CHAPITRE 5 : Sweet Home ... Georgia !
« Prend tes affaires, on sors ! » me lança Daryl en passant la porte et en me bousculant presque au passage.
« Sortir ? Sortir où ? » demandais-je hébétée.
Quatre jours que je n'avais pas vu le biker. J'avais remarquer son manège depuis la veille. Daryl m'évitait carrément. Je ne comprenais pas la raison, mais j'avais appris, avec le temps et déjà bien avant que le monde ne parte en couille qu'il n'était jamais bon de se poser trop de questions sur le comportement des autres. Alors j'avais juste décider de ne pas m'en préoccuper, même si à l'instant, j'étais surtout très surprise qu'il m'adresse la parole alors qu'à la moindre occasion, il faisait tout pour ne pas me croiser.
« C'est bon, tu t'ai assez relaxer. Mission ravitaillement » me lança alors Daryl alors que j'avais du presser le pas pour le rattraper. « J'veux voir c'que tu vaux sur l'terrain »
« Comment ça sur le terrain ? » paniquais-je l'idée de me retrouver en dehors de l'enceinte de la prison.
« Ouais ! Dehors quoi ! »
« Nan, mais tu te fou de moi j'espère ? Je suis à l'abri depuis à peine quelques jours et tu veux me faire retourner là dehors ? Mais c'est une blague ? » m'emportais-je littéralement.
« T'a réussi à survire, non ? Alors quelqu' heures à l'extérieur, ça te tuera pas ! » répondit Daryl sans même s'arrêter de marcher.
Le temps de récupérer mon sac à dos, mon arc ainsi que mes flèches, un sweat-shirt et de faire une prière à l'Univers et je rejoignais Daryl à l'extérieur. Marchant côte à côte à silence, nous arrivâmes près de la moto.
« Oh damned, c'est vraiment une blague, là ? T'as un humour douteux t'sais ça ? » lançais-je nonchalamment au biker.
« Grimpe, et essaye de rester tranquille cette fois ! » répliqua t il en enjambant sa moto.
« Je resterais tranquille seulement si tu t'la ferme ! » grommelais-je en me retrouvant à nouveau assise sur son engin.
Il était à peine plus de midi et le soleil tapait sur ma nuque, tandis que le vent fouettait mon visage, envoyant mes cheveux danser dans tout les sens.
Je profitais du trajet pour analyser la situation. Ou tout du moins, l'étrange sentiment que j'avais vis à vis du biker et de tout ce qui m'arrivait depuis quatre jours.
Aussi bizarre que ça puisse paraître, je me sentais en sécurité avec Daryl, comme si je l'avais toujours connu – ce qui, dans un sens, n'était pas totalement faux – comme si, quelque chose chez lui me poussait tout naturellement à lui faire confiance.
Même si je ne le croisais que très rarement durant la journée et qu'il m'évitait le plus possible, c'était quand la nuit tombait qu'il avait été présent.
Allez savoir pourquoi, c'est sa présence qui me permettait de dormir à point fermer sans que d'affreux cauchemars ne viennent perturber mon sommeil.
Et même si chaque matin je me réveillais aussi seule que je l'avais été en me couchant, et que le sujet n'était jamais venu sur le tapis, j'étais reconnaissante envers Daryl d'avoir été présent les trois dernières nuits lorsque j'en avait eu besoin. Je tentais de ne pas trop me poser de question sur les motivations du biker... Voulais-je, de toute façon, connaître la réponse ?
Ma dernière réplique à son intention me fit sourire. Je lui avait carrément dit de se la fermer... tout naturellement, comme si c'était ... habituel ! Je n'en revenais pas.
Je n'avais jamais été très bavarde en société, à part pour lâcher des vannes pleines de sarcasmes ou d'ironies pour cacher mon malaise, j'avais rarement des répliques de plus de deux phrases, et encore moins quand il s'agissait de personnes que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam.
Mais depuis mon intégration à la communauté carcérale, je me surprenais à taper la discussion avec une clique de gens tout aussi différents les uns des autres... et à apprécier ça !
Nom d'un chien, je souffrais peut-être d'un stress post traumatique ?!
Après plusieurs kilomètres et environs trente minutes dans un silence seulement troublé par le moteur de la moto, des traces d'une anciennes civilisation apparurent.
Daryl évita quelques véhicules qui traînaient en plein milieu de la route, ainsi que tout le bordel qui avaient été laisser sur place par les anciens propriétaires. C'était un paysage assez angoissant et carrément digne d'une ère post-apocalyptique zombie.
Les voitures avaient été dévalisées sans aucun scrupule. Les portières et coffres ouverts laissaient imaginer la panique total dans la quel les familles avaient été avant de – je le supposais – prendre la fuite avec le minimum syndical pour survivre. Si seulement ils avaient survécus !
Pourtant, nous nous arrêtâmes dans ce bled perdu et fantomatique qui avait déjà du être piller de fond en comble depuis bien longtemps.
« T'espère trouver quoi ici au juste ? » demandais-je à Daryl tandis qu'il déposait la bécane sur sa béquille après s'être stopper et avoir couper le moteur.
« J'sais pas, on verra s'il reste quelqu'chose. Tu prend tout ce qui peu être utile. »
J'observais les environs avec attention, c'était pas le moment de tomber sur une horde de monstres, et heureusement, aucun mangeurs de chair n'était en vue.
Je suivais mon coéquipier, munie de ma machette et lui de son arbalète. La porte s'ouvrit et un « ding » annonça notre présence. Daryl s'immobilisa en me signifiant de ne plus bouger d'un signe de la main. J'étais loin de connaître le langage « chasseur », mais Brody m'avait donner quelques notions quand il tentait de m'enseigner les principes du survivalisme. Après quelques secondes de silence total, et aucunes ombres à l'horizon, nous entrâmes dans la station.
La station service, en plus d'être déserte était pratiquement vide. Les rayonnages avaient été pillés, saccagés, et il ne restait que des choses inutiles ou inutilisables. Des bouteilles de verre avaient été éclatées sur le sol, des paquets de bouffe avaient été éventrer, et ça devait faire belle lurette que plus personne de vivant – ou mort – ne traînait dans le coin, à la vue de la poussière et de la crasse qui recouvrait le sol.
« Personne n'est venu ici depuis longtemps » constatais-je
« Comment tu vois ça ? » me questionna Daryl d'un ton sérieux, comme si il jaugeait mes capacités.
« Faut pas être débile pour comprendre ! Regarde le sol ! Il est dégueulasse et y a aucune trace de pas. »
Daryl m'observa en silence durant un instant. Je n'arrivais pas à déchiffrer son expression... si j'avais été un temps soit peu égocentrique, j'aurais pu croire que je venais de lui couper la chique !
« Ben Quoi ? » demandais-je alors.
« Rien... jette un œil à l'arrière... et si une porte est fermée, surtout, l'ouvre pas ! »
« OK patron ! » lançais-je avec un sourire moqueur en insistant sur le dernier mot.
« Tssss » entendis-je alors que j'avais déjà tourner les talons.
Je passais à l'arrière de la boutique, peut-être allais-je tomber sur un trésor, genre une arrière boutique avec un stock complet que nous pourrions mettre de coté et revenir chercher plus tard avec des bras et un camion.
Durant mes mois en solitaire, je ne m'étais que très rarement aventurée en dehors de la foret. A quelques exceptions seulement, quand je me retrouvais dans l'obligation de le faire. D'ailleurs, je restais toujours le plus loin possible des routes.
Après l'altercation avec les deux hommes que j'avais du tuer, j'avais pris la décision de ne plus du tout approcher une route, une ville ou même un bled comme celui-ci de près. La foret n'était certes pas l'endroit le plus sur, mais il était rare de croiser des humains vivants. Les Ombres quand à elles, n'étaient pas tellement dégourdies, et c'était bien plus facile de les combattre, ou les semées, dans un espace plein d'obstacles et de cachettes que sur une route déserte à la portée de tout danger.
Je marchais dans le petit couloir où deux portes, l'une ouverte et l'autre fermée se présentèrent à moi, celle à ma gauche était ouverte et je décidais de m'y aventurer. Le bureau avait lui aussi été fouiller et je perdis espoir d'y trouver quoi que ce soit d'un temps soit peu intéressant.
J'entrepris de fouiller dans le bordel déjà bien présent. Je trouvais des cartouches d'imprimantes, du papier en abondance, des stylos, bref tout le nécessaire de bureautique. Je soupirais en mettant quelques trucs dans mon sac, et mes yeux tombèrent sur une armoire en métal qu'on avait déjà essayer de forcer... J'observais l'affaire. L'une des portes était défoncée mais la serrure avait tenue bon. Je tentais de l'ouvrir mais rien n'y fit. Je me redirigeais vers la boutique et lançais
« Par hasard, crocheter les serrures ne serait pas dans tes cordes ? »
Je trouvais Daryl agenouiller derrière le comptoir à fouiller celui-ci dans les moindres recoins. Trois fardes de cigarettes, un paquet de briquets, une bonbonne de gaz de camping, un berretta 9mm, une boite de cartouches et un paquet de chewing-gum à la menthe trônaient déjà sur le comptoir.
« Waw ! T'a trouver un trésor ! » m'esclaffais-je
« T'imagine pas ce qu'on peu trouver sous les planchers » me lâcha Daryl en ne relevant même pas la tête, toujours occuper à chercher je-ne-sais-quoi.
Tandis que je rangeais les trouvailles dans mon sac, une boite de préservatifs atterrit sous mon nez, suivit d'une petite trousse de secours et un couteau suisse.
« Et ben dis donc ! On voit où sont les priorités des gens ! » dis-je en prenant la boite de capotes. « 1,2,3,4,5... oh tiens, y en manque une ! Qu'est-ce que je disais ! Bon ben on sait jamais, ça peut servir?! » continuais-je en enfonçant la boite dans mon sac.
« Les femmes, ça jacasse toujours ! Même avec des rôdeurs au cul, elles arrivent à jacasser pour rien dire ! » grommela Daryl en se relevant de derrière le comptoir.
« Ta l'air de t'y connaître dis donc ! » répliquais-je sournoisement.
« Ta trouver quelqu'chose ? » me demanda t il, ignorant ma réplique, tout en s'éloignant vers la porte qui menait au couloir.
« Tout à été piller déjà. Je vois pas ce qu'on pourrait trouver de plus. A moins que tu sois doué dans le crochetage de serrure, je crois qu'on peu lever le camp ! »
« On y va alors ! » lança t il en récupérant son arbalète qui pendait sur son dos. « A coté, y a le restaurant, on jet un œil et on s'casse.» m'indiqua t il avec un coup de tête.
Le tintement résonna à nouveau quand j'ouvris la porte. Merde ! Ce truc allait finir par rameuter tout les cadavres du coin. Je me crispais en attendant que le carillon finisse de jouer sa musique. Je dégainais ma machette tandis que Daryl passait en premier.
Nous longeâmes le bâtiment en toute hâte en observant la zone. Daryl se stoppa à hauteur de la vitre, il observa l'intérieur du restaurant de la station service et décréta que la voie était libre.
L'entrée se trouvant sur le coté du bâtiment, nous avançâmes toujours en silence, mais un bruit nous fit stopper net dans notre progression. Un bruit que je connaissais trop bien des pas traînant, ensuite des râles. D'autres pas traînants, d'autres râles...
Daryl se tourna vers moi et m'indiqua de faire demi tour en silence. Si nous étions assez silencieux, peut-être nous en sortirions nous vivant ? En tout cas, je n'avais pas suivis le biker pour mourir maintenant ! Alors qu'à quelques dizaines de kilomètres m'attendait un repas chaud et un lit.
« Comment est-ce qu'on s'en sort? » murmurais-je
« Comme d'habitude… » grommela Daryl en pressant l'allure vers la moto qui nous attendait sagement.
«C'est quoi comme d'habitude? » m'inquiétais-je en le voyant prendre ses jambes à son cou.
« COURS PUTAIN ! » me cria t il
A peine étions nous arriver à la moto que les charognards fonçaient déjà sur nous. Ils étaient peu nombreux, cinq, non, six au total, mais avec le poids de mon sac à dos, ce n'étais pas vraiment le moment pour un combat avec ces saletés de morts-vivants.
« Merde tu va le démarrer ton tas de ferrailles ? » m'énervais-je alors que les Ombres n'étaient plus qu'à quelques mètres de nous.
Daryl démarra la moto, mais il n'eut pas le temps de partir qu'un poids me fit basculer en arrière. Je tombais à la renverse, entraînant le cadavre vivant dans ma chute. Cet imbécile à la chairs putrides m'était tomber dessus comme un poids mort – c'était le cas de le dire – et tentait déjà de me bouffer avec ses dents pourries qui claquetaient dans le vide.
Il était vraiment très laid. Sa mâchoire était sur le point de tombée et la chair en décomposition bavait du pu dégoulinant et m'éclaboussant au passage.
Je tentais de la repousser du mieux possible, mais mon sac à dos me clouait littéralement au sol. Je lui flanquais un coup de genoux et profitais d'être un minimum dégagée pour me libérée de mon sac.
En un rien de temps, je lui assénait un coup de machette en plein dans la tête. Ça n'avait durer que quelques secondes, mais j'avais eu l'impression qu'une éternité s'était écoulée.
« Merci pour ton aide ! » lançais-je à Daryl, accusatrice.
« Tu permets ? Je suis légèrement occuper ! » se défendit il alors qu'il était aux prises d'un cadavre ambulant encore plus pourri et en décomposition que le mien.
D'un coup de machette, je libérais Daryl et le monstre s'effondra au sol, allant retrouver deux de ses copains. Il en restait 3 à abattre, et il n'attendirent guère que nous soyons prêt pour déjà nous foncer dessus.
Dos à dos, Daryl et moi brandirent nos armes son arbalète chargée et ma machette en l'air. Un des macchabées se jeta sur moi, une petite bonne femme blonde qui, fut un temps, avait du être jolie. Ses vêtements étaient déchirés par endroits et laissaient apercevoir des blessures ressemblant à des morsures.
Elle tenta de m'attraper de ses mains ensanglantées mais je la repoussai d'un coup de pieds. Elle tomba lourdement au sol et je profitais pour lui bondir dessus et lui faire manger la lame de mon couteau.
De son coté Daryl avait dégommer les deux derniers. Une flèche était plantée dans l'œil de l'un d'eux et tandis qu'il la récupérait, je ramassais mon sac et aillais reprendre ma place originel sur la moto.
D'autres pas traînants, d'autres râles gutturaux nous parvinrent de plus loin. Le combats avec les six monstres avait fini par en ameuter d'autres
« Le shopping est fini je crois » lançais-je
La moto démarra en trombe et s'élança sur la route en direction de la prison. J'espérais secrètement que la petite « Mission - suicide - de ravitaillement made in Dixon » était terminer.
Nous roulâmes à vive allures durant quelques minutes, juste le temps de s'éloigner de la petite bourgade et d'entrée dans la foret.
Une fois plus où moins à l'abri, Daryl stoppa la moto et me demanda – ou plutôt m'ordonna – de descendre. Je m'exécutais, ne comprenant pas trop pourquoi nous nous arrêtions et pourquoi, nom de dieu, il ne nous remmenait pas en sécurité entre les murs de la prison.
« Qu'est-ce qu'on fou là, Daryl ? » m'exclamais-je en le fusillant du regard.
« On a encore du temps. La journée est pas finie ! » me lança t il en passant devant moi en poussant la moto afin de la mettre à l'abri des regards indiscrets derrière un tas de hais.
Daryl entra ensuite dans la foret, armé de son arbalète. Je pris une grande inspiration qui marquait mon mécontentement et fini par le suivre.
J'observais comment le biker se mouvait dans cet environnement que je connaissais bien.
Daryl avait une certaine sorte de grâce – si on pouvait appeler ça ainsi ! - et bougeait de manière à progresser silencieusement, sans traînasser pour autant. Au plus nous nous enfoncions dans la foret, au plus la nature était dense et imprévisible.
J'avais moi-même appris à me comporter comme si je faisais partie de cet univers. Vivre dans la nature, c'est vivre dans un autre monde un monde sauvage qui ne vous épargne pas. C'était une vie dur et pleine de danger.
Avec pas moins de deux forets, onze parcs nationaux et un bon paquet d'hectares de surface, la Géorgie était un paradis terrestre pour des centaines d'espèces d'animaux, et plus particulièrement des prédateurs dangereux dont il fallait sérieusement se méfier.
Les loups ou les ours étaient repérable, malgré que je n'avais pas eu l'extrême joie d'en croiser, moi, c'était surtout les serpents que je détestais le plus. C'était le truc qui me débectais le plus. Non pas que j'en avais peur, mais ces saletés étaient du genre à se fourrer dans l'une de vos bottes pendant votre sommeil... Voila pourquoi, durant ma survie dans la foret, il était extrêmement rare que je me déchausse, même pour dormir ! Une fois mais pas deux !
Sweet home Georgia !
Tout en observant les alentours et en faisant attention où je mettais mes pieds, je suivais Daryl. Je n'avais aucune idée de ce pourquoi nous gambadions entre les arbres, mais à son attitude des plus sérieuses et attentives, je me doutais que le silence était requis. Il chassait.
Une horrible odeur de sang et d'autres liquides poisseux se dégageait de mes vêtements, c'était presque insupportable. J'aurais préférer puer la transpiration. L'odeur de l'ectoplasme, c'était encore pire qu'un tas de poubelles qu'on aurait laissées pourrir depuis des mois dans un coin.
Prise dans mes élucubrations mental, je fis un bon et atterris sur mes fesses quand une flèche passa à quelques centimètres de moi et allait se planter dans le tronc d'un arbre avec un petit bruit sourd.
« Nan mais qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi ? Ta failli me tuer ! » m'exclamais-je complètement sous le choque.
« Contrairement à toi, je sais viser, moi ! » me répondit cet abruti de Daryl en décrochant la flèche plantée dans un écureuil.
« Quoi ? Je sais pas viser ! Hahaha écoutez le, le redneck là ! Je vise tout aussi bien que toi ! » déblatérais-je en me relevant et en époussetant mon pantalon.
Il ne prit même pas la peine de répondre.
Connard, pensais-je, en lui balançant un majeur bien voyant.
Il attacha la pauvre bestiole à sa ceinture et sans se préoccuper de moi reprit sa route.
« Si tu savais ce que j'aimerais t'en coller une à l'instant ! » grommelais-je pour moi-même.
« Si tu savais ce que je voudrais que tu te la ferme, mais on a pas toujours ce qu'on veut dans la vie. »
