36.

Les yeux de Sirius s'ouvrirent brusquement. Aveuglé par la luminosité du couloir, il les referma instantanément et chercha dans sa mémoire la raison pour laquelle il avait dormi par terre. Il grimaça en se redressant. Ses mouvements étaient lents et maladroits à cause de ses os douloureux.

La porte de la chambre de Remus était ouverte. Le lycanthrope était assis sur son lit, les coussins remontés le long de son dos. Il était confortablement installé, ce qui arracha une nouvelle grimace à Sirius. Ses muscles semblaient en pleine lamentation face au matelas moelleux qui se trouvait à seulement quelques pas d'eux. Buck somnolait au pied du lit. En s'apercevant que Sirius était réveillé, l'hippogriffe releva la tête et la secoua d'une manière enjouée. Le seul effort que l'animagus était capable de faire était de lui offrir un léger sourire.

Sirius s'étira les bras, puis passa une main dans ses cheveux pour essayer de les coiffer. Remus n'avait pas jeté un regard en sa direction. Il était plongé dans une lecture et Sirius le connaissait suffisamment pour savoir que lorsque Remus lisait, plus rien autour n'avait d'importance. Le lycanthrope était captivé par ce qu'il se passait dans son livre et devenait sourd. Cela avait toujours été le cas, même à Poudlard. Souvent, James disait à Remus qu'il prenait la carte des Maraudeurs ou qu'il partait à tel ou tel endroit pour plusieurs heures, alors qu'il était en pleine lecture. Lorsque Sirius et Peter se demandaient où James était passé, Remus n'en avait aucune idée et tous les trois se retrouvaient à chercher leur ami dans toute l'école.

Un thé fumant reposait sur la table de nuit. Il devait donc être réveillé depuis un moment. Sirius ne l'avait pas entendu ouvrir la porte et descendre chercher sa boisson. De mauvaise humeur, Sirius grommela dans sa barde. Il n'avait pas pensé à se transformer en chien. S'il l'avait fait, il aurait vécu une meilleure nuit et il aurait eu l'ouïe plus fine. Bien que, Remus savait se montrer discret. S'il ne voulait pas être entendu, il savait comment s'y prendre.

Sirius jugea les dégâts en se tortillant légèrement sur lui-même. Il fit rapidement une conclusion ; chaque centimètre de son corps lui faisait mal. Il pensait pourtant être habitué, après avoir croupi jour et nuit dans une cellule froide et miteuse d'Azkaban.

Il se hissa sur ses pieds. Remus, attiré par les mouvements de son ami, leva les yeux de son livre pour les poser sur lui. Son regard était doux et son visage semblait serein. S'il était si tourmenté la veille, il n'en restait à présent plus aucune trace physique. Cela ne voulait pas dire que tout était en ordre à l'intérieur, cela voulait simplement dire que le masque qu'il avait fabriqué tenait parfaitement bien en place sur son visage.

Sans en demander la permission, Sirius se faufila dans la chambre. La fenêtre ouverte laissait entrer un air particulièrement frais et paisible. Un courant d'air secouait l'un des volets, changeant la luminosité de la pièce à chaque fois qu'il le faisait se fermer ou s'ouvrir.

Il ne savait pas l'heure qu'il était. Il devait être tôt. Les yeux remplis de fatigue, Sirius s'avança jusqu'au lit de Remus. Au même instant, Buck descendit du lit, secoua ses plumes et sortit de la pièce en sifflant d'un étrange bruit. Sirius le regarda distraitement partir, tandis que le silence du lycanthrope s'éternisait. Sirius ne savait pas quoi faire. Il se sentait stupide, debout devant quelqu'un qui ne souhaitait absolument pas sa présence. Il ne comptait pas partir pour autant. Remus ne pourrait pas se terrer dans son silence éternellement. Ils allaient bien devoir discuter, à un moment où à un autre, comme deux adultes.

Finalement, il s'assit à la place de l'hippogriffe et souffla d'une voix roque mais assurée :

– Ma mère ne m'a jamais rien dit d'intéressant ou de franchement utile. Toutefois, grâce à elle, je sais parfois comment réagir face à telle ou telle situation. Je me suis toujours promis de ne jamais agir comme elle et de ne jamais rien faire qui pourrait la satisfaire un tant soit peu. Même aujourd'hui encore, alors que je suis libéré de son emprise, je me demande souvent ce qu'elle n'aurait pas fait afin de prendre la bonne décision. Je pense avoir atteint un niveau qui a largement dépassé Andromeda. Si ma famille pouvait me voir, elle n'en reviendrait pas. Je suis la pire honte des Black.

Sirius sourit sans pouvoir s'en empêcher.

– Je n'ai jamais rien fait pour ma famille, continua-t-il. Personne n'a jamais été fier de moi. La seule personne que j'aurais aimé sauver était Regulus mais c'était beaucoup trop dur de rester, même pour lui. J'ai toujours voulu me démarquer de ma famille mais on m'a toujours rappelé que je faisais partie d'elle. En entendant mon nom de famille, ceux qui ne me connaissaient pas personnellement me craignaient, me jugeaient ou me détestaient. J'ai tout fait pour combattre les préjugés. Et pourquoi? Pour finalement me faire enfermer comme ce que que j'ai combattu pour ne surtout jamais devenir ; un Black comme eux. A présent, je ne suis pas différent des autres membres de ma famille pour la quasi-totalité de la communauté magique britannique. Et, je suis persuadé que mon enfermement n'en a pas étonné beaucoup. S'il devait y avoir un traître, finalement il était totalement logique que ce soit le «Black». Le vice coule dans les veines de chaque membre de cette foutue famille, après-tout.

Remus posa son livre sur sa table de nuit, manquant faire tomber sa tasse de thé qui commençait à refroidir. Il s'en saisit et la sirota avant de répondre à Sirius :

– Je suis désolé à propos de ce que j'ai dit hier. Je m'excuse. Je ne le pensais pas. Je sais que tu n'es pas comme les autres membre de ta famille et un jour tout le monde le saura. J'ai dit ça sans réfléchir et je m'excuse sincèrement. Tu devrais aller te préparer. Andromeda nous a demandé d'arriver en milieu de mâtiné. De plus, tu as tes médicaments à prendre.

– Remus, écoute..

– Laisse-moi, s'il-te-plaît. Je peux voir que la nouvelle de Tonks est importante pour toi. Elle a su nous secouer tous les deux et d'une manière totalement différente. J'en ai conscience. Seulement, tu dois comprendre que j'ai besoin de temps pour y réfléchir.

Toute l'énergie de Sirius fut mis en œuvre pour ne surtout pas continuer cette conversation. Il se leva et sortit sans ajouter un mot. Il réveilla Harry et pris ses potions, avant de se laisser porter vers la salle-de-bain. Il se lava et, une fois habillé, tomba sur son lit comme une pierre dans une rivière. Il ne bougea pas d'un centimètre, restant dans cette position jusqu'au moment de partir chez Andromeda.

Tel un automate parfaitement bien réglé, Sirius se mit sur ses pieds pour rejoindre Harry et Remus dans la cuisine. Il fut surpris de voir le gâteau que tenait le lycanthrope dans ses mains. Pourquoi devait-il paraître si normal? A force de croire que tout allait bien, avait-il fini par y croire? Malgré tout, Sirius voyait bien que ce n'était pas le cas. Remus semblait plus fatigué qu'à son habitude. Son regard, vide de toute émotion, n'était peut-être pas si impassible que ça. Physiquement, il était présent, mais son esprit s'agitait tel une centrale électrique. Ses mains tremblaient parfois de colère et il ne s'en rendait même pas compte.

Absents et silencieux, Sirius et Remus se placèrent à l'intérieur de la cheminée à tour de rôle. Harry les suivait en soupirant, sûrement las de leur comédie.

En arrivant chez sa cousine, Sirius fut frappé par la bonne humeur qui régnait dans la pièce principale. Un sourire fendit ironiquement son visage. Quelque chose lui disait que Remus et lui ressemblaient à un orage de grêle lors d'une chaude journée d'été. Il jeta un regard vers le gâteau de Remus. Il était en train de retirer le papier aluminium qui le protégeait jusqu'alors. Ce gâteau semblait si fade et sec. Et, il n'était même pas au chocolat.

– Tu peux arrêter de regarder mon gâteau de cette façon? grogna Remus. Tu vas finir par le complexer.

Sirius détourna les yeux et entra dans le salon. Hagrid se précipita sur Harry comme s'il ne l'avait pas vu depuis des années. Minerva McGonagall leur adressa un sourire chaleureux avant de reprendre la discussion qu'elle avait commencé avec le professeur Chourave.

– Est-ce que tout va bien? demanda une voix ferme derrière l'animagus.

Mme Pomfresh le sondait du regard. La mine grave et les sourcils froncés, elle semblait analyser chaque trait de son visage.

– Vous êtes-vous bien soignés, Harry et vous?

Sirius hocha la tête et lui offrit un léger sourire. Tout le monde avait dix ans dans le regard de Mme Pomfresh.

– Votre blessure vous fait souffrir?

– Non, répondit-il.

– Alors, si vous ne souffrez pas, arrêtez d'afficher cette tête de babouin ronchon et mal léché.

La mauvaise humeur de Sirius devait être palpable. Qu'est-ce qu'il pouvait y faire? Les blessures n'étaient pas toujours physiques voyantes. Et, tout le monde n'était pas si doué que Remus pour se mentir à soi-même.

Le lycanthrope était en pleine conversation avec les aînés Weasley. Il agitait vivement les mains et riait parfois lorsque Charlie finissait une phrase. S'il comprenait bien, il avait donc décidé de parler à tout le monde sauf avec lui. Sirius soupira. Pomfresh avait raison. Il ne pouvait pas être le seul d'une humeur massacrante, alors que tout le monde était si heureux autour de lui. Il s'était trompé en arrivant. Ce n'était pas Remus et lui, l'orage de grêle survenant soudainement au beau milieu d'une journée ensoleillée. C'était simplement lui.

Il y avait deux facteurs qui jouaient sur ses nerfs à ce moment précis.

Ses courbatures, premièrement. Pourquoi, par Merlin, avait-il décidé de dormir par terre? Cela n'avait servi à rien.

Et, secondement, la manière subtile dont Remus avait de l'ignorer. Il détestait ça. Il n'en avait pas l'habitude. Il lui manquait et ça faisait plus mal que sa blessure empoisonnée qui lui déchirait la poitrine.

Sirius s'étira en grimaçant. Qu'est-ce qu'il pouvait être pathétique, par moment. Il remarqua alors une autre erreur de sa part. Il avait eu tort. Personne, absolument personne, ne semblait être heureux dans cette pièce. Les conversations étaient animées, certes, mais elles n'étaient pas forcément joyeuses. Il y avait un lourd sentiment de tristesse dans la pièce. Un sentiment tempéré entre tristesse et plénitude agitait chacun d'entre eux.

Ils avaient gagné une petite bataille, mais le combat était loin d'être terminé. Il n'avait même pas vraiment débuté, encore. Il n'y avait rien à fêter aujourd'hui et tout le monde en avait conscience.

Ils s'installèrent autour de la table, qui s'allongea légèrement pour s'ajuster aux nombres de personnes présentes.

Dumbledore s'éclaircit la voix et tout le monde tourna le regard vers lui.

– Nous avons retrouvé Vernon et Pétunia Dursley. Aucune mort n'est à déplorée et Harry est en sécurité.

– Pour l'instant, murmura Sirius.

– Oui, Sirius, tu as raison, «pour l'instant». L'avenir est sombre pour Harry et malheureusement, je crois qu'il l'est pour chacun d'entre nous. Actuellement, nous nous trouvons autour d'un repas qui a été divinement bien préparé par Andromeda et Ted. Faisons-leur honneur en le dégustant avec la paix dans nos esprits. Nous pourrons discuter de ce qui est fâcheux plus tard.

«Quel vieux fou», ne pu s'empêcher de penser Sirius. Il reconnut toutefois que le repas était excellent et le gâteau de Remus, pas si mauvais que ça.

– Vernon et Pétunia sont à Sainte Mangouste pour encore quelques jours, expliqua Minerva alors qu'elle sirotait un thé aux senteurs fruitées. Ensuite, ils seront transférés dans un hôpital moldu. Ils devront répondre aux questions de leurs Aurors et seront ensuite aptes à retourner chez eux.

– De quoi se souviennent-ils? demanda Molly.

– Pas de grand chose. Rien de bien utile. Ils sont surtout terrorisés.

– Ont-ils pu voir leur fils? questionna Hermione.

– Non. Avec la sœur de Vernon, ce n'est pas une très bonne idée.

– Que va-t-il se passer pour Harry? Devra-t-il passer la fin des vacances avec eux? demanda un autre.

Tout le monde était resté pendu à cette question attendant impatiemment la réponse que seul Dumbledore connaissait. Qu'allaient-ils faire de Harry?

– Fudge est favorable à ce que Potter finisse l'été chez moi, siffla Rogue qui était resté silencieux jusqu'à présent. Il n'a pas parlé des prochains étés.

Sirius n'avait presque pas fait attention au maître des potions. Il remarqua à quel point ils se ressemblaient Servilus et lui, aujourd'hui. Cela en était presque troublant. L'un dans un coin, l'autre dans un autre, tous les deux aussi bavards que des huîtres. Sirius n'avait adressé la parole à personne, répondant simplement aux questions si on lui en posait.

Le cœur de Sirius s'emballa en entendant cette nouvelle qui mit un temps fou à parvenir jusqu'à ses neurones. Harry allait rester pour un temps indéterminé avec Remus et lui. C'était tout ce qu'il y avait à comprendre.

– Et pour l'affaire «Rita Skeeter»? souleva Fred en piquant le biscuit que son jumeau tenait entre ses doigts.

A la suite de cette question, Dumbledore sembla lointain et pensif. Finalement, il se redressa sur sa chaise et haussa les épaules.

– Fudge veut tellement rassurer les sorciers et se rassurer lui-même, qu'il en oublie d'être lucide et raisonnable. C'est un incompétent mais en plus de cela, il est borné, a peur de mon influence et croit tellement que je veux prendre sa place, qu'il ne veut jamais aller dans le même sens que le mien.

Albus adressa un rapide coup d'œil à Sirius.

– Il a augmenté le nombre d'Aurors à la recherche de Black, continua Minerva d'une voix grave, comme si elle lisait dans les pensées du directeur. Pour lui, Pettigrow est mort et Sirius est le coupable. Si on ne lui met pas des preuves devant les yeux, on ne tirera rien de lui. Sirius ne peut pas encore se montrer car il serait en danger.

Un silence gênant s'installa dans la pièce. Un élan de compassion à l'égard de Sirius passa de corps en corps. Il n'avait besoin de la pitié de personne. Une nouvelle vague de mauvaise humeur le submergea.

– Et pour Lucius? grinça Arthur d'une voix pleine de mépris.

Sirius le remercia silencieusement de leur faire penser à autre chose qu'à lui.

– Il ne risquera absolument jamais rien, papa, soupira Bill. Aux yeux de ce crétin de Fudge, il a été envoyé sur terre par Merlin lui-même pour sauver l'humanité toute entière.

Harry demanda le sucre. Prendre la parole lui donna assez de confiance pour soumettre une idée qui fit sourire Sirius. Un sourire sincère, cette fois-ci.

– Peut-être que Sirius serait libre, si on expliquait calmement la vérité à Fudge, si on lui exposait tous les détails. Si je le faisais moi-même, cela aurait peut-être même encore plus de poids. Il est censé avoir trahi mes parents. Si c'est moi qui plaide en sa faveur, cela aura encore plus de poids.

Comme si cela pouvait être aussi facile.

– Un jour où l'autre, tout finira par rentrer dans l'ordre, assura Dumbledore d'une voix douce. Peter sera démasqué. Sirius sera enfin libre. Mais, pour l'instant, ce n'est pas encore le bon moment. Le ministère n'est pas encore près à voir ses erreurs et ce serait trop dangereux pour toi, Sirius, de le leur mentionner.

«Pour l'instant», se répéta mentalement Sirius. Cela faisait beaucoup de «Pour l'instant» pour aujourd'hui.

– Je ne comptais rien leur mentionner du tout, lui répondit-il avec une certaine hargne.

Il reprit d'une voix plus calme :

– Merci de penser à moi, Harry.

Un nouveau silence gênant s'installa et il resta de longues minutes autour de la table. C'est finalement Arthur qui, une nouvelle fois, le brisa d'une voix enjouée.

– J'ai une bonne nouvelle pour toi, Harry! Tu pourras assister à la finale de la coupe du monde de Quidditch. Et toi aussi, Hermione. Vous nous accompagnerez, si vous le voulez toujours.

Du coin de l'œil, Sirius vit Harry, Ron et Hermione s'agiter sur leurs chaises. Une pointe de déception secoua l'animagus. Il aurait aimé lui-même y amener Harry. Il aurait aussi voulu passer le reste de l'été avec lui. Une partie de lui aurait même aimé voir l'adolescent refuser cette offre et dire qu'il préférerait rester avec son parrain.

Fred et George se levèrent brusquement et proposèrent une partie de Quidditch, pour fêter ça. Les adolescents acceptèrent, laissant les adultes entre eux. Ils se précipitèrent tous dehors, mise à part Hermione. La jeune fille se leva, s'assit à côté d'Andromeda et lui demanda timidement de lui apprendre certains sorts dont elle l'avait vu utiliser et qu'elle ne connaissait pas. Sirius discerna une certaine honte dans la voix de la jeune fille, en avouant qu'elle n'en avait jamais entendu parler et qu'il semblait pourtant très courant. Sirius n'attendit même pas de connaître le nom du sortilège, se leva et se dirigea dans le jardin à la suite des joueurs qui commençaient en enfourcher leur balais.

– Il vous faut un arbitre, je me trompe? sourit Sirius.

– Absolument! lui répondit gentiment Ginny en frappant le sol de son pied droit pour s'envoler dans les airs.

A la surprise générale, Ginny s'était emparée du vif d'or avant Harry, ce qui avait déclenché un fou rire incontrôlable de la part des jumeaux.

Quelques personnes étaient rentrées chez elles à présent et Molly proposa de boire un verre sur le chemin de Traverse. Sirius se blottit dans la cape de James.. enfin, de Harry, et les suivit dans la cheminée. Quel plaisir de se trouver à l'extérieur et de humer l'odeur des rues et des magasins.

L'air maussade de Harry le frappa. Il s'avança vers lui et lui donna un coup de coude. Harry sursauta et secoua doucement la tête.

– Fais attention, Sirius, on voit tes pieds quand tu fais trop l'idiot.

– Tu es triste parce que tu n'as pas été le meilleur attrapeur de cette partie de Quidditch?

– Non.

– Alors, qu'est-ce qu'il y a?

– Drago me manque.

Harry fut surpris par ses propres paroles. Il haussa les sourcils si haut qu'ils pouvaient presque toucher la cime d'un arbre. Sirius ne fit aucun commentaire et Harry n'ajouta et ne retira rien.

De retour chez Andromeda, la sorcière fit apparaître sur la table les restes du repas du midi. Rogue s'approcha de Harry et lui expliqua que le lendemain, il devrait revenir chez lui car Fudge lui avait donné rendez-vous. Il y aurait également Marge et Dudley. Cette perspective n'enchanta pas l'adolescent. Il acquiesça simplement et Rogue laissa Harry avec ses amis, avant de rentrer chez lui.

L'animagus alla dans la salle-de-bain pour se rincer les mains. Remus était là. Il ne savait pas qui de lui ou de Remus, avait le plus évité l'autre lors de cette journée. Être face à lui, lui procura une multitude de sensations ; de la colère, de la jalousie, de l'amour, de la peur. La bouche de Sirius s'ouvrit et se referma sans qu'aucun son n'en sorte. Il se sentait obligé de se justifier, comme s'il devait lui jurer qu'il ne le suivait pas et que, s'il se trouvait dans la même pièce que lui, cela relevait du pur hasard.

Remus s'avança doucement. Son visage se rapprocha de celui de Sirius et ses lèvres se collèrent aux siennes. Sirius ferma les yeux si fort que des millions de poussières d'étoiles semblaient se dessiner dans le noir. Il se détendit lorsque Remus entoura ses bras autour de sa taille. Le lycanthrope le serrait de toutes ses forces contre lui, comme s'il devait s'accrocher à Sirius pour ne pas s'envoler hors de la terre. C'était peut-être ça la clef de tout? Ils devaient quitter cette planète pour en rejoindre une où ils seraient enfin en paix.

– Je t'aime, murmura Remus contre sa bouche. Pardonne-moi pour cette journée.

Sur ces mots, Remus se détacha et s'en alla. Sirius avait froid, tout à coup. Un vide immense s'installa en lui et la seule envie qui le prenait, était de courir après Remus et de l'embrasser devant tout le monde.

Il ouvrit le robinet et se lava les mains sous l'eau bouillante. Il sécha ses mains rougies et rejoignit les autres. Remus était dans la cuisine, avec Andromeda et Ted. Ils discutaient vivement. Sirius tendit l'oreille mais fut incapable d'entendre quoi que ce soit. Ils s'étaient protégés. De quoi pouvait-il bien parler? De Tonks? De l'enfant?

– Ils ont mis un sort de silence autour d'eux parce que je les ai surpris, expliqua la voix de Harry derrière Sirius. Andromeda disait à Remus que Ted et elle étaient plus aptes à s'occuper du bébé «qu'un loup-garou et une gamine en pleine formation», qu'ils n'avaient aucune situation stable, ni l'un, ni l'autre, et qu'ils n'étaient même pas ensemble.

– Ils sont donc déjà au courant.

– De ce que j'ai compris, Tonks s'est disputée avec sa mère. C'est pour cette raison qu'elle n'était pas là aujourd'hui.

– Et Ted? Qu'est-ce qu'il en pense?

– Ils ont fait attention à ma présence lorsque Ted freinait Andromeda. Il était en train de lui dire que cela ne les concernait pas et que Tonks et Remus étaient assez grands pour prendre leur responsabilité en mains.

«Tonks et Remus» se répéta mentalement l'animagus, le cœur serré. Il détestait être hors du tableau. Il avait envie de surgir dans cette cuisine et de dire que soit c'était un trio, soit c'était rien du tout. Andromeda n'avait pas le droit de prendre des décisions à la place de sa fille. Elle n'avait pas le droit de creuser plus profond encore le trou dans lequel Remus était déjà tombé.

Comme s'il avait crié si fort dans ses pensées qu'il avait été entendu, Remus et Andromeda tournèrent en même temps la tête vers Sirius. Elle baissa tristement les yeux et Sirius comprit qu'elle n'avait aucune mauvaise intention et que la seule chose qu'elle souhaitait, était de les aider.

Contre toute attente, Remus sourit.