10.
Remus observa Harry et Severus disparaître dans la cheminée, puis rejoignit Sirius à l'étage. Il le trouva dans sa chambre, en compagnie de Buck, qui dormait profondément sur le tapis, la tête entre ses puissantes pattes. L'hippogriffe semblait très heureux de pouvoir voyager à sa guise dans la maison. Il dormait même au pied de Sirius, dans le lit, quand venait le soir. Il ne se plaignait absolument plus d'être enfermé dans la maison. Ce qui n'était toujours pas le cas de son maître, qui ne comptait que les jours qui le séparaient de la liberté. Remus le comprenait, dans un sens. Comment pouvait-il lui en vouloir?
Sirius releva un visage souriant vers lui. Il possédait tant de sourires. Des moqueurs, des enjôleurs, des coquins, des taquins, des franchement heureux et des sourires plus tristes. Il en avait toute une palette et Remus les appréciait tous. Mais le sourire qu'il lui offrait à cet instant, avait une connotation plus particulière. Ce sourire lui était spécialement destiné, personne d'autre n'en avait le privilège. C'était un sourire sincère, qui illuminait chaque pore de sa peau. Un sourire, qui voulait dire que tout allait bien entre eux, qu'il était heureux de le voir et que sa présence lui faisait du bien.
Des voix féminines, provenant de l'étage inférieur, les firent sursauter. Un sourire différent prit place sur les lèvres de Sirius, qui se leva d'un bond pour se précipiter vers le salon où se trouvaient sa cousine et sa fille, qui bavardaient bruyamment.
– Et bien, mon cher cousin, gronda-t-elle en voyant Sirius arriver, tu pourrais ramoner les conduits de ta cheminée. Regarde-moi ça, je suis couverte de suie.
Sirius lui donna le temps d'épousseter un peu sa robe et la serra dans ses bras, puis réitérât son geste avec Nymphadora, qui était plus réservée. Lorsqu'il avait été enfermé à Azkaban, elle n'avait que huit ans. Elle ne se souvenait sans doute plus très bien de lui. Il était devenu un étranger. Une personne que l'on mentionnait parfois. Et surtout, un criminel et un homme abominable, d'après les journaux.
– Moi aussi je suis content de te revoir, Andromeda, railla Sirius. Et toi, tu es devenue une jeune femme magnifique, souffla-t-il à l'adresse de Nymphadora, qui en renversa le vase qui se trouvait près d'elle.
Elle bafouilla une forme d'excuse, avant de sortir sa baguette pour réparer son erreur. Sirius, qui pensait avoir troublé la jeune femme par ses paroles, se souvint alors de la fois où elle avait cassé l'aquarium de sa chambre, un jour où il la gardait chez Andromeda. Ils avaient dû ramasser les vingtaines de petits poissons qui s'agitaient sur le sol. Et l'instant d'après, elle avait renversé son goûter sur des papiers importants de Sirius. Elle avait toujours été maladroite et le temps ne semblait pas avoir arrangé ça.
Il eut un sourire tendre, afin de lui montrer qu'il ne se formalisait pas de ce vase cassé. A présent, il était comme neuf, de toute façon.
– Remus, je ne sais pas si tu te souviens de ma petite cousine, Nymphadora elle a -
– Ne m'appelle pas comme ça! siffla la jeune femme.
– ..bien grandit depuis la dernière fois que nous l'avons vu, continua Sirius d'un air perplexe. Et comment veux-tu que l'on t'appelle, si ce n'est pas par ton prénom?
– Tonks, répondit-elle simplement.
Sirius semblait dubitatif mais ne pipa pas mot.
– Vous voulez boire quelque chose? demanda timidement Remus, qui semblait étrangement envoûté par les cheveux verts de Nymphadora.
– Pour ma fille, ce sera un jus de citrouille. Elle doit transplanner, après.
– Maman.. grogna la jeune femme, les joues légèrement rose.
Remus lui adressa un sourire compatissant et amusé, qu'elle s'empressa de lui rendre.
Sirius, affichait un air satisfait, en voyant que son ami s'intégrait bien parmi les femmes de sa famille. Il invita tout le monde à s'asseoir sur les canapés et se dirigea d'un pas assuré vers la cuisine, pour prendre des bierraubeurres et une bouteille de whisky-pur-feu, qu'il avait déjà entamé pendant qu'il contait son récit à son filleul.
Pour Harry, d'ailleurs, chez son professeur de potion, tout allait très mal. Les Malefoy n'étaient toujours pas arrivés et Rogue commençait à s'impatienter. Il n'arrêtait pas de lui jeter des regards sévères, comme si Harry en était le responsable. De plus, le jeune sorcier ne parvenait pas à le regarder dans les yeux. A chaque fois qu'il le faisait, l'image de sa mère lui revenait à l'esprit.
– Bon, Potter! grogna Rogue en le dévisageant d'un œil sévère.
– Je n'ai rien fait, répondit Harry, qui refusait de subir une nouvelle injustice, alors qu'il n'avait absolument pas bougé un cil depuis qu'ils étaient arrivés.
– Je le sais bien. C'est cela qui m'étonne. Vous êtes le seul élève qui ne baisse pas le regard devant moi. Même mes Serpentard ne se le permettent pas. Vous êtes le seul élève qui me tient tête sans une once de peur. Alors que se passe-t-il? Pourquoi restez-vous si stoïque, en fixant le sol de cette façon? Il y a quelque chose d'intéressant sur vos chaussures?
Son professeur s'ennuyait-il? Voulait-il absolument provoquer Harry, pour lui cracher au visage toute la haine qu'il avait pour lui? Cela était après tout impossible, si l'adolescent restait silencieux et fuyant.
Harry allait répliquer une phrase sanglante, mais l'attention de Rogue fut reportée vers la porte d'entrée. Quelqu'un venait de frapper d'une manière si imperceptible, que si Rogue ne s'était pas retourné, Harry ne l'aurait pas entendu. Il leva les yeux vers son professeur qui se hâtait vers la porte. Il l'ouvrit, affichant un regard furieux, pour montrer à ses invités que la moindre des politesses est d'arriver à l'heure.
Harry laissa s'échapper un soupir de surprise en voyant la mère de Drago. Narcissa Malefoy était, sans nul doute, l'une des plus belles femmes qu'il lui était donné de rencontrer. Il savait qu'elle était la cousine de Sirius, il voyait même une légère ressemblance. Il ne pouvait que sourire face à cette coïncidence, car pendant que son parrain dînait avec Andromeda, lui dînait avec la sœur de celle-ci. Si elles savaient. Depuis combien de temps ne s'étaient-elles pas vues?
– Quand tu auras finis de baver sur ma mère, Potter, maugréa Drago en arrivant près de lui, coupant net le fil de ses pensées, tu rangeras mon manteau et celui de mes parents dans le cellier.
– Je ne suis pas un elfe de maison, grogna Harry qui avait déjà servi de serviteur tout le long de son enfance.
Drago était déjà loin, l'abandonnant sur le seuil de la porte, avec trois énormes vestes dans les bras. Il s'empressa de les ranger en vrac, avant de les rejoindre d'un pas morne et résigné. Harry eut un mouvement de surprise en voyant que deux tables étaient dressées. Sur le moment, Harry avait pensé que Rogue ne l'estimait pas assez bien pour mériter de partager leur table, mais la surprise le cloua sur place en voyant qu'il y avait deux assiettes.
Drago semblait lui aussi amer, alors qu'il s'installait à sa place. Rogue l'incita d'un regard froid à le suivre et Harry ne se fit pas prier.
– Tu as intérêt de manger proprement, réprimanda Mrs Malefoy à l'adresse de son fils.
Le visage de Drago se colora légèrement, honteux. Harry se mordit la lèvre, pour ne pas rire. Son regard amusé n'échappa pas à Malefoy, qui le fixa avec dédain, avant de reporter son attention vers ses parents, pour montrer qu'il était très ennuyé de la manière dont il était traité. Il ne mangeait jamais autrement que proprement.
– Quel âge pensent-ils que nous avons? s'éberlua-t-il en désignant la table reculée vers le coin de la pièce. C'est inadmissible. Mon père..
– ..en entendra parler? se moqua Harry, un sourire malicieux sur le visage.
– La ferme, Potter. Je voulais dire que même enfant, durant les repas, mon père n'a jamais accepté que l'on me sépare des adultes. Alors qu'il était pourtant courant, que les autres enfants aient une table à part, afin de jouer et discuter entre eux, sans gêner leurs parents. Mais ça, tu ne peux pas connaître.
Harry le foudroya du regard. Mais n'eut pas le temps de répliquer car Malefoy fixait la table des adultes avec horreur. Harry suivit son regard, mais ne remarqua rien.
– Quoi? s'étonna-t-il.
– Je rêve! s'indigna Drago, le visage décomposé.
– Quoi? répéta Harry. Qu'est-ce qui se passe?
– Tu n'es pas plus malin que cet idiot de Londubat. Tu ne remarques donc rien?
– Neville n'est pas un idiot et non je ne remarque...
Harry se stoppa net dans sa phrase. En effet. Rien était le mot. Severus, Lucius et Narcissa étaient en grande discussion et il n'entendait rien. Il se frotta un instant les oreilles, se qui arracha un rire désespéré à Drago, qui hésita une seconde à lui lancer sa fourchette à la figure.
– Ils ont osé jeter un sort de silence, pour qu'on ne puisse pas entendre leur conversation. Je suis persuadé que c'est de ta faute. Ils ne m'auraient jamais rien caché, si tu n'étais pas là. Me voilà obligé de manger avec toi pour te tenir compagnie. Quelle farce!
– Ils ne se seraient pas privés de me laisser manger tout seul, Malefoy. Si tu n'es pas là-bas, c'est parce qu'ils ne le veulent pas.
Drago lui jeta un regard froid, avant de reporter son attention sur l'entrée qui venait d'apparaître dans son assiette. Harry fut surpris par ce qui s'y trouvait. Les crudités étaient parfaitement bien présentées et semblaient plus que mangeables, à l'inverse de ce dont il avait eu droit pendant son séjour.
Mais ce qui le surpris davantage, fut sa conversation avec Drago. Même si elle était très froide, elle était diversifiée et intéressante. Ils parlèrent du quidditch, de défense contre les forces du mal et même de Rogue. Ils échangèrent également quelques rires polis. Mais Drago ne cessait d'envoyer des regards inquiets à son père.
– Arrête, Malefoy, s'exaspéra le survivant. Tu as bien le droit de rire pour autre chose que pour te moquer de quelqu'un.
– Qu'est-ce que ça veut dire? grommela le blond en haussant les sourcils. Qu'est-ce que tu crois, au juste, que je ne plaisante jamais avec mes amis? Tu serais surpris si tu les connaissais et tu verrais que l'on s'amuse plus encore que toi avec ta Sang-de-Bourbe et ton Weasmoche. Crois-moi, tu aurais mieux fait de serrer ma main, en première année, lorsque je t'en ai fait la faveur.
Harry leva les yeux au ciel et soupira. Tout était pourtant bien parti, le repas avait presque était agréable.
– Sinon, reprit plus posément Malefoy, d'après-toi, qui va être notre nouveau professeur de défense contre les forces du mal?
– Comment veux-tu que je le sache?
Malefoy fronça ses sourcils et se laissa tomber contre le dossier de la chaise.
– C'est toi qui vit avec un professeur! Tu aurais pu savoir certaines choses, surtout avec le don que tu as, pour te mêler de tout ce qui ne te regarde pas.
– Peut-être que Dumbledore n'a toujours pas trouvé de nouveau professeur. Personne ne se bouscule pour avoir ce poste.
– Et on le refuse à la seule personne qui aimerait l'occuper, soupira-t-il en tournant le visage vers Rogue.
Harry s'agita sur sa chaise. Il avait envie de répliquer que Lupin aussi, aurait aimé l'occuper plus longtemps, mais qu'à cause des Serpentard, ce n'était plus possible. Toutefois, il ne fit aucun commentaire, pour ne pas briser cette bonne entente partielle. Ron n'allait jamais en croire ses oreilles. Il avait pu discuter aimablement avec Malefoy, c'était une première. Ron allait en rire et il allait en entendre parler pendant longtemps.
– En tout cas, il va se passer quelque chose à Poudlard, l'année prochaine. Quelque chose d'important.
– Quoi donc? s'étonna Harry, piqué au vif par la curiosité.
– Je ne sais pas encore. Mais mon père ne tardera pas à me le dire.
Harry et Drago finirent leur dessert au beau milieu de l'après-midi. Les adultes ne semblaient pas en avoir demandé, car ils touillaient à présent un café, dans une petite tasse en porcelaine. Harry sursauta en entendant claquer la voix de Lucius. Ils venaient d'enlever le sort de silence. La sensation était bizarre, à présent que leurs voix vives se répercutaient dans ses oreilles.
– Merci, Severus. Drago viendra donc passer neuf jours ici, au milieu du mois.
– Comment? s'égosillèrent Harry et Drago en chœur.
Lucius et Severus tournèrent un regard sévère vers les deux adolescents.
– Il n'y a pas de quoi, répondit Rogue, qui ne semblait pas plus enchantés que les deux garçons.
– Nous allons-y aller, à présent.
– Mais...père... souffla Drago.
Pour toute réponse, Lucius plissa ses lèvres et ordonna à son fils de se taire. Narcissa remercia chaleureusement son hôte et adressa un regard dédaigneux à Harry, qui ne s'en formalisa pas. A sa grande surprise, Drago lui adressa un signe de tête, accompagné d'un sourire encore une fois poli, et se hâta à la suite de ses parents.
Une fois partis, Rogue dévisagea un instant Harry et soupira.
– Vous direz à Lupin que vous viendrez chez moi passer quelques jours dans le mois.
Harry hocha silencieusement la tête. Que pouvait-il y faire? Il n'avait pas le choix.
– Bien, murmura Rogue. Je vais voir si la voie est libre et si je peux vous ramener chez lui. Il avait un dîner, c'est ça?
– Oui, répondit Harry, sans entrer dans les détails.
– Attendez-moi ici.
Quelques minutes plus tard, Rogue fit son apparition en hochant positivement la tête.
– Vous pouvez y aller. Ce n'est pas la peine que je vous accompagne?
– Non, professeur.
– Allez-y, alors.
Sans ajouter un seul mot supplémentaire, ni pour le repas, ni pour le remercier, Harry se pressa vers la cheminée.
Il trouva Sirius et Remus, qui débarrassaient la table d'un air ravis.
– Bonjour! s'exclama Harry, pour annoncer sa présence.
– Ah, Harry, souffla Sirius en venant en sa rencontre. Ça n'a pas été trop dur?
– J'ai été coincé avec Malefoy, pendant que Rogue et ses parents discutaient entre eux. Je n'ai rien pu obtenir de leur conversation, car ils s'étaient protégés. Mais apparemment, Drago va venir passer neuf jours chez Rogue, ce mois-ci. Je vais devoir y aller également, afin de ne pas éveiller les soupçons. C'est déprimant.
Un silence étrange s'installa ensuite. Si au départ, Harry avait juré voir Sirius et Remus de très bonne humeur, cette illusion s'ébranla un instant alors qu'il scrutait le visage de son parrain. A l'inverse, Remus semblait toujours parfaitement joyeux. Mais Sirius paraissait triste et inquiet.
– Et pour vous? demanda Harry. Ce repas?
– Oh, répondit Sirius. Je me suis bien amusé à faire tourner Nymphadora et Lunard en bourrique. Ils n'ont pas arrêté de me lancer des «ne m'appelle pas comme ça». C'était vraiment très drôle.
Remus leva les yeux au ciel, sans perdre pour autant le sourire qui s'étirait sur ses lèvres. Harry, lui, n'avait pas très bien compris et Sirius avait dû éclaircir certains points.
– Tonks est très charmante, ajouta Remus une fois les explications de Sirius faites. Vraiment très gentille. Je suis sûr que tu l'aimerais beaucoup, Harry.
– Je n'en doute pas, répondit le jeune sorcier.
Sirius s'était légèrement assombri.
– Qu'est-ce qu'il y a?
– Rien. J'étais en train de penser aux objets que nous avons dû réparer, parce qu'elle ne sait rien toucher sans le briser en mille morceaux.
– N'exagère pas, Sirius.
En voyant le visage tendu de son parrain, Harry songea qu'il était temps de s'éclipser.
– Je vais me changer, expliqua-t-il en commençant à retirer sa cape de sorcier.
Les deux amis le regardèrent s'éclipser dans les escaliers. Sirius ouvrit la bouche et la referma immédiatement, ce qui n'échappa pas à Remus.
– Si tu as quelque chose à me dire, Sirius, dis-le donc. Ne tourne pas autour du pot.
– Je n'ai rien à dire. Je réfléchis, simplement. Tu as l'air de bien t'entendre avec Nymphadora.
– Ne change pas de sujet.
En réalité, il ne changeait absolument pas de sujet, mais ça Remus ne le savait pas.
– Elle est très intéressante, reprit Remus. Je vais sûrement la revoir très prochainement. J'ai besoin de discuter avec elle et elle a accepté.
Sirius fronça les sourcils. Ils n'avaient pas arrêté de parler à voix basses durant tout le repas. Cela n'avait donc pas été suffisant? Il fallait donc qu'ils se voient encore?
– De quoi voulez-vous parler?
– C'est une surprise, répondit mystérieusement Remus.
L'animagus grommela des paroles incompréhensibles, qui étonnèrent son ami.
– Qu'est-ce que tu dis?
– Je dis que tu vas donc sortir de la maison.
– C'est ce que je comptais faire, oui. Mais vu que Harry va passer quelques jours chez Severus, je suppose que cela ne posera pas de problème si elle vient ici. Non?
Sirius haussa les épaules.
– Fais ce que tu veux, répondit sèchement Sirius. Elle te plaît?
– Qui donc?
– Ma mère..maugréa-t-il. Nymphadora, bien sûr, qui d'autre?!
– C'est une gamine, soupira Remus en haussant les sourcils. Elle n'a que vingt ans. Et tu me connais assez, il me semble, pour savoir que je ne serais jamais avec quiconque. Je ne veux pas tomber amoureux et personne ne pourra jamais l'être de moi. Je ne peux pas forcer une personne à passer sa vie à mes côtés. Elle ne serait que misérable. Comment qui que ce soit pourrait supporter de vivre avec un monstre? Personne ne serait assez fou pour vouloir rester en l'apprenant.
– Harry et moi restons bien.
– C'est..c'est différent, Sirius. Tu ne peux pas comparer.
– Je t'ai simplement demandé si elle te plaisait, tu sais, sourit-il, pas si tu allais l'épouser demain.
Il était légèrement rassuré par les paroles de son ami. Une fois la jalousie évaporée, il retrouva rapidement une attitude joyeuse. Il se demandait de quoi Nymphadora et Remus avaient pu parler, mais ne s'en préoccupait plus de la même manière.
Peut-être le devrait-il. Mais une voix dans sa tête, préférait être aveugle et sourde.
En fin d'après-midi, Harry faisait ses devoirs, tandis que Remus et Sirius feuilletaient les petites annonces pour trouver un travail au lycanthrope.
– Le chaudron baveur cherche une nouvelle femme de ménage, remarqua Sirius avec un petit sourire en coin. Ça va, je plaisante, s'empressa-t-il d'ajouter face au regard appuyé de son ami.
– Ce n'est pas ça. J'ai déjà travaillé là-bas.
Sirius se renfrogna dans sa chaise. Son ami semblait avoir travaillé partout.
La journée se déroula lentement.
A la tombée de la nuit, Sirius se faufila dans la chambre de son filleul. Il dormait paisiblement. Il retrouva donc Remus, qui infusait du thé et le serra doucement contre lui, en appuyant sa poitrine contre son dos.
– Sortons ensemble, avec Buck, dehors. Tous les trois. Pas besoin d'aller bien loin.
Alors qu'il s'attendait à refus, il fut surpris de voir Remus approuver d'un geste de la tête.
– Et Harry? demanda-t-il finalement.
– Il dort.
– Bien. Mais qu'une petite heure, alors. Après, on rentre.
Sirius et Buck n'auraient pas pu être plus heureux. Il y avait une forêt près de leur maison. Les arbres cachaient l'hippogriffe, alors qu'il courrait, battait des ailes et s'envolait au dessus d'eux. Sirius était adossé contre le tronc d'un arbre et Remus s'était assis entre ses jambes. Le loup-garou fixait le ciel et la lune avec une certaine inquiétude, comme s'il craignait de la voir s'arrondir d'une seconde à l'autre.
Sirius passa une main dans ses cheveux et les caressa longuement. Il sentait Remus se détendre et prendre davantage appui sur lui. Il soupira d'aise, alors que le corps de l'homme qu'il aimait se lovait contre lui.
– Dis-moi, demanda soudainement Remus, si tu pouvais revoir une fille de Poudlard, laquelle choisirais-tu?
– Une fille?
– Oui, parmi toutes celles avec qui tu as eu une liaison, il y en a une qui te manque?
– Tu connais les seules personnes qui me manquent, Remus, répondit-il plus aigrement qu'il ne l'aurait voulu. Aucune fille de Poudlard n'a compté. Je ne me souviens même pas de leur prénom. Comment pourraient-elles me manquer?
Remus haussa les épaules.
– J'ai un peu froid. De toute façon, je pense qu'il est temps de rentrer.
Sirius grogna une approbation. Il aurait souhaité rester plus longtemps à l'extérieur et Buck aussi, mais ils étaient déjà restés plus longtemps qu'il ne le fallait. Ils grimpèrent sur le dos de l'animal et Remus serra ses bras autour de la taille de Sirius.
– Je n'avais encore jamais fait de l'hippogriffe, sourit-il.
– Et ça te plaît?
– Absolument.
Buck poussa un cri ravis, en faisant un tour sur lui-même. Ça, Remus apprécia beaucoup moins. Il se cramponna violemment au ventre de son ami, qui était secoué par un rire moqueur. Ils s'engouffrèrent dans l'obscurité de la nuit, serrés l'un contre l'autre et riants à pleins poumons.
