J'espère que l'attente n'a pas été trop longue, j'ai fait de mon mieux entre les cours et tout ça ~
Ce chapitre est un peu spécial, mais j'espère que vous l'apprécierez; j'ai beaucoup aimé l'écrire! (^^)
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Quand le masque de l'homme tomba aux pieds de l'oiseau rose
« Je déclare officiellement le début de la Quatrième Grande Guerre Ninja. Vous tous, vous n'avez plus aucun espoir. »
Ces simples mots, clairs, incisifs, prononcés sans fioriture ou grand débordement, avaient pourtant marqué les esprits. De là, les dirigeants de chaque village avaient réagi dans l'urgence. Pourquoi maintenant ? Pourquoi si tôt ? Ils s'y attendaient, ils s'y préparaient, ils se croyaient prêts. Mais maintenant que ça leur tombait dessus, ils étaient un peu à la ramasse. Ils avaient eu au fond l'espoir fou que la provocation ne viendrait jamais.
Les kage s'étaient alors réunis une ultime fois. Ils avaient décidé des derniers points de l'organisation militaire des stratégies, du ravitaillement, des soins, des derniers hauts dignitaires à placer sous protection; un dernier débat sur l'utilisation ou non des jinchûrikis durant les combats; une dernière discussion sur le rôle de chaque kage; une dernière dispute à cinq autour d'une table.
La notion de « guerre » avait pris tout son sens.
On avait réuni les shinobis, on leur avait créé un bandeau frontal arborant un symbole commun, un symbole d'union. Ensuite, on les avait divisés en cinq unités. Puis, on les avait appelés pour une dernière mise au point. En plein désert du pays du vent, des milliers de ninjas s'étaient rangés avec discipline en cinq colonnes bien distinctes, masses grouillantes de fourmis ayant perdu leur individualité au profit de l'intérêt commun. Au sommet d'une falaise, juste en face, les surplombant fièrement, cinq autres ninjas; plus confiants, plus puissants, prêts à les diriger d'une main de fer avec justesse et bienveillance – mais pas trop quand même, la pitié ne trouvait pas sa place en temps de guerre; pas le temps pour ça.
De loin, on pouvait voir une armée organisée et visiblement prête à en découdre. Unie.
Mais à l'arrière-plan, dans le quartier général, des conflits sans fin. De vieilles querelles entre villages qu'on avait du mal à laisser de côté, mais aussi des sujets plus actuels sur lesquels on n'avait toujours pas trouvé d'entente. Sans compter les discussions animées sur l'ennemi dont on ne connaissait toujours pas précisément les ressources. Au sein-même de l'harmonie apparente des cinq troupes de l'armée se jouaient pourtant des joutes verbales qui en venaient parfois même aux mains.
Quoique l'on voulait bien dire, quoique l'on voulait bien montrer, les Alliés n'étaient pas prêts. Ce n'était pas la confiance et l'excitation face au combat qui rendaient l'atmosphère électrique. C'était la trop grande lourdeur de l'angoisse qui régnait en maître qui faisait crépiter l'air.
L'anarchie avait débuté en même temps que la guerre.
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« Tu seras principalement assignée à la Troisième Division » lui avait dit son maître avec le sérieux de mise dans une telle situation. « Mais sois prête à rejoindre l'unité médicale à tout moment. Tes compétences nous seront sans doute nécessaires lorsque les blessés arriveront en masse. »
Tant mieux.
Sakura s'en voulait de penser ainsi, mais la perspective de devoir traiter des centaines, voire des milliers de blessés ne l'enchantait guère. Elle avait acquis une certaine expérience durant ses trois années d'entraînement intensif à la médecine, et il lui semblait qu'elle en avait déjà vu suffisamment pour toute une vie. Suffisamment d'horreur pour se sentir soulagée à l'idée qu'elle n'aurait pas à user souvent de ses capacités pour soigner des gens. C'était particulièrement horrible à penser, mais Sakura était heureuse de ne pas être contrainte à sauver des ninjas.
La rose s'était toujours connu un sens du devoir à toute épreuve. Une grande sensibilité et beaucoup de générosité. Aussi, elle n'avait jamais hésité à consommer jusqu'à la dernière goutte de son chakra pour le bien d'autrui.
Cependant, être en période de guerre changeait la donne. Les blessures n'étaient pas les mêmes. Pas superficielles. Pas faciles à soigner. Pas supportables à la vue. Tsunade avait tenu à lui montrer chaque facette de la médecine sans ne lui en cacher aucune de quelque façon que ce soit. La rose avait alors commencé par les petits bobos insignifiants, puis les plaies plus profondes, les infections, les poisons, la réparation des organes vitaux endommagés, et elle pratiquait même ponctuellement des autopsies. C'était là encore la partie émergée de l'iceberg.
Quand elle l'avait jugée prête, environ un an plus tôt, la Hokage s'était décidée à lui présenter le côté sombre du travail de medic-nin. La jeune fille devait être parée à toute éventualité. Non seulement elle était un excellent médecin, mais en plus de ça elle était une très bonne kunoichi. Elle faisait ainsi partie des rares à Konoha – avec Shizune et Tsunade – qui pouvaient allier cette double compétence sur le terrain se battre tout en réservant constamment une partie de son chakra pour se consacrer aux soins de ses coéquipiers. C'était un atout non négligeable durant les missions. C'était aussi très honorable pour ces ninjas. Mais cela impliquait d'être confronté un jour ou l'autre à des blessures d'un tout autre type. De celles si graves que le médecin présent se retrouvait avec la vie de son camarade entre les mains. De celles où, s'il ne réagissait pas assez rapidement, la vie de son patient pouvait lui filer entre les doigts avec tout autant de fluidité que son sang coulait de sa blessure. De celles qui pouvaient psychologiquement vous détruire à jamais.
Il y avait alors deux catégories de médecins; ceux qui supportaient et ceux qui sombraient. Tsunade et Shizune, malgré certaines apparences, avaient su rester saines d'esprit avec un psychisme stable et aucune répercussion majeure sur leur vie quotidienne. Ça n'était pas pour autant quelque chose qui leur avait été inné. Cela nécessitait un entraînement. Pour exercer son mental, endurcir son cœur, créer une barrière entre soi et les horreurs que l'on pouvait voir.
Sakura avait alors été envoyée plusieurs semaines durant dans toutes sortes d'endroits dits « sensibles ». Des petits pays instables en proie aux guerres civiles jusqu'aux villages à la précarité dominante sujets à des maladies destructrices, la rose avait eu un large panel des maux humains – physiques et mentaux. Si la vision lui avait parue insoutenable dans les premiers temps, si elle avait dû à plusieurs reprises se priver de repas afin de ne pas tout régurgiter quand elle se trouvait face à un patient, Sakura avait somme toute tenu bon. Elle aurait pu abandonner – Tsunade le lui avait dit, et même conseillé. Mais son sens moral le lui avait interdit, et elle avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les populations. Elle avait vu des gens mourir, et d'autres se remettre.
Et, lentement, sûrement, elle avait commencé à perfectionner ses techniques – et à se forger une carapace.
Si l'on tenait compte de son statut officieux d'espionne en plus de son grade de medic-nin, la question de sa paranoïa ne se posait plus. Elle devenait simplement folle. Et il était inutile d'aggraver son cas en la nommant médecin à temps plein en période de guerre. Elle se donnerait à fond dans son unité. Après tout, elle était aussi et avant tout une femme d'action.
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La Troisième Division de l'armée formée par les Alliés était une unité de combats à proche et moyenne distance menée par Hatake Kakashi. Jounin de renom à Konoha, surnommé « l'homme au Sharingan », connu pour avoir franchi la barre des milles techniques copiées avec sa pupille, on avait encore plus parlé de lui lorsqu'il était devenu instructeur. La Team 7. La légendaire. C'était celle qu'il avait eu sous son enseignement. Composée du jinchûriki du démon renard à neuf queues et de celui considéré comme étant le dernier héritier de la lignée Uchiha, cette équipe avait fait parler d'elle au sein du village et par-delà ses frontières.
Mais une équipe de deux genins, ça n'existait pas. A la sortie de l'académie, ils avaient bien été trois – et reconnus comme trois. A l'époque où leur force n'avait pas encore été mesurée avec certitude, on avait bien conscience qu'une certaine fille aux cheveux roses avait été la coéquipière des deux orphelins. Assez quelconque, cependant. Fille de civils, donc issue d'aucun clan en particulier, sans technique héréditaire ou capacité innée. Si elle s'était vue briller pendant un moment dans leurs débuts de par sa facilité à manipuler son chakra avec précision, le fossé s'était vite creusé entre eux durant l'Examen de Sélection des Chûnins.
Ça avait été une prise de conscience sur sa faiblesse et le retard qu'elle avait pris, sans pour autant l'aider à progresser davantage. Elle avait commencé à se forger une toute nouvelle détermination et une volonté de fer, mais à ce moment-là, personne n'avait été là pour la tirer vers le haut – et surtout pas Kakashi-sensei. Elle avait dû attendre le départ de Sasuke pour se décider à prendre son courage à deux mains et demander à Tsunade, fraichement nommée Hokage, de l'entrainer personnellement. Et ça avait été là sa meilleure décision.
Bref, tout ça pour dire que, bien qu'elle voyait en Hatake Kakashi une personne hautement critiquable, Sakura se sentait tout de même soulagée d'avoir été assignée à son unité. Il représentait une figure connue – et indéniablement puissante - et de ce fait, une figure rassurante.
La perspective de la guerre lui paraissait moins angoissante – et plus motivante. Quoi de mieux que de profiter de l'occasion pour démontrer à son ancien instructeur tout le potentiel qu'il avait failli gâcher ?
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Bifurquant de sa destination initiale, le campement de soin de la zone Est, Sakura se dirigeait à présent plus au Nord, alertée par des cris d'horreur. Tandis qu'elle traçait sa route en suivant les gémissements d'agonie, elle maudissait autant qu'elle priait fort tous les kamis à sa connaissance. Une parcelle de son esprit leur demandait pourquoi – par les dieux, pourquoi – elle était naturellement dotée d'un sens de la justice aussi proéminent. Le reste suppliait que ça ne soit pas encore un dangereux groupe d'Edo Tensei – elle était seule et, à l'ouïe des bruits cauchemardesques qu'elle poursuivait, elle ne trouverait sans doute pas d'aide sur le champ de bataille.
A l'approche de la zone de combat, Sakura ralentit et camoufla son chakra au possible – réflexe d'espionne. Elle prit de la hauteur en s'appuyant sur une branche et cacha sa présence derrière une masse feuillue. De sa position, elle put apercevoir le carnage des dizaines de ninjas déjà morts éventrés, d'autres empoisonnés en train d'expirer, et un dernier encore debout, corps tremblant de peur et couvert de sueurs froides. Il ne tarda pas à se faire égorger.
Serrant ses fines lèvres jusqu'à ce qu'elles ne forment plus que deux lignes minces et presque indistinctes, la rose déglutit difficilement. Elle était partagée entre l'envie de fuir face au massacre et le désir ardent de venger tous ces shinobis.
Son hésitation fut de courte durée.
Lorsqu'elle perçut son ennemi – parce qu'à son grand soulagement, il était seul -, elle fut pleine d'une détermination toute nouvelle.
Un Edo Tensei, ça, oui, il l'était. Avec ses pupilles naturellement noisette cerclées de noir, caractéristique des revenants invoqués selon la technique du Nidaime. Ses cheveux rouge sang en bataille. Sa cape noire aux nuages rouges se secouant au gré du vent. Ses fils de chakra qui partaient depuis le bout de ses doigts pour rejoindre ses armes favorites. Les marionnettes armées jusqu'aux dents qu'il avait lui-même fabriquées à partir de restes humains.
Akasuna no Sasori se tenait au milieu de la clairière dans toute sa splendeur, fier et hautain, sans aucune considération pour les vies qu'il venait de prendre. Soit. Aussi horripilant que dans ses souvenirs.
Sautant depuis son poste d'observation, Sakura atterrit souplement à une distance respectable de l'ancien membre de l'Akatsuki. Un sourire en coin fleurit presque immédiatement sur les lèvres du rouquin. Froid. Moqueur. Un brin sadique.
« Si je m'étais attendu à te voir » souffla-t-il d'une voix glaciale, mais aussi étonnamment sensuelle. Ses mots glissaient jusqu'à la rose en la faisant frissonner. Il était aussi intimidant que charismatique. Sakura hésita un moment sur la marche à suivre. Il continua : « Je pensais que tu serais de ceux qui ne survivraient pas plus de dix minutes. »
Piquée au vif, Sakura fronça légèrement les sourcils et, moqueuse à son tour, lui répondit : « Ouais, dix minutes. C'est ce qu'il m'a fallu pour te vaincre, la dernière fois. » Le rictus du rouquin s'élargit et une lueur de satisfaction brilla furtivement dans ses prunelles. L'idée qu'un combat retour s'annonçait semblait lui plaire.
Cependant, Sakura faisait certes preuve de témérité, mais elle n'était pas habitée par des pulsions suicidaires pour autant. Elle savait que, sans la précieuse aide de Chiyo baa-sama, il lui serait très difficile de gagner ce combat. Et, si tel était le cas, d'en ressortir sans graves séquelles.
Elle préféra alors jouer la carte de la sûreté – et user de ses talents d'oratrice pour le toucher. Ses derniers affrontements contre des revenants avant qu'elle ne se sépare de son unité lui avaient appris qu'il était possible de les vaincre en apaisant leur esprit. Si on parvenait à les écouter, à les comprendre et à trouver les mots justes, on pouvait permettre à leur âme d'échapper à la technique. Bien qu'elle se fût entrainée dur ces dernières années afin de se déniaiser quelque peu, Sakura restait tout de même une sentimentale et elle devait avouer qu'elle préférait de loin cette option plutôt que de se jeter dans un combat dont elle ne ressortirait de toute façon pas indemne.
Les paroles qu'elle devait prononcer pour faire un régir un marionnettiste tel que lui se dessinaient lentement dans son esprit.
« On pourrait se battre une seconde fois » commença-t-elle, feignant le plus de confiance possible. « Mais ça ne m'intéresse pas de frapper un cadavre. »
« Tu as peur de perdre maintenant que tu te retrouves seule ? » demanda-t-il de sa voix charmeuse.
Ces mots firent naitre une certaine colère en la rose, et surtout beaucoup de rancœur.
« Tu sais que tu as tué ta propre grand-mère ce jour-là ? »
« Tiens donc ? Quel dommage. »
« Elle voulait t'aider ! » s'emporta Sakura.
« Elle voulait ma mort » siffla Sasori, toute trace d'amusement s'étant effacée de son visage.
« Parce qu'elle s'était rendue compte que tu étais devenu trop mauvais ! Et que seule ta mort pouvait te permettre d'être libéré de tout ce dans quoi tu t'étais mêlé. »
« Eh bien elle l'a fait, je te signale. Et je ne me suis pas senti mieux pour autant. »
Sakura eut un léger pincement au cœur – et s'en voulut de le ressentir. Il était l'ennemi !
Un peu moins assurée, elle poursuivit tout de même : « Je m'en souviens. Tu avais vu le coup venir, mais tu as préféré mourir. De la main de tes parents. »
Plus elle avançait dans ses paroles, plus elle se surprit à les penser. Sincèrement. Elle n'était plus une simple kunoichi qui usait de toute l'hypocrisie possible pour vaincre son adversaire. Elle était celle qui avait participé à tuer le scorpion, celle qui l'avait vu dans son ultime état de faiblesse avant d'expirer, celle à qui il avait donné une information précieuse qui lui avait permis d'établir un contact avec Sasuke.
« Je te vois venir, gamine. Mais ne t'apitoie pas sur mon sort, ça ne m'attendrira pas. » Après un bref silence, il reprit, l'air amusé : « Je suppose qu'une femme reste une femme, tout shinobi qu'elle soit. Faible et sentimentale. »
« Faible ? » répéta-t-elle, passant sur le côté sentimental qu'elle assumait pleinement. « Etonnant de la part d'un homme qui se laisse manipuler par quelqu'un d'autre. »
« Je suis parfaitement maître de mes mouvements » railla le roux, glacial.
« Pour l'instant. Parce que tu es un membre de l'Akatsuki et qu'en tant que tel, ton marionnettiste pense que tu te contenteras de tuer tous les ninjas sur ton passage. Ça revient au même. Tu n'es rien de plus qu'une arme. Un vulgaire pantin entre les mains d'un psychopathe. Oh, mais ça me rappelle quelqu'un ! Ne serait-ce pas toi ? Avant que tu ne laisses Kabuto, ton propre espion, te contrôler !»
Bientôt, le visage lisse de Sasori n'était plus qu'une déformation de la haine que provoquaient ces mots. Il effectua un léger mouvement de son index, quasi imperceptible, et l'une de ses marionnettes restée en suspens amorça un mouvement pour se préparer à la prochaine attaque.
« Malgré toutes les modifications que tu as pu apporter à ton corps, tu restes humain. » reprit Sakura plus doucement et avec prudence. Le moindre faux pas pouvait désormais la mettre dans une situation très indélicate. « La preuve, tu n'as jamais pu te séparer de ton cœur. »
« Il était nécessaire pour que je continue à vivre » expliqua le marionnettiste qui s'était repris, l'air faussement désinvolte et passablement ennuyé.
« Il renfermait tous tes sentiments. Tu ne peux pas le nier devant moi. Pas alors que j'ai assisté à ta mort. » La rose s'humecta les lèvres, consciente qu'elle s'aventurait sur un terrain dangereux en évoquant les sentiments de Sasori. « Tu as voulu croire en la rédemption au moment-même où tu as laissé Chiyo baa-sama te tuer. Tu as espéré pouvoir rejoindre tes parents qui t'avaient tant manqué. Plus important pour moi encore, tu m'as révélé une information cruciale sur ton espion qui m'a permis de retrouver mon ancien coéquipier ! »
« Kabuto » souffla-t-il, amer. Sa main s'abaissa devant lui. « Tu es donc allée au rendez-vous. »
« Oui. Et, même si rien ne s'est passé comme prévu et que tout a été très compliqué, nous avons pu avoir une entrevue avec Orochimaru et Sasuke. »
« Cette saleté de serpent » cracha le roux.
« Il a été tué, tu sais. Par Sasuke, justement. »
Sasori écarquilla légèrement les yeux sous la stupeur, avant de sourire avec plaisir. Un lambeau de son enveloppe de revenant venait de se détacher de sa joue.
« Je n'ai pas réussi à résonner mon coéquipier, ce jour-là. Mais j'ai pu voir à quel point il avait changé et qu'il était impossible de le faire revenir. Je crois qu'indirectement, grâce à toi, je suis devenue plus forte. Et je dois te remercier pour ça. »
« Vraiment sentimentale » se moqua le rouquin alors que d'autres morceaux de sa peau suivaient le même chemin que le premier.
« Toi aussi, en quelque sorte. Ne laisse plus personne te manipuler, c'est vraiment triste quand on sait de quoi toi tu es capable. »
« Saleté de gamine aux cheveux roses… » grogna presque gentiment Sasori tandis que son enveloppe continuait à s'effriter. « Je ne suis pas sûr d'avoir un jour connu ton nom en entier. »
« Sakura. » répondit son homologue avec un léger sourire. « Haruno Sakura. »
« Je tâcherais de m'en souvenir quand on se reverra dans l'au-delà. J'ai encore une revanche à prendre sur toi. »
« Compte sur moi, Sasori des Sables Rouges. Je serais honorée de te faire mordre la poussière une seconde fois. »
Un rictus amusé naquit au coin des lèvres du renégat. Toute la moitié de son corps avait déjà disparue.
« Bien, je suppose que je n'ai plus rien à perdre, maintenant. Je te souhaite bonne chance pour la suite de cette guerre. »
Sa décomposition se poursuivait inexorablement.
« Repose en paix, Sasori. Quand Naruto aura gagné – parce qu'il vaincra » précisa-t-elle en le voyant moqueur face à cette déclaration, « - il n'y aura plus personne pour vous faire revenir à tout va. »
Tandis que les derniers morceaux de son enveloppe et de sa conscience voltigeaient dans les airs, un léger rire, mi doux mi amer, s'éleva une dernière fois de la part du scorpion, ne laissant plus qu'une kunoichi attendrie dans son sillage. «J'ai du respect pour toi, Haruno Sakura. »
Les ennemis d'aujourd'hui sont les amis de demain. Sakura ne l'aurait jamais cru sans ça.
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Au diable les éventrements, les bras coupés ou les jambes arrachées. Loin d'elle les infections et les empoisonnements.
Sakura avait vraiment besoin de se changer les idées. C'était vital.
Après avoir passé plusieurs heures à prodiguer des soins à tour de bras, la rose, épuisée aussi bien physiquement que moralement, avait prétexté son rappel urgent auprès de la Troisième Division. Elle n'en pouvait tout simplement plus. Combien de ninjas avait-elle sauvé ? Combien en avait-elle tué ? Qui étaient les plus nombreux ?
Complètement à bout, elle avait vite ingéré une pilule énergétique avant de prendre la fuite. Elle fonçait tout droit vers l'Ouest, sûre d'y trouver son unité à un moment ou un autre. Mais plus important, l'objectif pour le moment était d'instaurer le plus de distance possible entre le campement et sa personne. Juste pour avoir l'illusion qu'elle s'éloignait de toutes les horreurs de la guerre – alors qu'elle savait pourtant très bien qu'elle en verrait encore.
Un peu calmée au bout d'une vingtaine de minutes de course intensive, Sakura ralentit son rythme effréné, la respiration haletante, le visage suant, pour finir par s'arrêter complètement. Elle s'adossa contre un arbre et pris un peu de temps pour se rafraîchir, buvant son eau à grandes gorgées avant d'en asperger son visage. Rangeant sa gourde dans son sac, elle fut prête à reprendre la route lorsque deux présences se firent remarquer. Juste au-dessus d'elle, sautant de branches en branches, un duo de shinobis apparut. Lorsqu'elle croisa leur regard, elle sut qu'ils étaient des Edo Tensei.
Le premier sembla vouloir continuer son chemin, mais le second lui attrapa le bras, lui intimant l'ordre implicite de ralentir. Et alors, ils s'arrêtèrent.
D'abord figée en reconnaissant le deuxième revenant – les cheveux d'un noir d'encre, plutôt longs, rattachés en catogan -, elle se ressaisit rapidement avant d'adopter une posture de défense. Elle analysa rapidement la situation. Elle faisait présentement face à Uchiha Itachi et à un homme inconnu – les cheveux semblablement noirs, courts et ondulés, un petit air mutin sur le visage. Bien qu'il lui fût difficile d'estimer précisément leurs capacités combinées, Sakura put en revanche sans problème estimer ses chances de survie; elles étaient quasi nulles.
« Tu es Haruno Sakura, n'est-ce pas ? » demanda Itachi avec une neutralité à faire peur.
La rose fronça les sourcils à l'entente de son nom. Que voulait-il exactement ? Jouer la carte du dialogue pour la contraindre à baisser sa garde ? Et son binôme qui souriait comme un imbécile heureux à ses côtés.
« Nous ne te ferons pas de mal » reprit-il d'une voix plus apaisante. « Je pense que nous pouvons même dire que nous sommes dans le même camp, à présent. »
« Tu veux rire ? » s'emporta soudainement Sakura, outrée. « Je suis bien placée pour savoir à quel point tu n'es pas un allié. »
Itachi soupira comme s'il s'était attendu à cette réaction.
« Je peux concevoir que c'est difficile à croire pour toi qui fut si proche de mon abruti de petit frère, mais je ne suis pas exactement celui que tu crois. Si tu voulais bien prendre la peine de m'écouter... »
« Sans vouloir t'offenser, Itachi » l'interrompit son compagnon, « - ni même toi, ma belle » fit-il à l'adresse de Sakura, « - je crois que nous avons d'autres choses plus importantes à faire. »
« Détrompe-toi, Shisui » le contredit Itachi. « Je n'avais pas prévu de te rencontrer Sakura, mais maintenant que c'est le cas tu pourrais être d'une aide précieuse. »
« Qui me dit que je peux vous faire confiance ? » asséna la rose, encore très méfiante.
« Nous ne t'avons pas encore attaquée ! » s'offusqua ledit Shisui.
« Mais Kabuto pourrait le faire à votre place. C'est bien lui qui vous a réanimé, non ? »
Son interlocuteur eut un rictus presque insolent.
« Ne sous-estime pas le pouvoir du Sharingan. »
« Vous vous êtes libérés de son emprise ? » s'exclama Sakura avec stupeur.
« Tout juste. »
« Ne perdons pas plus de temps » s'imposa Itachi. « Je n'ai pas le temps de t'expliquer tous les tenants et les aboutissants de la machination dans laquelle nous avons été entrainés. C'est pourquoi je compte sur ta conscience morale pour me croire. »
Après quelques secondes d'hésitation, Sakura hocha la tête pour lui indiquer son assentiment. Comme il l'avait dit plus tôt, aucun des deux Uchiha ne semblaient vouloir lui faire du mal. Qu'avait-elle à perdre à les écouter ? Mais surtout, le regard du frère aîné de Sasuke avait changé. Littéralement. Il ne paraissait plus être l'homme dur et froid qu'elle avait déjà pu rencontrer par le passé. Un petit quelque chose au fond d'elle, peut-être un bref sentiment de tendresse pour un membre d'un clan maudit tel que celui des Uchiha, la poussa à lui accorder un semblant de confiance.
« Je t'écoute. »
« Bien. Tout ce que je peux te dire pour le moment, c'est que Shisui et moi avons plus ou moins été victimes de notre clan. Les Uchiha étaient las qu'on leur impose ainsi implicitement de se tenir éloigner du reste du village. Et ils avaient décidé de préparer un coup d'état. »
Sakura retint un hoquet de stupeur.
« Mais malheureusement pour eux, ils avaient donné naissance à deux bonnes âmes pacifistes » ajouta Shisui avec ironie.
« A deux, nous avons tout fait pour essayer de convaincre notre clan de revenir sur le droit chemin. Malheureusement, la tension était de plus en plus palpable au fil des jours et leur haine grandissait. Au final, les hauts dignitaires de Konoha ont créé une mission spéciale. Ils en ont d'abord fait part à Shisui, mais il a refusé et s'est sacrifié pour ses idéaux. »
Le bouclé eut un sourire amer à ces paroles.
« Quand la situation est devenue trop pressante, c'est à moi qu'on a demandé d'effectuer cette mission. Et pour le bien du village et de Sasuke, j'ai accepté. J'ai tué l'intégralité de la famille Uchiha. »
Cette fois, Sakura dut s'appuyer contre un arbre pour ne pas défaillir sous le poids de cette révélation. Son esprit demeura vide un instant, incapable de réfléchir à quoi que ce soit. Mais bien vite, il se mit à bouillonner tandis que la rose tentait de reconstituer les morceaux de l'affaire. Pouvait-elle le croire ? C'était quand même incroyable ! Konoha aurait ordonné la mort des Uchiha ? Ils en étaient venus à de telles extrémités ?
Une part de son esprit, celui associé à son côté citoyenne loyale du village, lui intimait que non, c'était trop gros, le Troisième Hokage – au pouvoir à cette époque – n'aurait jamais permis ça. Mais une autre partie de sa conscience, plus réaliste, lui souffla qu'il n'avait pas été le seul à diriger le village. Ses conseillers – les « vieilles branches » comme aimait les appeler Tsunade – ainsi que Danzô étaient des êtres dotés de beaucoup de moins scrupules lorsqu'il s'agissait de la sécurité du village. Alors oui, dans un sens, ça aurait pu arriver.
Percevant son désarroi –parfaitement justifié -, Itachi préféra la laisser faire le point toute seule. Shisui, lui, tenta une approche un peu maladroite : « Est-ce que…ça va ? »
« Est-ce que Sasuke est au courant de tout ça ? » La question fusa de la part de la rose, tranchante, avec une note de colère plus que perceptible. Aussi forte que fût son envie de battre Sasuke, elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui en cet instant. Après tout, s'il avait su ça, se serait-il enfoncé dans les ténèbres comme il le faisait actuellement ? En admettant que les révélations d'Itachi étaient vraies, bien entendu.
« Eh bien, il semblerait que Madara lui en ait touché deux mots » souffla Itachi. « Mais au lieu d'apaiser Sasuke, ça n'a fait qu'attiser sa haine envers Konoha. »
Le grand frère semblait très triste et fatigué, un peu vieilli ainsi, et Sakura ne put s'empêcher de trouver l'expression de son visage terriblement touchante. Il avait l'air tellement sincère qu'elle se sentait prête à accepter tout ce qu'il lui avait confié.
« Mais on n'a pas trop le temps de discuter de ça pour le moment » intervint Shisui, rompant le fil de ses pensées. « Est-ce que tu veux bien écouter la suite, maintenant ? Parce qu'entre parenthèses, je sais toujours pas ce que tu lui veux, Itachi.»
Sakura opina.
« Merci » murmura Itachi, un léger sourire redevable aux lèvres. « Shisui et moi, nous étions en train de nous diriger vers Kabuto avant de te croiser. En le mettant hors d'état de nuire, tous les Edo Tensei devraient disparaitre et la force d'attaque de l'ennemi en serait grandement diminuée. Cela vous permettrait ainsi de vous focaliser davantage sur Madara. »
« L'homme masqué ? » interrogea Sakura.
Itachi et Shisui échangèrent un regard indéchiffrable.
« Pas exactement » lâcha le premier.
« On s'est débarrassé du contrôle de Kabuto, mais l'homme masqué est puissant » expliqua Shisui. « Et quand il s'est rendu compte qu'on était libre de nos mouvements, il nous a apposé un sceau. Il sait qu'on fera tout pour que l'alliance shinobi gagne. Alors pour limiter les dégâts, il nous empêche de révéler sa véritable identité. »
« Donc ça n'est pas Madara ? » s'enquit la rose.
« Non. Mais on ne peut pas te donner son nom ou te révéler des informations trop précises à son sujet. »
« Mais il a le Sharingan ! Qui d'autre encore en vie pourrait posséder cette pupille à part Sasuke ? »
« Est-ce que tu n'aurais pas une petite idée ? » lui demanda Itachi, désireux de la mettre sur la piste. « Seul son œil droit est visible. »
Les engrenages du cerveau de la kunoichi se mirent à fonctionner à plein régime. Déjà, comment avait-il acquis son Sharingan ?
« Est-ce que c'est un membre de votre clan ? »
Les deux hommes opinèrent.
Elle lista alors mentalement tous les Uchiha à sa connaissance : Sasuke, Itachi, Shisui, Fugaku et Mikoto, les parents de son coéquipier qu'elle avait déjà vu en photo. Aucune de ces identités ne lui parut probante. Et puis, s'il ne dévoilait qu'un œil, qu'en était-il de l'autre ? Un sixième nom commença alors à s'immiscer dans son esprit. Une vieille histoire qu'elle tenait de Shizune alors qu'elles étaient sorties ensemble une fois pour fêter une opération qui s'était déroulée avec succès.
« Est-ce que… » hésita Sakura en se mordant la lèvre inférieure. « Est-ce qu'il ne montre qu'un œil car l'autre a…disparu ? »
« Plus ou moins » l'informa Itachi, un sourire naissant au coin des lèvres, comme s'il savait que Sakura n'allait pas tarder à découvrir la bonne réponse.
« Parce qu'il l'a donné à quelqu'un d'autre ? »
Nouvel assentiment de la part des Uchiha.
« Donc…il serait l'ancien coéquipier de Kakashi ? »
« Tu es plutôt intelligente, en fait » la félicita Shisui.
Sakura fit fi de cette remarque. L'assistante de Tsunade lui avait parlé de la triste histoire de son sensei après avoir bu un ou deux verres de trop. Mais l'épouvantail n'était-il pas censé être le seul survivant de cette équipe maudite ?
« Mais Obito Uchiha est censé être mort. Son nom est inscrit parmi ceux des héros de guerre sur la stèle et Kakashi va s'y recueillir presque tous les jours ! »
« Madara aussi est censé être mort. Pourtant ça n'a empêché personne d'y croire » se moqua Shisui.
« Mais il est totalement différent ! Madara est une légende –dans le mauvais sens du terme. Un monstre qu'on disait le deuxième shinobi le plus puissant au monde après Hashirama Senju. Qu'il revienne d'entre les morts n'est pas une si grande surprise, en soi. »
« C'est à toi de te faire ton avis sur la question » intervint Itachi. « Le temps commence vraiment à nous manquer, alors je serais bref. Si je tiens à t'impliquer dans cette affaire, c'est parce qu'en réalité tu y es déjà impliquée. »
Sakura fronça les sourcils.
« Le sceau de l'homme masqué est du même type que celui de Kabuto, une sorte de lien entre manipulateur et manipulé. Couplé au fait que nous appartenons à la même famille, ce lien est d'autant plus étroit. De ce fait, nous avons parfois accès à certaines de ses pensées. Et une image est revenue plusieurs fois dans mon esprit. Celle d'une fille aux cheveux roses. »
Sakura écarquilla les yeux. Pourquoi pensait-il à elle dans un moment pareil ?
Itachi semblait essayer de la sonder. Après tout, il était difficile à imaginer qu'un homme de son envergure puisse s'intéresser à une kunoichi de moyenne importance.
« Je ne sais pas trop dans quelles circonstances tu as l'as rencontré » reprit l'Uchiha, « mais tu as une place assez importante dans son esprit pour que ton image apparaisse à un moment aussi crucial. Ça peut paraitre futile en soi, mais ce sont souvent les hommes qui paraissent le plus cruel qui sont en réalité les plus sensibles. Naruto est très fort – physiquement parlant et pour tenir de discours aussi. Mais je pense que s'il y a quelqu'un qui peut permettre de mettre fin à cette guerre en limitant les dégâts, c'est bien toi. »
La rose en resta coite. Elle s'était presque vantée de sentir quelque chose de spécial la lier à l'homme masqué auparavant. Mais maintenant qu'elle était mise devant le fait accompli, elle ne pouvait vraiment le croire.
« Nous devons vraiment partir, à présent » indiqua Itachi, redevenant grave et sérieux. « Comme convenu, nous nous occuperons de Kabuto » Il se radoucit légèrement avant d'ajouter : « Je compte aussi rencontrer Sasuke. Sois sans crainte à son sujet, je parlerais avec lui. »
Itachi fit volte-face et commença à s'en aller. De son côté, Sakura, encore secouée par les révélations qui venaient de lui être faites et les nombreuses émotions qui se livraient batailles dans son esprit, expira longuement comme pour tout évacuer. Elle se redressa ensuite, secoua vigoureusement sa tête de droite à gauche pour remettre ses idées en place, puis s'apprêta à repartir.
« Eh ! » l'interpella alors Shisui. « Je maintiens que l'homme masqué est bien celui que tu as dit tout à l'heure. Même si tu as du mal à le croire. Tu sais, j'ai eu le temps de le connaitre. J'avais environ dix ans quand on l'a déclaré mort. Il était toujours très gentil, souriant, un brin idiot mais prêt à aider les autres à n'importe quel moment. Si vraiment tu as un lien spécial avec lui, je t'en prie, essaye de le résonner. Je t'assure qu'il peut être un homme bien. »
Après ces paroles, les deux hommes disparurent définitivement de sa vue.
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L'affrontement semblait sans fin. Naruto et Bee avaient beau multiplier les attaques contre l'homme masqué, ce dernier usait toujours de son ô combien irritante capacité de pouvoir faire disparaitre tout ou une partie de son corps afin d'échapper à leurs techniques.
Guidée par les bruits d'explosion qui avaient rythmé sa route vers l'Ouest, Sakura s'était retrouvée dans un désert de roches avec trois protagonistes en plein combat Naruto et Killer Bee en phase avec leurs démons respectifs, et face à eux, l'homme masqué. Mais plutôt que son horrible masque orange à spirales, il portait cette fois un casque blanc qui englobait toute sa tête et sur lequel se dessinaient à la fois de multiples cercles concentriques et trois virgules noires. Percé de deux trous, il laissait apercevoir un Sharingan dans l'orbite droite et un Rinnegan dans l'autre. Derrière lui, une immense statue surmontée de neuf globes oculaires poussait des râles d'agonie difficilement supportables tandis qu'elle semblait être en pleine mutation.
Kakashi, lui aussi attiré jusque-là, assistait au combat aux côtés de la rose. L'un et l'autre savaient pertinemment qu'il n'était pas encore l'heure pour eux de se manifester. Ils n'auraient été qu'une gêne aux vues du combat titanesque qui se déroulait sous leurs yeux. Cependant, désireux de leur prêter main forte par un moyen ou un autre, l'épouvantail interpela Sakura : « Occupons-nous de la statue tant qu'il est absorbé dans son combat. Nous avons peut-être encore une chance de la stopper. »
Déterminée, Sakura hocha la tête avant de suivre son sensei qui se rapprochait déjà de leur cible. Lorsqu'il jugea être à la fois à la bonne distance pour lancer sa technique et passer un maximum inaperçu, Kakashi s'arrêta pour préparer son chakra et demanda à Sakura de le couvrir si nécessaire. Au paroxysme de la concentration, il ferma son œil gauche où résidait la pupille pourpre, avant de la rouvrir quelque secondes à peine plus tard.
« Kamui ! » lança-t-il.
Une sorte de vortex commença à se former autour de la tête de la statue, le but étant de la lui arracher pour la mettre hors d'état de nuire. Sensible au chakra émis par le gris, l'homme masqué se tourna soudainement vers eux. Sakura, pensant à une attaque, se mit de suite en position. Cependant, il n'amorça aucun mouvement, et la technique de Kakashi se résorba sans avoir pu aboutir. Leur adversaire se concentra à nouveau sur Naruto et Bee, et le porteur du Sharingan posa un genou à terre, vidée d'une grande partie de son énergie. Qu'est-ce qui n'avait pas fonctionné ? Comment était-il possible de contrer un Kamui ?
Alerte, Sakura posa une main sur l'épaule de son sensei, lui transmettant automatiquement un peu de son chakra vert bienfaisant. Il avait l'air éreinté et très secoué. Plus le combat défilait sous leurs yeux, plus il était virulent et forçait leur ennemi à dévoiler ses techniques, plus le gris semblait mal à l'aise. Comme s'il commençait à se faire une idée de qui pouvait bien se cacher derrière le masque, remarqua Sakura.
Après tout, ils étaient à présent sûrs et certains que ça n'était pas Uchiha Madara. Naruto le leur avait confirmé Madara avait été rappelé d'entre les morts par Kabuto et s'était battu contre les Kage – qu'il avait d'ailleurs mis en grande difficulté.
Alors, Sakura repensa aux révélations d'Itachi et de Shisui, et fit le lien avec son sensei si bouleversé. Lui auraient-ils dit la vérité, en fin de compte ? Est-ce que leur ennemi n'était autre que feu le meilleur ami de Hatake Kakashi, celui qui n'avait pas hésité à se sacrifier pour le sauver ? Celui-là même qui avait offert sa pupille héréditaire en guise de cadeau d'adieu ? Cela expliquerait bien des choses comme le fait que le Kamui du ninja copieur avait pu être stoppé. Leurs Sharingans pouvaient entrer en résonnance.
« Ton œil est bien faible, Hatake Kakashi » prononça une voix grave que Sakura reconnut sans peine.
L'homme masqué se tenait à présent face à eux, Naruto et Bee récupérant difficilement leur souffle et leur chakra après avoir déclenché de multiples attaques à la puissance démesurée.
« Ce qui n'est pas très étonnant, puisqu'il n'est pas à toi » continua-t-il, se complaisant à lancer des piques au ninja copieur.
« Est-ce que tu es… ? » commença le gris, stupéfait.
« Je te l'ai déjà dit, tu parles trop ! »
L'homme masqué se prépara à l'attaque et, mut par un instinct quelconque, Kakashi y répondit comme s'il s'y était attendu.
Alors, Kakashi et l'homme masqué activèrent leur Kamui simultanément. Le dernier pour faire jaillir des armes depuis son vortex, et le premier pour l'intercepter et téléporter Naruto et Sakura dans sa dimension parallèle. Attaqué au même moment par un Bijuu Dama lancé par Bee, l'homme masqué fut contraint de s'y rendre également pour se protéger.
D'abord sonnée par son voyage inter-dimensionnel, Sakura se reprit vite et fit face à leur adversaire qui commençait à apparaitre devant elle. Liée par des années d'entrainement en équipe avec le blond, elle n'eut pas besoin de le consulter au sujet de la marche à suivre. Usant du chakra de Kyuubi, Naruto en fit le prolongement de son bras afin d'immobiliser l'homme masqué qui venait juste de finir de se matérialiser. Profitant de cinq secondes de répit avant qu'il ne puisse à nouveau disparaitre, Sakura écrasa son poing chargé de chakra sur le masque blanc. L'adrénaline coulant à flot dans ses veines, elle ne put s'empêcher d'hurler : « Qui es-tu ?! » tandis que le masque se brisait. Sous la déflagration d'énergie produite par le coup, Naruto et Sakura se retrouvèrent projetés de la dimension. A présent, Sakura jubilait autant qu'elle appréhendait.
Qui était-il ?
Se relevant quelque peu difficilement après l'impact avec le sol, la rose regarda droit devant elle, désireuse d'assouvir sa curiosité, mais un épais panache de fumée l'empêchait de distinguer quoi que ce soit. Se tournant vers Naruto, elle remarqua qu'il en était de même pour lui. En revanche, Kakashi paraissait plus que surpris. Les yeux écarquillés, la bouche déformée sous son masque, on aurait pu croire qu'il avait vu un fantôme.
Presque, en réalité.
Lorsque Sakura put y voir plus clair, elle comprit la réaction de son sensei.
Les cheveux noirs de jais en bataille, la peau légèrement tannée, la moitié du visage marquée par de longues cicatrices, il était tout à fait reconnaissable. Itachi et Shisui lui avaient dit toute la vérité, en fin de compte.
« Qui c'est, bordel ?! » demanda Naruto, à bout de patience.
« Il n'y a pas de doute, c'est bien lui » souffla Kakashi, encore sous le choc. « Uchiha Obito. »
« Appelle-moi comme ça si tu en as envie » lui répondit celui qui fut jadis son coéquipier. « Mais ce nom ne signifie plus rien pour moi. »
Tout autour d'eux, la tension mentait, l'air devenait de plus en plus lourd, tandis que les deux hommes s'affrontaient du regard.
« Mais ce jour-là, tu… » lâcha Kakashi d'une voix blanche. Les souvenirs semblaient défiler sous ses yeux impuissants. « Pourquoi ne pas être revenu au village si tu avais survécu ? »
« Je dirais que… » débuta Obito, tête levée vers le ciel « …c'est parce que tu l'as laissée mourir. »
« Rin » murmura l'épouvantail, la gorge serrée.
« Mais tout ça n'a plus d'importance. Qu'importe comment j'ai survécu, ou ce qui s'est passée dans cette cruelle réalité. Bientôt, ce monde connaitra la paix, et Rin, et tous les gens que nous aimons, en feront à nouveau partie. » Après quelques secondes de silence, Obito fixa ses prunelles sur ses adversaires. « Je ne laisserais personne faire obstacle au plan Œil de la Lune. »
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Adversité. Violence. Barbarie. Jusqu'à la mort.
C'est comme ça que ça a officiellement commencé entre nous.
Obito Uchiha.
Le masque s'est brisé, tu ne peux plus te cacher.
Aujourd'hui, c'est face à toi que je me tiens. Ancien ninja de Konoha et ex-coéquipier de Kakashi. Et j'attends encore de savoir quelles sont tes réelles ambitions.
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Voilà, voilà ~ J'espère que vous avez apprécié !
Je suis désolée, je me suis un peu emballée sur le début et toutes ces descriptions sur la guerre, l'horreur, tout ça, c'était pas prévu… J'espère que ça n'était pas trop long, Obito n'apparait que sur la fin.
Je tiens à préciser que je ne compte pas réexpliquer la guerre dans les moindre détails et que c'est pour ça que je me permets de sauter d'un passage à l'autre comme je le fais (de toute façon, je suppose que vous connaissez suffisamment). C'est dit dans le fond, mais je me concentre principalement sur l'évolution des personnages et l'aspect relationnel. Je souhaite avant tout faire avancer l'histoire.
Et puis, je n'ai pas pu résister à insérer quelques passages bonus qui me tenaient à cœur, comme la confrontation avec Sasori (et puis la petite phrase de fin n'est pas anodine, si vous voyez ce que je veux dire), ou la rencontre avec ces deux Uchiha pacifiques qui ont plus ou moins connus Obito par le passé (et permettent plus ou moins de faire avancer la relation entre Obito et Sakura). J'espère que ça n'était pas trop lourd ou tiré par les cheveux, l'idée m'est venue en écrivant…
Bref, je vous dis à bientôt pour la suite !
