22.

Une douce lumière bleutée se diffusait agréablement dans la chambre de Remus. Les fenêtres ouvertes aéraient la pièce et ne laissaient entrer qu'un faible courant d'air. Un feu crépitait sous le chaudron où bouillait la potion, tandis qu'une odeur de fleurs et de plantes recouvraient chaque recoin de la pièce.

– Je m'endors, ronronna Sirius en s'étirant.

Remus lui répondit d'un sourire absent. Le lycanthrope semblait anxieux, l'esprit ailleurs. Son corps était présent, mais il se trouvait mentalement très loin de sa chambre. Il maltraitait ses doigts, sans lâcher des yeux le liquide qui se réchauffait dans le chaudron.

L'animagus se releva et observa un instant cette fameuse potion, dont il avait failli ne jamais en voir la couleur. Elle ne lui donnait absolument pas l'envie d'être bu. Des bulles grosses comme son poing explosaient à la surface et l'eau avait à présent une inquiétante couleur verdâtre.

Il se serra contre Remus, collant son torse au dos de son ami et enfouit son visage dans son cou. Il huma un instant l'odeur sucré de sa peau, avant d'y déposer un léger baiser. Ils restèrent un instant dans cette position que le lycanthrope trouvait sans doute rassurante, car sa respiration s'était ralentie de manière flagrante. Il respirait doucement, les yeux légèrement clos et Sirius se délectait de ce spectacle.

Sirius n'avait pas quitté son ami la veille, alors que lui et Tonks ajoutaient les derniers ingrédients à la potion. Il ne pouvait pas les laisser seuls dans une même pièce, pas après que Tonks ait embrassé Remus. Il s'en voulait. Peut-être que Remus aurait aimé avoir des explications sur le geste de la jeune femme, mais avec Sirius dans les pattes cela avait été impossible d'en venir au sujet.

Sirius n'était pas prêt à voir son ami dans les bras de quelqu'un d'autre. De plus, tous ces moments qu'ils partageaient ensemble, seraient interdits, n'est-ce pas? Si Remus était avec quelqu'un, Sirius ne pourrait plus dormir avec lui, ni le serrer dans ses bras? Il avait observé attentivement Tonks, la dévisageant toute l'après-midi. Ce qu'il en avait conclu, c'est que Sirius était indésirable à ses yeux. Elle aussi aurait aimé se retrouver seule avec Remus.

La jalousie le consumait et il savait pertinemment qu'il exagérait ses propos. Non seulement, la jeune femme était gentille et douce avec Sirius, mais en plus, elle lui souriait et cherchait à plaisanter avec lui. Elle avait même semblé plutôt heureuse, de le voir s'intéresser à la dernière étape de la potion. Ça l'énervait d'autant plus. Tonks était tout sauf détestable. Il se détacha de Remus et lui attrapa le bras pour le forcer à descendre dans la cuisine. Il le stressait aussi à fixer cette potion de malheur.

Il était décidé, il devait laisser Tonks et Remus s'expliquer.

Remus n'avait jamais été aussi stressé de sa vie. Pourtant, il avait connu toute une palette de stress, entre les lunes et les maraudeurs. L'angoisse qui englobait chacune de ses entrailles était différente. L'excitation se mélangeait à la peur et à d'autres contrastes. Il avait le sentiment de se jeter dans le vide en se sachant attacher, mais dont la corde qui le tiendrait serait à moitié rongée par les rats.

Sirius se laissa tomber sur le canapé, un jus de citrouille dans une main et un morceau de tarte à la mélasse dans l'autre. Remus laissa longuement ses yeux traîner sur son ami. Sirius était beau dans cette position. Il avait quelque chose d'adorable et de presque enfantin. Il mangeait en mettant des miettes partout et ses cheveux en désordre tombaient devant ses yeux. Remus avait envie de passer ses doigts dedans et de les caresser doucement.

Il soupira, sans vraiment en connaître la raison et chercha de quoi nourrir Buck dans le frigidaire. L'hippogriffe faisait preuve d'une patience exemplaire. Lui qui avait l'habitude de vivre avec les siens, en liberté dans un pré, était à présent enfermé depuis des semaines. Pourtant, l'animal était silencieux, compréhensif, joueur et bienveillant.

Remus le trouva dans le grenier. L'hippogriffe l'avait, depuis quelque temps, élu pour domicile même s'il pouvait flâner librement dans la maison. La bête sautilla sur place en voyant son dîner lui être apporté. Il offrit à Remus un petit cri de joie mêlé d'impatience.

Lorsque Remus pivota pour sortir du grenier, il tomba nez-à-nez avec Tonks. Ses sens de loup-garou ne l'avaient pas prévenu. Une fois la surprise passé, il bafouilla un bonjour et l'entraîna à l'extérieur de la pièce, sous l'œil amusé de l'hippogriffe qui avait le bec plein de poils et de sang.

– Salut, lui répondit la jeune femme. Sirius m'a dit que je te trouverais sûrement là-haut.

– Oh. Il va venir?

– Je ne crois pas. Il m'a dit qu'il était occupé et qu'on pouvait continuer sans lui.

– Occupé? répéta Remus, légèrement dubitatif.

– Je pense que ce n'était qu'une excuse. Remus, il faudrait parler de ce qui est arrivé l'autre jour. Je vois que tu agis différemment avec moi et ce n'était pas mon but. Notre amitié n'a pas besoin de changer. Ce baiser était important, seulement si tu le nomme ainsi.

– Tu embrasses souvent tes amis?

Tonks lâcha un petit rire.

– Seulement si mes amis me plaisent.

Remus rougit légèrement, ce qui accentua le rire de la jeune femme, qui le poussa légèrement de son coude. Ils entrèrent dans la chambre et le lycanthrope espéra secrètement voir Sirius arriver. Il devait se faire une raison, son ami avait l'intention de le laisser seul avec l'ancienne Poufsouffle.

Malgré les paroles de son amie, quelque chose avait changé entre eux. Remus pouvait le voir dans la façon dont elle le regardait, le touchait, lui parlait. Sa voix était plus lente et venait presque couler dans ses oreilles. Elle cherchait à le séduire et faisait exprès de se passer la langue sur ses lèvres ou de lui frôler les bras.

Étrangement, Remus n'en était pas si gêné que ça. Le sentiment d'être désiré n'était pas désagréable. S'il n'avait jamais été mordu, sa vie aurait été différente. Il serait même peut-être marié à cette heure précise. S'il n'avait pas été mordu, il ne serait pas en train de préparer une potion pour réparer sa peau abîmé. Il ne dépendrait pas non plus de Sirius.

Cette pensée lui contracta le cœur. Il souhaitait être avec son ami. Maladie ou pas, il avait besoin de voir Sirius chaque jour de sa vie. Il avait passé trop de moments loin de lui et ne voulait plus voir cela se répéter.

– Tiens, murmura Tonks en lui donnant un verre remplit de l'étrange substance.

Remus ne s'attendait pas à ce que tout s'accélère si rapidement. Il avait presque oublié qu'il devait la boire. Il pouvait être débarrassé de ses cicatrices ou au contraire, avoir fait tout cela pour rien. Et si rien ne se passait comme prévu? Et si son corps entier, se recouvrait d'hématomes répugnants?

Tonks posa une main contre sa joue et lui murmura des paroles réconfortantes. La panique devait donc se lire sur son visage, pour avoir besoin d'être apaisé de la sorte. Il n'entendait même pas ce qu'elle lui disait, mais cela ne faisait rien. Il ferma les yeux et porta la boisson à ses lèvres.

Elle avait un goût amer, acre, fort, épicé.

Des larmes montèrent à ses yeux et Remus se laissa tomber à genoux. Il avait envie de hurler, tant la douleur était invivable, oppressante. Sa peau s'étirait et le brûlait. Tonks se pencha à sa hauteur et son visage se retrouva bientôt proche du sien. Elle le prit alors dans ses bras, lui caressant tendrement le dos. Elle n'aurait pas dû faire ça, car Remus se saisit brutalement de ses bras, enfonçant ses ongles dans la peau claire de la jeune femme.

Les minutes qui s'écoulèrent furent les plus longues de leur vie. Ils souffraient silencieusement, l'un contre l'autre. Remus n'avait pas la force de se dégager et Tonks le laissait faire, absorbant ainsi une part de son fardeau. Petit à petit, la douleur devint moins forte. Remus desserra son emprise sur les bras de la jeune femme et se laissa tomber mollement contre elle, l'esprit aussi vide qu'une coquille.

Remus respirait bruyamment, les yeux grands ouverts, tandis que Tonks le dévisageait comme si elle se trouvait face à un magyar à pointe. Craignant le pire, il n'osait pas la questionner. Il se contentait d'attendre, la gorge serrée.

– Remus... souffla Tonks, les yeux baignés de larmes.

Il aurait préféré mourir. Si son corps était encore plus affreux qu'avant, il ne sortirait plus jamais de cette chambre.

– Ça a fonctionné, reprit la jeune femme en se laissant tomber lourdement sur les fesses, l'entraînant légèrement dans sa chute.

Remus posa une main par terre, pour se retenir et se releva brusquement. Il couru presque jusqu'à son miroir, pour voir le résultat.

Son visage était parfaitement lisse. Il n'y avait plus aucune trace physique de son problème de fourrure, comme James aimait ainsi le nommer. Tonks se faufila derrière lui et il sentit les mains fines de la jeune femme, ouvrir délicatement chaque bouton de sa chemise. Elle le retourna et passa ses mains sur sa poitrine, le faisant légèrement sursauter. Il n'y avait plus rien. Absolument rien.

– Ça a fonctionné, répéta-t-elle, comme si elle ne parvenait pas à y croire.

Des larmes ruisselaient à présent sur son visage, mouillant légèrement ses cheveux rose. Remus lui offrit son plus beau sourire et l'attira contre lui. Il la serra de toutes ses forces, en secouant la tête tant tout cela était invraisemblable. Il n'y croyait pas, lui non plus. Au fond, il avait tenté cette expérience sans vraiment s'attendre à un résultat concluant.

Tonks se recula légèrement et pressa ses lèvres contre les siennes. Il ne la repoussa pas, bien trop heureux de ne plus être défiguré par des cicatrices immondes. Bien trop heureux de pouvoir faire passer sa joie, par n'importe quelle façon. Si seulement il l'avait arrêté, si seulement il n'avait pas été curieux de savoir ce que cela pouvait faire de partager un moment de la sorte avec quelqu'un.

Les baisers de la jeune femme étaient à la fois doux et enflammés, à la fois réels et complètement embrumés. Elle avança, le forçant à reculer. Une fois contre son lit, Tonks le poussa et Remus se retrouva allongé sur le matelas. Là non plus, il ne prit pas la peine de l'arrêter. Une voix dans sa tête lui criait pourtant de mettre fin à cette folie. Pourquoi faisait-il ça? Pourquoi lui faisait-il ça?

Il ne savait même pas qui était ce «lui». Tonks, lui-même, ou alors Sirius? La raison pour laquelle Sirius se trouvait dans l'équation, lui était inconnu. Peut-être parce qu'il aurait aimé avoir sa bouche contre la sienne, à la place de celle de Tonks, peut-être aussi parce qu'il aurait aimé que ce soit lui qui le touche de cette façon, lui qui déshabille.

Il continua d'embrasser la jeune femme, tout en lui retirant sa légère veste, conscient de délirer complètement. Que lui arrivait-il? Pourquoi se laissait-il ainsi guider par son instinct primitif. Ce n'était pas un animal, après tout! Pourquoi le désir était-il si fort à cet instant?

Il ne pouvait avoir ni Tonks, ni Sirius. Surtout pas Sirius. Quelle idée. Pourquoi y pensait-il, maintenant? Pourquoi imaginait-il son ami à la place de Tonks?

– Attends... grogna-t-il alors qu'elle lui retirait entièrement sa chemise et qu'il essayait de faire de même avec la sienne. On ne peut pas. Ne te fais pas de fausses idées. Je ne peux pas être avec toi. Ni avec personne. Ce n'est pas possible.

La jeune femme se redressa légèrement et l'observa attentivement.

– Tu veux que je m'arrête?

Oui. Non.

Face au mutisme de son ami, la jeune femme continua son ascension. Remus se laissa faire, savourant ces différentes sensations, qui avaient toutefois un goût amer dans sa bouche.

Une bonne heure plus tard, les deux sorciers étaient entièrement nus, seulement couverts par un drap fin. La tête de Tonks était posée contre le torse de Remus, et s'élevait puis retombait au gré de sa respiration. Le lycanthrope lui caressait doucement les cheveux, l'air ailleurs.

– A quoi penses-tu? murmura-t-elle en venant capter son regard.

Il soupira lourdement, en passant un bras autour de son dos pour la serrer un peu plus fort contre lui.

– Je regrette de t'avoir fait ça. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je n'étais pas dans mon état habituel, j'avais l'esprit sur une autre planète.. comme dopé.

– De quoi parles-tu?

– De... et bien...

Le rire de la jeune femme ne fit que le crisper davantage. Était-il le seul à être mort de honte et désespérément mal?

– Tu n'as rien fait de mal, je te signale que l'on était deux dans cette histoire. Et ce n'est pas très gentil d'insinuer qu'il faut être drogué pour vouloir coucher avec moi. Tu peux dire que je t'ai violé, aussi, si ça peut apaiser ton esprit.

Tonks l'observait avec amusement, montrant à Remus qu'elle n'était pas sérieuse.

– Tu es très belle. Et c'était génial. Tu sais que ce n'est pas ce que je veux dire. Je parle de mon comportement.

– Quel comportement, Remus? Le fait d'avoir une vie sexuelle, ne fait pas de toi un dépravé pour autant. Tu ne m'as forcé en rien, au contraire. Toutefois j'ai compris une chose.

Remus tourna les yeux vers elle, curieux de savoir ce qu'elle avait compris.

– Je sais que tu n'as pas envie d'être avec moi, sinon tu ne te poserais pas autant de questions.

– Je suis désolé.

– Ce n'est pas grave.

Si c'était grave. Si ça ne l'était pas, il ne se sentirait pas aussi mal. Il avait l'impression d'avoir trahi quelqu'un, d'avoir trahi Sirius. Pourquoi aurait-il trahi son ami en agissant de la sorte? Il était le premier à vouloir le pousser dans les bras de Tonks.

– Il y a quelque chose que j'ai toutefois du mal à comprendre. Je me demande pourquoi vous êtes aussi entêtés.

Vous? Qui entends-tu par là?

– Sirius et toi.

Remus haussa les sourcils, sans la lâcher du regard.

– Sirius et moi? Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

– Il serait peut-être temps de se réveiller, tu ne crois? Tant que l'un vivra, l'autre ne pourra pas être heureux.

Cette fois-ci, les sourcils de Remus se froncèrent, se laissant guider par une légère colère qu'il ne comprenait pas. Il ne savait pas d'où elle était venue, mais semblait parler pour lui.

– Tu as raison. Ça ne sera jamais possible. Je ne pourrais jamais être avec quelqu'un et pas seulement à cause de ma maladie. Je suis attaché cœur et âme à Sirius. Notre relation n'a jamais été saine, Tonks. Depuis que je le connais, on vit collé l'un à l'autre. Mise-à-part les années où on a été séparés de force, bien entendu. Ce n'est pas forcément quelque chose que l'on remarque. Harry n'a sûrement rien vu. On ne s'affiche jamais. Les seules personnes qui ont été témoin de notre amitié fusionnelle, étaient James, Lily et Peter. Je n'ai pas envie d'être avec quelqu'un, parce que je ne veux que lui.

– Est-ce que tu es amoureux de lui?

– Oui, répondit-il instantanément, comme s'il s'agissait d'une évidence. Enfin, je ne sais pas.

Les joues neuves de Remus rougissaient comme jamais. S'avouer ce qu'il ressentait pour Sirius, mettre des mots sur ses sentiments, avaient quelque chose de profondément étrange.

– Je m'en veux.

– Arrête. Tout va bien, ce n'est pas comme si tu venais de le tromper. Vous n'êtes pas encore ensemble après tout.

«Pas encore ensemble», Remus ne put réprimer un sourire amusé, en entendant cette remarque.

– Je ne parle pas de ça. Je m'en veux par rapport à toi et tu aurais toutes les raisons du monde de m'en vouloir, toi aussi. Je ne peux rien t'offrir, Tonks. On ne peut pas être ensemble.

– Est-ce que je te demande quelque chose? Je crois que je l'ai toujours su, au fond. Tu n'arrêtais pas de parler de lui. Tout le temps. A chaque fois que l'on se voyait, nos conversations se terminaient toujours par Sirius. Et lui, là-bas, cet espèce de gros ours mal-léché, n'arrêtait pas de faire la gueule quand on était tous les deux. Il te dévorait du regard et la seconde d'après, pouvait littéralement t'incendier. Hier, d'ailleurs, il n'a pas arrêté de se mettre entre toi et moi. Je n'ai pas pu me tenir une seule fois à tes côtés.

– Tu crois que Sirius est amoureux de moi?

Tonks haussa les épaules.

– Je ne suis pas dans sa tête.

– Et toi, est-ce que tu es amoureuse de moi? demanda-t-il, inquiet de la blesser.

– J'aurais pu. Si on était allé plus loin dans une relation, si on avait construit quelque chose, alors oui, Remus, j'aurais pu t'aimer. Ça m'aurait plus de le faire.

– A moi aussi, murmura-t-il près de ses lèvres.

On se dit souvent qu'il y a des moments que l'on aurait aimé éviter, des moments qui ne sont absolument pas nécessaires et qui existent simplement pour prouver que la vie est parfois une véritable enflure.

Comme ce qui venait de se passer à cet instant, par exemple. Remus aurait aimé l'éviter. Il aurait ainsi pu faire comme si ce moment qu'il avait partagé avec Tonks, n'était jamais arrivé. La vie aurait pu continuer et plus jamais, il n'aurait mentionné ce qu'il avait fait avec elle. Il ne pouvait pas se mentir, il avait apprécié. Il était heureux de l'avoir fait avec Tonks, plutôt qu'avec aucune autre femme. Mais, il aurait souhaité l'effacer de sa mémoire, pour ne pas se morfondre éternellement.

Au lieu de ça, Sirius se tenait devant lui, le visage livide. Son teint était si pâle, qu'il aurait pu se fondre avec les murs blancs de la pièce. Il tenait fermement la poignée de la porte, comme une ancre qui lui permettrait de ne pas sombrer. Remus se sentait stupide à cet instant, il avait envie de lui parler, de le rassurer.. mais pour lui dire quoi?

– Désolé, grogna Sirius. Je ne voulais pas déranger.

Il claqua la porte et Remus l'entendit descendre les escaliers. Il se tourna vers Tonks qui se mordait les lèvres en grimaçant.

– Cours-lui après, proposa Tonks en se rhabillant.

Sans plus attendre, Remus enfila les premiers habits qui passèrent sous ses mains et s'élança à sa poursuite. Tonks le rejoignit quelques secondes plus tard et le trouva seul, au milieu de l'entrée.

– Il est parti... souffla Remus, sans se retourner vers la jeune femme.

– Il va revenir.

– Il est sorti.

– C'est un grand garçon. Ce n'est pas de ta faute.

Le lycanthrope se tourna lentement vers Tonks, le visage déformé par la colère.

– Sais-tu combien de fois je suis rentré dans notre dortoir, le surprenant en train de laver la bouche d'une fille? Sais-tu combien de filles différentes ont été accrochées à ses bras et à son cou? Et sais-tu seulement, le nombre de fois où il a séché des cours pour être seul avec l'une d'entre-elles? Tu es la première, Tonks. J'étais seul, lorsqu'il était si entouré.

– Remus...

– Il a toujours agis ainsi avec moi. On avait franchi une barrière, ou plutôt nous l'avons toujours contourné, agissant comme si elle n'existait pas. Toutes les limites, qui s'établissent normalement entre amis, avaient sauté. Elles n'existaient plus. On dormait ensemble depuis notre adolescence. Il me serrait dans ses bras pour me dire bonjour, alors qu'il échangeait une poignée de main avec les autres. C'était normal. Comment est-ce que je pouvais me situer, dans tout ça? Comment nommer une place, qui n'existe pas? Je n'étais pas comme un frère pour lui, James avait ce rôle. Je n'étais pas comme un ami, c'était Peter qui l'avait. Tu n'embrasses pas ton frère ou ton ami sur le torse, pour retracer avec tes lèvres le détail de ses cicatrices. Tu n'enfouis pas ton visage dans son cou, durant de longues minutes, simplement parce que tu aimes son odeur. Mais, c'était normal. Normal.

– Remus, ne t'énerve pas...

– Je ne suis pas énervé, Tonks. Il m'a poussé dans tes bras. Il m'a encouragé dans cette voie. Il n'a pas le droit de fuir de cette façon! Il n'a pas le droit de partir et de se mettre en danger! Il n'a pas le droit de me punir de cette façon!

Remus criait à présent. Il s'arrêta soudainement, en entendant la cheminée qui s'emballait dans le salon. Les deux amis haussèrent des sourcils surpris en voyant Harry devant eux. Si Remus était en colère, le fils de James Potter semblait l'être tout autant que lui.

– Que fais-tu ici? s'étonna Remus en s'avançant jusqu'à lui, pour serrer doucement ses épaules. Ce n'est vraiment pas le moment, on a quelques soucis ici.

Harry dévisagea un instant le lycanthrope, remarquant sa doute sa peau parfaitement dépourvue de marques. Il ne fit aucun commentaire et fronça les sourcils.

– Je me suis retenu toute la journée, mais je n'en peux plus! J'avais besoin de venir. Drago est un traître! Je l'ai évité toute la journée, m'enfermant dans la bibliothèque pour faire mes devoirs, mais je sature complètement. J'ai envie de lui mettre mon poing dans la gueule, à chaque fois qu'il passe devant moi.

– Je pensais que tout allait bien entre vous, que s'est-il passé?

– Il n'a jamais été sincère! Il n'a jamais eu l'intention d'être mon ami. Il n'a fait que me mentir et moi j'ai été suffisamment bête pour tomber dans son piège!

– Harry, pourquoi dis-tu ça? Que s'est-il passé?

Le visage du brun se décomposa, comme si mettre des mots dessus, rendait cette situation plus réelle.

– Je l'ai entendu parler avec son père. Lucius était en colère parce que Drago n'était pas parvenu à faire ce qu'il lui avait demandé. Il devait gagner ma confiance et m'attirer à l'extérieur, pour que Lucius puisse me tomber dessus. Il doit sûrement être le responsable de l'enlèvement de mon oncle et de ma tante! Il doit les retenir quelque part et j'étais vraiment à deux doigts de les rejoindre, parce que je suis trop stupide.

– Tu n'es pas stupide, Harry. Tu ne pouvais pas savoir. Tu n'avais aucune raison de te méfier de Drago.

– Si, j'en avais! Il me pourri l'existence depuis ma première année à Poudlard!

Harry baissa un instant les yeux. Une fois calmée, il les releva pour s'apercevoir de la présence de Nymphadora. Celle-ci bafouilla quelque chose, faisant tomber le tabouret qui se trouvait à côté d'elle.

– Bonjour, lança-t-elle finalement en lui tendant une main qui se voulait assurée, bien que tremblante. Tu peux m'appeler Tonks. Je suis la petite cousine de ton parrain.

– Bonjour. Enchanté.

Harry dévisagea Remus d'un air incertain et croisa les bras sur sa poitrine.

– Lorsque je suis arrivé, tu as dit que ce n'était pas le moment parce que tu avais quelques soucis. De quoi voulais-tu parler?

– Sirius est dehors.

– Où ça?

– Je n'en ai aucune idée.

– Mais que fait-il dehors? s'affola le Survivant en se précipitant vers la porte.

– Harry! gronda Remus en le ramenant où ils étaient. Je suis suffisamment inquiet pour Sirius, tu ne vas pas toi non plus te mettre en danger! Sirius avait simplement besoin de prendre l'air.

Tonks s'approcha timidement et posa une main sur le bras de Remus.

– Je sais que ça ne me regarde pas. Mais peut-être que l'on pourrait tirer toute cette histoire à notre avantage. Drago ne sais pas ce que tu as découvert, n'est-ce pas?

Harry acquiesça d'un faible hochement de tête.

– Il faut que tu continues comme ça. Nous, pendant ce temps, on devrait prévenir Dumbledore. Je peux également en parler à Maugrey. Nous saurons ainsi ce qu'ils en pensent. En allant dans le sens des Malefoy et en mettant sur Harry des sorts de pistages et de protections, leur petite manœuvre pourrait nous conduire à l'endroit où Vernon et Pétunia sont enfermés.

– Je ne veux pas que Harry serve d'appât!

– Les recherches n'avancent pas. Les chances de revoir son oncle et sa tante vivants sont très minces. C'est sans doute notre seule chance.

– Je suis d'accord, confirma Harry. Remus, tu dois en parler à Dumbledore.

Le lycanthrope passa ses mains sur son visage en soupirant.

– Très bien, je vais le faire. Tu ne peux pas rester ici, Harry, ou quelqu'un s'apercevra de ton absence.

– Je vais y retourner, souffla-t-il en prenant Remus dans ses bras. Tu pourras m'envoyer un hibou lorsque Sirius sera rentré?

– D'accord, répondit Remus, qui espérait que cela arriverait rapidement.


Oups.

Je suis désolée.

Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée pour cette scène Remus/Tonks. Malheureusement c'est vraiment essentiel. J'avais prévu cette scène avant même de commencer à écrire cette fiction. C'est très important pour la suite, je suis vraiment désolée. N'en voulait pas à Remus d'avoir fait ça, parce que c'est de ma faute. (ce qui est logique, en fait, vu que tout ce que les personnages font, se retrouve être de ma faute au final).