23.

Remus n'avait pas dormi de la nuit. Tonks avait passé une bonne partie de la soirée à ses côtés, mais il avait fini par lui demander d'aller se reposer. La jeune femme était donc rentrée chez elle, le laissant seul. Sirius n'avait jamais franchi le seuil de la porte.

La lumière du jour commençait à présent à s'infiltrer dans la pièce. Le lycanthrope passa une main sur ses yeux fatigués et soupira. Il en était à sa sixième tasse de thé et s'apprêtait à s'en servir une nouvelle. L'inquiétude et l'épuisement semblaient s'être liés pour le rendre fou. Il était également à sa deuxième tablette de chocolat, qu'il mangeait sans même s'en rendre compte. Tel un automate, il apportait la douce friandise à sa bouche, qui se refermait dessus machinalement.

Les nerfs électrisés, il se mordait violemment la lèvre tout en maudissant cet imbécile d'animagus. A cause de lui, il n'allait plus avoir de chocolat, mais en plus, il venait de se brûler la langue avec son thé.

– S'il-te-plaît, Sirius, soupira-t-il en s'asseyant sur le canapé. Ne sois pas plus crétin que ce que tu es et reviens.

Lorsque la cheminée s'ébranla, Remus ne prit pas la peine de se retourner pour voir qui était l'intrus. Il attendit quelques secondes et une masse fit s'enfoncer légèrement le matelas du canapé, avant de venir se blottir contre lui.

Il entoura également Harry de ses bras, savourant cet instant de calme. Il n'avait pas envie de le congédier. Il se sentait seul et avait peur de ne plus jamais revoir Sirius. Harry était une présence réconfortante et il était toujours heureux de le voir. Il le serra un peu plus contre lui, avant de déposer un faible baiser dans ses cheveux.

Il n'aurait jamais pensé avoir la chance de pouvoir garder Harry auprès de lui. Avant de le voir, à Poudlard, il n'avait jamais eu la possibilité de lui parler. Il aurait pu la prendre de force, cette possibilité, mais il n'en avait pas eu le droit.

A présent que le jeune garçon se trouvait dans ses bras, il ne le laisserait plus jamais les quitter. Personne ne pourrait lui reprendre Harry, il en était déterminé. Il serait prêt à se battre contre le ministère, contre la loi et même contre Dumbledore, pour lui. Toutes les personnes qui se mettraient entre Harry et lui, deviendraient ses ennemis. Ils avaient trop souffert. Que ce soit lui, le petit ou Sirius. Ils avaient passé leur vie à souffrir et rien n'allait plus les empêcher d'être heureux et ensemble.

Enfin, sauf si Sirius était assez stupide pour se faire attraper, bien évidemment.

Remus baissa les yeux vers Harry, qui somnolait contre son torse et le força à se relever. Pour ne pas l'inquiéter, il essayait de se montrer assuré, mais sa voix bien trop roque n'avait rien de naturelle.

– Je t'aurais envoyé une lettre à son retour. Tu sais que je l'aurais fait, qu'importe l'heure à laquelle il serait rentré.

– Je le sais. C'est justement pour cette raison que je suis venu. Je ne voulais pas que tu sois tout seul.

Remus lui offrit un pauvre sourire avant de se lever. Une fois dans la cuisine, il prit des biscuits et fit bouillir du lait en y ajoutant du chocolat et du caramel. Il revint vers Harry, quelques minutes plus tard, en lui déposant le plateau préparé sur ses genoux. L'adolescent le remercia chaleureusement, même si le lycanthrope ne pouvait lire aucune joie dans le son de sa voix. Il se rassit à ses côtés et entoura les épaules du Gryffondor d'un bras protecteur, avant de l'attirer doucement vers lui.

– Il a dormi dehors? souffla Harry, en portant la tasse fumante à ses lèvres.

– Il semblerait. Je me demande ce qu'il attend pour revenir et ce qu'il est en train de faire.

– Pourquoi est-il parti? C'est à cause de Tonks?

Remus haussa les sourcils.

– Pourquoi Tonks serait responsable du départ de Sirius, répondit-il plus froidement qu'il ne l'aurait voulu.

– Je ne sais pas. Elle était présente, hier, ce qui n'était pas le cas de mon parrain. C'est suspicieux, tu ne crois pas? De plus, il n'avait pas eu l'air de beaucoup l'apprécier lorsqu'elle était venue dîner, la dernière fois. Je me demande ce qu'elle lui a dit.

Alors, se pourrait-il que Sirius soit jaloux depuis tout ce temps? Il avait un vague souvenir de cette soirée. Harry était chez Rogue, car les Malefoy étaient invités à prendre le repas chez lui. Sirius en avait profité pour inviter Tonks et sa mère, ce même jour.

Dans un premier temps, il avait semblé très joueur avec la jeune femme. Et puis, petit à petit, son humeur était devenue massacrante. Parce que Remus avait passé la soirée à discuter avec Tonks? Il voulait exposer son problème à la jeune femme, problème qu'elle seule pouvait régler avec son sang. Il avait besoin de son aide. Il n'avait aucune idée derrière la tête et Tonks non plus.. du moins, pas à ce moment là. Sirius avait-il pensé qu'elle lui plaisait?

– Tu ne vas pas me répondre? grogna doucement Harry, le coupant dans ses pensées.

– Ce n'est pas avec Tonks que Sirius s'est disputé. C'est avec moi.

– Vous vous êtes disputés? Ce devait être très grave pour qu'il en vienne à cet extrême là.

– Nous ne nous sommes pas vraiment disputé. En réalité, je l'ai déçu. J'ai fait quelque chose qui l'a blessé.

Le pauvre garçon était assez poli pour tenir sa langue, même si de nombreuses questions devaient se bousculer dans sa tête.

– Passer la nuit dehors, alors qu'il est recherché... soupira-t-il. Il a vécu dehors durant toute l'année scolaire, je ne fais donc pas de soucis pour ça, mais.. il avait enfin un refuge, un endroit où il était en sécurité. Sa réaction est stupide. Il ne pense pas à nous.

– Sirius est comme ça. Il est imprévisible et ne réfléchit pas avant d'agir. Il a prit sa baguette, au moins. C'est un grand sorcier et un animagus.

– J'espère qu'il est prudent. Même si Sirius et la prudence ne sont pas très amis.

– C'est toi qui oses dire ça, alors que tu devrais être chez ton professeur de potions? sourit Remus en lui frictionnant les cheveux.

– Il m'a laissé venir.

Remus le dévisagea un instant, visiblement stupéfait.

– Tu lui as dit?

– Oui. Il ne s'est pas privé pour se foutre de lui et pour le traiter d'imbécile, mais il m'a finalement donné l'autorisation de venir. Il m'a donné trente minutes. Drago ne va pas tarder à se réveiller, ensuite il va à la douche et c'est à cet instant précis qu'il risquerait de remarquer mon absence, parce qu'on a l'habitude de..

Harry ravala sa phrase et son visage s'assombrit.

– Enfin.. ça n'a plus aucune importance, maintenant.

– Et pour ce sujet, en as-tu parlé à Severus?

– Non. Je ne veux plus leur faire confiance. Et si Rogue était au courant de tout? Lucius était venu chez lui et ils avaient pris la peine de cacher leur conversation.

– Je ne crois pas qu'il te mettrait en danger. Dumbledore et le ministère lui ont confié ta garde. Il aurait de très gros ennuis s'il t'arrivait quelque chose.

Harry haussa les épaules.

– Je vais y aller ou il ne me laissera plus revenir et c'est moi qui aurait de gros ennuis.

– Tu as encore cinq minutes, pour que je te montre quelque chose?

Un large sourire s'étira sur les lèvres de l'adolescent. Prenant ça pour un oui, Remus lui prit la main et l'entraîna à l'étage. Ils montèrent rapidement les escaliers et une fois devant la chambre de Harry, le lycanthrope lui demanda de fermer les yeux. Prenant bien garde à ce qu'il joue le jeu, Remus ouvrit la porte et tira le gamin à l'intérieur.

– C'est bon, murmura-t-il. Regarde.

Harry ouvrit rapidement les yeux, reconnaissant envers son ancien professeur de ne pas faire tenir le suspens. Il se retrouva nez à nez avec une immense bibliothèque, qui tenait pratiquement la totalité du mur. Il s'y approcha timidement et observa un instant son contenu. Il avait des livres sur le quidditch, d'autres sur des histoires fantastiques, des légendes mythologiques et des histoires de super-héros sorciers.

Son sourire s'intensifia en découvrant également un nouveau lit. Il était fait d'un bois qui semblait solide et le matelas avait l'air doux et confortable. Il remarqua de nombreuses photos sur le mur blanc, au dessus du large lit. Il s'approcha une fois de plus, pour découvrir des visages qui lançaient des sourires en sa direction. Il y avait des photos de son père et de sa mère, de Sirius, de Remus, de lui enfant et des photos qu'ils avaient fait plus récemment. Il y avait même des photos de Ron et d'Hermione, ainsi que d'Harry et la famille Weasley et d'Harry et Hagrid.

– Comment avez-vous eu tout ça?

– J'ai dit à Ron et Hermione que je préparais une surprise pour ton anniversaire et que j'avais besoin de photo. Ce qui est vraiment le cas, dans un sens.

L'adolescent lui offrit un sourire sincère, mais lâcha un soupir de surprise, en voyant les initiales J.P sur ses draps. Remus lui pressa tendrement les épaules, tout en observant une photo de James qui s'amusait avec un vif d'or.

– Sirius a fait parvenir un carton entier avec des affaires de tes parents qu'il avait chez lui, ainsi que de ses propres affaires qu'il souhaiterait te donner.

Sous le coup de l'émotion, Harry ne put prononcer aucun mot. Il se retourna vers Remus le serra brusquement dans ses bras. Le lycanthrope lui sourit et frotta son dos avec le plat de sa main. Un autre soupir de surprise, s'échappa de la gorge du garçon lorsqu'il vit le mur d'en face, alors que les bras de son ancien professeur l'entouraient toujours. Il se dégagea doucement et ouvrit de grands yeux.

Au dessus du bureau, qui était bien là précédemment, se tenait un majestueux lion. Il était encadré par un blason, aux couleurs de sa maison. Un peu plus loin, un vif d'or peint, semblait réellement voler sur le mur.

– J'espère que ça te plaît. Si ce n'est pas le cas, on pourra toujours repeindre par dessus.

– Sûrement pas, c'est magnifique. Vous avez ça... pour moi?

– Bien sûr! Pour qui d'autre? C'est ta chambre.

– Je ne sais pas quoi dire. Merci, Remus. Merci pour tout.

– Allez, file, maintenant!

Remus était reconnaissant envers Harry, qui lui avoir offert cette brève distraction. Il avait, l'espace d'un court instant, oublié ses inquiétudes. Une fois le garçon parti, elles étaient revenues au galop. Combien de temps Sirius allait-il rester dehors? Assez pour lui faire ronger les os? Qu'il soit satisfait, alors, car cela fonctionnait très bien.

La porte d'entrée s'ouvrit sur une Tonks au visage pâle et affolé. Ses cheveux habituellement colorés, avaient une couleur cendrée et triste.

– Que se passe-t-il? s'étonna Remus en la dévisageant avec inquiétude.

Elle lui tendit un journal, que le lycanthrope reconnu immédiatement comme étant la Gazette du Sorcier. Le cœur de Remus manqua un battement en voyant que Sirius était en première page. L'homme était debout, les yeux rivés devant lui, une bouteille à la main, sa baguette dans l'autre. La photo avait été prise par une femme moldue et ne bougeait donc pas.

«SIRIUS BLACK A ÉTÉ VU.

Le dangereux criminel Sirius Black, vu près d'un village moldu.

En effet, il aurait terrorisé une vingtaine de moldus, qui, le reconnaissant, seraient partis en courant. Il n'y a aucune victime à déplorer. N'oubliez pas que Sirius Black ne fait preuve d'aucune pitié. C'est un homme cruel et sans vergogne : si vous le voyez, prévenez immédiatement le ministère et ne tentez rien.

Nous avons interviewé un moldu qui se trouvait sur les lieux, en nous faisant passer pour des journalistes télévisés irlandais.

J'étais à ma fenêtre, en train de fumer une cigarette. Comme tous les matins, il y avait de nombreux enfants dans la rue. Surtout que c'est les vacances, alors les mômes n'ont pas école. Les parents discutaient tranquillement, tout en les surveillant. Vous savez, par ici c'est un quartier tranquille. Il n'y a pas beaucoup de voitures qui passent par là. Les enfants ont l'habitude de se retrouver pour jouer. Ça met de la joie et de l'insouciance dans le cœur des villageois, vous savez. Soudain une des mères a hurlé. Elle l'avait reconnu. Black était là. Elle a appelé sa fille et ses amis. Black s'est retourné vers elle, avec un air féroce sur le visage. On aurait dit un monstre. Je m'attendais à ce qu'il sorte un flingue pour tous les descendre. Mais il est parti. Il faut dire que la police n'est pas loin, leur bureau est juste à côté, il avait sûrement peur de tenter quoi que ce soit et il a préféré fuir.»

Remus laissa tomber ce torchon, les joues rouges de colère. Comment Sirius avait-il pu se montrer si inconscient? Il détestait également cet abominable journal, qui ne colportait que des absurdités. De plus, Sirius avait dû être surpris de l'entendre hurler et s'était retourné pour voir ce qui se passait, il ne l'aurait jamais regardé d'un air «féroce».

Remus fit demi-tour et regagna l'étage en courant. Il entra dans la chambre de Harry et se saisit de sa cape d'invisibilité. Il ne lui en voudrait sûrement pas de s'en servir. Il la rangea dans un sac et retrouva Tonks à l'entrée.

– Je vais le chercher.

– D'accord, je viens avec toi.

– Non, je préférerais que tu restes ici. Si cette nouvelle arrive aux oreilles de son filleul, il viendra immédiatement ici. Si c'est le cas, je veux que tu le retiennes. Il ne doit pas sortir seul. Jamais. C'est exactement ce que Lucius et ses complices attendent. Je sais où est Sirius, du moins je pense savoir. Je connais ce village, il ne se trouve pas loin d'une forêt. Sirius m'y amenait souvent, nous y sommes d'ailleurs allés il n'y a pas si longtemps. Les autorités vont passer le périmètre au peigne fin, je veux le trouver avant que quelqu'un d'autre n'y mette la main dessus.

Tonks se contenta de hocher silencieusement la tête et Remus lui déposa un baiser sur la joue, avant de sortir.

Il transplanna à l'endroit où il espérait trouver Sirius. Il n'était pas conseillé de l'appeler, les Aurors et les policiers moldus, devaient sûrement être en train de ratisser la zone. Remus jugea plus prudent de se taire et de le rechercher en silence.

Il pouvait entendre son cœur claquer désagréablement dans ses tempes. Un mauvais pressentiment le rongeait totalement. Et si Sirius s'était déjà fait attraper? Si c'était le cas, Remus s'en voudrait toute sa vie. Depuis qu'ils avaient emménagé ensemble, il redoutait de le voir sortir et se mettre en danger. S'il était dehors, c'était de sa faute. Il était responsable de la fuite de son ami.

– Remus? souffla une voix derrière lui.

A cet instant, le lycanthrope hésita entre rire et pleurer. Il ferma les yeux et soupira lourdement, avant de se retourner vers cette voix qu'il connaissait si bien.

– Je t'ai pris pour un Auror, expliqua Sirius en croisant les bras contre sa poitrine. Que fais-tu ici?

Sans dire un seul mot, Remus rompit les mètres qui le séparaient de son ami. Il était heureux et soulagé de le voir. Une fois à sa hauteur, il plongea ses yeux clairs dans les siens. Plus rien ne comptait. Tout s'effaçait autour de lui, pour ne laisser que le visage de Sirius qui le regardait avec incompréhension.

Sirius était magnifique, malgré ses cernes et ses cheveux emmêlés. Un odeur d'alcool s'échappait de ses lèvres. Ses yeux sombres fixaient son ami avec attention. Remus serra les poings. Un premier coup parti et éclata dans la mâchoire de Sirius. Surpris, ce dernier fit quelques pas en arrière et se retint de justesse à un arbre.

– Ce que je fais ici? grogna Remus entre ses dents, avant de lui mettre un autre coup dans le ventre.

– Calme-toi, soupira Sirius en le repoussant.

– Ce que je fais ici? répéta-t-il, incrédule. Comment oses-tu me demander ça? Quand est-ce que tu grandiras, Sirius? Qu'est-ce que tu veux exactement? Recevoir le baiser du détraqueur? Si c'est le cas, je m'en vais et je te laisse ici! Je te rassure, tu es sur la bonne voie! Espèce d'imbécile inconscient et..

Il leva un autre poing, mais Sirius l'arrêta à temps. L'animagus attira son ami contre lui et le serra dans ses bras.

– Je suis tellement désolé, Lunard. Je suis tellement désolé. Je voulais rentrer ce matin, mais je ne pensais pas que l'on me reconnaîtrait au village. J'avais peur d'être repéré et suivi jusqu'à la maison, alors j'ai préféré me cacher. Ils ont décrété l'état d'urgence, et mis des alarmes et des détecteurs de magie dans les environs. Je les ai vu faire. On ne peut pas transplanner d'ici sans se faire automatiquement tracer. Je suis même pratiquement certain qu'ils seraient capables de détecter mon animagus, car ces alarmes marchent pour détecter le polynectar.

– Je te déteste, Sirius. Je te déteste toi et ta sale manie de ne jamais réfléchir aux conséquences que peuvent avoir tes actes! Je t'avais prévenu! Je t'ai dit plusieurs fois de ne pas sortir! Combien de fois, t'ai-je fait promettre de ne pas le faire?

– Je n'aurais pas dû. Je suis désolé. Mais ne me frappe plus, d'accord?

Remus se mit alors à rire nerveusement. Ses bras, qui étaient restés le long de son cœur, s'enroulèrent au cou de Sirius.

– J'ai eu peur, gronda Remus en le serrant avec force. Tu m'énerve. J'ai eu tellement peur.

– Je sais, je suis dé..

Remus ne le laissa pas terminer sa phrase. Il pressa ses lèvres contre les siennes, le forçant à reculer jusqu'à se cogner contre l'arbre. Sous la violence du choc, Sirius gémit dans la bouche de son ami. Profitant de la légère ouverture qui s'ouvrait à lui, Remus laissa sa langue trouver celle de Sirius. Il la caressa un instant, avant de mordre sa lèvre. Ils s'embrassèrent longtemps. Un baiser animal, désespéré, dépourvu de douceur.

Lorsque Remus se recula, il mit du temps avant d'ouvrir les yeux, reprenant doucement sa respiration. Sirius le fixait avec une froideur qui lui glaça le sang. Évitant son regard, il fouilla dans son sac et libéra la cape d'invisibilité qu'il avait emprunté à Harry.

– Tiens, murmura-t-il.

Il commença à marcher, sans adresser un seul regard derrière lui. Il n'aurait rien pu voir, de toute façon. Sirius était invisible. Il espérait simplement qu'il était bien en train de le suivre. Ils croisèrent de nombreuses personnes, que Remus salua d'un signe de tête. Ils purent voir également quelques Aurors, qui n'accorèrent aucune attention à Remus. Une fois suffisamment loin de la forêt, Remus transplanna et se retrouva devant le palier de la maison. Il entra, en laissant la porte ouverte. Sirius le suivait de près et il l'entendit claquer la porte derrière lui. L'animagus retira ensuite la cape, qu'il plia sous son bras.

– Remus! Sirius! s'exclama Tonks, avant d'enlacer son cousin qui se crispa légèrement à ce contact. Par Merlin, je suis sincèrement rassurée! Je n'en pouvais plus d'attendre. Tout s'est bien passé? Il n'y a eu aucune complication?

– Non, ça a été, souffla Remus en passant son bras sur ses épaules pour l'entraîner dans le salon.

Le visage de Sirius était fermé. Il restait à distance. En croisant son regard, Remus pu remarquer qu'il les observait tristement et il s'empressa de s'éloigner de la jeune femme.

– Je vais préparer quelque chose de chaud! décréta Tonks en filant dans la cuisine, faisant comme chez elle.

Le visage de Sirius s'assombrit un peu plus et il se laissa tomber lourdement sur le canapé. Il restait silencieux et son attitude accentua la honte et la gêne de Remus, qui ne savait pas comment s'y prendre. Il avait pourtant fait le premier pas, que devait-il faire de plus? Il s'assit à ses côtés et se colla volontairement à lui. Sirius ne cilla pas et continua à fixer le vide, sans lui adresser la moindre attention.

– Tu as vu mon visage? chuchota-t-il.

Sirius soupira et tourna enfin le regard vers son ami.

– Évidemment. Je suis content que ça ait fonctionné. Tu mérites d'avoir une vie normale.

Remus lui sourit et acquiesça d'un faible signe de tête, sans lâcher le regard de l'animagus. Il lui prit la main et la porta contre sa propre joue, pour lui faire toucher sa peau lisse. Sirius serra les doigts de son ami et fronça tristement les sourcils.

– A quoi est-ce que tu joues, Lunard?

– Je ne joue pas..

– C'est la deuxième fois que tu m'embrasses, siffla-t-il. Qu'est-ce que tu cherches, au juste? C'est quand même incroyable quand on y pense. C'est toujours toi, alors que c'est moi qui en crève d'envie.

Sirius sembla réaliser ses paroles, car il baissa soudainement les yeux et se renferma une fois de plus sur lui-même. Remus secoua la tête et se releva, avant de l'inciter à faire de même.

– Qu'est-ce que tu fais? grogna Sirius, une fois debout. Qu'est-ce que tu as?

– Embrasse-moi, toi, alors.

– Quoi?

L'animagus le dévisageait avec incompréhension, le visage déformé par une légère grimace. Remus avança son visage près du sien, pour venir coller son front contre celui de son ami.

– J'ai dit, embrasse-moi.

Sirius semblait être en pleine lute intérieure. Il observait Remus dans les yeux, tachant sans doute de lire en lui. Mais, contre toute attente, il fit quelques pas en arrière et le laissa seul. Il l'entendit s'éloigner et monter les escaliers. Remus soupira. Un goût amer flottait dans sa bouche. Il avait la désagréable impression d'avoir gâché ce qui les unissait. Et s'il avait eu tort? Et si Sirius ne ressentait rien pour lui?

– Il est monté? soupira Tonks.

Remus n'avait rien répondu. Son silence devait être assez explicite, pour que la jeune femme comprenne ses pensées. Elle s'approcha de lui et serra tendrement sa main dans la sienne.

– Vous avez besoin d'être seuls tous les deux, on se revoit bientôt.

– Oui.

– J'ai prévenu Dumbledore, comme tu me l'avais demandé. Il a invité quelques personnes de confiance. Le repas se fera demain chez mes parents. On doit trouver rapidement une solution, avant que Drago ne s'en aille.

– Très bien. Sirius voudra se joindre à nous. Ce qui concerne Harry, le touche plus que personne.

– Je ne pense pas que Dumbledore soit contre sa présence. En tout cas, il ne me l'a pas fait savoir et je pense que si ça avait été le cas, il l'aurait précisé.

Remus hocha pensivement la tête, avant de poser délicatement ses lèvres contre son front.

– Merci de m'avoir prévenu et merci d'être restée. Passe une bonne journée.

Tonks lui offrit un sourire lumineux et s'en alla. Une fois seul, Remus resta un instant en plein milieu du couloir, avant de trouver la force de bouger. Il regagna le salon, où il écrivit un mot à Harry, pour le prévenir du retour de Sirius.

Armé de courage, Remus rejoignit Sirius dans sa chambre. La porte était ouverte, il se faufila donc à l'intérieur. Son ami avait les cheveux mouillés et ne portait qu'une serviette autour de la taille. Remus se mordit la lèvre et s'assit à ses côtés.

Sirius le dévisagea un instant, avant de se pencher vers lui pour prendre ses lèvres. Le cœur de Remus sombra dans sa poitrine. Il ne s'y attendait pas. Les lèvres de l'animagus étaient douces et pleines. Au goût de ce simple baiser, un frisson de plaisir lui parcouru le corps. Contrairement à celui échangé dans la forêt, il était doux et absolument pas précipité. Sirius frôla sa joue de ses doigts, puis son cou, retraçant ses cicatrices désormais imaginaires. Le cœur de Remus battait si fort, qu'il se demanda un instant s'il n'allait pas exploser hors de sa poitrine.

Il passa une main dans les cheveux humides et soyeux de son ami. Le temps semblait s'être suspendu. Il y a des moments où on a l'impression de voir les choses pour la première fois, des moments où se rend compte que l'on a été ignorant toute notre vie. Cette vérité là, qui surgit de nulle part, comme une bombe éjecté d'un avion, avait agit sur Remus comme une immense claque.

Il lui aurait suffit d'ouvrir les yeux plus tôt, de comprendre les signes que son ami lui lançait, de décrypter ses propres sentiments. Toute cette souffrance aurait pu être évité, car il se rendait compte qu'en un simple baiser, tout ce qui existait de néfaste s'effaçait. L'ironie le poussait à penser un «comme par magie».

Remus frémissait de plaisir à chaque mains qui se posaient sur lui. Même l'odeur de Sirius, qu'il connaissait pourtant si bien, avait un goût différent. La chaleur était étouffante, sans être désagréable. A présent, son cœur battait lentement, au ralenti, comme s'il souhaitait lui aussi profiter du moment. A cet instant, il n'aurait pu dire ce qu'il préférait ; le contact des lèvres de Sirius sur les siennes, la danse sensuelle de leurs langues ou les caresses incessantes de son ami, qu'il exécutait sur ses bras et ses joues?

Sirius se détacha de lui, avant de poser une dernière fois ses lèvres contre les siennes. Il l'observa un instant dans les yeux. Remus ne l'avait jamais trouvé aussi beau, alors que ses lèvres étaient rougies par ses baisers et que ses yeux étaient voilés par le désir. Il avait envie de l'embrasser encore et de ne plus jamais s'arrêter, mais Sirius posa deux mains fermes contre son torse.

– Je vais m'habiller, souffla-t-il.

Il y avait quelque chose dans ses yeux qui blessa Remus au plus profond de lui-même. Il y descella un mélange de déception, de désir, de peine et de colère. Le lycanthrope soupira et se laissa tomber sur le lit, alors que Buck s'allongeait à ses pieds, sans doute curieux de cette nouvelle forme d'affection que partageaient les deux hommes.