avait également une cave qui avait l'air très solide. Un coup d'œil à Sirius, qui semblait extrêmement mal-à-l'aise, et Remus comprit à quoi elle servirait à l'avenir. Ses parents l'enfermaient aussi dans une cave les nuits de pleine lune, lorsqu'il habitait avec eux. Mais tout serait différent, à présent qu'il avait l'animagus à ses côtés. Il offrit un petit sourire à son ami et hocha la tête d'une manière reconnaissante.
– Merci pour tout, souffla Lupin, visiblement ému.
Sirius lui fit un clin-d'œil et ils continuèrent leur visite.
Le reste de la matinée fut particulièrement reposant et amusant pour les deux amis. Ils passèrent leur temps à discuter, à plaisanter et à rire. Cela faisait une éternité que Remus ne s'était pas sentit aussi vivant. Voir Sirius faire le pitre lui avait tant manqué.
– Je faisais que les narguer les détraqueurs! s'exclama-t-il avec un sourire débordant de malice. Dès que j'en voyais un approcher, je me transformais et il me laissait tranquille. Je ne pouvais pas tout le temps le faire, ou cela aurait éveillé des soupçons, mais lorsque je les bernais, je me pensais plus fort qu'eux, plus fort que toutes les personnes qui voulaient me voir sombrer.
– Tu as eu raison de le faire. Ton animagus t'a sauvé la vie.
Sirius acquiesça d'un geste de la tête avant de se frotter le ventre.
– J'espérais que tu viendrais me rendre visite, pour que je puisse t'expliquer, souffla-t-il finalement. Mais.. Dis-moi, Lun..
Il ferma les yeux.
– Remus, reprit-il, tu penses que tu aurais pu me croire, si je t'avais dit que j'étais innocent?
– Je ne sais pas, répondit-il sincèrement. J'étais totalement perdu et je t'en voulais trop pour venir te voir. J'avais peur de ma réaction une fois en face de toi. Et, j'avais peur que..
Il s'arrêta brusquement, conscient de la folie des mots qu'il allait prononcer.
– Que quoi? insista l'animagus après quelques secondes de silence.
– J'avais peur de te voir rire, comme sur les journaux. J'avais peur que tu me dises que tu nous avais bien trompé, que tu confirmes tout ça, que ça t'amuse, que tu en sois fier. Je ne pouvais pas supporter cette idée. Tu me faisais peur, Sirius.
Sirius, qui était assis sur le dossier du canapé, s'assit normalement, le visage si pâle, qu'il ferait sûrement concurrence à Sir Nicholas de Mimsy-Porpington lui-même.
– Je.. Je ne riais pas sur les journaux, s'horrifia-t-il. J'étais... juste.. ce n'était pas vraiment moi. J'étais complètement mort de l'intérieur. J'avais l'impression de vivre un cauchemar. Je voulais me réveiller. Je mourrais de chagrin et je m'en voulais d'avoir laissé Peter me jouer un tour pareil. Je n'arrivais pas à croire que je me faisais arrêter pour des meurtres que je n'avais pas commis. Je me sentais si impuissant et stupide. Et j'étais tellement tellement triste. Une partie de moi s'était arrachée avec la mort de James.
Remus se mordit la lèvre. Il s'en voulait de revenir toujours à ce genre de conversation, alors qu'ils étaient si joyeux quelques minutes auparavant. Sirius se força à reprendre un ton plus jovial et se frotta une nouvelle fois le ventre.
– Je meurs de faim! déclara-t-il finalement, comme si rien ne s'était passé. Tu es d'accord pour m'accompagner au magasin moldu du coin?
Remus fronça les sourcils.
– Parce que tu comptes sortir?
– Personne ne peux me reconnaître. Je ne risque rien tant que je reste un chien.
Le lycanthrope finit par accepté et ils sortirent ensemble de la maison.
Sirius expliqua calmement à son ami que Dumbledore savait la vérité, au sujet de leur animagus. Il valait mieux que le directeur soit au courant pour celui de Peter.
Remus haussa les épaules. Il n'avait pas voulu décevoir le vieil homme, qui l'avait accueilli dans son école et qui s'était plié en quatre pour lui. C'était la seule raison pour laquelle il n'avait rien dit auparavant. Mais il ne regrettait pas son geste. Si Dumbledore avait été au courant pour l'animagus de Sirius, il en aurait forcément parlé au ministère et le déguisement de Sirius aurait été inutile. Il aurait fini par être attrapé et il aurait subit le baiser du détraqueur, alors qu'il était innocent. Personne n'aurait jamais su la vérité.
Il firent leurs courses rapidement. En sortant du magasin, alors qu'ils traversaient le parking heureusement désert, Dumbledore transplana devant eux. Ils firent un bon de surprise. Remus était sûr d'avoir frôlé la crise cardiaque. Une main sur la poitrine, il observa un instant son ancien directeur. Il portait une ensemble marron avec des étoiles jaunes, qui pourrait se fondre facilement avec d'autres habits moldus, si les étoiles n'avaient pas été en mouvement.
Dumbledore dévisageait gentiment l'animagus à travers ses lunettes en demi-lune.
– Professeur Dumbledore! s'efforça de sourire Remus, une fois la panique passée. Vous m'avez fait peur.
– Je m'excuse, sourit le vieil homme. Vous étiez tout bonnement introuvables. Lorsque je vous ai enfin localisé, je devais attendre que vous soyez hors du magasin pour vous rejoindre. Je suis heureux de voir que vous vous trouvez en compagnie de Mr Black, car ce que j'ai à dire vous concerne tous les deux.
– Que se passe-t-il? s'affola légèrement le loup-garou.
– Oh, quelque chose qui vous fera énormément plaisir, j'en suis persuadé.
Remus haussa un sourcil curieux et se tourna vers le chien. Sirius s'agitait nerveusement, il avait envie de se transformer et de participer à la conversation, Remus le voyait.
– Venez, professeur. Allons dans un endroit qui sera plus intime et confortable pour discuter.
Sirius semblait du même avis, car il se mit à gambader devant eux, les guidant jusqu'à leur maison.
J'espère que vous avez passé une bonne soirée d'Halloween et que vous n'avez pas été trop triste. Moi j'étais au bout de ma vie, j'ai passé ma journée à pleurer sur des fanarts de Lily et James, en me disant que l'enfer de Sirius, Remus et Harry, a commencé à partir du 31 octobre.
A bientôt pour la suite! Je vous remercie. J'espère que ça vous plaît toujours.
