24.
Sirius s'enferma dans sa salle de bain. La serviette, qui cachait sa taille, tomba le long de son corps pour atterrir à ses pieds. Il se baissa pour la ramasser et la lancer sur ses épaules, puis il observa un instant son visage dans la glace avant de passer ses mains crispées dessus. Il avait envie de hurler. Il étouffait. Toute sa rage, sa jalousie et son incompréhension, se compactaient à l'intérieur de sa poitrine, menaçant d'exploser à tout moment. Pourtant il ne disait rien. Immobile, il inspirait et expirait doucement l'air de ses poumons. Silencieux, il tenait tête à son image qui se reflétait dans le miroir.
Il s'habilla en vitesse et descendit dans le salon, préférant ne pas retourner dans sa chambre. Il n'était pas encore prêt à faire face à Remus et ne savait pas s'il s'y trouvait encore et préférait ne pas prendre de risque. Il ne parvenait pas à saisir ce qu'il venait de se passer. Cette situation le laissait perplexe et l'affectait profondément. Pourquoi Remus se comportait-il de la sorte? A quoi jouait-il?
Il ouvrit le placard, attrapa une bouteille de whisky-pur-feu. Avant même d'arriver sur le canapé, l'animagus fit demi-tour, conscient de s'être mis suffisamment mal ces dernières vingt-quatre heure, pour en rajouter encore. Il posa donc l'alcool et alluma plutôt un vieux tourne-disque, qui avait appartenu à ses parents et qu'il avait fait amener par Kreatur.
Tandis que les chansons les plus connues de Beethoven, disque qu'il avait obtenu grâce à Lily à l'un de ses anniversaires, se diffusaient dans la pièce et dans son esprit, Sirius se saisit du reste de pizza qui se trouvait dans le réfrigérateur et s'écroula sur son canapé.
Le cadre aurait pu être reposant, si des images de Tonks et de Remus ne revenaient pas sans cesse devant ses yeux. Il imaginait les mains et les lèvres de la jeune femme, sur le corps de son ami et cela le rendait fou. C'était une chose d'encourager le lycanthrope à avoir une relation sérieuse avec quelqu'un, mais s'en était une tout-à-fait différente, que de le surprendre et de voir ses conseils se réaliser.
Avec du temps, il aurait pu être heureux pour lui. Il aurait pu au moins faire semblant convenablement. Mais après ce baiser? Il était simplement perdu. Qu'est-ce Remus attendait de lui? Comment voulait-il qu'il se sente?
La colère était si forte, qu'il ne parvenait même pas à manger. Il repoussa son assiette en soupirant. Il n'était en colère contre personne en particulier, il n'y avait aucun véritable fautif. Seulement, l'attitude de Remus le déstabilisait. Pourquoi demander de l'embrasser? A quoi cela rimait-il? Il n'avait même pas envie d'avoir des explications. Tout était si absurde. Ce genre de comportement ne ressemblait pas à Remus.
Il y a encore quelques jours, il l'aurait même pensé incapable de franchir le pas avec qui que ce soit. Pourtant, Tonks avait réussi là où il avait toujours échoué. Parce que c'était une femme. Parce qu'elle était sans doute mieux que lui, plus pure, plus pétillante, plus drôle, plus innocente. Être avec Tonks, permettait à Remus de se changer les idées, de ne plus voir seulement le côté sombre de sa vie. Être avec Sirius, c'était comme porter un poids autour de ses chevilles, un poids qui le tirait vers le bas et l'empêchait d'avancer. Être avec Sirius, c'était subir le présent et le passé, encore et encore. C'était ne pas avoir d'avenir.
Sirius ne voulait pas de ça pour Remus, qui méritait d'être enfin en paix avec lui-même et avec la vie.
– Patmol.. souffla la voix de son ami derrière lui.
Il ne répondit pas et se contenta de fixer son assiette pleine, qu'il n'avait aucunement l'intention de toucher. Il entendit le soupir de Remus et ses pas se rapprochèrent. Une fois face à lui, le loup-garou s'assit sur la table basse, qui se trouvait devant le canapé, et dévisagea Sirius avec attention.
– Je suis désolé, murmura-t-il en le fixant droit dans les yeux.
Sirius ne pouvait pas lâcher son regard du sien, même s'il essayait de se montrer indifférent. Ses yeux semblaient vaseux et vides, tandis que ceux de Remus étaient déterminés.
– Ce que tu as surpris n'était qu'une erreur. Je ne ressens pas pour Tonks ce que je devrais ressentir et ce que tu penses que je ressens. Ça me dépasse mais ce que je sais c'est que ce n'est pas avec elle que j'ai envie d'être.
Remus se leva pour éteindre la musique, puis retourna s'asseoir à la place qu'il occupait quelques secondes plus tôt.
– Dis quelque chose.
– Qu'est-ce que tu veux que je te dise? soupira-t-il avec un regard las. Tu as couché avec Tonks et ce n'est pas ce à quoi tu t'attendais. Très bien. Désolé pour toi.
Remus se leva et le foudroya du regard.
– C'est quoi ton problème, exactement?
– Je n'en ai aucun, Lunard. J'ai simplement du mal à te suivre. Je ne vois pas où tu veux en venir.
– C'est donc si difficile à comprendre? Je t'ai embrassé. Je ne l'aurais pas fait si ça ne représentait rien pour moi.
Il fit une pause. Une pause interminable ou Sirius finit par baisser le regard.
– J'ai envie d'être avec toi. Pas avec Tonks, ni avec personne d'autre. Mais toi, juste toi.
Sirius fronça les sourcils. Pour quelles raisons? Par pitié? Par envie de tester et voir qui de lui ou de Tonks, étaient le meilleur coup?
– Qu'est-ce que tu entends par «être» avec moi?
Le visage de Remus se fit tout de suite moins assuré.
– Tu n'en a pas envie? demanda-t-il doucement.
– Bordel, Remus, ouvre les yeux deux secondes. Je ne vivais que pour t'entendre me dire ça un jour. Mais la question que je me pose, c'est pourquoi est-ce que tu le fais. Qu'est-ce qui te motive?
– Que veux-tu me faire dire, exactement?
Il se mit une nouvelle fois debout, pour venir s'asseoir à côté de son ami, et approcha son visage de celui de Sirius.
– Je suis complètement perdu, souffla-t-il contre ses lèvres. Je n'arrive même pas à réfléchir et à penser normalement. Rien ne s'accorde dans mon esprit.
Il pressa doucement ses lèvres contre celles de son ami.
– Alors, reprit-il, ne me demande pas de te répondre. Je ne le sais pas.
– Remus..
Le lycanthrope le fit taire une nouvelle fois en déposant brièvement ses lèvres sur les siennes.
– La seule chose dont je suis certain, c'est que j'ai envie d'être avec toi.
Il l'embrassa une troisième fois, faisant durer un peu plus longtemps leur échange. Les langues des deux amis se mêlèrent l'une à l'autre avec douceur. Le cœur de Sirius se pressa douloureusement et il se demanda un instant s'il n'allait exploser à l'intérieur de sa poitrine.
– Je veux juste être avec toi.
Sirius le serra dans ses bras, le nez enfoui dans ses cheveux. Il ne savait pas vraiment où cette histoire allait le mener. Il ne comprenait pas réellement ce qui était en train de se passer dans la tête de son ami. Toutefois, il voulait prendre le risque. Même si cela ne devait pas durer longtemps, il voulait en profiter.
Un habituel ronronnement de cheminée les firent se séparer à contre cœur. Le visage des deux hommes ne purent toutefois réprimer un sourire en voyant Harry au milieu de la pièce. Le jeune garçon dévisageait Sirius silencieusement, le scrutant de haut en bas. Une fois rassuré quant à son état, il s'avança vers eux en souriant.
– Bonne ballade? raya-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.
Remus leva les yeux au ciel et s'éclipsa dans la cuisine. Il n'y avait aucun doute à avoir, Harry était bien le fils de James. Sirius déposa un baiser sur le front de son filleul et l'entraîna à la suite de Remus, après lui avoir glissé quelques mots à l'oreille.
– Je n'ai pas beaucoup de temps, Rogue et Malefoy ont une séance de potion, ça dure en général une petite heure. Après, ils se rendront sûrement compte de mon absence. Quel va être le plan pour demain?
– Que doit-il se passer demain? s'étonna Sirius en haussant les sourcils.
Remus expliqua les derniers événements à son ami.
– Harry ne servira pas d'appât, grommela Sirius une fois le récit terminé. Je vais transformer Lucius en carpette et je prendrai un malin plaisir à m'essuyer les pieds sur sa belle chevelure.
– Ça ne m'enchante pas non plus, mais il n'y a pas d'autres choix envisageables. Il sera protégé et rien ne lui arrivera. Nous avons une réunion demain pour en discuter avec plus de précision.
– Au Terrier?
– Non, chez ta cousine.
Harry ne resta pas longtemps avec les deux hommes qui ne lui posèrent aucune question sur Drago, sachant le sujet sensible. Une fois parti, Sirius resta seul dans la maison, tandis que Remus se chargeait de prévenir les Weasley de la réunion du lendemain. Il en profita également pour faire quelques courses et faire le point sur la situation.
Il ne rentra que le soir. Exténué, Sirius dormait déjà profondément sur le canapé. Remus fit apparaître une couverture, qu'il déposa sur le corps de son ami. Il n'avait pas dormi depuis plus de deux jours et c'est un sommeil sans rêves, heureusement, qui l'avait emporté. Remus l'observa un instant et se rendit dans sa chambre, enfin satisfait de pouvoir retrouver la douceur de ses couvertures.
Très tôt le lendemain matin, Remus fut réveillé par une Tonks surexcitée. La jeune femme était entrée dans sa chambre et avait ouvert les rideaux, sans lui laisser le temps de réaliser quoi que soit. Un peu désorienté, Remus la fixait avec de petits yeux.
– Bonjour! C'est une belle journée! s'exclama la jeune femme en se laissant tomber à ses côtés.
– Quelle heure est-il? grommela le lycanthrope en enfouissant son visage dans son coussin.
– 7h.
– 7h!? répéta-t-il. Que fais-tu si tôt ici? Je me suis couché tard hier soir, je suis vraiment crevé.
– Dumbledore est déjà à la maison.
C'est également à cette heure-ci, qu'Harry ouvrit les yeux. Il fut surpris en voyant Drago assis en tailleur sur son lit. Il l'observa en silence. Il n'était pas entièrement sûr de ce qu'il ressentait. Était-il plus en colère, déçu ou triste? Il était incapable de le dire. Quoi que, au fond, il savait pertinemment qu'il était en colère, mais pas contre Drago, plutôt contre lui-même. Après tout, Drago était un Serpentard. Il était donc fourbe, rusé, malin. Il aurait dû se méfier de cet élan de gentillesse. Harry était le seul responsable de cette situation. Drago, lui, avait eu exactement ce qu'il voulait.
– Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça? marmonna le blond.
Harry haussa les épaules. Depuis qu'il avait surpris la conversation entre Malefoy et son père, il avait puisé en lui une force surhumaine pour ne pas lui lancer un stupéfix dans la tête, à chaque fois qu'il osait lui adresser la parole.
– Je réfléchissais, répondit-il en se levant.
Il se saisit de vêtements propres, tout en passant une main dans ses cheveux noirs.
– Potter..
– Quoi?
– Je vois bien que quelque chose a changé ces derniers jours. Tu agis vraiment bizarrement. J'ai parlé avec mon père, hier soir. Il va venir me chercher avant le début de l'après-midi. Je vais rentrer aujourd'hui.
Le cœur du Gryffondor s'affola légèrement.
– Tu vas rentrer.. aujourd'hui?
– Écoute, même si mon image va clairement en prendre un coup, j'espère que.. enfin, à Poudlard, si jamais tu veux.. enfin.. tu as compris, quoi!
– Pas vraiment, répondit-il sèchement.
– Ce n'est pas grave. Laisse tomber.
Drago était vraiment un bon menteur. Était-il en train de lui proposer son amitié à l'école? Il était sans doute plus facile de mentir de cette façon, en ayant la certitude de ne pas le voir terminer les vacances vivant.
Harry devait immédiatement prévenir Sirius et Remus. Le départ de Drago allait sûrement bousculer leur plan.
– Encore une chose, reprit Drago. Tu vas sûrement t'ennuyer tout seul ici. Si tu es partant, ce serait bien que tu viennes au Manoir de mon père.
On y venait, donc.
– Ton père me hait et a essayé de me tuer, l'année dernière. Je n'ai aucune envie de me retrouver chez lui.
– Ce serait seulement la version officielle. En réalité, je connais un endroit sympa. On pourrait y rejoindre Pansy, Blaise et Daphné. Les autres sont partis en vacances. Il y a un vaste terrain, avec un lac et un chalet. Les moldus ne s'y aventurent jamais. On s'amuserait bien!
– Pourquoi ne pas tout simplement demander à Rogue si je peux aller à cet endroit? Peut-être accepterait-il. Je le trouve très souple, en ce moment.
– Tu sais bien que non. Il faut que Saint Potter soit toujours dans un lieu bondé et surprotégé. Là où on va, il n'y aura personne à part nous. Rogue ne te laissera jamais y mettre les pieds.
– C'est d'accord, soupira Harry en passant les mains sur son visage.
– Ah bon? Vraiment?
– Oui, pourquoi? Tu ne me pense pas assez courageux pour le faire?
– Ce n'est pas ça. Je te trouvais très distant ces derniers jours. Je pensais que tu étais impatient de me voir partir et que tu n'aurais aucune envie de me revoir. Et puis, je sais que Rogue et toi essayez de recoller les morceaux, alors... Enfin, s'il l'apprend, il risque de ne plus te laisser sortir.
Harry le regarda dans les yeux, avec une légère lueur de défis.
– Si c'est vraiment ce que tu veux, murmura-t-il, alors je viendrais avec toi.
La matinée se déroula sans bavure. Harry faisait ses devoirs de vacances, tandis que Drago rassemblait ses affaires. Rogue s'était absenté, les laissant seuls quelques heures. En revenant, il semblait légèrement préoccupé, mais Harry ne s'était pas vraiment attardé sur le comportement étrange de son professeur.
Narcissa et un elfe de maison, arrivèrent un peu avant le repas du midi. La petite créature se chargea rapidement de transporter les valises du fils de son maître.
– Merci d'avoir accueilli Drago, souffla-t-elle en adressa un pâle sourire à Severus. J'espère qu'il s'est comporté convenablement.
– On peut dire ça, répondit-il. Si omet quelques petits détails.
Drago leva les yeux au ciel et se tourna vers Harry.
– A bientôt, Potter.
Le jeune garçon se contenta de hocher la tête. Étrangement, il ressentait presque de la tristesse à voir le Serpentard partir.
– Je me demandais, reprit-il en direction des deux adultes. Peut-être que Potter pourrait venir à la maison, avant la fin de la semaine. Qu'en pensez-vous, mère?
– Moi je ne vois aucun inconvénient à sa venue et ton père n'est pas encore rentré de voyage. Ce qu'il ne sait pas, ne peut donc pas le déranger.
– J'ai mon mot à dire, où vous vous en fichez? grogna Rogue en plissant les yeux. Je suppose que je n'ai pas vraiment le choix, de toute façon. Si je refuse, je vais une fois de plus passer pour le méchant. Faites comme bon vous semble, tant que Potter revient en un seul morceau, je ne vois pas de problème à ce qu'il se rende chez vous. Si on m'avait dit un jour que ces deux là seraient amis, je ne l'aurais jamais cru.
– Nous ne sommes pas amis, grommela Drago en levant légèrement le menton.
– Bien sûr, répondit Rogue avec un sourire quasi imperceptible.
Une fois la mère et le fils partis, Rogue attrapa Harry par le bras et l'entraîna dans le salon.
– Où allons-nous? Nous ne mangeons pas?
– Si, mais pas ici. Nous sommes conviés à une petite réunion. Mais, il semblerait que vous soyez déjà au courant.
– Vous savez..
– Bien sûr, Potter! Vous pensiez sincèrement, que le directeur allait me cacher quelque chose de si important, vous concernant? Vous êtes sous ma responsabilité! Le ministère me tiendra pour responsable, s'il vous arrive la moindre petite chose. Quoi qu'ils fassent, ils ont besoin de mon accord.
– C'est là que vous étiez, ce matin.
– C'est exact. Arrêtez de traîner et dépêchez-vous, un peu.
Bonjour à tous!
Je suis vraiment désolée. Ce chapitre s'est fait légèrement attendre. Il faut dire que j'étais vraiment occupée ces dernières semaines et je n'avais pas vraiment la tête à l'écriture. J'ai décidé de faire un chapitre assez récapitulatif, pour vous remettre dans le bain. Je pense reprendre une publication régulière, comme je faisais avant.
Il reste cinq minutes avant le 22 mars. Ce qui veut dire que je peux encore souhaiter un bon anniversaire à Gary Oldman, heheHE!
