19.

Étendu sur le bureau de la petite chambre qu'il partageait avec Drago, Harry essayait de rédiger une lettre à ses meilleurs amis. Ron et Hermione avaient envoyé de nombreux mots et Harry n'avait pas forcément eu le temps de leur répondre. Maintenant que le papier se trouvait face à lui et que sa plume était dans sa main, il se rendait compte qu'il ne savait absolument pas par où commencer. Il avait énormément de choses à leur dire et dans un même temps, il n'était pas autorisé à tout leur révéler. Ce qui au final, se retrouvait être une torture.

Si Harry ne leur avouait pas tout ce qu'il savait sur l'état de Sirius, c'était uniquement par peur que leurs échanges soient interceptés. Une lettre était, après tout, facilement perdue. Des informations aussi importantes, dans les mains de n'importe qui, pourrait mettre Sirius en grave danger. Toutefois, il se promit de les tenir très vite au courant, même s'il n'était pas autorisé à le faire.

Harry attrapa la lettre destiné à Hermione, qui était identique à celle qu'il avait écrite pour Ron et la lit pour s'assurer que rien n'était incohérent dans ses écrits.

«Chère Hermione,

Tu vas trouver cela peut-être étrange, mais je m'amuse beaucoup avec Drago. Ce matin, Rogue nous a donné une boite qui renfermait différentes balles de Quidditch. Je ne sais pas d'où il tient ça. Il nous a dit de les garder le temps de notre séjour. Nous avons lâché un vif d'or et nous nous sommes amusés à lui courir après. J'ai gagné à chaque fois, tu imagines bien. J'ai hésité à le laisser remporter au moins une partie, car j'avais peur de le mettre en colère ou de le vexer. Mais bizarrement, Drago semblait avoir la tête ailleurs. (Tu verras qu'il s'en servira d'excuses, plus tard, pour expliquer sa lamentable défaite) Il était donc plutôt bon joueur dans l'ensemble. C'est vraiment étonnant.

Nous avons passé le reste de la matinée à cuisiner. Si aucun de nous n'est empoisonné à la fin du dessert, c'est que nous ne sommes pas si mauvais que ça. Rogue nous a un peu aidé. Il faut dire qu'il ne pouvait pas s'empêcher de venir jeter un coup d'œil à ce que l'on faisait. Il craignait que nous ne fassions exploser sa maison. On a fini par lui demander s'il voulait se joindre à nous, il a dit qu'il était très occupé dans son laboratoire et puis il nous a retiré ce qu'on avait dans les mains, parce que : «vous êtes deux dangers ambulants, vous êtes en train de faire n'importe quoi avec ce poulet, laissez-moi arranger ça».

Tu sais, je pensais que mon séjour ici serait atroce. Mais finalement, ce n'est pas si horrible que ça. Drago se révèle être agréable et intéressant, (oui, je sais, ça sonne faux, mais pourtant c'est bien le cas) Quant à Rogue, il n'est pas beaucoup présent. Il passe tout son temps dans son laboratoire et lorsqu'il en sort, il est parfois -je dis bien parfois- sympa. Depuis une très lourde dispute, où j'ai vraiment haussé la voix, Rogue fait des efforts. Je crois bien qu'il voudrait se racheter.

Après le repas du midi, nous irons à Pré-Au-Lard. Je suis impatient. Drago ne cesse de me parler d'une surprise. Je ne sais pas du tout de quoi il s'agit, mais il n'arrête pas d'en rire. Il me dit que c'est un rite d'initiation pour rentrer dans sa bande. Je ne sais pas du tout de quelle bande il parle, mais ça ne me dit rien de bon. Je te tiendrai au courant une fois de retour chez Rogue.

Je t'embrasse, j'espère te revoir très vite,

ton ami,

H. Potter.»

Il plia ensuite ses lettres en deux et les attacha aux membres d'Hedwige, qui s'amusait à lisser les cheveux de Harry avec son bec. L'adolescent caressa un instant les plumes de la chouette blanche et lui offrit un sourire plein de douceur et de reconnaissance. Hedwige avait parfois son caractère bien trempé, mais il appréciait ça. Elle avait été sa toute première amie.

– Pourquoi souris-tu si bêtement? soupira Drago en grimaçant.

– Je suis en train de penser au jour où j'ai eu Hedwige. Hagrid est venu me chercher chez mes moldus, il m'a accompagné au Chemin de Traverse et il me la offerte. C'était mon premier véritable cadeau d'anniversaire.

– J'oublie parfois que tu as été élevé par des moldus. Ce devait être horrible.

– Ce n'est le fait d'avoir été élevé par des moldus qui a été horrible. Ce sont ces moldus là qui l'étaient.

Drago s'avança jusqu'à Harry et le dévisagea un moment, avant de répondre.

– Souhaites-tu sincèrement les retrouver? demanda-t-il avec un sérieux que le Survivant ne lui connaissait pas.

Harry prit le temps de réfléchir à cette question. Les Dursley n'avaient jamais eu d'affection pour Harry et n'avaient jamais essayé de lui rendre la vie facile. Ils l'avaient enfermé dans un placard à balais. Il n'avait pas forcément de jouets pour se distraire et passer le temps, et il portait les vieilles affaires trois fois trop grandes de Dudley. Il devait faire toutes les tâches ménagères, ainsi que la cuisine et si Vernon et Pétunia ne levaient pas la main sur lui, ils ne disaient jamais rien lorsque Dudley et ses copains lui couraient après pour lui faire la tête au carré.

Est-ce que Harry leur en voulait, au point de les laisser croupir auprès des Mangemorts? La réponse était non. Le brun balança doucement la tête de haut en bas, sans lâcher Drago du regard. Le Serpentard soupira lourdement et haussa les épaules. Il était visiblement étonné par la réponse de son ami.

Son ami?

Ni Harry, ni Drago, ne savaient réellement où ils en étaient. Ils commençaient sincèrement à s'apprécier et ne savaient pas comment se définir. Drago fixa un instant la lettre accrochée à la chouette et se demanda si un jour, Harry lui en écrirait une également. Un sourire amer fendit son visage. Il connaissait déjà la réponse à cette question idiote. Il ne recevrait jamais de lettres de Harry. Personne n'en recevrait jamais plus. C'était peut-être les dernières qu'il envoyait. Un sentiment de panique fit accélérer les battements de son cours et il s'empressa de détourner les yeux. Il fallait qu'il se reprenne, ou il allait finir par faire des vagues.

– Ça va? souffla Harry en fronçant les sourcils d'un air inquiet.

– Oui, mentit Drago. Je te trouve bien trop gentil. Tu devrais avoir envie de te venger.

– Ah oui? Si je devais me venger du traitement que j'ai subis chez mes moldus, alors je devrais me venger de ce que toi tu m'as fait subir pendant trois ans.

– Pourquoi est-ce que tu ne le fais pas, Potter? Pourquoi est-ce que tu ne me colle pas une droite en pleine gueule, comme ta Granger la fait, en m'insultant et en me crachant au visage toutes les crasses que j'ai pu te faire? Tu penses que je ne le mérite plus? Je t'ai connu moins ramolli.

Harry ne put s'empêcher de rire, ce qui fit grincer les dents de Drago. Il ne pouvait donc jamais cesser d'être si.. pur et naïf? Lui qui n'avait pas eu d'enfance à proprement parlé et qui avait dû se méfier de toutes les personnes qui l'entouraient, n'apprenait donc jamais les leçons?

– Pourquoi es-tu si gentil? maugréa Drago. Tu es faible et tu ne le devrais pas. La vie s'acharne sur toi. Tu devrais être sur tes gardes. Tu devrais grogner constamment et te tenir prêt à mordre. Au lieu de ça, Potter, tu es gentil.

– Gentil? répéta Harry en haussant les sourcils de manière perplexe. Je ne savais pas que tu me trouvais gentil, Malefoy.

– C'est pour cette raison que tu me répugne tellement, siffla-t-il en levant les yeux au ciel, ce qui déclencha une nouvelle crise de rire au brun. Et tu veux bien arrêter de rire? Tu es en train de me déprimer.

– Mais tu me fais rire, se défendit Harry en levant les bras au ciel.

– Je ne vois pas trop ce qu'il y a de drôle dans ce que je dis. Je suis très sérieux. Tu aurais toutes les raisons du monde d'en vouloir à la terre entière, aux moldus et j'en passe. Même à Dumbledore! Tu aurais toutes les raisons du monde pour être.. comme moi. Et pourtant, tu es tellement... Poufsouffle.

– Mes parents ne sont pas morts pour que je devienne quelqu'un dont ils ne seraient pas fiers. Molly et Arthur Weasley, Hagrid ou encore Lupin, ne m'ont pas donné leur confiance et.. et plus que ça, pour que je les trahisse. Mon parrain a passé douze ans à Azkaban et c'est toujours une des meilleures personnes que je n'ai jamais rencontré. Et pourtant, il avait déjà passé une bonne partie de sa vie, à contre-courant avec sa famille. Ce que j'ai vécu, moi, à côté de ça, c'est presque.. rien.

Le visage de Drago se figea. Un froid particulièrement désagréable, semblait s'installer au fond de ses entrailles.

– Ton parrain...? tu parles de Sirius Black? Le cousin de ma mère? Tu sais où il est?

Harry se serait jeté immédiatement de la fenêtre, s'il avait pu bouger. Il était cloué sur place, les joues brûlantes. Il pouvait être si stupide parfois. En parler à Rogue n'avait pas forcément été une erreur et il ne le regrettait pas. Mais à Drago. Drago Malefoy. Il aurait dû se montrer plus prudent.

– J'ai eu l'occasion de le rencontrer, avant sa seconde évasion. Je ne sais pas où il est maintenant. Je n'ai pas bougé de la maison de Rogue depuis que nous avons quitté Poudlard.

Drago acquiesça lentement, le visage baissé.

– Il doit se cacher, sans doute, murmura le blond en levant les yeux vers Harry. Il doit être constamment sur ses gardes, s'il ne veut pas se faire prendre.

A la grande satisfaction de Harry, Drago changea radicalement de sujet. Ils parlèrent de tout et de rien, puis descendirent prendre le repas dans la cuisine. Rogue les attendait et ne semblait pas content de les voir arriver en retard. Les deux garçons s'excusèrent et s'assirent en silence. Bientôt, leurs conversations résonnaient de nouveau dans la pièce froide et grisâtre. Rogue les observait d'un œil attentif et ne trouvait pas si désagréable d'avoir une maison vivante et joyeuse.

– Vous allez prendre un portoloin pour vous rendre à Pré-au-Lard, expliqua Rogue entre deux bouchées de ragoût. Il sera ensorcelé pour vous faire rentrer à la seconde où vous déciderez de toucher l'objet. Bien sûr, vous avez jusqu'à dix-huit heure, sinon je vous ramènerai de force.

Les deux garçons se contentèrent de fixer Rogue, acceptant silencieusement les paroles qu'il venait de prononcer.

– Potter, j'ai quelque chose pour vous, reprit le maître des potions en fouillant dans la poche de sa robe.

Il en tira une enveloppe et la lui tendit.

– Qu'est-ce que c'est?

– Quelque chose que je garde avec moi depuis trop longtemps et que votre mère aurait aimé que je vous donne.

Harry allait la déchirer, lorsqu'une main se posa sur la sienne. Rogue s'empressa de la retirer.

– Ne l'ouvrez pas maintenant. Je n'ai pas envie d'être présent lorsque vous le ferez.

Le brun se mordit la lèvre, complètement mort de curiosité, mais finit par obéir. Il plaça la lourde enveloppe dans sa poche et baissa les yeux sur le dessert qui venait d'apparaître dans son assiette.

Drago était si pressé et excité, qu'il engouffra son gâteau comme si c'était de l'eau. Il ne cessait de parler du rite d'initiation de Harry, sans jamais lui dire de quoi il s'agissait, et jetait parfois des coups d'œil entendu à son directeur de maison. Rogue devait être au courant de cette histoire, Harry s'en doutait. Sinon, il n'aurait pas ce sourire au coin des lèvres. Cette affaire avait quelque chose de louche.

A la fin du repas, Rogue installa tout un tas de sortilèges sur les deux adolescents. Une fois cela fait, il vérifia une dernière fois que tout allait bien et leur donna l'autorisation de partir. Drago attrapa brusquement le poignet du brun et le tira dans le jardin.

– Ça va être génial! s'exclama-t-il en s'arrêtant devant une botte usée et poussiéreuse.

– Qu'est-ce que c'est? demanda Harry. Comment est-ce qu'on va se rendre à Pré-Au-Lard?

– Tu n'as pas écouté ce qu'il a dit? Il a installé des portoloins... répondit Drago. Tu ne sais pas de quoi il s'agit, évidemment! Et bien c'est pratique pour ceux qui ne peuvent pas transplanner. On a pas besoin d'avoir dix-sept ans pour nous en servir. Tu dois simplement attraper la botte et elle fera le reste.

Harry hocha la tête en dévisageant l'objet déchiqueté et sale. Il n'avait aucune envie de poser ses mains dessus. Il releva les yeux vers Drago et fronça les sourcils. Rogue lui avait glissé quelques mots avant qu'ils ne sortent et la curiosité de Harry était à son comble.

– Qu'est-ce que Rogue t'a dit? souffla-t-il en prenant un air détaché.

Il se doutait que s'il montrait un réel intérêt, Drago le fasse rager en se taisant.

– Il a demandé à ce qu'on se montre gentil avec toi.

– On? répéta Harry en haussant les sourcils.

Avec un large sourire, Drago se saisit de la main de Harry et la posa sur la botte.

Une fois à Pré-au-Lard, le blond traînait littéralement le Survivant derrière lui. Il se mettait sur la pointe des pieds, pour essayer de voir par dessus la foule qui était dense en ce début d'après-midi. Tout le monde semblait vouloir profiter du beau temps pour sortir. Ce qui était normal, après ces longues journées pluvieuses qui s'étaient abattues sur l'Angleterre.

Harry s'arrêta brusquement, avec la désagréable impression d'être suivi. Il força Drago à faire de même, ce qui le fit grogner. Bouillonnant d'impatience et d'excitation, le Serpentard lui attrapa une nouvelle fois le bras et l'obligea à avancer.

– Si tu ne te bouge pas un peu, on va jamais dépasser ces mollusques, grommela-t-il en désignant de la tête un groupe de sorciers et sorcières âgés.

Harry obtempéra, mais ne put s'empêcher de lancer quelques regards suspicieux autour de lui.

– Qu'est-ce que tu as, à la fin? reprit Drago qui fut une nouvelle fois obligée de ralentir le pas.

– Je suis certain que quelqu'un est en train de nous suivre.

Le visage de Drago s'empourpra, puis il fronça les sourcils et avala difficilement sa salive, tout en observant à son tour derrière eux.

– Ce n'est pas possible, murmura-t-il doucement. Tu dois rêver.

– Je sais ce que j'ai vu. Quelque chose nous suit et se cache dès que je me retourne.

Drago lâcha son bras qu'il tenait depuis un moment et le dépassa. Il analysa le périmètre avec attention et revint vers Harry en haussant les épaules.

– C'est peut-être un de tes admirateurs. En tout cas, je ne vois rien. Allez, bouge-toi, on est attendu.

Le brun se gratta la nuque en soupirant. Il ne faisait absolument aucune confiance en ce «on» et il était pratiquement certain que ça n'allait pas lui plaire. Et en effet, son cœur s'arrêta en voyant tout un groupe de Serpentard, attablés à la terrasse d'un café que Harry ne fréquentait jamais. Il n'était encore jamais venu ici.

Il jeta un rapide coup d'œil aux personnes présentes, tandis que Drago leur serrait la main ou leur faisait la bise. Il y avait Pansy, que Harry connaissait et détestait particulièrement. La jeune fille aux cheveux noirs, coupés au carré, ne lâchait pas Drago du regard. Il y avait une certaine admiration dans ses yeux, admiration que Harry ne comprenait absolument pas. Drago ne faisait rien pour. Il semblait profondément indifférent à ce qu'elle pouvait ressentir pour lui. Drago en profita pour lui frictionner les cheveux. La jeune fille poussa un juron aigu et s'empressa de se recoiffer, avant de lui lancer un papier à la figure.

Avec un sourire un peu distant, Drago serra la main d'un garçon à la peau noire. Il était particulièrement séduisant et paraissait bien plus mature que son âge. Le garçon affichait un air joueur et lança gentiment son poing dans le ventre du blond. Bon.. peut-être que pour la maturité, ce sera pour une prochaine fois. Drago souhaita lui rendre son geste mais Pansy, qui avait les fesses du blond au niveau de sa figure, le poussa violemment pour qu'il se déplace. Drago tomba en avant et se rattrapa de justesse à la chaise d'une grande blonde aux épaules et à la mâchoire carrées. Il se saisit de ce moment peu flatteur pour l'embrasser sur la joue. Drago s'en sortait toujours. Harry se souvenait d'elle. Hermione s'était bagarrée avec elle et pensait avoir volé un de ses cheveux, en seconde année, lorsqu'ils préparaient du Polynectar. Il s'agissait en réalité d'un poil de chat. Elle s'appelait Millicient.

Drago contourna la table pour serrer la main d'un autre garçon, qui se tenait un peu en retrait des autres. Il adressa un faible regard à Harry et ses yeux se fermèrent à moitié. Il était le seul à l'avoir remarqué, personne d'autre ne semblait faire attention au Gryffondor. Drago s'arrêta ensuite face à deux jeunes filles. L'une semblait plus jeune qu'eux, mais était aussi beaucoup plus jolie. Il se baissa pour les embrasser doucement sur la joue, puis se tourna vers l'aînée.

– Je vois que tu as amené la demie-portion avec toi, sourit-il.

– Figure-toi que je n'ai pas eu le choix, grogna-t-elle en levant les yeux au ciel. On m'a obligé à le faire.

La gamine, qui devait être sa sœur, la foudroya du regard et lui tira la langue. Drago secoua désespérément la tête et s'essaya entre le garçon énigmatique et la sœur aînée.

Harry restait là, comme un imbécile. Il les regardait sans bouger. C'était donc ça son rite d'initiation? Il devait s'installer avec eux et se faire humilier? Il était à deux doigts de faire demi-tour et de rejoindre la botte. Il n'était pas venu à Pré-Au-Lard pour ça. Il voulait passer une journée tranquille.

Le garçon qui l'avait remarqué, commençait à comprendre que la présence de Harry n'était pas un hasard et qu'il était venu avec Drago. Ils devaient être au courant, que Drago et lui, étaient tous les deux chez leur professeur de potions. Mais, peut-être pensaient-ils qu'ils se seraient séparés une fois à Pré-Au-Lard. Comme Harry ne semblait pas vouloir partir, le garçon donna un coup de coude à Drago.

– Si tu ne dis pas à ta petite copine de venir, je crois qu'elle va s'enraciner.

Tous les regards se tournèrent alors vers Harry, qui était de plus en plus gêné.

– Je l'avais oublié, rit Drago se mordant la lèvre inférieure. Ramène-toi, Potter.

Toute la table se mit à rire et à le détailler comme un troupeau de bêtes affamées regarderaient un morceau de viande.

– Allez, personne ne va te manger.

Harry en doutait fortement. Prenant son courage à deux mains, il s'avança vers eux. Pansy tira une chaise qui se trouvait à la table derrière elle, et l'invita à prendre place à ses côtés. Un peu hésitant, Harry se laissa lourdement tomber dessus et regretta immédiatement cette proximité avec la Serpentard. Elle semblait l'analyser sur toutes les coutures et s'arrêta un instant sur sa cicatrice.

– Je te présente Pansy, Blaise, Millicient, Théodore, Daphné et son adorable peste de petite sœur, Astoria.

La gamine lui tira une nouvelle fois la langue et s'avachit sur sa chaise. Elle glissa quelques mots dans l'oreille de sa sœur qui leva les yeux au ciel.

– Encore? se lamenta-t-elle. Mais tu as mangé il y a vingt minutes.

– Et alors? Maintenant que Malefoy et Potter sont là, on peut recommander, non?

Daphné soupira et lui tendit des mornilles. Absolument ravis, la gamine se leva et se dirigea vers une serveuse. Elle revint quelques secondes plus tard, avec un plateau de bierraubeurres et une énorme glace.

– Tu es vraiment un ventre sur pattes, remarqua Drago. Je me demande comment tu peux être si mince, avec tout ce que tu manges.

Astoria allait une fois de plus lui tirer la langue, mais Drago fut plus rapide qu'elle.

– Sort-là encore et je te la coupe, la menaça-t-il.

Daphné frappa le front de Drago en une moue outrée.

– Laisse-donc ma sœur tranquille! râla-t-elle avec un soupir faussement désespéré.

Le visage de Blaise se ferma et il observa attentivement derrière Harry. Tout le monde suivit son regard avec interrogation et l'adolescent haussa les épaules avec indifférence.

– J'ai cru voir quelqu'un qui nous regardait. Mais il y a beaucoup de monde, j'ai dû imaginer des choses.

Harry fronça les sourcils. Lui aussi avait le sentiment d'être observé et ça ne lui plaisait pas du tout. Il leva les yeux vers Drago juste à temps pour voir que celui-ci lui mimait quelque chose avec ses lèvres. Harry se concentra et comprit que le blond lui demandait s'il pouvait s'agir de Sirius. Il hocha négativement la tête. C'était impossible.

Tandis qu'Astoria dévorait sa glace et que les autres sirotaient leur boisson, Pansy racontait à toute la tablée ce qu'elle avait fait pendant les vacances. Millicient, plus timide que les autres filles présentes, n'osaient pas intervenir, alors que Daphné et Astoria prenaient un malin plaisir à interrompre la jeune fille. Exaspérée, Pansy leur jetait des regards mauvais et reprenait à chaque fois son discours, comme si elle n'avait rien entendu.

Vint ensuite le tour de Blaise, puis de Drago. Harry se sentit légèrement mal-à-l'aise, en se rendant compte qu'il était au cœur de pratiquement tout ce que le blond disait. Toutes les paires de yeux étaient braquées sur lui et le rouge lui montait désagréablement aux joues.

– Vous ne savez pas quoi! s'exclama Astoria, la bouche pleine de chocolat/pistache. Comme j'ai eu les meilleures notes dans 97% des matières, maman et papa vont m'acheter un balais. Sûrement un nimbus 2001, comme Malefoy.

– Pourquoi faire, Greegrass? s'amusa Drago. L'équipe de Quidditch de Serpentard n'accepte pas les filles. Et sûrement pas des petites princesses de douze ans. On veut des durs. Le but du jeu est de gagner.

– Pourtant quand tu étais en seconde année, ils ont bien accepté une princesse de douze ans comme attrapeur, pouffa Blaise, ce qui lui valu un coup de pied par dessous la table.

– Tout le monde n'a pas forcément les moyens d'offrir un balais de la dernière mode à tous les joueurs, pour pouvoir rentrer dans l'équipe, susurra la gamine. Mais s'il est si facile de d'acheter les Serpentard, alors peut-être qu'une fille pourrait y rentrer facilement.

La bouche entrouverte, Drago la dévisagea avec hargne. Sentant la moutarde monter au nez de son ami, Pansy décida de changer de sujet en s'attaquant à Harry. Elle lui adressa un sourire, qui n'inspira aucune confiance au brun.

– Alors, Potter, dis-moi comment un gosse qui a été élevé par des moldus, et qui ne connaissait rien en la sorcellerie avant de mettre les pieds à Poudlard, peut être à ce point un as sur un balais. Tu sais que tu fais rougir Drago de honte.

– N'importe quoi, se renfrogna le concerné. Est-ce que vous avez décidé de tous vous acharner sur moi aujourd'hui? Si c'est le cas je vais me casser. Je vous laisse le balafré, puis qu'apparemment il ne semble pas vous déranger lui et moi je rentre.

Pansy lui offrit son plus beau sourire, en guise d'excuse.

– C'est le talent, expliqua Blaise en haussant les épaules. Comme Rogue. Je suis sûr qu'il est tombé dans un chaudron quand il était petit.

– Comme Obélix, voulu plaisanter Harry. Obélix... le gaulois.. laissez tomber, ce n'est pas grave.

Comme personne ne semblait connaître ce personnage de BD française, Harry fit un signe de la main pour inciter les autres à continuer leur conversation.

– Il paraît qu'en première année, continua Millicient d'une petite voix, il était capable de comprendre et de réaliser des potions qui n'étaient habituellement traitées que pendant les BUSEs!

– Moi aussi j'ai un talent inné, murmura Blaise avec un sourire en coin. C'est pour ça que je sais de quoi je parle.

– Et quel est ce fameux talent, au juste? cracha Théodore. Je crois que tu as oublié de nous tenir au courant.

– La beauté, avoua Blaise en gonflant le torse.

Un silence étrange s'installa à la table, avant que tout le monde n'éclate de rire. Après ce moment, Harry était tout à fait détendu. Les Serpentard ne l'avaient pas jugé une seule fois et il n'avait eu le droit à aucune remarque désagréable. Au contraire, ils se montraient tous sympathiques et la petite Astoria semblait beaucoup l'apprécier. Il voyait qu'il ne la laissait pas indifférent et une part de lui ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il attirait toujours les plus jeunes.

«Ginny a de la concurrence», plaisanta-t-il pour lui-même.

Harry parvint difficilement à s'insérer dans les conversations. Le petit groupe se montrait respectueux envers lui, mais ne se privait pas pour lancer quelques piques à sa maison. Si au départ, les paroles de Drago étaient vivantes et mouvementés, il se faisait de plus en plus inquiet et absent. Harry le sentait et ne pouvait pas s'empêcher de le dévisager. Il était plus pâle encore que d'habitude.

– Harry! Il y a Weasmoche là-bas! le prévint Drago en désignant un groupe de personnes du doigt.

A ces mots, le brun se leva d'un bond et se retourna vers la direction que lui montrait le Serpentard. En effet, Fred, George, Ginny et Ron, étaient en train de marcher dans l'allée. Les jumeaux avaient des sacs plein les bras. Sans doute pour leurs expériences. Ils en avaient longuement discuté ensemble, durant la fête d'anniversaire. Le brun se dirigea d'un pas rapide vers eux et les salua d'un geste de la main. Surpris, Ron le serra dans ses bras et lui parla si rapidement, que Harry ne comprit ne comprit pas la moitié de ce qu'il venait de lui dire.

Mais il n'eut pas le temps de le faire répéter, que Ron dévisageait déjà la table des Serpentard avec dégoût. Son attitude énerva profondément Astoria, qui fit mine de remonter ses manches et de se lever. Sa sœur leva une nouvelle fois les yeux au ciel et la tira par le bras, pour l'inciter à regarder ailleurs.

– Moi qui m'inquiétait pour toi, souffla Ron, je vois que ce n'était pas la peine. Ce sont tes grands amis maintenant?

– On ne peut pas dire ça, sourit Harry. Mais je ne vais pas me plaindre, au moins il n'y a pas de sang qui coule.

– J'espère que ça va durer. Bon courage, en tout cas. On doit y aller nous.

– Je t'ai envoyé une lettre tout à l'heure.

– Super! s'exclama Ron. Je l'aurai en rentrant! A bientôt, Harry.

Les jumeaux et Ginny le saluèrent également. Harry avait un pincement au cœur en les observant s'éloigner. Il aurait aimé rester avec eux. Ron lui manquait tellement. Le Survivant retourna avec les Serpentard, mais n'eut pas le temps de s'asseoir que Drago plantait ses ongles dans son bras. Il lui arracha un cri de douleur et Harry le repoussa plus violemment qu'il ne l'aurait souhaité.

– Tu es fou? Tu m'as fait mal!

– On s'en va, le prévint Drago.

– Quoi?

– On s'en va, répéta-t-il. Désolé les gars, mais on va y aller.

Tout le monde semblait surpris et déçu autour de la table.

– Qu'est-ce que tu racontes, on a encore tout notre temps!

– Lève-toi, je te dis! On s'en va!

– Mais..

– Potter! Boucle-la et suis-moi!

Il agrippa Harry par le bras et l'entraîna vers le portoloin.

– Qu'est-ce qui te prend, Malefoy?

«Je sauve ta misérable vie, idiot», pensa le Serpentard.