CHAPITRE 4 – Welcome Home
J'avais toujours mon gobelet de café dans les mains. Bien qu'il était vide depuis un moment, je le trouvais fascinant. Six paires d'œils étaient braquer sur moi, et ça me foutais royalement mal à l'aise.
Dans cette communauté, Maggie m'avait expliquée un peu plus tôt qu'il n'existait plus vraiment de chef. Après la mort de sa femme, Rick avait remit les pleins pouvoirs aux membres de son groupe initial, et ce conseil avait pour but de faire en sorte que tout se passe bien dans la nouvelle communauté plutôt florissante.
Quoi qu'il en soit, tout ces yeux braquer sur moi, c'était un vrai supplice. Je détestais être le centre de l'attention.
Nous nous trouvions dans ce qui était la bibliothèque de la prison. C'était un endroit où j'avais toujours été à l'aise. Les livres et moi, cette grande histoire d'amour ! Mais là, c'était différent.
Hershel, Glenn, Carol, Maggie et une fille du nom de Sasha étaient tous installés à la table en face de moi. Daryl, lui se tenait adosser à un mur, les bras croiser sur son torse, à l'écart du groupe.
« Comment ça va, ce matin » me lança Glenn avec le sourire
« J'ai survécu seule à Zombie-Land pendant plusieurs mois, maintenant j'ai droit à un interrogatoire dans une prison, comment je vais d'après toi? » répliquais-je ironiquement en lui lançant un sourire forcé.
L'ironie, c'était souvent mon moyen de défense dans des situations qui n'avaient rien pour me plaire, et jusqu'ici, ça avait plutôt bien fonctionner.
« Donc, parle nous un peu de toi » me demanda Hershel.
Le vieux médecin s'était adresser à moi sur un ton doux et paternel, je levais les yeux vers lui et me rendu compte qu'il m'observait avec autant de douceur qu'avait été le ton qu'il avait utiliser pour s'adresser à moi.
«Euh... d'accord... Par quoi commencer ? » hésitais-je
« Et bien commence par comment t'as fais pour t'en sortir si longtemps seule ? » grommela Daryl toujours adosser au mur.
«L'instinct de survie, je suppose ! Ça fait des mois que je crapahute dans les bois, en tentant de rester vivante. Je sais pas trop comment j'y suis parvenu, mais j'y suis parvenu ! » répliquais-je simplement en haussant les épaules.
« Très bien ! » annonça Hershel. «Tu manie l'arc à flèches, et tu possède un bien beau couteau, est-ce que tu sais te servir d'armes à feu ? Quelles sont tes compétences ? » me questionna t il encore.
« Mes compétences ? » demandais-je surprise
« Oui » commença Maggie sur un ton tout aussi doux que celui de son paternel. «Ici tout le monde met la main à la pâte, comme tu as pu le constater. Alors, ce qu'on aimerais savoir c'est si tu peux être utile à quelque chose dans la communauté » termina t elle en me lançant un sourire réconfortant.
« Oh, je vois. » acquiesçais-je. « Et bien, j'étais bibliothécaire avant que toute cette merde commence, ensuite, en effet, je sais me servir d'armes à feu. C'est Brody qui m'a initié » dis-je en lançant un regard discret en direction du biker qui n'avait toujours pas bouger d'un poil. « J'ai aussi quelques notions de secourisme et de premier soins, je pratique le self-défense et puis ... »
« Mais c'est le ciel qui t'envoie ma parole ! » s'esclaffa Carol
« Mon père était militaire et mon frère... un taré de survivaliste » dis-je pour ma défense en grimaçant et me grattant le crâne.
Le petit groupe se mit à rire, ce qui détendit légèrement l'ambiance et me mit plus à l'aise. Quelques autres questions d'usages suivirent, mais rien de bien trop personnelle pour ne pas être dit.
La cuisine ? Le jardinage ? La mécanique ?
Quand ce dernier sujet arriva sur le tapis, je sentis un léger intérêt supplémentaire de la part de mes nouveaux colocataires.
A part Daryl, pas grand monde n'avait de notions en la matière, et étant fille et sœur de mécanos, il était clair que j'avais appris à me servir de clés et autres outils, ainsi qu'à distinguer un calculateur d'une courroie de distribution.
Évidemment, je n'étais pas une pro de la clé à molette, mais j'avais les bases nécessaires pour effectuer un entretien d'usage ou pour distinguer une légère panne.
Glenn et Hershel avaient hocher de la tête en exprimant une moue de satisfaction, tandis que je sentais un regard me fixer ardemment depuis le mur d'en face.
J'imaginais sans peine que d'ici à quelques jours, d'autres questions viendraient. Le fait d'entrer dans une communauté ne m'effrayais pas, néanmoins, j'avais toujours énormément de mal à parler de moi et il m'étais encore très douloureux de me remémorer le passé. Je ne devais pas être la seule dans ce cas.
« Bon, et bien je crois qu'on a fini » lança finalement Hershel pour mettre fin à l'interrogatoire.
« Déjà ? » lançais-je surprise et en même temps soulagée.
« Et bien, je crois qu'on est tous d'accord » dit le vieux médecin en questionnant les autres du regard « Bienvenue dans notre communauté Baylee » me félicita le Doc en me tendant sa main afin que je la serre. Ce que je fis sans hésiter.
« Appelez-moi Bee, je préfère » répliquais-je en lui souriant timidement.
« Très bien, Bee. » me sourit le vieux Doc
Tout le monde sortit de la pièce et pensant être seule dans la bibliothèque, je me mis à observer les titres des livres qui trônaient sur les multiples étagères.
Baudelaire, Victor Hugo, Saint-Exupéry, Voltaire, Proust, Jules Verne et bien d'autres auteurs se mélangeaient avec des manuels de mécanique, d'informatique, de médecine et je me surpris à penser qu'un peu de rangement ne serait pas du luxe dans cet endroit qui avait désespérément besoin que quelqu'un comme moi en prenne soin.
Je soupirais d'aise. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas fouler le sol de mon univers et ça me mettais en joie. Dans mon fort intérieur, ma petite bibliothécaire sexy dansait la gigue sur ses talons aiguilles. A cette pensée, je pouffais de rire toute seule.
« Pourquoi tu t'marre ? »
Je sursautais et me retournais en direction de Daryl, qui avait prit place sur la table où nous étions tous installer quelques minutes auparavant.
« Merde, tu m'a fais peur ! Ça t'arrive souvent d'espionner les gens comme ça ?» lançais-je en le fusillant du regard.
Daryl resta silencieux un moment tandis qu'il continuait son inventaire en m'observant de la tête aux pieds. Bizarrement, je me sentais totalement nue sous se regard insistant.
« J't'espionnais pas » se défendit il après un moment qui me parut une éternité.
« Qu'est-ce que tu fais là alors ? » le questionnais-je, mal à l'aise.
Il sauta de la table où il était assis et se dirigea vers la sortie sans dire un mot.
Je restais là, pantoise quelques secondes.
Haussant les épaules, je décidais de retourner à mon inventaire de la bibliothèque et de ne pas accorder plus d'attention que cela à l'attitude du biker.
Oui, vraiment, un petit rangement ne serait certainement pas du luxe, et puis, cela serait vraiment plus facile pour s'y retrouver. Je doutais soudainement que cette bibliothèque soit réellement utilisée pour son usage premier, mais j'eus justement l'idée qu'il serait dommage de laisser une telle collection de livres prendre la poussière.
Ça serait ma première mission au sein de cette communauté : Remettre la bibliothèque en état !
Je n'avais aucune envie de rester à ne rien faire, j'avais compris qu'ici, à la prison, il était nécessaire que chacun participe à la vie de la communauté, et c'était plus que normal. J'avais donc dans l'intention de prendre mon courage à deux mains et de me renseigner sur les différents postes où de l'aide était requise. Il fallait bien mériter son repas, après tout !
Près de vingt-quatre heures après mon arrivée, j'étais assise sous le pavillon en compagnie de Maggie, Glenn et Sasha, qui riaient à chaque une des bouchées accompagnées de gémissements de plaisir provoquer par mes papilles gustatives.
J'engloutissais l'assiette encore fumante devant moi en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Depuis quand n'avais-je pas manger un vrai repas ? Au moins trois siècles certainement !
« C'était bon ? » me questionna Carol en m'enlevant l'assiette complètement vide et pratiquement propre de devant moi, munie d'un sourire satisfait.
« Un vrai délice ! » répliquais-je en me laissant retomber d'aise sur le dossier du banc, le ventre rond et complètement rassasiée.
« Il faut remercier notre petite fermière ! » lança Glenn avant d'embrasser tendrement Maggie sur la tempe, blottie dans les bras de son amoureux.
« Alors Bee, comment sait passée ta première journée dans ton nouveau chez-toi ? » me questionna Sasha
« Vous êtes tous si gentils et patients avec moi, je dois admettre que je ne m'attendais vraiment à trouver un tel endroit. Merci Glenn ! » répondis-je pleine de gratitude.
« Oh, on a juste fait ce qu'on devait faire, tu sais ! Pas besoin de remerciement, c'est normal, il faut s'entraider ! » répondit le petit asiatique au visage si amicale.
« Oui, tu as tout à fait raison. D'ailleurs, je me disais : la bibliothèque aurait vraiment besoin d'être remise en état, je pourrais m'en charger ?! »
« Fais donc, la bibliothèque est tout à toi. » me lança Hershel en passant derrière moi et tapotant mon épaule dans un geste amical.
Voila qui était fait.
Durant toute la journée, qui avait passée à vitesse grand V, j'avais arpenter la prison de long en large, observant le travail de jardinage, la porcherie, faisant un petit tour du coté des véhicules garer dans la cour, visitant l'intérieur des cuisines et observant tout ce monde s'activer comme dans une petite ville ouvrière bien administrée.
Toute l'installation sur laquelle reposait l'organisation de la prison était bien huilée, même si j'avais appris quelques brides des derniers événements qui avaient conduit tout ces gens à se retrouver dans les murs de l'enceinte, obligeant le petit groupe initiale à revoir complètement sa façon de vivre.
Ma première soirée dans la petite communauté carcérale fut une réussite total.
J'avais fais plus ample connaissance avec Michonne, Tyress, ainsi que Carl, le fils de Rick. Quand à ce dernier, j'avais pu, durant mon observation du cimetière créer dans la prairie de la prison, échanger quelques mots découvrant ainsi qui avait été le chef du groupe avant la création du comité d'accueil actuel.
Allongée seule sur mon lit, juste la lumière d'une bougie éclairait la minuscule pièce. La prison était calme, quelques discussions lointaines, et quelques ronflements venaient troubler le silence. J'étais reconnaissante de dormir enfin dans un véritable lit, avec un toit au dessus de ma tête. Là aussi, je me demandais depuis combien de temps cela ne s'était pas produit.
J'avais passer des nuits blanches à grelotter, transie de froid, au milieu des bois. J'avais passer des nuits dans une tente, suspendue à un arbre, à ne faire que somnoler. J'avais passée des nuits à marcher. J'avais passer des nuits à tuer des cadavres ambulants.
Mais ici, j'étais loin de tout cela.
Des mois, je ne sais pas combien, à avancer sans but précis, juste celui de survivre, pour recommencer le lendemain, le sur-lendemain, et ainsi de suite.
C'était sans nul doute une chance dont beaucoup ne bénéficiait pas, et je devais me réjouir de cette opportunité de retrouver un semblant de vie normal.
Ou tout du moins tenter de reconstruire un semblant de vie normal.
Tout à mes réflexions, je fini par m'endormir. Mais mon esprit décida de divaguer vers des rêves beaucoup moins paisibles que l'intérieur de ma petite cellule.
La mort frappait à nouveau. Le néant me recouvrait. Debout devant moi, me suppliant de courir pour sauver ma vie, il jouait les appâts.
« Cours Bee. Cours, je t'en supplie » réussit-il à articuler alors qu'une ombre s'attaquait à sa carotide, et deux autres s'acharnaient sur son corps frêle et décharné par la maladie.
« Je... Je ne peux pas ! »
Les yeux grands ouverts par l'effroi de la scène, je restais pantelante, sanglotante, comme si une force m'empêchait de faire le moindre mouvement pour m'enfuir.
La mort frappait à nouveau. Le néant engouffrait tout d'une horrible noirceur, où ici et là giclait du liquide rougeâtre, qui coulait jusqu'à mes pieds nus...
« Non ! Non ! Ne meurs pas... Brody...»
Les sanglots me serraient la gorge au point de m'empêcher de respirer.
J'entendis une voix au loin, qui manifestement tentait de me ramener à la surface. Mais c'était si difficile de remonter, de se battre, encore... toujours se battre... pourquoi ? A quoi cela servirait-il ? Mais la voix ne s'arrêta pas pour autant, et soudainement, je n'étais plus seule.
Une chaleur envahit mon corps. Quelque chose venait de se coller à moi, m'enlaçant, me serrant en chuchotant des mots d'un ton réconfortant. Je me sentais bercée, allant de gauche à droite dans un mouvement fluide et tellement apaisant.
Ma respiration devint de moins en moins saccadée, et les muscles de ma gorge se détendirent. Je pouvais enfin recommencer à respirer. Doucement les sanglots se calmèrent eux aussi. Comme si mon corps avait sa volonté propre et qu'il avait décidé d'écouter les paroles chuchotées au creux de mon oreilles.
Sortie de mon cauchemar, mais toujours plongée dans une sorte de brouillard, je restais immobile, me laissant aller dans des bras qui ne m'étaient pas totalement inconnus.
Son odeur, que je pouvais à présent distinguée, avait changée. Elle était fraîche, l'odeur naturellement boisée de sa peau était mélangée avec celle du savon, et bien que quelques gouttes d'eau me coulaient sur la tempe et glissaient jusque dans mon cou, cela ne me gênais pas.
Je ne parlais pas, ne bronchait pas, n'ouvrais pas les yeux, et bientôt, il n'y avait plus que la proximité de son corps et son souffle chaud qui me donnait l'assurance de sa présence tout contre moi et d'une sécurité absolue.
Bercée comme une enfant qu'on tente de réconforter, je replongeais doucement dans le sommeil, mais cette fois, aucun rêves ne vint le perturber.
Ce fut une nuit sans rêves, et quand j'ouvrais les yeux péniblement, je me demandais si tout compte fait, je n'avais pas rêver. J'étais seule, emmitouflée dans plusieurs couvertures de laines, la lumière perçant à travers le rideau de fortune qui recouvrait l'entrée de la cellule.
Moins d'une heure plus tard, je m'aspergeais le visage à même le tonneau d'eau de pluie disposé près de la clôture du terrain vague où s'affairaient déjà au loin Rick et Carl.
J'avais commencer la journée par faire chauffer de l'eau, histoire de préparer le petit déjeuné des troupes. Carol et Maggie m'avaient assez rapidement rejoint, et c'est dans un moment de tranquillité total que j'avalais ma première gorgée de café brûlant.
La prison commençait à se réveillée petit à petit que j'avais déjà commencer à vider les étagères de la bibliothèque afin d'y faire les poussières et trier les livres par catégorie sur la grande table rectangulaire.
Après quelques heures de ce travail minutieux, j'avais aider Hershel dans l'inventaire de l'infirmerie, écrivant soigneusement sur un bout de papier tout les noms de médicaments et autres substances manquantes au bon fonctionnement des futurs soins à apporter aux survivants.
« Comment faites vous pour trouver tout ce dont vous avez besoin ? » demandais-je à Hershel alors que celui-ci comptait le nombre de bande de gaz restantes dans son étagère.
« On prend ce qu'on trouve par ci, par là. On fais comme on peut. » me répondit-il en m'adressant un sourire.
J'aimais assez le fait que les gens vivant dans cette communauté avaient toujours le sourire et avaient l'air d'être heureux. J'avais trouver Maggie carrément flippante quand j'avais débarquer deux jours plus tôt, mais à voir le comportement de chacun des survivants, j'avais vite pu me rendre compte qu'elle n'était certainement pas la seule à abuser de substance euphorisantes !
Des séances de ravitaillement étaient organisées chaque jour, et apparemment toutes les personnes capables y participaient. A peine en sécurité depuis deux jours, je n'osais imaginer le courage qu'il fallait pour retourner là dehors.
Rien que de voir le petit attroupement d'ombres près des grillages de la prison me donnait la chair de poule. J'en était restée loin jusqu'à présent et tenterais de le rester le plus longtemps possible.
La journée passa à une allure folle. Au point où je ne vis pas les heures passées.
Je n'avais pas aperçu Daryl et Glenn de la journée. Sans doute étaient-il sorti eux.
Malgré mon aversion pour l'extérieur, ma journée avait été plus que remplie et j'en était satisfaite.
C'est contente de moi que je m'étais mise au lit alors que le soleil était couché depuis un bon moment. Si les journées à venir étaient aussi tranquilles que celle-ci, je n'aurais certainement aucun mal à me faire à ma nouvelle vie de sédentaire.
Au petit matin, alors que la prison était encore plongée dans le silence, je me demandais si désormais, toutes mes nuits allaient être comme les deux précédentes pleines de cauchemars et de pleurs ...
