34.

Remus était monté en haut de la tour d'astronomie. C'était un endroit calme, discret et apaisant. Lorsqu'il était étudiant, il aimait beaucoup y aller pour se retrouver. Il aimait y être seul pour ordonner ses pensées, pour réfléchir, pour respirer. Ses amis l'avaient compris car, lorsqu'ils voyaient sur la carte des Maraudeurs que le lycanthrope se trouvait en ce lieu, ils ne le rejoignaient et ne le dérangeaient jamais. Pas même Sirius.

Assis en tailleur, Remus fixait pensivement les étoiles. Le ciel était sombre et épais, ce qui les faisait particulièrement ressortir en cette chaude nuit d'été. Il avait l'impression de ne pas avoir fermé l'œil depuis des jours. Pourtant, même le silence et la tranquillité du lieu ne parvenaient pas à l'assoupir.

Ce n'était pas le cas de Sirius. Totalement assommé par les potions que Mme Pomfresh lui avait administrée, l'animagus dormait paisiblement depuis de longues heures. Ils n'avaient pas eu le temps de réellement discuter ensemble. Remus ne savait même pas comment il se sentait. Et, le voir allongé dans ce lit, sans qu'il ne puisse se réveiller, lui rappeler que trop bien ces longues heures d'attentes qu'il avait dû passer, sans savoir s'il allait ou non finir par se réveiller. Il avait ressenti le besoin de s'éloigner, afin de ne pas devenir complètement fou.

Il avait bien croisé Peeves et quelques fantômes. Il avait même vu s'envoler un hibou de l'école, en pénétrant dans la grande salle. Pas plus. Tout le monde était rentré chez lui. Remus était seul dans Poudlard pour veiller sur les deux personnes qui comptaient le plus à ses yeux. Le château était vide et lui semblait plus grand encore que ce qu'il ne l'avait jamais été.

L'angoisse oppressante de cette solitude l'avait poussé jusqu'à ce lieu décalé et merveilleux. S'il se sentait petit dans l'école, alors comment se sentait-il à présent, en face à l'immensité du ciel?

Cela faisait à présent de longues heures qu'il était là-haut et son ventre commençait à le ramener à la réalité. Il aurait pu dévorer un hippogriffe. Le lycanthrope s'étira en baillant et descendit la tour, tout en se dirigeant vers le dortoir des Poufsouffle. Il entra dans les cuisines avec facilité et fut surpris en voyant une dizaine de petits elfes de maison se tenir prêt à toutes ses demandes.

– Bonsoir mes amis, souffla-t-il doucement, comme s'il craignait de réveiller quelqu'un en parlant trop fort. Veuillez excuser mon intrusion et je regrette vraiment de vous importuner à une heure si tardive.

– Monsieur n'a pas besoin de s'excuser, répondit gaiement un elfe qui sautillait devant lui. Les elfes de maison de Poudlard sont très heureux d'aider. Les elfes de maison de Poudlard s'ennuient beaucoup pendant que les petits sorciers sont en vacances.

Remus lui offrit un petit sourire et hocha simplement la tête.

– Auriez-vous la gentillesse de ramener un repas chaud à l'infirmerie? Pour trois personnes, s'il-vous-plaît. Deux malades ont besoin de reprendre des forces et, pour ma part, je n'ai rien mangé depuis un long moment.

Les elfes acquiescèrent vivement. Ils étaient à la fois très excités par cette requête et très émue et gênés par la politesse avec laquelle l'ancien professeur de défense contre les forces du mal s'adressait à eux. Bien que Remus ait toujours montré un grand respect à leur égard.

– Merci beaucoup, murmura le lycanthrope en faisant demi-tour.

Remus traversait les couloirs de l'école d'un pas rapide. Des voix provenaient de l'infirmerie, suivit rapidement par des éclats de rire.

Le sourire aux lèvres, Remus ouvrit la porte et trouva Harry et Sirius en train de bavarder. Assis sur le lit de son parrain, Harry essuyait ses lunettes sur son t-shirt. Sirius, lui, était de plus en plus pâle. Les yeux pétillants qui fixaient Remus, montraient tout de même que son état s'améliorait.

– Remus! Où étais-tu passer? s'exclama Sirius en essayant de se redresser. J'ai cru que Pomfresh t'avait empêché de rester à l'infirmerie pendant la nuit et que tu étais rentré à la maison.

– Je ne vous aurais jamais laissé seuls ici. Je suis allé faire un tour aux cuisines, expliqua-t-il sans entrer dans les détails. Les elfes vont nous apporter de quoi manger.

Un sourire radieux fendit le visage de l'animagus qui se redressa totalement cette fois.

– Tant mieux, j'ai faim. Et Harry aussi. On était justement en train d'en parler.

– Comment vous sentez-vous, tous les deux?

Harry haussa les épaules.

– Je n'ai pas l'impression d'aller mal. Physiquement je me sens même très bien.

– C'est en grande partie grâce aux potions que tu as dû prendre. Peut-être que lorsque les effets se seront dissipés, tu auras une baisse d'énergie.

Il se tourna ensuite vers Sirius et posa une main sur son front.

– Tu as un peu de fièvre.

– Je vais bien.

– Est-ce que ta blessure te fait mal?

– Je vais bien, répéta l'animagus.

Sirius se saisit de la main qui était toujours positionnée sur son front et la serra doucement dans la sienne.

– Une fois que j'aurais mangé, je me sentirai même encore mieux.

Heureusement, les elfes ne se firent pas plus attendre. Un repas digne de Merlin se dressa sur la petite table de l'infirmerie, que Remus et Harry rapprochèrent du lit de Sirius. Le repas se fit dans une humeur conviviale. Harry semblait avoir tant à raconter que Remus se demandait s'il parvenait à trouver le temps de respirer entre chaque phrase.

Après le repas, ils s'étaient tous endormis rapidement. Et, à la surprise générale, Mme Pomfresh les laissa rentrer dans la matinée.

– Ecoutez-moi bien, Mr Black, souffla-t-elle strictement en prenant sa température. Vous garder ici ne changera rien. Vous pouvez rentrer chez vous. Mais, vous devez veiller à prendre plusieurs médicaments par jour.

– Je ferai attention à ce qu'il ne les oublie pas, assura Remus.

– Très bien. Je viendrai vous voir une fois par semaine pour être sûre que le poison est parfaitement en train de se dissoudre. Vous devez impérativement me joindre s'il y a quoi que ce soit que vous trouvez d'étrange. Même si vous pensez que cela n'est pas grand chose. C'est compris?

Les deux hommes hochèrent la tête.

– Votre blessure n'est pas très jolie à voir et mettra un certain temps à disparaître. Je ne peux toutefois pas vous garantir qu'elle disparaîtra totalement.

– Ce n'est pas grave.

– Vous pouvez rentrer maintenant. Je vais vous ouvrir le bureau du professeur McGonagall, pour que vous puissiez utiliser sa cheminée.

– Merci beaucoup, Poppy, sourit Sirius en lui prenant les mains. On vous doit une fois de plus une fière chandelle.

Mme Pomfresh leva les yeux au ciel dans un air renfrogné, mais paru sincèrement émue par les paroles de l'animagus.

Poudlard a toujours été une maison et un refuse pour Sirius, Remus et Harry. L'école avait permis à Sirius de fuir sa famille, Harry pouvait également fuir les Dursley lorsqu'il se trouvait entre ces lieux et Remus avait trouvé en Poudlard un endroit où il pouvait étudier et se mêler aux autres élèves sans les mettre en danger. Tous les trois y avaient trouvé des amis et une nouvelle famille. Étrangement, cela leur faisait toujours un pincement au cœur au moment de la quitter. Même dans ces conditions.

– On ne part jamais vraiment de Poudlard, souffla Sirius en jetant un coup d'œil dans le bureau du professeur McGonagall. Il y a toujours une partie de nous qui reste ici.

Le lycanthrope le regarda étrangement. Sirius ne le remarqua pas et plongea sa main dans un petit panier en osier. Il en sortit un joli lance-pierre ensorcelé. Harry l'avait remarqué en entrant dans la pièce, à cause des petites étincelles qui s'échappait de la corde.

– Elle me l'avait confisqué en deuxième année. J'avais peur qu'on me le pique alors je l'avais ensorcelé pour qu'il me reconnaisse et ne fonctionne qu'avec moi. Il s'illumine en ma présence. Je dois dire que je fais souvent cet effet là.

Remus, qui pensait que son ami était sérieux dans ses paroles précédentes, leva les yeux au ciel.

– Remet-ça où tu l'as pris et ramène-toi.

Ne pas être trop sérieux empêchait justement l'animagus de trop réfléchir. Il se posait énormément de questions. Il ne comprenait pas comment Rita Skeeter avait su où ils étaient. Il se demandait également, s'il allait un jour pouvoir être innocenté. Tout semblait s'assombrir de plus en plus autour de lui.

Pourtant, il en avait fait du chemin depuis le début des vacances d'été. En si peu de temps, toute sa vie avait changé. Il glissa sa main dans celle de Remus et la serra extrêmement fort dans la sienne. Elle avait changé en bien, sa vie, et Sirius ne souhaitait jamais perdre ça.

Ils se saisirent d'une poignée de poudre de cheminette et disparurent entre les flammes vertes de la cheminée. La maison était froide et sombre. Ils ouvrirent les volets et laissèrent les fenêtres ouvertes pour laisser entrer l'air.

Buck descendit rapidement les escaliers et leur adressa un regard outré. Il semblait profondément vexé d'être resté seul dans la maison. Remus proposa de s'occuper de lui pour laisser à Harry et Sirius le soulagement de s'asseoir. Si l'animagus allait mieux, il se sentait encore très fatigué.

Un hibou aux plumes claires se posa sur le rebord de la fenêtre. Sirius alla lui ouvrir et lui offrit à boire. Il se saisit du petit mot attaché à ses pattes et le déplia doucement.

– C'est Tonks, souffla Sirius en relevant les yeux vers son filleul. Elle passera nous voir demain. Et elle dit que Dumbledore t'attend chez Rogue.

Harry soupira et passa ses mains sur son visage.

– J'aurais espéré un peu de tranquillité avant d'être obligé de retourner chez Rogue pour y voir Fudge.

– Ça me fait mal de le dire, grimaça Sirius en haussant les épaules, mais si tu as pu être retrouvé, c'est en grande partie grâce à Servilus. Et, encore plus étonnant, il semblait inquiet pour toi.

– Il devait surtout l'être pour lui. Fudge lui a sûrement posé des tas de questions.

Sirius se noua les cheveux dans un chignon désordonné et tandis à son filleul un verre de jus d'ananas.

– Tu sais, je ne pense pas que Fudge lui en tire rigueur. D'accord, il t'a laissé partir avec Drago, et puis quoi? Il s'agit du fils de Lucius Malefoy. Et Lucius Malefoy est très estimé au ministère. Passé de mangemort ou non, Fudge l'affectionne particulièrement. Alors qu'est-ce que tu veux qu'il dise à ce sujet? Il ne pense certainement pas que Drago et Lucius ont un quelconque rapport dans ton enlèvement.

Harry s'assit lourdement sur une chaise et fixa pensivement son verre avant de relever les yeux vers son parrain.

– Tu sais si Drago est passé à l'infirmerie, lorsque je n'étais pas conscient?

– Pas que je sache. Tu devrais demander à Remus. Je te rappelle que je n'étais pas plus conscient que toi.

Harry finit son verre et se leva vivement pour s'asseoir à côté de Sirius, qui s'était laissé tomber sur le canapé. Il dévisagea attentivement l'animagus, ce qui arracha à ce dernier une moue à la fois amusée et faussement agacée.

– Arrête donc de me regarder comme ça! On dirait ta mère. Elle avait cette même façon d'analyser les gens pour s'assurer que tout aille bien.

Sirius leva les yeux au ciel et répondit à la question muette de l'adolescent.

– Tout va bien.

– Je peux te poser une question assez gênante?

– Je suppose que tu poseras ta question même si je te dis non, n'est-ce-pas?

Harry lui offrit un sourire en coin.

– Je t'écoute, mon grand, murmura-t-il avec sérieux.

– Tu as risqué ta vie pour Drago. Pourquoi?

Remus descendit à ce moment là, il prit une canette de soda dans le frigo et alla s'asseoir à côté des deux garçons. Sirius les fixa un instant avant de défaire son chignon pour le refaire. Il en profita pour réfléchir à la question. En réalité, il avait plusieurs réponses à lui donner.

Harry s'insistait pas. Il attendait simplement, sans le forcer à parler.

– Il a quatorze ans, répondit finalement Sirius. Si on doit mourir à cet âge là parce qu'on est né dans la mauvaise famille, alors la vie est une belle pourriture. Drago fait souvent des erreurs, c'est vrai. Il n'a pas toujours besoin d'un coup de pouce pour en faire. Il est rarement gentil. Il est exécrable, insupportable et irrespectueux, que ce soit avec les autres élèves, même ceux de sa maison, ou avec les professeurs de Poudlard qui ne s'appellent pas Severus Rogue. Il y a beaucoup de personnes qui diront le détester. Mais tu sais ce que je pense? Tu sais qui déteste le plus Drago Malefoy? Je pense que c'est Drago Malefoy lui-même.

Remus releva les yeux vers son ami et fronça légèrement les sourcils.

– Et ce genre de cas arrive plus souvent qu'on ne le pense. Je peux compter des dizaines de personnes qui se haïssent démesurément, et dont on en a pas forcément conscience aux premiers abords. On peut même côtoyer ces personnes pendant vingt ans et ne jamais s'en apercevoir. Dans le cas de Malefoy, c'est d'autant plus complexe qu'il doit faire croire au monde entier qu'il n'a aucune humilité, qu'il s'admire, qu'il est fier de lui et d'où il vient et..

– Je ne sais pas, sourit Harry, lui coupant la parole. Malefoy se sent au dessus de tout le monde.

– Peut-être. Il se sent supérieur à cause de son sang, à cause de sa famille. On lui a appris à agir et à se sentir de cette façon. Il a toujours vécu dans cette noblesse et à macéré dans ces pensées là. Mais ce n'est pas parce qu'il prend tout le monde pour des vermines qu'il s'apprécie pour autant.

Remus se mordit la lèvre.

– Rares sont les familles de Sang-Pur qui sont heureuses, continua le lycanthrope. Les Weasley par exemple, sont des exceptions parce que leur famille n'est justement pas dans cette optique de Sang-Pur et de supériorité. Drago est tiraillé et il s'interdit beaucoup de choses qui sont pourtant très simples et naturelles pour le reste du monde. Il était déboussolé la dernière fois que je l'ai vu. Il a pleuré devant moi. Et c'est sans doute horrible pour lui de révéler ainsi ses sentiments au grand jour. Quand il réalisera le comportement qu'il a eu face à moi, il s'en rendra sûrement malade. Il n'a pas une vie facile et en même temps il a tout pour être heureux. Il a toujours eu tout ce dont il désirait, il n'a jamais manqué de rien. Et dans un sens, on l'a privé de tout. Tu n'as pas eu l'enfance dont tu méritais et je crois bien que Drago non plus. Vous avez tous les deux été obligés de grandir trop vite.

Harry soupira.

– Il est venu, alors? A l'infirmerie?

– Oui. Il voulait connaître votre état. Je suppose que s'il n'est pas revenu, c'est parce qu'il n'en a pas eu l'occasion. Ce n'est pas comme s'il était facile de venir à Poudlard. Et qui sait ce qu'il se passe chez lui, après ce véritable échec..

Un nouvel hibou entra dans la pièce et se posa sur la table basse. Remus se pencha légèrement et se saisit du mot qu'il transportait.

– C'est un message de Severus. Il dit que Dumbledore a une urgence ailleurs et qu'il ne reviendra pas avant demain. Tu n'es pas obligé d'aller chez lui aujourd'hui.

Harry s'étira. Cette conversation l'avait quelque peu renfrogné mais il était satisfait de cette nouvelle. Il allait pouvoir rester avec Sirius et Remus tout le reste de la journée.

– Et si on faisait un jeu de société! proposa l'adolescent.

– Pourquoi pas! Je dois vous botter les fesses à tous les deux car j'ai mon honneur à reconquérir. Si vous pensez que j'ai oublié la façon dont vous avez triché la dernière fois, vous vous mettez vos doigts dans l'œil!

Remus secoua la tête en souriant.

Et c'est ainsi que la journée s'était éteint. Elle n'avait pas été très productrice. Ils avaient passé tout leur temps à jouer, confortablement installé dans le salon et rien n'était venu les perturber. Épuisés, ils montèrent à l'étage et se séparèrent dans leur chambre respective. Ils avaient grignoté en jouant et aucun d'eux ne souhaitait manger davantage.

Sirius se jeta dans ses couverture. Elles étaient propres, fraîches et sentaient les fleurs. Il ferma les yeux et laissa ce mélange gourmand lui envahir totalement les narines. La porte s'ouvrit à ce moment là, ce qui ne fit qu'augmenter le sourire qui s'étalait sur son visage.

– Harry sait pour nous. Je ne sais pas s'il est nécessaire de nous retrouver clandestinement, sourit Sirius en invitant son ami à le rejoindre dans son lit.

– Je suis allé prendre une douche rapide. J'avais envie d'un bain mais je suis bien trop fatigué.

– On prendra un bain demain. Qu'est-ce que tu en dis?

Remus lui offrit un sourire amusé et le surplomba de son corps. Doucement, il posa ses lèvres contre celles de l'animagus et souffla :

– On?

Sirius le regarda dans les yeux et haussa les épaules, ce qui arracha un petit rire au lycanthrope. Remus se laissa tomber à ses côtés et éteignit la lumière.

– Il me faudrait dormir une semaine entière pour rattraper tout ce sommeil perdu.

Le matin arriva pourtant très vite. Et malgré ses paroles, comme chaque matin, Remus était réveillé très tôt. Quelque chose d'insupportable devait se passer dans son esprit, pour le forcer à ouvrir les yeux sans qu'il ne puisse plus se rendormir. Il allait continuer à déblatérer sur son sort, quand il se rendit compte que Sirius n'était pas dans le lit. Il était seul dans la chambre. Fronçant les sourcils, il se redressa légèrement et tenta tant bien que mal de remettre ses idées en place.

Sirius ne pouvait pas déjà être levé, n'est-ce pas?

Pourtant si. C'était le cas. Heureusement, l'animagus fit son apparition dans la chambre, quelques minutes plus tard. Ses mains derrière le dos, il se laissa tomber sur le lit et enjamba Remus pour s'asseoir sur lui.

– Qu'est-ce que tu caches derrière ton dos?

– J'ai une question de la plus haute importance pour toi, murmura Sirius en ignorant sa question.

– Je t'écoute.

– Qu'est-ce que tu aimes le plus? Tu ne peux faire que deux propositions.

Remus leva un sourcil perplexe et un léger sourire fleurit sur son visage.

– Les nuits sans pleine lune.

– Je n'y pensais pas. Ce n'est pas idiot.

– Et... lire un bon livre au coin du feu, lorsque l'hiver est particulièrement rude.

Sirius secoua doucement la tête, clairement ennuyé. Il afficha une mine désolé sur son visage et poussa Remus en posant une de ses mains sur son torse. Le lycanthrope retomba lourdement sur le matelas et Sirus lui caressa tendrement les joues.

– Mauvaise réponse.

– Tiens donc. Et qu'est-ce que j'aime le plus, alors, selon le grand Sirius Black?

– Le chocolat, répondit-il malicieusement.

– Je n'y pensais pas. Ce n'est pas idiot, plaisanta Remus en reprenant les paroles de son amant. Et quelle est la deuxième chose?

Sirius posa son index sur la bouche de son ami. Il se baissa et murmura dans son oreille.

– Moi.

Remus éclata de rire.

– J'en étais sûr.

Sirius fit claquer sa langue et le fit taire en plaquant cette fois toute sa main contre la bouche de Remus. Il découvrit ce qu'il cachait derrière son dos et un éclair de compréhension passa dans ses yeux, ce qui amusa beaucoup l'animagus. Il fit tourner un instant le tube rempli de chocolat fondu entre ses doigts et le posa sur le côté. D'un geste, il retira le t-shirt de Remus et fit couler du chocolat le long de son torse.

– Il s'avère que je suis justement en possession des deux.

Sur le moment, Remus souhaita en rire. Il ne comprenait pas vraiment où il voulait en venir.

Son dos se courba totalement lorsque Sirius se pencha pour lécher le chocolat qu'il avait fait tomber sur lui. Sirius le déshabilla et retira également ses propres habits. Il continua son ascension, en faisant couler du chocolat sur la peau tremblante du lycanthrope. Sur son bas ventre, entre ses cuisses, puis il remonta sur ses bras, dans son cou.

Remus apprécia le baiser chocolaté de Sirius, lorsque celui l'embrassa. Son ventre s'enflamma totalement et il comprit que l'animagus avait raison. Ce qu'il aimait le plus sur cette terre, était Sirius et le chocolat. Et, la combinaison des deux était particulièrement délicieuse.

Ils échangèrent les rôles et Remus goûta à la peau chocolaté de son amant.

Il y avait quelque chose de très amusant dans ce jeu. Ils se chatouillaient, se découvraient davantage, se caressaient et allaient encore plus loin. Leurs baisers n'en finissaient pas. Sirius mordait les lèvres du lycanthrope, embrassait sa mâchoire et dévorait son cou. Remus gémissait de plaisir et griffait le dos de Sirius, qui ne sentait absolument rien.

C'est totalement essoufflés et épuisés qu'ils retombèrent l'un sur l'autre pour s'endormir de nouveau.

Lorsqu'ils ouvrirent définitivement les yeux, leur peau collante et l'odeur fortement sucrée dérangea Sirius au point de sortir sa baguette pour jeter un sort de nettoyage. Remus l'en empêcha d'un geste de la main.

– Tu ne m'avais pas promis un bain?

Sirius lui offrit un sourire énigmatique et enfila rapidement un boxer.

– Très bien. Le dernier dans la salle-de-bain aura des puces lors de sa prochaine transformation! chantonna-t-il en partant en courant.

– Quel gamin, je rêve! grommela Remus en jetant un coussin en sa direction.

Il se leva à son tour et mit quelque chose sur son dos avant de partir à sa poursuite. Fier de lui, Sirius l'attendait, appuyé contre la porte.

– Tu as perdu.

Remus ne répondit pas et entra à sa suite dans la salle-de-bain avec une mine boudeuse. Sirius lui arracha un baiser pour le faire sourire, tout en ouvrant le robinet de la baignoire. Une fois à moitié remplie, les deux hommes pénétrèrent l'eau tiède et s'assirent face à face. Ils se regardaient silencieusement, profitant du calme, des bulles et de l'odeur fruitée qui commençait à parfumer la pièce.

Remus fixa un instant la plaie aux couleurs inquiétantes sur le torse de son amant.

– Il faudra remettre une bande autour de ta poitrine.

– Non. Pomfresh a dit qu'elle devait respirer, donc être à l'air libre. Il vaut mieux éviter de lui mettre quoi que ce soit dessus.

– Je vois.

Ils discutèrent tranquillement, parlant doucement pour ne pas réveiller Harry qui dormait non loin de la pièce. Après une petite heure, l'eau commençait à se rafraîchir. Cela ne semblait pas déranger les deux hommes qui s'éclabousser en souriant.

– Sirius.. souffla soudainement le lycanthrope avec un ton profondément sérieux. Je voudrais te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi cet été.

– Ce n'est rien. Et j'ai bien plus gagné que ce que j'ai pu t'offrir.

– Depuis notre première rencontre, tu m'as donné plus que quiconque ne l'a jamais fait. Ce n'est donc pas rien. Tu es la personne la plus importante de ma vie. Je t'aime. Si seulement tu pouvais savoir à quel point. Je veux que tu le saches, que tu réalises que ce que je ressens pour toi est réel et ne connaît aucune limite, parce que je sais qu'une partie de toi en doute encore.

Sirius ouvrit légèrement les jambes dans une invitation muette que Remus ne manqua pas. S'il avait souvent été aveugle aux signaux que son ami avait pu lui lancer, il ne l'était absolument plus maintenant. Il s'installa confortablement et appuya son dos sur le ventre de l'animagus.

– Je ne te fais pas mal? demanda-t-il en faisant allusion à sa blessure.

– Non, ça va.

Ils restèrent de longues minutes de cette façon. Sirius caressait le ventre de Remus, son torse, son cou. Ses doigts dansaient et frôlaient doucement sa peau, tandis que loup-garou somnolait contre lui.

En entendant Harry se lever et parler à Buck, Remus et Sirius se levèrent, se séchèrent et s'habillèrent. Ils rejoignirent ensuite l'adolescent dans la cuisine. Les cheveux en bataille, les lunettes de travers, Harry remuait ses céréales en baillant.

– Et bien! s'exclama son parrain. Même un zombie semblerait en meilleure forme que toi.

– Je suis crevé, répondit-il.

– C'est ce que je peux voir. Il faut espérer que ta petite entrevue avec Servilus et Dumbledore ne soit pas trop longue pour que tu puisses te reposer un peu. Est-ce que tout va bien? Tu as pris les potions que Mme Pomfresh t'a administré?

Harry hocha positivement la tête.

– Et toi?

– Oui. Je me suis réveillé tôt, ce matin, parce que ma blessure m'élançait et que j'avais un peu de fièvre. La potion a arrangé ça assez rapidement. Je dois dire que c'est efficace.

– Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas dit que tu avais eu mal et que la douleur t'avait réveillé? grogna Remus.

– Parce que ce que j'avais prévu de te.. dire d'autre.. était plus important que ça.

Remus secoua désespérément la tête. Quelqu'un sonna à la porte et l'empêcha de répondre.

– Ce doit être Tonks, bailla une fois de plus Harry.

– Depuis quand est-ce qu'elle prend la peine de sonner? s'étonna Remus en allant lui ouvrir.

Harry salua la jeune femme et monta s'habiller.

– Bonjour, Tonks, sourit Remus en embrassant sa joue.

La peau de l'ancienne Poufsouffle était fraîche. Le matin était agréable et contrastait parfaitement avec les journées chaudes et parfois étouffantes. Un peu nerveuse, elle entra dans la pièce qu'elle balaya d'un regard voilé.

– Tout va bien? se méfia Sirius en l'embrassant à son tour.

– Oui. Et toi, comment est-ce que tu te sens?

– Ça dépend des moments. Globalement, je me porte bien. Mon cas aurait pu être pire. D'ici quelques semaines, ce sera de l'histoire ancienne. Et les médicaments font effets rapidement. Je n'ai jamais mal très longtemps quand ça me prend.

– Tant mieux, sourit-elle en posant une main sur son bras. Et Harry?

– Le sort et la cure l'ont vidé de toute son énergie. Il l'a récupère doucement. Du coup, il vit un peu au ralenti.

Remus fronça les sourcils face au regard fuyant de la jeune femme. Plus il essayait de la regarder dans les yeux et plus elle reculait.

– Tu es sûre que tu vas bien? gronda Remus. J'ai l'impression que tu nous caches quelque chose.

Les sourcils froncés, il analysait attentivement la jeune femme et ne semblait pas apprécier son attitude. Tout le monde vivait dans le mensonge, ou dans les secrets, ces derniers temps et il n'arrivait plus à l'accepter.

– Oui. Je t'assure que je vais parfaitement bien. Si je suis venue, c'est justement pour vous parler. Est-ce qu'on peut s'asseoir?

Ils s'exécutèrent silencieusement, malgré la curiosité palpable des deux hommes.

– Les Aurors m'ont demandé de passer une visite médicale. Je dois dire que ça tombait bien parce que je ne me sentais pas vraiment en forme. Je voulais en parler et avoir un avis sur le sujet. Je n'arrivais pas à changer la couleur de mes cheveux, par exemple. Ils restaient fades et ternes. Quelque chose semblait aspirer l'énergie dont j'ai besoin pour faire fonctionner mes pouvoirs de métamorphomage. J'étais un peu inquiète.

Le visage de Remus pâlit légèrement, ce qui n'échappa pas à Sirius.

– Est-ce que c'est grave? murmura l'animagus.

– Non. Je vais très bien. C'était simplement que quelque chose était en train de se passer dans mon corps et...

Le souffle court, Remus se leva et secoua la tête de droite à gauche. Il venait de comprendre, de réaliser tout ce que cela impliquer, tout ce qu'il pourrait perdre, tout ce qu'il pourrait détruire.

– Je peux savoir ce qu'il se passe? s'inquiéta l'évadé de prison.

– J'attends un bébé. Un bébé de Remus.


Merci à toutes les personnes qui sont encore là pour me lire. Merci à toutes les personnes qui me laissent un commentaire qui m'encouragent, qui me disent ce qui ne va pas. Merci à toutes les personnes qui n'ont pas de comptes, qui ne peuvent jamais avoir de réponse, mais qui sont toujours présentes et généreuses. Je voudrais pouvoir faire un câlin à tout le monde. Vous portez cette histoire et si elle est toujours debout grâce à vous.

Merci infiniment.

(je n'ai pas encore corrigé le chapitre, je suis désolée)