5.

Lorsque Remus ouvrit les yeux, la pièce était totalement noire. Il s'était endormi en lisant un livre sur les plantes venimeuses particulièrement efficaces pour soigner certaines cicatrices. Il espérait trouver quelque chose pour les siennes, même s'il ne se faisait pas vraiment d'espoir. Il passa ses doigts sur celle qui défigurait sa joue, celle qui le gênait le plus. Elle ne passait jamais inaperçu celle-ci. Sirius aimait bien ses cicatrices. Il disait que cela lui donnait l'air d'un bandit mystérieux, qui aurait de nombreuses choses à cacher.

Il sourit doucement en pensant à Sirius. Son ami était si généreux. Il lui serait à jamais reconnaissant de lui avoir offert une place dans sa maison. Ils avaient passé la journée à discuter de tout et de rien. Cela lui avait fait un bien fou. Ils avaient même fait une partie de jeu d'échec version sorcier, que Remus avait gagné. Sirius avait préféré dire que les années à Azkaban lui avaient ramollis le cerveau pour perdre de la sorte, mais Remus soupçonnait une défaite volontaire. Son ami l'avait laissé gagner, même s'il disait le contraire.

Il posa le livre sur le canapé où il était assis et se leva.

– Lumos, murmura-t-il.

Avec l'aide de la lumière qui émanait de sa baguette, Remus se dirigea vers la salle de bain pour se brosser les dents. Il devait être pas loin de deux heures du matin et son dos le faisait sévèrement souffrir, pour avoir osé s'endormir dans une position aussi désagréable.

Il sursauta légèrement en entendant un bruit qui provenait de la chambre de Sirius. Fronçant les sourcils, il s'approcha, prenant toutes les précautions possibles pour ne pas l'alerter de sa présence. Il poussa doucement la porte, qui n'était déjà pas fermé complètement. Sirius était allongé. Il ne portait qu'un bas de pyjama. Allongé sur son lit, il semblait endormi. Remus allait faire demi-tour, lorsqu'il entendit un gémissement de douleur. Il tourna timidement la tête vers son ami. Il avait l'impression de le trahir, d'assister à quelque chose qui lui était interdit.

Sa baguette éclairant toujours la chambre, Remus fit un pas incertain vers le lit. Le visage de Sirius était crispé. Le lycanthrope posa sa main sur le front brûlant et transpirant de son ami. Il ne semblait pas avoir de la fièvre, mais quelque chose le tracassait.

– Non! Non! cria-t-il.

– Calme-toi, souffla Remus en le secouant légèrement.

– Non! répéta-t-il en se débattant. Lâche-moi! Je ne veux pas y retourner! Laisse-moi tranquille!

– C'est moi, Sirius, tu es en train de faire un cauchemar, réveille-toi, tout va bien.

L'ancien prisonnier ouvrit brusquement les yeux et dévisagea son ami avec insistance. Il eut besoin de quelques secondes pour remettre ses idées et son esprit en place. Puis, le plus naturellement possible, il offrit au loup-garou un sourire des plus lumineux.

– Tu fais une de ces têtes Lunard.

– Ne m'appelle pas de cette façon. Tu m'as fait une peur bleue. Ça va mieux?

Au sourire qu'il lui offrait, oui, il devait aller mieux. Mais Remus souhait tout de même en avoir la confirmation.

Sirius observa un instant son ami et son visage se décomposa, déformé par une peur que Remus ne parvenait pas à saisir. Il savait juste qu'elle n'avait rien à voir avec le rêve qu'il venait de faire. Au contraire, Sirius ne semblait déjà plus penser à son cauchemar, comme s'il s'agissait de quelque chose de banal et de courant.

– Je suis désolé. J'aurais dû mettre un sort de silence. Je n'y ai pas pensé. Je m'excuse de t'avoir réveillé. Tu ne vas pas t'en aller n'est-ce pas? demanda-t-il avec crainte.

– Pour commencer, soupira Remus en s'asseyant sur le bord du lit, tu ne m'as pas réveillé. J'étais à la salle de bain lorsque je t'ai entendu. J'ai instantanément compris que tu n'allais pas bien. Ensuite, même si cela avait été le cas et que tu m'avais réveillé, je n'en aurais pas fait une affaire d'état. Je ne vais pas faire mes valises parce que tu fais des cauchemars, Sirius.

Sirius plissa son nez.

– Je ne fais pas de cauchemars, se vexa-t-il, comme s'il s'agissait de la pire honte qui soit.

– Et pour finir, grommela Remus en ignorant la remarque de son ami, tu ne peux pas simplement lancer un sort de silence et faire comme si rien ne s'était passé. Ça arrive souvent, n'est-ce pas?

– Ne te comporte pas comme ma mère, grogna Sirius en se renfrognant dans son lit.

Remus leva les yeux au ciel et lui donna une frappe sur le front.

– Si je me comportais comme ta défunte mère, c'est moi-même qui t'aurais mit dehors, pour avoir osé perturber le silence de ta propre maison. Et réponds à ma question. Fais-tu souvent des cauchemars?

– Toutes les nuits.

Remus lui offrit une grimace compatissante. Il avait bien une petite idée de ce que pouvait contenir les rêves de son ami, toutefois il voulait le faire parler. Il n'y avait que de cette façon, que Sirius parviendrait à dormir paisiblement.

– De quoi rêves-tu?

– Qu'est-ce que ça peut bien faire?

– En parler te fera du bien.

– Je n'ai pas envie d'en parler, soupira-t-il en haussant les épaules.

– Sirius... gronda Remus d'une voix douce.

Ils se fixèrent pendant de longues minutes. L'un et l'autre voulaient avoir le dernier mot. Remus se maudit lui-même de sa faiblesse, mais après tout, il ne pouvait pas le forcer à parler. D'un geste de la main, il lui demanda de se pousser et s'allongea près de lui, se glissant dans la chaleur des couvertures de son ami.

– Qu'est-ce que tu fais? Ce n'est pas parce que je t'invite dans ma maison, que tu dois faire comme chez toi dans mon propre lit. Je ne sais pas si tu es au courant, mais tu as ta propre chambre.

Remus se tourna vers lui, pour planter ses yeux clairs dans les siens.

– Je n'en reviens pas que tu oses me dire ça. A Poudlard, tu avais deux lits, puisque tu avais décidé que le mien t'appartenait également. Tu venais prendre toute la place, au moins deux fois par semaine.

– Comme si tu n'appréciais pas nos discutions nocturnes. C'est l'un des meilleurs souvenirs que j'ai du collège.

– Moi aussi, avoua Remus en lui souriant.

Après un instant de silence, le loup-garou reprit la parole.

– Sirius...

– Mmh? grogna Sirius d'une voix passablement endormie.

– Je suis heureux d'être ici avec toi, dans cette maison. Et dire qu'Harry va bientôt nous rejoindre. Je me sens...complet. Pourquoi pensais-tu que j'allais partir?

Sirius s'approcha de lui et colla son corps contre le sien, enfouissant son visage dans le cou de son ami.

– Je ne veux pas que tu m'abandonnes.

– Tu es bête.

Sirius haussa les épaules et Remus ne put s'empêcher de l'entourer de ses bras. Azkaban avait bien changé son ami. Sirius n'avait d'habitude peur de rien et surtout pas de ce que les autres pouvaient penser. Combien de fois à Poudlard, Sirius s'était mis des gens qu'il appréciait à dos, sans que cela ne lui fasse ni chaud, ni froid? Mais à présent, il était si seul. Avant, il savait que James était toujours là pour le suivre. Ces deux là étaient connectés, identiques. Si l'un avait une idée, l'autre y pensait immédiatement. Comme s'ils se la transmettaient par télépathie. Il ne craignait donc pas d'être rejeté ou d'être jugé, puisqu'il avait toujours son alter égo qui le suivait. Ou alors, c'était lui qui suivait James. Mais qu'importe, ils n'étaient jamais l'un sans l'autre. Et puis, il était populaire. Tout le monde l'aimait, sans exception. Mise à part les Serpentards, bien que quelques filles ne pouvaient résister à l'envie de baver sur son passage.

– Toi aussi tu penses qu'Azkaban m'a bien amoché, n'est-ce pas? Tu es en train de le crier dans ton silence.

– Amoché, non. Enfin, moins que ce que je l'aurais pensé. Tu m'impressionnes tant Sirius. Animagus ou pas, peu de gens seraient encore debout après douze ans d'horreur.

– Même Dumbledore m'a dit que je confondais Harry avec James. Il n'a pas arrêté de répéter qu'il n'était pas son père. Comme si je ne le savais pas. Ce serait plutôt à Servilus qu'il faudrait le dire. Mais bien sûr, il ne sermonnera jamais son petit mangemort préféré. Ils vont tous autoriser à ce qu'il passe ses nerfs et sa frustration de jeunesse sur mon filleul, sans jamais lever le petit doigt. Si jamais Harry se plaint de quoi que ce soit. Je te jure, Remus, je te jure que je vais chez lui, pour lui faire avaler chacune de ses potions. Personne n'est du même avis que toi. Ils pensent tous que je suis fou.

– Oui, mais ça ils le pensaient déjà avant que tu te fasses enfermer à Azkaban.

– Merci, Lunard, grommela-t-il.

Remus préféra ignorer le surnom qu'il avait employé et desserra son emprise pour s'allonger plus confortablement.

– Ne t'inquiète pas pour tout ça. Un jour ils verront ton véritable visage et tout sera différent. Bonne nuit.

– Bonne nuit... Lunard.

– Arrête de m'appeler comme ça! s'énerva le loup-garou en le frappant une nouvelle fois.

Sirius se mit à rire et se tourna de l'autre côté, offrant son dos à son ami et s'endormit presque instantanément.

Cela faisait longtemps que Sirius n'avait pas dormi aussi bien. Il était particulièrement de bonne humeur en ouvrant les yeux. Remus était déjà debout. Il faut dire que c'était un lève tôt, qu'importe l'heure à laquelle il se couchait. Sirius s'étira et alla rejoindre son ami dans la cuisine.

Remus lisait encore son livre sur les plantes, le nez plongé dans une tasse de café. Pourquoi tenait-il autant à faire disparaître ses cicatrices? Remus lui adressa un bonjour, sans même lever les yeux vers lui. Sirius lui répondit brièvement et se laissa tomber à ses côtés, avant de faire apparaître des toasts et de la confiture.

– Je vois que tu n'as pas changé et que tu te réveilles toujours avant les coqs.

– Détrompe-toi. Je viens juste de descendre. Andromeda est passée très tôt ce matin, bien sûr tu dormais comme un loir, donc tu n'as rien entendu. Elle a dit qu'elle viendrait manger ici, avec sa fille, dans la semaine. Je suis ensuite retourné me coucher dans ma chambre, afin de finir ma nuit. Je n'ai pas osé revenir dans la tienne, je ne voulais pas te réveiller.

– Andromeda s'est invitée? Pourquoi cela ne m'étonne même pas? Mais il y aura Harry. Dumbledore nous a bien dit de ne révéler sa présence à personne.

– Elles seront discrètes.

– Ron et Hermione aussi ne trahiraient jamais Harry et ont toujours été dans la confidence. Pourtant, ils n'ont rien le droit de savoir. Ce n'est sûrement pas pour rien que Dumbledore nous a demandé de nous taire et c'est même plutôt injuste d'en parler à Andromeda et Nymphadora, alors que lui, n'a pas le droit d'en parler à ceux qu'il aime.

– Je pense au contraire que c'est une bonne chose. La jeune Tonks est bien métamorphomage, n'est-ce pas? demanda-t-il en appuyant sa question. Cela amusera énormément Harry et changera ses idées.

– De quelles idées parles-tu, au juste? Je te signale qu'il doit être en train de sauter de joie à l'idée, justement, de ne pas avoir à subir les humeurs de son oncle et de sa tante, durant l'été.

– Cette disparition est tout de même inquiétante, Sirius. Dumbledore était fou de rage. Il pensait que le sang de Lily qui coulait dans celui de sa sœur, pouvait être suffisamment puissant pour protéger Harry. Ce qui n'est pas le cas. Et je pense que tu es le responsable.

– Moi? s'étonna Sirius. Qu'est-ce que tu racontes?

– Et bien, tu es sa nouvelle maison, Sirius. Dès l'instant où il a su la vérité sur toi, il t'a adopté. Avant il n'avait pas d'autre choix que d'accepter les Dursley et de considérer leur maison comme la sienne. Même si cela était difficile. Il a baissé la garde en s'imaginant vivre avec toi, tout a basculé à ce moment précis. Et Peter a dû le sentir. Je suis sûr qu'il est allé rapidement retrouver son maître pour lui faire un rapport détaillé de tout ça.

– Les temps sombres sont de retour.

– Et cette fois-ci, nous y mettrons un terme. Pour ce qui est d'Andromeda, nous pouvons toujours en parler à Dumbledore. Nous aviserons en fonction de ce qu'il dit.

Sirius hocha la tête, satisfait de cette réponse. Il aimait être prudent quand il s'agissait d'Harry. Il savait que le directeur de Poudlard pouvait décider de le retirer d'une seconde à l'autre, s'il en jugeait le besoin. Sirius n'avait aucune envie d'accélérer lui-même ce châtiment. Il voulait garder Harry auprès de lui. De plus, Remus était obligé lui aussi de rester. Et il les voulait tous les deux auprès de lui. Tant qu'Harry serait présent, Remus aussi.

Mais quelque chose le chiffonnait. Il y avait autre chose. Quelque chose que Remus omettait intentionnellement de lui dire. Pourquoi tenait-il absolument à la venue d'Andromeda et Dora? Enfin, peu importe.


Je sais, je publie rapidement. Mais je sais que pour mon cas, j'aime bien lorsque je peux lire plusieurs chapitres d'un coup quand je suis une fiction. Sinon j'ai tendance à oublier ce qui se passe, vu que j'en lis beaucoup. Et il s'avère que j'ai du temps (enfin pas vraiment, mais je le prends, disons), et que surtout j'ai la motivation pour le faire. Et ça ne sera pas toujours le cas. Alors avant que la procrastination prenne trop le dessus, autant que je m'y mette.

Une review fait toujours énormément plaisir. Merci infiniment.