Aux petites heures le lendemain matin, alors que le soleil n'était pas encore tout à fait levé, les soldats se firent brusquement réveiller par un tintamarre causé par un homme en particulier. Ce dernier jouait l'air de la chanson We're Going to Hang out the Washing on the Siegfried Line à la trompette. L'instrument était intelligemment tenu devant un micro et la musique était diffusée en simultané dans tous les haut-parleurs qui se trouvaient partout à l'intérieur du stade.

Gibson ouvrit un œil, puis un autre. Il se redressa aussitôt dans son lit et il remarqua que ses amis n'avaient pas été aussi vifs que lui à se lever. Tommy serrait son oreiller à deux mains autour de sa tête, couvrant ainsi ses oreilles. De son côté, Alex semblait être de mauvaise humeur. Il avait toujours les yeux fermés, mais ses sourcils froncés en disaient long sur ce qu'il pensait.

" For fuck's sake! I hate this bloody song! " s'exclama-t-il d'une voix rageuse.

Un homme passait entre les lits en frappant sur une vieille casserole à l'aide d'une cuillère en bois en hurlant : " let's go boys get up! ". Ceux qui ne se levaient toujours pas après son passage se faisaient secouer comme des pruniers par un second homme qui semblait prendre un malin plaisir à exécuter sa tâche.

Quelques minutes plus tard, les hommes étaient tous réunis au milieu du terrain. Tous sans exception étaient complètement dépeignés et ils avaient tous de petits yeux. Plusieurs d'entre eux avaient encore la gueule de bois et peinaient à se tenir droit malgré l'ordre de former des rangs serrés. Certains ne portaient que des pantalons alors que d'autres avaient dormi dans leur uniforme. Quelques-uns étaient encore confortablement enroulés dans leur couverture, cachant ainsi toutes les parties de leur corps sauf leur tête.

Qu'ils soient complètement éveillés ou non, le silence était de retour dans le stade. Les soldats attendaient patiemment que l'homme debout sur l'estrade de fortune débute son discours. Pour l'instant, il regardait les visages fatigués qui se tenaient devant lui avec un air sérieux. Gibson eut l'impression qu'il prit le temps de regarder chacun des militaires avant qu'il ne prenne finalement la parole.

" Congratulations gentlemen. You made it back, thanks to all the courageous civilians who risked their lives to save yours. I hope you thanked each and everyone of them. For those who don't know, we're currently trying to save our French lads who fought like true warriors. Many of them have been captured by the Germans, but we still try to bring them back here, as many as we can. Thank them too if you ever see them. They have played their part in the success of your escape. "

Gibson comprit au moins trois mots : French, captured, Germans. Ce fut assez pour qu'il ait envie de se mettre à crier sur place. Au lieu de cela, il ravala sa tristesse et il serra les poings. Il vit Tommy tourner la tête vers lui, mais il l'ignora.

" You will all have the permission to go home for a few days, but it will be for next week. Until then, we need you. To quote our Prime Minister, wars are not won by evacuations. This war isn't over yet. It is far from over and if we want to win, we have to fight. You have to fight if you want to preserve this beautiful country and culture of yours. This is our duty. Many combats are in preparation depending on the next moves of our enemies. "

L'homme marqua une pause dans son discours et il observa quelques visages une fois de plus. Certains des soldats semblaient retenir leur souffle comme s'ils redoutaient la suite des événements. Gibson gardait son attention et sa concentration sur l'homme. Il n'avait qu'une seule envie à présent : celle de pouvoir éclater la gueule à ces salauds d'Allemands.

" This is why there's gonna be no vacation for you this week, gentlemen. You're gonna do boot camp until further instructions. We want you to be stronger, faster and better than the enemy and it's starts right now. You have an hour to wash, dress and chow. In exactly one hour I want each and everyone of you to come back here to form ranks again. Is that clear? "

" Yes sir! " répondirent les soldats à l'unisson.

L'homme sur l'estrade offrit un salut officiel à ses soldats qui répondirent aussitôt de la même manière. Après quoi, il les laissa vaquer à leurs occupations. Les rangs se transformèrent en petits groupes d'individus qui se réunissaient pour savoir s'ils commençaient par la douche ou le petit déjeuner.

" Let's start with the food. I'm starving " proposa Alex.

Tandis qu'ils se dirigeaient vers la table où on leur offrait de la nourriture, Tommy se rapprocha de Gibson.

" I'm so sorry for what he said about the French ... You must be so angry right now. But you know what? We're gonna do as he said and we're gonna kick some Germans butts, yeah? "

Il avait murmuré ces paroles au creux de son oreille. Gibson lui jeta un regard. Tommy leva ses mains. L'une d'entre elles se referma en un poing avant qu'elle n'aille frapper dans la paume de l'autre. Il répéta ce geste avec confiance et ses yeux brillaient d'une excitation particulière.

" For Dunkirk and for all the friends we've lost " rajouta-t-il.

Gibson hocha la tête avant d'imiter le geste de Tommy. Il ressentait un besoin de vengeance au plus profond de son cœur pour tous ses frères d'armes qui avaient été tués ou fait prisonnier par les Allemands. Il aurait pu être l'un d'entre eux, mais maintenant qu'il était sain et sauf, il pouvait peut-être faire quelque chose pour les sauver. Ou du moins pour pouvoir éliminer le plus d'ennemis possible. L'Axe était puissante, mais les Alliés n'avaient pas dit leur dernier mot et ça, Gibson le savait.

Après avoir terminé de manger et de s'habiller, le trio rejoignit les autres hommes qui attendaient déjà au milieu du terrain. Quelques minutes plus tard, ils reçurent l'ordre de se mettre en route pour le camp d'entraînement qui était situé à l'autre bout de la ville. Ils marchèrent donc des kilomètres et des kilomètres dans la ville à la queue leu leu d'un air droit et sérieux. En entendant les bottes marteler le sol d'un rythme parfait, quelques habitants curieux étaient accourus à leurs fenêtres pour les regarder défiler. D'autres s'arrêtaient pour les regarder passer et leur envoyaient des gestes de la main, mais les hommes ne firent pas attention.

Le temps des reconnaissances était terminé et ils savaient qu'ils devaient passer aux choses sérieuses maintenant. Les hommes étaient motivés à se dépasser afin de poursuivre cette guerre et de faire une différence pour leur pays et pour ce qu'ils croyaient être justes.

Cette première journée au camp fut loin d'être facile. Après avoir passé plusieurs jours sur la plage de Dunkerque à attendre les secours, leurs muscles manquaient cruellement d'exercices et d'entraînement. On les fit courir sous la chaleur du soleil du mois de juin avec tout leur équipement. On leur fit escalader des murets de bois à l'aide d'une corde qui irrita leurs paumes nues. On les fit ramper dans la terre en dessous de barbelés qui menaçaient de leur lacérer le visage à tout moment. On leur fit faire des pompes jusqu'à ce que leurs bras s'écroulent sous leur poids. Puis, ils firent encore des tours de piste sous les hurlements de leurs supérieurs qui insultaient leurs performances médiocres. Une fois qu'ils complétèrent le nombre de tours requis, ils purent reprendre le retour du chemin. Cette fois-ci les hommes eurent l'air un peu moins droits qu'en début de matinée tandis qu'ils essayaient de maintenir le rythme imposé par leurs supérieurs. Heureusement, les habitants étaient tous rentrés chez eux et ils n'eurent pas à voir leurs mines fatiguées et meurtries.

Gibson avait déjà vécu des entraînements similaires avec son armée, mais il ne se souvenait pas à quel point c'était difficile et exigeant. Il savait que tout serait à recommencer le lendemain, mais il gardait en tête son objectif de pouvoir faire honneur à ses frères Français.

Ce soir-là, les hommes eurent l'autorisation de prendre une douche avant d'aller dormir s'ils le souhaitaient. Gibson ne réfléchit pas à deux fois avant de se diriger vers l'endroit tout indiqué. Tommy se mit à le suivre, mais Alex resta en retrait.

" I'm gonna go sleep. I'll wash myself tomorrow. " fit-il avec un signe de la main.

" Alright, goodnight then! " dit Tommy.

Une fois dans les vestiaires, Tommy se rapprocha de Gibson.

" Hey mate I just want to know… What's your name? I mean… Your real name…? " demanda-t-il à voix basse.

Gibson ne comprit pas la demande et il fronça les sourcils. Devant son absence de réponse, Tommy jeta un coup d'œil aux alentours pour s'assurer que personne ne les regardait puis il posa une main sur son torse.

" Me, I'm Tommy. Tommy is my name. Now, what's yours? "

Tommy le pointa en même temps qu'il posa sa question et Gibson compris aussitôt. Tout comme venait de le faire son ami, il s'assura de ne pas être vu ou entendu par les autres.

- Gabriel, répondit-il à mi-voix en se pointant de l'index.

Tommy eut un sourire et il tendit la main. Gibson la serra aussitôt en souriant aussi.

" It's nice to meet you Gabriel. "

- Enchanté, fit Gibson le plus naturellement du monde.

Ils eurent un petit rire avant de briser leur poigné de main.

" Look, I was thinking about the permission thing and since you can't go to your home I was thinking maybe you can come to my house? My mom is a really good cook and I'm pretty sure she will be pleased to have a little help around the house. What do you think? "

Gibson fronça les sourcils d'incompréhension une fois de plus. Il comprenait le terme permission puisque c'était le même mot en français. House, mom, help… Tommy était-il en train de l'inviter chez lui ?

- Moi… Chez toi… ? demanda-t-il d'une voix incertaine en se pointant d'abord avant de pointer son ami.

" Yes! That's it! Wanna come? "

Pour toute réponse, Gibson hocha lentement la tête tandis qu'un sourire se dessina sur ses lèvres. S'il pouvait échapper au camp pour quelques jours, il était certainement prêt à suivre Tommy dans sa famille. Il savait qu'il serait en sécurité près de lui et qu'il trouverait le moyen de préserver son identité face à ses parents. De plus, cela lui permettrait de voir un peu plus de pays tout en pouvant prendre un peu de repos de cette foutue guerre.

" You won't regret it, I promise! "

- Merci. C'est très gentil.

Ils s'échangèrent un dernier sourire avant de prendre leur douche et de regagner leur lit respectif.

Gibson tomba rapidement endormi après cette journée épuisante. Cette nuit-là, il fit des cauchemars dans lesquels ses anciens frères d'armes venaient le hanter. Il reconnut chacun d'entre eux. Pierre, Jean, André, René, Marcel et encore plusieurs autres. Sauf qu'ils n'étaient plus exactement comme Gibson les avait jadis connus. Ils étaient devenus des corps putrides en décomposition et leurs blessures sanglantes imposées par les ennemis étaient encore bien visibles. Leurs mines étaient tristes, affreuses et terrifiantes. En dépit de son horreur et de sa peur, Gibson éprouvait une immense pitié envers eux, mais surtout beaucoup de culpabilité. Avant même qu'il n'ait pu leur demander pardon, les fantômes se mirent à le poursuivre dans les rues de Dunkerque en lui jetant des pierres à la figure en le traitant de lâche et de traitre. Gibson se retrouva rapidement dans un cul-de-sac sans issue dans lequel il implora encore ses amis de l'épargner. Malgré ses supplications, la lapidation se poursuivit sans relâche. Au moment de rendre son dernier souffle, Gibson s'éveilla en sursaut.

Trempé de sueur et complètement perdu, il jeta rapidement des coups d'œil autour de lui pour se rendre compte qu'il se trouvait toujours au stade. Sur le lit d'à côté, Tommy se redressa lentement.

" Are you alright mate? " demanda-t-il à voix basse.

Gibson hocha lentement la tête avant de s'essuyer le front du revers de la main.

" Bad dreams right? They keep me up too. "

Tommy semblait complètement épuisé et Gibson devina qu'il n'avait pas dû fermer l'œil de la nuit. Il trouva tout de même la force de sourire tandis qu'il se recouchait lentement sur son matelas. Malgré ses cheveux en bataille et les cernes bleutés qui s'étaient dessinés en dessous de ses yeux, il avait l'air toujours aussi sage et aussi serin. Comme si rien ne pouvait venir le perturber. Gibson savait que c'était faux, mais il aimait se raccrocher à cette idée. Il ne souhaitait que le meilleur pour cet être qu'il considérait plus qu'un simple ami. Il savait que si quelque chose de grave arrivait à Tommy, il ne pourrait jamais s'en remettre. Ils étaient liés depuis leur première rencontre et absolument rien ni personne ne pouvait changer ce fait indéniable. C'était un lien étrange et inexplicable, mais qui avait quelque chose de réconfortant. Il se sentait en sécurité lorsqu'il était près de lui. À ses côtés il avait l'impression qu'il pouvait tout affronter et c'était en partie vrai. Si Gibson avait survécu à Dunkerque, c'était en partie grâce à la présence de Tommy qui ne l'avait jamais quitté. Que ce soit sur terre ou sur mer, il avait été à ses côtés à chaque instant.

Gibson se recoucha à son tour sans jamais quitter Tommy des yeux. Dans la lueur du petit matin, les deux jeunes hommes se regardèrent en silence. Le temps semblait se suspendre tandis qu'ils se détaillaient l'un l'autre comme s'ils se regardaient réellement pour la première fois. Chaque petite particularité du visage de l'Anglais semblait vouloir s'ancrer dans la mémoire de Gibson comme s'il avait peur d'oublier un jour celui qui lui avait sauvé la vie. Il observa les iris bleutés de Tommy avant de s'y perdre complètement.

Il se redressa violemment lorsque le même air joué la vieille se fit entendre dans les haut-parleurs situés au-dessus de leurs têtes. Face à sa réaction, Tommy éclata de rire et Gibson sourit aussitôt.

" Not that shitty song again… " se plaignit Alex d'une voix endormie.

Tommy et Gibson échangèrent un regard complice avant de se lever.

Durant cette deuxième journée au camp, les hommes eurent le loisir de pouvoir s'entraîner avec diverses armes à feu. Ils réapprirent à démonter et remonter une arme dans des temps record. Ils passèrent la majeure partie de leur après-midi à tirer sur des cibles en prenant diverses positions, que ce soit couché sur le ventre ou pendant qu'ils étaient en mouvement. Encore une fois, les hommes étaient rouillés et ils reçurent une pluie d'insultes de la part de leurs supérieurs qui se décourageaient. Ils devaient avoir oubliés qu'ils n'étaient que des gamins, que des garçons qui n'avaient pour la plupart pas eu à tenir une arme très longtemps lors que leur première bataille.

Le troisième jour ce fut le retour des exercices plus physiques. À peine remis de leurs douleurs musculaires provoquées par la première journée, les hommes eurent encore plus de difficultés à compléter ce qu'on leur demandait de faire. Sous les aboiements de leurs supérieurs qui les traitaient de vieilles dames, certains tombèrent encore plus souvent et rataient les exercices proposés.

Totalement dépités par leurs maigres exploits, les hommes rentrèrent au camp la tête baisse. Cependant, ils acceptèrent sans rechigner l'étrange mixture qui leur fut servie en guise de repas du soir et ils burent volontiers le thé qui leur était offert. Assis à la table en compagnie des soldats qui les avaient accompagnés au pub quelques jours plus tôt, Gibson mangeait calmement tandis qu'Alex semblait raconter des histoires hilarantes. Les autres hommes riaient à gorge déployée, la bouche encore pleine de nourriture à peine mastiquée. Il leur fallut un certain temps avant qu'ils ne s'aperçoivent de la stoïcité de Gibson face aux différentes blagues.

" What's wrong mate? How come you don't find those stories funny hum? " lui demanda l'un des soldats assis tout près.

Ne réalisant pas qu'on lui adressait la parole, Gibson continuait de fixer son assiette tandis qu'il dégustait sa dernière bouchée. Ce n'est que lorsqu'il n'entendit plus rien qu'il leva les yeux. Il se rendit compte qu'il était soudainement devenu le centre de l'attention tandis que tous les regards les plus près étaient centrés sur sa personne. Ils avaient tous cessé de manger et ils semblaient attendre quelque chose de lui.

" How come I never heard you talk before? I mean… I never heard you or see you say a single little word during the boot camp or here at the base. That's a bit odd nah? " remarqua un autre soldat.

Il s'adressait directement à lui et Gibson se mit intérieurement à paniquer. Il n'aimait pas la position dans laquelle il était placé. Les regards étaient curieux et suspicieux et il ne savait pas quoi faire dans cette situation. Il jeta un bref coup d'œil à Tommy qui semblait s'agiter légèrement à ses côtés, tandis que ses pieds ne cessaient de sautiller en dessous de la table.

" What's wrong with you? Are you retarded or something? "

Les soldats se mirent à rire et Alex esquissa un sourire en secouant la tête.

" He's not retarded " le défendit aussitôt Tommy avec une voix grave. " Leave him alone. He never done anything to you. "

" Yeah and that's exactly why I think our mate here is having a problem. You can't talk? You don't understand a single word I say? What is it hum? "

Se sentant de plus en plus pris au piège, le cœur de Gibson se mit à battre plus fort. Il avait l'impression d'être entouré d'une bande de hyènes qui étaient prêtes à le dévorer au moindre faux pas. Il savait que s'il disait quoi que ce soit il serait aussitôt dans la merde. Tommy avait beau le défendre comme il le pouvait, c'était un contre dix. Gibson posa les yeux sur Alex qui se contentait de le fixer comme les autres.

Sachant qu'il ne pouvait rien faire, il choisit l'option la plus simple : partir.

Il se leva de table sous les exclamations des autres soldats qui s'indignèrent face à sa réaction avant de se diriger vers les douches. Il jeta un bref coup d'œil par-dessus son épaule pour voir que les autres s'étaient aussi levés. Ils avaient tenté de le suivre, mais Alex et Tommy avaient freiné leurs ardeurs. Gibson augmenta la cadence de ses pas avant de s'engouffrer dans le vestiaire qui menait aux douches. S'isoler n'était probablement pas la meilleure des solutions, mais il savait que personne ne pourrait l'aider. Pas même les supérieurs. S'ils apprenaient la supercherie, ils seraient sans aucun doute les premiers à lui botter les fesses jusqu'en France.

Le front appuyé contre l'un des casiers, Gibson essayait de se calmer. Son cœur battait encore la chamade et ses pensées se bousculaient dans son esprit. Plus que jamais il avait l'impression d'avoir commis une terrible erreur en suivant Tommy et Alex. Ils avaient beau se trouver tous du côté des Alliés, il savait qu'il n'était pas le bienvenu dans l'armée britannique malgré toute sa bonne volonté. Plus que jamais il se disait qu'il aurait dû mourir noyé dans le bateau, qu'il aurait été plus utile dans le fond de la mer que maintenant.

" Gabriel…"

Il sursauta lorsqu'il entendit son prénom et il se retourna brusquement. Tommy se trouvait tout près de lui. Il affichait une mine triste et inquiète. Gibson se mordit l'intérieur des joues. Il savait que son ami faisait ce qu'il pouvait, mais ça ne serait jamais assez.

- Vous auriez dû me laisser crever… Ça aurait été tellement plus simple…

" Don't say that! I just… I couldn't do that. Let you die I mean. When I realized you where not out of the boat, I started to panic. I asked Alex to come back with me. He managed to set you free while I was pulling you out. It was the right thing to do and I don't regret saving your life. I know you would have done the same for me cause that's what friends do, right? So please, just stop saying awful things like that. We will find a solution alright? Everything's gonna be fine, I promise. "

Il déposa une main chaleureuse sur son épaule et Gibson poussa un petit soupir. Il devait y avoir une solution, mais pour le moment il n'en voyait aucune. Il ne pouvait tout de même pas foutre le camp en pleine nuit d'un stade bourré de soldats et surveillé par l'armée.

Alex fit interruption dans les vestiaires et Tommy lâcha aussitôt son ami. Alarmé par sa présence, Gibson fit quelques pas de côté.

" Don't be scared, it's just me. " dit Alex en levant les paumes.

" What's going on? Where are the others? " demanda Tommy.

" They stayed at the table. I calm them down and I told them everything. "

" Ev-everything? What do you mean? "

" I told them he was a Frog " avoua Alex en désignant Gibson de la tête.

Comme durant le discours, Gibson n'eut pas besoin d'en entendre davantage pour comprendre ce qu'Alex avait fait. Il venait de dévoiler son identité à ses amis sans même penser aux conséquences que cela pourrait apporter. Le pire était son attitude nonchalante qu'il gardait, comme si tout ceci n'avait aucune importance à ses yeux.

" You did what?! Are you out of your bloody mind?! " s'écria Tommy.

" Hey calm the fuck down alright?! You knew it was a bad idea and I've told you he couldn't stay with us, but you didn't listen! Sooner or later they would have doubts about his strange behavior. "

" What did you expect Alex?! That he would learn our language in a few days?! That he would speak English by imitating our accent?! How could you do that?! He's our friend! "

Alex répliqua quelque chose, mais Gibson n'eut plus la force d'écouter leur dispute. Peu importe ce qu'ils se disaient, ça ne changeait rien au fait qu'il se trouvait maintenant à découvert et que ses jours au sein de l'armée britannique étaient désormais comptés. Il se sentait trahi, dépité et complètement vidé.

Il tourna le dos aux deux autres avant de se diriger vers une cabine qui abritait un pommeau de douche. Il se déshabilla lentement sans même prendre le temps de ramasser ses vêtements qui tombaient sur le sol à l'extérieur de la cabine. Il continuait d'entendre les voix de Tommy et d'Alex qui se querellaient toujours dans les vestiaires, mais il n'y prêtait plus aucune attention. Une fois complètement nu, il tourna le robinet et un jet d'eau tiède l'aspergea aussitôt. Il ferma les yeux et il resta immobile sous cette cascade qui lui procurait un bien fou. Elle n'avait pas la force d'apaiser ses pensées meurtries, mais elle aida grandement ses muscles endoloris.

Il ferma l'eau après plusieurs minutes et il se rendit aussitôt compte que le silence était de retour. Il attacha une serviette autour de sa taille avant d'ouvrir la porte de sa cabine.

Tommy était toujours là. Assis sur un banc en bois, il se leva lorsqu'il vit Gibson.

" I'm not leaving your side. There's no way I'm gonna abandon you the way he did. "

Gibson vit de la détermination dans le regard de Tommy. Il comprenait qu'encore une fois, son ami restait là malgré la situation. Il voudrait lui expliquer que ça ne valait pas la peine, qu'il ferait mieux de le laisser se débrouiller avec son problème, mais il ne trouva ni la force ni les mots. Au lieu de cela, il se contenta d'hocher lentement la tête avant de reprendre ses vêtements.

Il savait qu'il ne pourrait pas être sauvé deux fois.