Interlude

Tous les "fils" de Rome avaient chacun une qualité différente et essentielle qui à elle seule semblait résumer leur personnalité, aussi réducteur que cela puisse paraître au premier abord.

Rome proclamait souvent à qui voulait l'entendre que son petit-fils, Italia Veneciano, était sans conteste le plus mignon de tous. Il va de soit que les liens du sang ne soient pas étrangers à ce favoritisme flagrant, mais il était tout de même évident que Rome adorait tout de lui: son innocence pure, sa gentillesse, ses dons naturels pour les arts... Il en était si fier ! Rome était convaincu qu'à défaut d'exceller dans l'art de la guerre, son petit bonhomme prouvera un jour que la voie de l'amour de son prochain serait la meilleure arme de toutes.

Bien sûr, Rome adorait également son petit-fils aîné, Italia Romano. Le plus... le plus... euh... Bref. Après tout, il était celui qui portait son nom et celui qui lui ressemblait le plus physiquement, même si parfois il se demandait d'où pouvait provenir son fichu caractère...

Il savait bien que ce n'était qu'une façade que l'enfant se donnait, pour se protéger des autres et ne pas être blesser. Et d'une certaine manière, il pensait que c'était peut-être une bonne chose car ainsi, si un jour il devait se retrouver seul il saurait se défendre.

En tout et pour tout, L'Empire Romain espérait surtout que les deux frères resteraient solidaires l'un vers l'autre, car il savait que l'avenir serait difficile pour eux s'ils ne combinaient pas leurs efforts. Ils se complétaient déjà, et ensemble ils étaient forts. Comparables à Romus et Romulus, même. A la différence qu'il ne souhaitait pas une issue funeste pour aucun d'entre eux.

Ses petits-fils à part, il disait aussi de Grèce qu'il était le plus sage. Non pas sans raison, le petit aîné de la nouvelle génération du continent européen avait de qui tenir: il suffisait de regarder sa mère, un modèle d'intelligence et de beauté. Un enfant précoce aux yeux olive, presque distants, dont les pensées profondes emplissaient tellement son esprit à longueur de journée qu'elles l'épuisaient au point de tomber de sommeil plusieurs fois par jour, et même à altérer son élocution ! Rome savait qu'il serait destiné à être un grand philosophe dont on parlerait pendant longtemps, il en était certain.

L'Empire disait aussi que Espagne, était assurément le plus joyeux. Un véritable rayon de soleil, l'œil vert-émeraude pétillant et le cheveu brun comme la terre fertile qui l'a vu naître; toujours heureux et souriant en toute circonstances. Rome ne doutait pas qu'il saurait affronter l'avenir et toutes ses épreuves avec ce sourire béat, et qu'il porterait ce sourire ensoleillé comme un talisman contre l'infortune; comme le soleil brûlant qui ne semble jamais vraiment quitter ses terres même à la nuit tombée. Rome pouvait déjà imaginer quelle nation courageuse et passionnée son garçon allait devenir.

Et puis, il y avait France. Non, le garçon aux cheveux d'or blanc et aux yeux couleur du ciel clair d'été s'appelait encore Gaule à l'époque, comme son prédécesseur avant lui.

Rome disait volontiers de lui qu'il était véritablement le plus beau de tous ses fils. Sculpté des mains de Vénus, béni par Apollon et peut-être même réincarnation d'Adonis.

Avec sa petite frimousse espiègle, ses yeux charmeurs et ses sourires d'ange, il pouvait déjà prédire que ce petit diablotin aux allures séraphiques grandira un jour en un redoutable bourreau des cœurs à l'échelle mondiale. Un homme à la beauté telle qu'elle fera sa renommée, peut-être même son meilleur atout, qui sait. Mais si Rome était enchanté d'avoir contribué à élever ce ravissant petit être, il s'inquiétait aussi de son futur sachant qu'il ne serait pas toujours là pour le protéger: tant de grâce ne saurait lui apporter que des ennuis... à moins bien sûr que l'enfant n'apprenne à s'en servir à son avantage... ?

L'avenir le dira.