Départ et malaise


Une semaine à peine s'était écoulée depuis le réveil de Sasuke, ainsi que depuis qu'il avait perdu la capacité – momentanée – d'utiliser sa jambe droite. Le début de ses vacances avait été d'un ennui total. Il était obligé de marcher à l'aide de béquilles, ce qui l'empêchait de faire une grande partie des mouvements dont il avait besoin quotidiennement. Il était très mécontent et avait énormément de mal à l'accepter. Il déclinait entièrement le fait de dépendre des autres, il trouvait ça affreux. Outre cela, il marchait avec grande difficulté, à son plus grand désagrément. Les garçons de son âge passaient toutes leurs journées libres dehors, à jouer au soccer, à faire de la bicyclette ou à faire d'autres choses d'amusantes avec leurs potes. Cependant, cela lui était désormais complètement impossible. Regarder ses amis se réjouir des vacances alors qu'il se contentait de ne rien faire, ce n'était pas du tout son fort. Il s'en voulait horriblement de ne pas avoir pensé à contacter ses parents pour qu'ils viennent le chercher à la fête. Bien que ce n'était qu'à deux rues de chez lui, elles n'étaient pas très bien éclairées et il était habillé avec des vêtements assez foncés. «Je suis trop bête.», se disait-il constamment depuis cette nuit.

Fugaku et Mikoto n'étaient pas encore partis en voyage. Ceux-ci voulaient s'assurer que tout aille parfaitement bien avant de laisser leurs fils seuls – surtout à cause de la blessure d'un des deux. La jeune mère s'inquiétait tellement pour son fils cadet, elle ne le quittait pas des yeux une seconde depuis le jour de son accident. Elle ne voulait pas le laisser à la maison, tandis qu'elle serait dans un autre pays en train de relaxer et de profiter des vacances. Être loin de son ''bébé blessé'' – comme elle le disait si bien – lui était tout simplement inconcevable. Elle avait donc insisté pour ce que ses deux fils les accompagnent jusqu'à l'aéroport. Il y avait trois raisons à cela : Premièrement, elle voulait passer le plus de temps possible avec eux avant de partir. Deuxièmement, elle voulait leur dire au revoir au tout dernier instant. Et troisièmement, Itachi devait ramener la voiture.

Il était déjà vingt-deux heures et le vol était prévu pour minuit tapante. Itachi les aida à charger les valises dans la voiture, pendant que Sasuke les regardait faire en se sentant mal à l'aise de ne pas les aider. Après quelques minutes, Fugaku prit la place du chauffeur, Mikoto du passager à ses côtés, et les deux garçons s'assirent sur la banquette arrière, à une distance considérable l'un de l'autre. Enfin, le plus loin qu'ils le pouvaient.

Tout le long du chemin vers leur destination, Sasuke s'agitait, se replaçait, se tortillait, il ne savait pas comment se positionner pour ne pas que sa jambe le dérange. Il n'était jamais à l'aise, en aucune posture.

― Sasuke, tu veux t'asseoir devant? lui demanda sa mère, ayant vu qu'il gigotait dans tous les sens.
― Non, c'est bon. L'aéroport n'est pas loin, hein?
― Non, il n'est pas loin, mon ange.

Le reste du chemin se passa très bien. Les parents se réjouissaient pour ce voyage, bien que leur fils cadet ne pouvait pas les accompagner finalement. Les minutes semblaient interminables, et ce malgré les tentatives de Mikoto pour essayer de mettre une peu d'ambiance dans la voiture en parlant de tout et de rien. Elle parlait encore de leur voyage et elle disait qu'elle le méritait amplement. Sa vanité était très apparente.

Lorsqu'ils furent arrivés à l'aéroport, Fugaku alla se stationner à la première place qu'il repéra puis il ouvrit sa portière.

― Chéri, pourquoi t'es-tu stationné si loin? Tu sais que Sasuke doit éviter de trop marcher, interrogea la jeune mère, encore assise dans la voiture.
― C'était la seule place de disponible.
― Je refuse de faire marcher mon petit bébé aussi longtemps.
― M'man! gémit Sasuke mal à l'aise, c'correcte, J'suis capable de marcher!

Sasuke sortit de la voiture avec un peu de mal. Il n'avait pas encore pris l'habitude de marcher avec des béquilles. Il les plaça correctement et la famille débuta leur route jusqu'à l'intérieur. Le plus jeune jurait entre ses dents jusqu'à ce qu'ils arrivent au bâtiment. Mikoto lui demandait régulièrement s'il allait bien ou s'il avait besoin d'aide, trop préoccupée par l'état ce dernier. Il lui répondait tout simplement de ne pas intervenir. Il parlait pour lui-même; il maudissait les deux bâtons qui lui servaient de support. Arrivés à la porte, ils entrèrent et attendirent. La famille Uzumaki était sur le point d'arriver et ils allaient partie ensemble. Sasuke avait mis son meilleur ami au courant du fait qu'il ne pourrait pas en leur compagnie. Le blondinet avait trouvé cela ''grave nul'' comme il l'avait dit, mais il n'en avait pas fait tout un plat. Il comprenait parfaitement ce que le brun vivait ces derniers temps.

― Oh mon Dieu ! Je suis tellement stressé de vous laisser tout seul, mes amours !
― Ma chérie, ne t'inquiète pas. Itachi est adulte, il est capable de s'occuper de Sasuke.
― Je sais bien, mais mon petit Sasuke ne va pas bien, il a besoin de réconfort ! Et maman est le meilleur réconfort qui soit!
― M'mam! J'ai juste une jambe brouillé, s'interposa Sasuke encore une fois. S'pas comme si j'étais en train d'mourir !

Sur ce, la famille Uzumaki entra dans la bâtisse et les trouva immédiatement. Mikoto et Kushina se sautèrent quasiment dans les bras en se voyant, comme si cela faisait des mois qu'elles ne s'étaient pas vues, tandis que les deux pères se contentèrent de se saluer. Sasuke et Naruto étaient irrités par le comportement de leurs mères et Itachi les salua gentiment, par pur signe de politesse. Sasuke ne parla pas beaucoup par crainte de déclencher un interrogatoire crée par Kushina sur l'histoire de son accident. Cette femme se préoccupait beaucoup du meilleur ami de son fils. C'était comme son deuxième enfant. Elle était si gentille, mais l'Uchiha n'aimait pas trop parler de lui à vrai dire, et encore moins répondre à des questions.

― Ça me fait tellement de peine que Sasuke ne vienne pas avec nous, admit Kushina en jetant un coup d'œil au concerné. Une chance que son grand frère est là ! rajouta-t-elle en déviant son regard vers Itachi.
― Oui ! Heureusement que son grand frère est là ! Je les aime tellement mes petits amours !

Cette attitude, comme si elle était énormément fière d'eux, irritait les deux fils Uchiha au plus haut point, mais ils ne firent aucune remarque. Mikoto et Kushina se racontèrent tous les moindres petits détails de leurs merveilleuses vies, pendant que Sasuke et Naruto allaient un peu plus loin pour discuter.

― T'es pas trop triste ? Lui demanda le blond, furieux mais compatissant aussi.
― Non, mais ces deux foutus de battons me tape sur les nerfs.
― C'quand même trop nul de ne pas faire le voyage avec toi.
― J'sais, mais tu vas quand même bien t'amuser, j't'assure.
― Les garçons, revenez ici, firent deux voix féminines en même temps, mais pas sur le même ton de voix.

Ils se conduisirent vers eux. Mikoto serra très fort ses fils puis Fugaku leur dit simplement au revoir. La jeune mère Uchiha s'en allait en se retournant régulièrement pour leur sourire et leur faire des signes de main. Itachi et Sasuke les regardèrent partir et firent de même. Le cadet s'appuya sur une de ses béquilles et agita la main en leur direction. Lorsqu'ils les perdirent de vu, ils quittèrent le bâtiment.

[...]
Le lendemain, 8h30

― Sasuke, c'est pour toi, fit soudainement la voix d'Itachi.

Le concerné ne réagit guère. La télévision faisait déjà beaucoup de bruit, alors sa voix s'était évaporée dans tout ce chahut. Ordinairement, leur mère n'acceptait pas tout ce vacarme. Les sons des moteurs et des crissements de pneus l'énervaient. Elle en devenait quasi paranoïaque. Or, le petit brun se réjouissait d'avoir ce genre de liberté avec son frère, bien qu'ils ne se parlaient pas vraiment et l'atmosphère était assez tendue depuis la veille.

― Sasuke, l'interpella une nouvelle fois Itachi, avec un ton plus ferme.

Ce dernier sursauta et mit son jeu sur ''pause''. Il tourna la tête vers l'endroit où la voix avait percée. Il y avait un garçon qui se tenait dehors devant le seuil de la porte. Son allure était quelque peu banale. Ses cheveux étaient assez courts et bruns, ses yeux étaient de la même couleur. Sa taille était légèrement plus grande que celle de Sasuke. Un petit sportif. Ses vêtements prouvaient qu'il aimait le sport et jouer dehors. Dans le fond, pour les enfants, c'était normal d'apprécier les jeux extérieurs.

― Salut! Sas'ke ! s'exclama le garçon encore dehors. Tu viens jouer avec nous ? lui demanda-t-il ensuite en lui montrant un ballon de basket.
― J'aimerais, mais j'peux pas.
― Pourquoi ?

Sasuke fit bifurquer ses prunelles en direction de sa jambe emplâtré.

― Oh ! s'exclama aussitôt le jeune. T'es blessé ? Comment t'as fait ?
― Ce... c'est une longue histoire.
― Genre, un accident en jouant au soccer, au basket, au football ? lui demande curieusement le garçon en s'approchant de lui.
― Non. Je... j'ai pas regardé avant de traverser la rue, bafouilla Sasuke d'une traite.

«Oh...», fut la seul chose qui sorti de la bouche de son ami. Il s'assit.

― Mais tu peux qu'en même venir avec nous, l'informa-t-il, souriant. T'as qu'à pas jouer.
― C'est nul de regarder les autres s'amuser.
― C'est vrai...

Pendant que les deux garçons discutaient, l'aîné était retourné dans la pièce voisine. Il sortit tout ce dont il avait besoin pour faire le petit déjeuner et déposa tout sur le comptoir. Était-il doué pour faire des petits déjeuners ? Il se débrouillait... Enfin, il trouvait que ce qu'il faisait pouvait être mangeable. C'était le silence total dans la maison à cet instant, à l'exception des deux garçons qui parlaient. Kiba insistait pour que le cadet se lève et parte avec lui, mais Sasuke ne voulait absolument rien savoir.

― Bon, ok... J'vais rejoindre les autres alors, déclara finalement le sportif en se relevant du canapé.
― Ouais, bye.

Kiba lui renvoya sa salutation puis partis d'un pas enjoué. Au moment même où il quitta la maison, l'atmosphère lourde et étouffante se pointa. Pour ne pas endurer cela plus longtemps, il reprit sa mannette. Toutefois, à l'instant où il allait appuyer sur ''Play'', Itachi l'appela.

― Ton déjeuner est sur la table.
― Oh, euh, ok... j'arrive.

Sasuke se leva, s'appuya lourdement sur ses béquilles, vérifia s'il était stable, tourna avec une légère difficulté, puis il se rendit assez lentement vers la cuisine où il se réjouit de s'assoir de nouveau. Itachi venait de lui préparer son petit déjeuner et il lui en était très reconnaissant. S'occuper de lui serait probablement une assez grande responsabilité et il n'avait même pas semblé hésiter avant d'offrir son aide à leurs parents. C'était pour cette raison qu'il voulait essayer de ne pas être trop dépendant. Il s'abstenait de le déranger ou de lui causer problèmes. Il voulait également le remercier pour cet acte, mais il ne savait pas comment s'y prendre. Quand il ouvrait la bouche, les mots restaient bloqués. Devait-il lui dire un simple ''merci'' ou devait-il lui en dire plus ?

― Merci, finit-il par prononcer timidement, après une longue hésitation.
― Ce n'est rien, lui répondit-il gentiment et d'une façon tout à fait normal.

L'heure du repas se passa dans un autre silence. C'était la même ambiance que la veille et il ne l'aimait pas du tout. C'était pénible.

Flash back

Durant le trajet, ils étaient très silencieux. Itachi conduisait et son cadet était assis à ses côtés. Sasuke n'osait pas dire le moindre mot puisqu'il craignait de dire quelque chose de déplacé ou bégayer. Il n'avait jamais été très à l'aise pour lui parler, c'était un dilemme à chaque fois. Le cadet était maladroit et se plaignait assez souvent, voilà les principales raisons pour lesquelles il se sentait détesté. Alors qu'Itachi était calme et ordonné. Ils s'arrêtèrent à plusieurs feux rouges et Sasuke en avait mal au cœur à chaque fois. Il avait tellement hâte d'arriver chez lui et d'aller s'enfermer dans sa chambre. La pression et son malaise était trop grand à cet instant.

― Ça risque d'être dur pour toi de ne pas pouvoir te baigner cet été.
― Ah, euh... oui.

Le garçon se trouvait idiot de bégayer en sa présence. Il trouvait cela carrément stupide de sa part. C'était normal, qui dans ce monde serait trop gêné pour parler à son propre frère. Pas beaucoup de gens, c'est sûr. Sasuke regarda ses jambes où son plâtre montait très haut. Il ne pouvait pas plier sa jambe, par contre les médecins avaient fait son plâtre pour que celle-ci soit légèrement plié pour ne pas qu'il ait trop de mal à se déplacer, bien qu'il en ait tout de même. Il n'essayait pas vraiment non plus. La haine qu'il éprouvait envers lui-même était très grande et il était entièrement conscient de sa naïveté.

― Alors, tes examens finaux, ça a été ? lui demanda l'ainé lui jetant un rapide coup d'œil.

Tout de suite après, il appuya son coudre contre le rebord de la fenêtre, ses doigts atteignaient facilement son bord, ne gardant qu'une main sur le volant.

― Je- j'me débrouille.

Le cadet arracha la peau près de ses oncles, à cause de l'angoisse qu'il ressentait. Il voulait tout simplement rentrer chez lui. Oui, seulement ça.

― Tu as passé ton année ?

Sasuke haussa la tête de haut en bas et articula un ''oui'' quasi muet.

― Est-ce que tu sais ce que tu veux faire plus tard?
― Je... non, je ne sais pas.

C'était peut-être de simples questions, mais il en était intimidé tout de même. Il baissa la tête et joua avec le bas de son T-shirt noir, très simple. Ayant remarqué son malaise, Itachi ne continua pas à lui poser des questions et ils restèrent muets jusqu'à leur demeure.

Fin du flash back

Oui, c'était juste une simple conversation... Pourquoi Sasuke ressentait-il que son frère ne l'aimait pas? Il semblait pourtant si calme, si gentil avec lui...


À suivre...