15.

Drago s'étira longuement. Il était encore très tôt. Il avait l'habitude de se lever à la première heure. C'était une obligation chez les Malefoy, pour qui l'expression «le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt», avait tout un sens et une grande importance. Il tourna les yeux vers Harry, qui dormait encore paisiblement. Sa respiration était lente et régulière. Il paraissait totalement inoffensif et plus enfantin que d'habitude. Il fronça le nez avec dédain, comme si respirer le même air que le survivant lui donnait la nausée.

Il s'étira une nouvelle fois, avant de se mettre sur ses pieds. Puis, il enfila sa robe de chambre, qui avait presque la même couleur que ses cheveux et descendit les escaliers. La maison était calme, silencieuse et éteinte. Il entrouvrit légèrement un rideau, pour observer un instant à travers la fenêtre. Le ciel était dégagé, mais tout semblait humide et trempé. Il avait dû pleuvoir toute la nuit. Si le temps restait ainsi, Harry et lui pourraient peut-être sortir avant la fin de la semaine.

Il détestait son père qui l'avait forcé à venir ici. Il détestait sa mère qui n'avait pas cherché à l'en dissuader et à le garder près d'elle. Pourquoi devait-il faire le sale boulot à leur place? Il n'avait rien demandé. Il ne se l'avouait jamais, mais il n'était au fond qu'un enfant. Un enfant à qui l'on confiait des missions réservés aux adultes. Un enfant qui avait grandi trop vite.

Il détestait également Harry, pour être.. Harry Potter. Pour être le survivant. Pour être celui qui avait refusé d'être son ami en première année, qui avait refusé de prendre la main qu'il lui tendait. Pour être celui qui était si parfait et qui passait son temps à l'humilier, alors que c'était lui qui devait briller. Il le haïssait et le jalousait.

Il n'avait qu'une seule envie ; lui faire du mal. C'était tout ce qui importait pour Drago. Il voulait briser la vie de Harry Potter. Le prendre dans sa main, comme l'on prend un oisillon, pour pouvoir mieux le serrer entre ses doigts et sa paume, jusqu'à ce qu'il explose.

Il observa ses mains et ses yeux s'écarquillèrent démesurément. Il voyait du sang imaginaire couler le long de ses doigts. Des flaques rouges tachaient le sol blanc. Il se frotta contre sa robe de chambre, puis contre le mur, jusqu'à se blesser réellement. Il fixa un instant les paumes de ses mains, qui étaient véritablement écorchées et rougies. Il les passa sur son visage et soupira.

La respiration de Drago s'accéléra douloureusement et il finit par se déplacer jusqu'à l'évier pour boire une verre d'eau. Une fois ses esprits retrouvés, le jeune Serpentard se rendit compte qu'il tremblait. La pièce semblait très froide et très sombre et toute la chaleur qui habitait son corps, l'avait soudainement quitté.

Il avait peur. Drago avait peur. Terriblement peur. Il se rendait compte qu'une fois de plus, on attendait trop de lui. Il avait bien trop de poids sur ses épaules. Il n'avait rien demandé. Il ne voulait pas de toutes ces responsabilités. Il ne savait pas comment les gérer, comment s'en sortir et s'il en était capable.

La cheminée s'ébranla, le faisant légèrement sursauter. Il se dirigea d'un pas hésitant vers elle et s'accroupit face au visage de son père, qui le fixait avec un sourire en coin.

– Bonjour, mon fils.

– Père, répondit Drago en inclinant légèrement la tête.

Drago jeta un coup d'œil autour de lui, pour s'assurer que personne ne les espionnait et son attention fut de nouveau attiré vers son père.

– Comment cela s'annonce-t-il?

– Très bien. Je pense avoir gagné sa confiance.

– Déjà?

– Oui. J'avais commencé à l'amadouer durant le dîner. N'oublions pas que nous parlons de Saint Potter. Il est tellement naïf. Il passe son temps à chercher le meilleur dans les personnes qui l'entourent. J'étais sûr qu'il allait m'accueillir les bras ouverts ici.

– Bon travail. Je veux que tu continues ainsi. Je pensais que tu l'aurais déjà fait sortir de la maison. Tu n'as pas besoin de le conduire bien loin. Il nous sera très facile de nous emparer de lui.

– J'ai essayé. J'y suis parvenu. Nous sommes allés voler à l'extérieur, mais il y a eu un déluge et...

– Je ne veux rien savoir, Drago. Tu n'as pas réussi, c'est la seule chose qui est à noter ici. Mais tu vas te rattraper. Tu as encore le temps.

– Oui, père. Je vous l'amènerai.

– Tu sais à quel point c'est important.

– Oui, je le sais.

– Je compte sur toi.

– Je ne vous décevrai pas.

– Bien. Nous avons assez discuté. Ce serait bien trop dangereux de parler davantage. Je ne voudrais pas que quelqu'un surprenne notre conversation. A bientôt, mon fils.

Drago n'eut pas le temps de dire au revoir à son père. Il avait déjà disparu.

L'adolescent soupira et se laissa tomber par terre. Il s'allongea sur le carrelage froid et fixa le plafond avec attention. La pièce avait reprit une température agréable. Les battements de son cœur avaient de nouveau une allure correcte. Il s'écouta respirer et se laissa bercer par son pou qui cognait dans sa tête. Il finit par s'endormir.

– Malefoy, souffla la voix grave de son professeur de potion. Je ne pensais pas que dormir avec Potter vous dérangerait au point de dormir par terre dans le salon.

Le jeune garçon sursauta et se leva d'un bond. Il arrangea sa tenue et dévisagea Rogue comme s'il le voyait pour la première fois. Il cherchait désespérément une excuse à lui fournir, n'importe quoi. Une crise de somnambulisme? Les insupportables ronflements du Gryffondor, qui l'avait poussé à muter dans cette pièce? Que pouvait-il inventer? Il se contenta de fixer devant lui, en prenant bien garde de ne pas regarder son hôte dans les yeux. Il ne devait pas savoir. Il ne devait rien deviner.

– Je m'excuse, lâcha-t-il finalement. Je ne me sentais pas très bien. J'étouffais. J'avais soif, ajouta-t-il en désignant son verre vide qui était resté par terre, près de la cheminée. Et j'ai voulu m'asseoir. J'ai dû m'endormir.

– Je ne veux pas vous voir vous balader en pyjama dans ma maison. Il vous reste encore un peu de temps. Vous pouvez retourner dans votre lit ou vous habiller.

– Je.. vais monter, alors, répondit le blond en se pressant vers les escaliers.

– Drago! siffla Rogue.

– Oui? s'inquiéta-t-il, en avalant péniblement sa salive.

– Vous ne pensez quand même pas que je vais ramasser moi-même votre verre, n'est-ce pas?

Le problème fut réglé en quelques secondes. Drago se dépêcha ensuite de rejoindre sa chambre et se jeta dans ses draps. Il avait encore la possibilité de dormir une bonne heure, mais il était bien réveillé. Il savait qu'il n'y parviendrait pas. Il se tourna donc vers Harry et le regarda dormir.

Il se sentait bien dans son lit. Il se sentait en sécurité et c'est exactement ce dont il avait besoin. Stupide, non? Il serra sa baguette dans sa main. Elle seule pouvait le défendre en cas de besoin, et non pas une stupide couverture. D'ailleurs, il avait chaud. Bien trop chaud. Il s'en dégagea et la poussa sans douceur jusqu'à ses pieds.

Drago en avait assez de fixer bêtement Harry. Pourquoi devait-il être si serein, celui-là? Il tourna et vira dans son lit, changeant de position à la recherche d'une qui serait confortable. Finalement, il finit par se lever. Il attrapa de quoi se vêtir et se rua dans la salle de bain, où il resta de longues minutes à observer son corps dans le miroir. Il réfléchissait à la soirée qu'il avait passé. Aux jeux qu'il avait fait avec Harry. A la promesse qu'il avait donné à son père. A Rogue.

Il prit une douche froide, qui s'éternisa. En fermant les robinets d'eau, Drago tremblait comme une feuille. Il s'enroula dans une serviette et se laissa tomber contre le mur, comme si ses jambes ne pouvaient plus le soutenir.

Des coups à la porte le firent sursauter.

– Drago, c'est moi, fit la voix endormie de Harry. Tu as bientôt terminé? Tu n'es pas tout seul.

Le blond serra les poings. Le simple son de sa voix, parvenait à le mettre sur les nerfs. Il respira doucement, inspirant et expirant l'air de ses poumons dans le but de se calmer.

– Drago? répéta le brun.

– Oui, oui, je sors, s'agaça Drago en enfilant rapidement ses vêtements.

Il laissa sa serviette par terre, ouvrit la porte et passa devant Harry sans même lui adresser un regard. Il avait besoin de reprendre ses esprits, sinon tous les efforts qu'il avait fourni jusqu'à présent, allaient bientôt partir en fumé. Il s'assit sur son lit et l'attendit. Le brun fut beaucoup plus rapide que ce que Drago ne l'avait été et le rejoignit en une quinzaine de minutes.

– Ça va? demanda-t-il en pénétrant dans la chambre.

– Oui, mentit Drago. J'ai juste mal dormi.

Ce qui était vrai, au final. Harry haussa les épaules et lui offrit un sourire sincère et amical. Drago en fut légèrement déstabilisé. Qu'est-ce qu'il lui prenait à cet imbécile? Il n'était pas question que le blond lui rende ce sourire, qu'il trouvait bien trop intime. Il ne souriait jamais à personne de cette façon. Pas même à ses amis les plus proches. Il croisa les bras sur sa poitrine et fronça les sourcils. Son attitude fit rire Harry, qui se laissa tomber sur son lit. Sur son lit, le lit de Drago, son lit à lui alors que le sien se trouvait à quelques pas.

Drago se renfrogna.

– J'ai faim, grommela-t-il, même s'il s'agissait une fois de plus d'un mensonge. Et si on descendait?

– Bonne idée! s'exclama le brun en se levant d'un bond.

Drago se leva à son tour et suivit le survivant qui dévalait déjà les escaliers. L'enthousiasme du Gryffondor pouvait être réellement épuisant. Parfois, Drago avait l'impression de faire face à un gamin de cinq ans. Toute son énergie semblait être aspirée par la bonne humeur du brun, qui était tout sauf contagieuse. Drago avait envie de s'enterrer vivant dans le jardin.

Le visage de Harry se ferma et devint légèrement pâle en voyant son professeur qui était déjà à table. Rogue dévisagea les deux garçons et soupira.

– Vous êtes en retard, grogna-t-il.

– Et alors? s'étonna froidement Harry. Il est toujours bien trop tôt.

– Il y a des règles Potter et elles sont faites pour être respectées.

– Nous sommes là, non?

Drago vit les sourcils du professeur de potion se lever si haut, qu'il failli éclater de rire.

– C'est parce que Monsieur Malefoy est ici, que vous pensez avoir le droit de faire votre malin et de me tenir tête de la sorte? Vous êtes ici chez moi, tous les deux et si vous voulez que tout se passe bien, il vous faut..

– Suivre vos règles, oui, s'énerva Harry. On a comprit.

– Potter!

Drago bailla face à cette scène profondément ennuyeuse à son goût et se laissa tomber sur sa chaise. Il attrapa le beurre et la confiture de fraise, qu'il tartina sur un morceau de pain. Il ne savait pas ce qui avait changé en Harry. Il semblait pourtant d'une humeur désespérément joviale en entrant dans la pièce. Quelque chose s'était brisée en un instant et Drago ne savait absolument pas comment cela était arrivé.

– Qu'est-ce que vous allez faire? Me menacer de me tenir cloîtrer dans ma chambre, que je ne quitterais plus jusqu'à la fin des vacances?

– Vous êtes exactement comme votre père.

– Ne parlez pas de mon père. Laissez-le en dehors de tout ça. Ne prononcez pas son nom, il ne mérite pas d'être sali de cette façon.

Rogue se leva brusquement et dévisagea Harry avec incrédulité.

– Potter.. souffla Drago, qui trouvait qu'il était allé bien trop loin. Qu'est-ce qui te prend?

Harry tourna brièvement le regard vers le blond. Il semblait si triste à cet instant, que Drago s'était demandé si le Gryffondor n'avait pas un problème de bipolarité ou quelque chose dans le genre. Il se servit un verre de jus de d'orange, sans perdre une miette de cette dispute, qui commençait à devenir vraiment intéressante.

Harry était resté assis, mais ne lâchait pas Rogue du regard. Mauvaise technique. Rogue allait lire en lui. Il allait tout savoir en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Harry serait percé à jour et allait perdre. Drago se gratta la nuque et croqua dans sa tartine.

– Vous ne connaissez pas votre père, siffla Rogue entre ses dents. Vous ne savez pas à quel point il était..

– Il était? Il était quoi? Il a donné sa vie pour sauver la mienne et celle de ma mère. Il s'est sacrifié pour nous. Il est devenu un animagus pour que Remus ne soit plus seul les jours de pleine lune et pour qu'il ne se fasse plus de mal. Il a accueilli Sirius et lui a offert un toit et une famille, lorsqu'il n'avait plus personne. Il s'est battu pour le droit de tous les sorciers et pour les moldus, alors qu'il était lui-même de Sang-Pur et que cela ne le concernait donc pas. Et vous, que faisiez-vous pendant ce temps là? J'ai fait un rêve cette nuit. Vous étiez face à ma mère. J'étais dans ses bras. La voix de Voldemort vous demandait de tuer tous les «Sang-de-Bourbe» et les Sang-mêlés. Vous avez pointez votre baguette sur nous. Et puis après un jet de lumière verte, je me suis réveillé. Je me suis rendormi immédiatement, mais j'ai compris une chose très importante. J'ai compris que je n'avais pas à avoir honte de mon père. De ce qu'il avait pu vous faire. Mon père était un héro. Vous ne méritez pas ma mère.. vous ne méritez même pas un quart de l'amitié qu'elle a accepté de vous offrir. Si elle revenait aujourd'hui, que dirait-elle en voyant que vous traitez son fils comme un moins que rien à Poudlard? Que dirait-elle en voyant que vous haïssait celui qu'elle a mis au monde? Celui pour qui elle a donné sa vie? Que dirait-elle en voyant que vous êtes l'épouvantard de vos élèves, que vous les terrorisez et que tout le monde déteste vos cours?

– Vous avez terminé? s'agaça Rogue.

– Non, je n'ai pas terminé. J'en ai assez de vous voir parler mal de mon père. Je pense que tout le monde a la possibilité de changer. Un jour où l'autre, tout le monde peut essayer de réparer ses erreurs. Mon père n'était qu'un enfant. Ma mère ne voulait pas sortir avec lui, parce qu'il était arrogant et parce qu'il osait se moquer et faire des blagues à des Serpentard...qui étaient aussi des partisans de Voldemort.

– Arrêtez de prononcer son nom.

– Non, je ne vais pas arrêter. Alors, mon père s'est assagit, est devenu quelqu'un de plus calme et vous a laissé tranquille. Il a gagné le cœur de ma mère parce qu'il est parvenu à changer. Et vous? Qu'avez-vous fait lorsque ma mère vous a dit qu'elle ne voulait plus vous parler après la remarque raciste que vous lui avez balancé au visage?

– Je n'arrive pas à croire qu'ils ont osé vous dire la vérité! Ils n'avaient pas le droit de le faire. Je ne vous donne pas le droit de me juger, Potter! Je vous demande de vous taire et d'aller dans votre chambre.

– Je pense au contraire que c'est totalement mon droit. Parce que tout ça me concerne. Plus que n'importe qui. Comme vous ne semblez pas vouloir répondre à ma question, je vais le faire à votre place. Au lieu de changer, après les paroles de ma mère, vous vous êtes enrôlé d'autant plus dans une horde de racistes, pour exterminer tous les gens qui étaient comme ma mère!

– Ça suffit! rugit Rogue. Disparaissez. Immédiatement. Je ne veux plus vous voir! Montez dans votre chambre.

– J'ai tellement de chose à dire encore, soupira Harry. Je vois que la vérité est toujours très difficile à entendre.

Drago se leva et entraîna Harry dans les escaliers, en le serrant sans douceur par le bras.

– Tu es complètement fou. A cause de toi, on peut dire adieu à notre sortie en ville.

– Il y a des choses plus important que ça, Malefoy, s'écria Harry en claquant la porte de leur chambre. Il faudrait que tu ouvres les yeux sur ce qui est réellement important dans la vie.

– Tes parents sont morts, Potter. Te mettre dans un état pareil et manquer de respect à un de tes professeurs, ne va pas les faire revenir.

– Et quand lui nous manque de respect ou nous harcèle, ça ne fait rien?

– Qu'est-ce qui te prend? Hier encore tu faisais de grands discours, comme quoi tu ne voulais surtout pas le décevoir.

Harry se laissa tomber sur son lit et se frotta les joues.

– Tu crois qu'il aurait tué ma mère, Malefoy? Comme dans mon rêve? Tu penses qu'il l'aurait tué?

Drago baissa les yeux au sol et soupira lourdement.

– Je ne sais pas. Je pense qu'on fait toujours ce que le Seigneur-des-Ténèbres nous demande. On a pas le choix. On suit toujours les ordres qu'il nous donne. Comme moi, je suis toujours ceux de mon père. Notre vie ne nous appartient plus. On obéit, c'est tout.

– S'il nous devions posséder plus qu'une seule chose, Malefoy, si tout devait nous être enlevé et que nous pouvions garder avec nous ce que nous avons de plus précieux, ce serait bel et bien la liberté de penser et d'agir selon notre propre volonté. C'est ce qu'il y a de plus important. Il ne faut jamais laisser sa vie être dictée par quelqu'un d'autre que soi-même.

Drago dévisagea longuement Harry. Il se sentait mal-à-l'aise. Il prétexta avoir encore faim et descendit dans la cuisine. Rogue y était toujours. Les yeux fermés, il restait immobile en plein milieu de la pièce. Drago fit demi-tour. Il n'avait aucune envie de le voir dans cet état. Il s'enferma donc dans la bibliothèque et entreprit d'y passer sa journée. Harry n'allait pas le déranger, puisqu'il n'avait pas le droit de sortir de la chambre et il allait pouvoir être tranquille.

A l'heure du repas, Rogue ne permit pas à Harry de descendre. Drago et lui dînèrent donc silencieusement, en tête à tête. Le blond était gêné par cette atmosphère lourde et maussade.

– Il ne pensait peut-être pas tout ce qu'il a dit, souffla finalement l'adolescent.

Rogue leva les yeux vers lui et soupira.

– Si, il le pensait. Et le pire, c'est qu'il a parfaitement raison. Sur toute la ligne.

Malefoy baissa les yeux sur son assiette et la repoussa.

– Vous pensez qu'il dit vrai.. que tout le monde.. que tout le monde peut changer? Vous pensez que c'est possible pour tout le monde?

– Vous pensez à votre père?

Le blond haussa les épaules en grimaçant. Il ne savait pas vraiment à qui il songeait en disant cela. Il ne pensait à personne en particulier et à tout le monde à la fois. Il pensait à lui-même, avant toute autre personne.

– Il faut en avoir envie, je présume.

– Et vous? Vous n'en avez pas envie? Si j'ai compris, sa mère était votre amie. Ça a l'air de beaucoup plus le toucher que ce..

– Je n'ai pas envie de parler de ça. Je pense que pour changer, il faut en avoir la force.. ou alors, il faut être placé au pied du mur. Si on a plus le choix et que l'on ne peut plus avancer, alors on finit par faire marche arrière.

– C'est ce qui est arrivé pour vous?

– Comment ça?

– Je ne sais pas, avoua-t-il. Ce n'était qu'une hypothèse.

– Ne parle pas de ce dont vous ne comprenez pas, Drago.

– Je me rends compte parfois que je ne comprends pas grand chose, professeur. J'aimerais savoir qui je suis et ce que je veux. Mais je suis complètement perdu.

– C'est normal. Je pense qu'avec Potter, vous vous ressemblez beaucoup pour ça. C'est l'adolescence.

– Où est-ce que l'on trouve toutes les réponses à nos questions?

– Je ne sais pas. C'est la vie qui nous les apporte.

– Sauf si on s'appelle Dumbledore. Là, on sait tout d'office.

Rogue ne pu s'empêcher de lâcher un rire amusé.

– Ce n'est pas vrai. Dumbledore a beaucoup vécu et justement, la vie lui a apporté de nombreuses réponses. Sa liste de questions s'est donc rétrécie. Mais il y a toujours des mystères qu'il n'arrive pas à résoudre. C'est un homme et comme tous les hommes, il lui arrive de faire des erreurs. Un jour, tu seras peut-être aussi sage que lui, Drago.

Drago leva les yeux face au tutoiement que venait de prendre son professeur. Cela lui arrivait souvent. Rogue le tutoyait et le vouvoyait parfois dans la même phrase.

– Personne ne vivra jamais aussi longtemps que Dumbledore. Il est impossible d'avoir autant de connaissance que lui. S'il se retrouvait face à Merlin et qu'il devait le battre duel, je ne serais même pas dire lequel des deux gagnerait.

– Drago, que ce soit Merlin ou Dumbledore, ils ont un jour été des garçons de quatorze ans, eux aussi. Avec des questions plein la tête, comme toi.

Le blond avait du mal à les imaginer à son âge.

– Et Merlin sait, d'ailleurs, à quel point Albus Dumbledore a fait des erreurs dans sa jeunesse.

Drago acquiesça d'un signe de tête, avant de se lever de sa chaise. Il la poussa sous la table et offrit un faible sourire à son professeur de potion.

– Je peux vous poser une question?

Comme toute réponse, Rogue leva les yeux vers lui, pour lui montrer qu'il avait toute son attention.

– Sera-t-il toujours possible de sortir cette semaine? Malgré tout ce qu'il vient de se passer...

– Je tiens toujours mes promesses, soupira Rogue. File, maintenant.