Chapitre 9 : Dark on me.
8 ans plus tôt...
La musique était si forte que j'en avait mal de crâne.
Encore une de ces soirées pourries à me saouler la gueule en regardant dans le vague. Pourtant, la fille qui se trémoussait devant moi y mettait gravement du sien pour que je la reluque, mais y avait rien à faire, j'aimais vraiment pas ça.
Merle, lui, par contre prenait son pied, comme chaque soir depuis plusieurs jours.
Les clubs de strip-tease pour vieux motards dégueulasses, c'était son truc, pas le mien, mais pourtant je le suivait comme un toutou chaque jour, pour en arriver au même point m'en aller, sans avoir tirer un coup, et complètement torcher.
J'écoutais d'une oreille le son mélodieux de la guitare électrique d'un bon vieux groupe de rock, tandis qu'une autre gonzesse prit la relève. L'autre avait du finir par se lasser.
Ses longs cheveux châtains aux reflets cuivrés attirèrent mon attention.
Élancée sur ses talons aiguilles, elle portait un mini short en jeans et son haut, un t-shirt de Motörhead complètement déchirer, ne cachait que la moitié de ses seins énormes.
« Merde ! Enfin une qui te réveille frangin ! » me lança Merle en me mettant un coup de poing dans l'épaule alors qu'une rousse encore moins habillée que sa collègue était assise sur ses genoux.
« Je sais pas ce qu'il a ce p'ti enfoiré, il veut plus baiser ! » ria Merle.
Je lui lançais un regard assassin et reportais ensuite mon attention sur l'énième bouteille de bière que je m'étais déjà envoyer.
La serveuse passa à coté de Merle et après lui avoir mit une claque sur la fesse commandait une bouteille de Whisky, sans oublier de ne pas se privé de lancer des commentaires comme quoi j'avais besoin de quelque chose de plus fort pour me faire bander.
Enfoiré ! pensais-je
La bouteille à moitié vide, Merle se leva pour rejoindre la gonzesse qui se trémoussait toujours comme un serpent devant moi et l'attrapait par la taille.
« R'garde'moi ce petit bijoux, frangin. T'aurais pas envie de la fourrée bien comme il faut la petite ? »
« Fou-moi la paix putain » ronchonnais-je à l'intention de mon abruti de frère qui commençait sérieusement à me faire chier.
« Ptin merde Daryl, t'fais chier. Si t'en veux pas, moi je me la ferais bien. » continua t il en se privant pas pour peloter encore un peu plus la fille aux cheveux châtains, qui a son air apeuré n'avait qu'une envie, qu'il la lâche.
« Laisse là tranquille merde ! T'es chiant »
« Oh mais c'est qu'il en deviendrait agressif le petit frère. »
Merle fini par laisser la gonzesse tranquille, et elle fila vite fait voir ailleurs.
Dommage, j'aimais bien ses cheveux, me dis-je.
Après cet épisode, on avait fini par se faire foutre dehors de la boite, comme d'habitude. Merle était déjà un gros connard en temps normal, mais quand il avait picoler, c'était encore pire.
« J'ai vu comment tu reluque la petite Anderson, s'pèce de tarlouze. Ta cas la baiser si ça peut me ramener mon frangin, putain ! » me lança soudainement Merle de sa voix de vieux alcoolo.
« Ta gueule Merle ! » ne puis-je m'empêcher de lancer.
« Aller, m'dis pas qu'ta jamais penser à te la taper la ptite pucelle... Hmm une vierge ! »
Sans comprendre pourquoi cette simple phrase m'avait fait un tel effet, je me retournais sur mon frère et lui envoyais mon poing dans la gueule. Il chancela et s'étalait sur le trottoir comme une grosse merde. Pas KO pour autant, ce con se mit à se foutre de ma gueule et à rire en m'insultant de tafiole.
Je fermais les yeux et soupirais pour me calmer. Ses provocations, généralement, ne me faisais rien, j'avais l'habitude, même si ces derniers temps, il me cherchait des poux bien plus souvent.
Je fini quand même par le ramasser et le balancer ensuite dans son plumard tandis que sa réflexion me trottait encore dans la tête comme un disque qu'on écoute en boucle.
...
« Waw, ils sont trop tops ces t-shirts. Toi, je te prend, puis toi aussi... et ... toi aussi d'ailleurs ! » chantonna Bee à quelques mètres de moi.
Baylee semblait en extase. Une vrai gosse dans un magasin de jouets. Comme si, quelques bouts de tissus pouvaient les rendre plus heureuses.
Je comprendrais jamais les femmes, pensais-je.
« C'est bon t'a fini ? » m'impatientais-je tout en surveillant les alentours, mon arbalète en mains.
« Nan mais attends, je me suis pas changée depuis des lustres, alors, je vais pas me privée pour me refaire une garde-robe. Regarde...»
Je détournais les yeux sur Bee, le t-shirt Motörhead était plaquer contre sa poitrine tandis qu'elle s'observait dans un vieux miroir à moitié éclater, le sourire aux lèvres.
« Putain... » soufflais-je, exaspérer.
Alors que nous étions en pleine séance de ravitaillement à des lieux de la prison, nous remplissions le coffre du pick-up de vivres, mais il avait fallu que Baylee tombe sur une boutique de fringues vintage, qui fut un temps, avait du être bien plus remplie qu'à l'instant.
Glenn et Sasha étaient rester près du véhicule, pour monter la garde, tandis que j'avais accompagnée Baylee après qu'elle ai vraiment insister pour y faire un tour.
Putain, ce que j'en avais marre de poireauter pendant que mademoiselle prenait tout son temps à remplir son sac de vieux t-shirts de groupes de rock des années 80. C'était une sacré chance qu'aucun macchabées ne nous soit tomber dessus.
Un coup contre la vitre me sorti de mes pensées et Baylee sursauta. Glenn, à l'extérieur nous lançait de grands mouvements de bras, signe qu'il était vraiment temps qu'on prenne la tangente.
Pas déçu de mettre un terme à la séance shopping, j'attrapais Bee par le poignet et l'emmenait vers la sortie.
Comme à son habitude, elle grinça des dents et me demanda de la lâcher sous prétexte qu'elle n'était pas débile. Parfois, je me posais la question...
Elle avait fini par me foutre en rogne !
Le pick-up nous attendait devant la boutique, au moment où nous franchisions la porte de celle ci, un cadavre me fonça directement dessus. Je lui décochais une flèche entre les deux yeux et fit signe à Baylee de passer devant.
Elle s'engouffra dans le pick-up juste à temps alors que je montais à l'avant, une dizaine de ces enfoirés de macchabées étaient déjà à marcher droit sur nous.
« Ouf, on a eu chaud » lança Baylee alors que Glenn démarrait en trombe.
L'habitacle du pick-up était silencieux, juste le moteur vrombissant et le claquement des amortisseurs venaient déranger le mutisme qui s'était installer.
Les pieds sur le tableau de bord, je m'étais installer du mieux que je pouvais pour le long trajet qui nous attendait encore. C'était de plus en plus compliquer de trouver de quoi se ravitailler dans les alentours, les villes et villages avaient été plus que pillés, par d'autres, mais aussi par nous, et depuis quelques temps, nous devions parcourir de plus en plus de distance pour trouver de quoi subvenir aux besoins de chacun.
Tout en triturant mes doigts, j'observais le paysage par la fenêtre, perdu dans mes pensées torturées par des souvenirs que j'aurais voulu oublier. Que j'avais oublier, jusqu'à la réapparition de Baylee.
Elle occupait, malgré moi, mes pensées, et ça me foutait vraiment en boule.
Je risquais un coup d'œil dans le rétroviseur pour l'observer et le temps d'une seconde, j'accrochais avec un regard bleu/vert, mais celui-ci se détourna rapidement. Comme prise en plein délit, Bee resta prostrée à chercher quoi regarder. Tout sauf le rétro...
Ses cauchemars avaient fini par disparaître, et je devais admettre que quelque part, ça me faisait carrément chier.
J'en avait vraiment plein le cul de passer d'un état d'âme à un autre la concernant. Ça en devait complètement ridicule, le temps d'un instant elle était « juste Baylee » et l'instant d'après, elle était Baylee... Je savais même pas moi-même comment expliquer les choses.
Putain !
Je m'étais jurer de ne plus penser à elle autrement que comme l'une des nôtres, juste Baylee, mais j'en revenais toujours à cet espèce de sentiment pourrit que je n'avais jamais ressentis pour Carol, ou même pour Beth. C'était complètement différent.
Je repensais à ses courbes généreuses entre mes mains, à ses lèvres cherchant l'air à bout d'oxygène pour respirer, à ses yeux presque aussi translucides que de l'eau pure... Ça me torturais de l'intérieur.
Pourtant, on s'était promis de recommencer au début, d'être amis. Simplement des amis. Bordel, j'en pouvais plus de cette attirance. Pourtant c'était pas faute d'essayer. Je me demandais comment je pouvais m'en sortir, alors qu'à tout moment Baylee était dans mon champ de vision.
A croire que tout s'acharnait contre moi. Putain de merde !
Elle, la majeure partie du temps, elle était juste « elle-même », à jacasser, à râler pour un oui ou un non, et souvent je me demandais comment elle avait fait pour survivre jusqu'à la nuit où nous l'avions ramenée saine et sauf trois semaines plus tôt. Bien que parfois, quand elle ne s'en doutait pas, je la surprenais à me reluquer, mais son expression changeait en un instant, redevenant soudainement fuyante.
Si Merle avait été là, il ne se serait pas pour me traiter de gonzesse ! Merde, ce qu'il pouvait me manquer parfois cet enfoiré !
« Merde, c'est quoi ça ? » lança Glenn en pilant sur le frein, ce qui eu pour effet de tous nous surprendre et nous envoyer valser en avant.
Sasha et Bee virent se positionner entre les deux sièges de l'avant, tentant de voir de quoi parlait Glenn.
La rue était barrée par quelques voitures positionnées de sorte que personne ne puisse passer. A travers les vitres, des bouts de bois avaient été planter, embrochant les quelques rôdeurs qui passeraient à proximité.
« Bordel de chiotte » souffla Bee dans mon oreille.
Je me demandais ce qu'était toute cette merde quand tout un coup des coups de feux résonnèrent. Complètement prit de surprise, nous nous enfonçâmes sur le sol du pick-up, nous éloignant ainsi des fenêtres.
« Nom de Dieu » jura Baylee quand les tires cessèrent.
« On dégage putain ! » criais-je à l'attention de Glenn qui paraissait sous le choc.
L'instant d'après, le pick-up fit marche arrière à tout allure, tandis que les tires retentèrent encore, mais dans notre direction cette fois. Les deux fenêtres coté passager se brisèrent sous les impactes de balles. Je restais prostré à couvert sans trop savoir quoi faire. Il fallait qu'on se tire de là le plus vite possible.
Une fois loin du carnage, Glenn stoppa le pick-up. Comme moi, il était sous le choc de cette attaque surprise. Les gens devenaient de plus en plus cinglés dans ce foutu monde de merde.
« Ça va là derrière ? » demanda alors Glenn
« Tout le monde est entier ? » questionnais-je à mon tour
« Tout va bien pour moi » lança Sasha en se redressant
« Baylee ? Ça va ? » m'inquiétais-je alors qu'aucun mouvement ne se fit voir
« Bee ? » lança Sasha en secouant du bout des doigts le corps de Baylee sans réaction
Sasha me lança un regard inquiet alors qu'elle se penchait vers Bee qui ne répondait toujours pas. Ça tournait à vive allure dans ma tête, j'ouvris ma portière complètement paniquer et sortais du pick-up. Celui-ci était criblée d'impacts de balles et c'est complètement en stress que j'ouvrais la portière arrière.
Sasha était déjà occupée de prendre son pou...
« Son cœur bat, elle est juste dans les vapes.» me lança t elle
Baylee était à moitié couchée sur la banquette, tandis que ses jambes baignaient dans le sang. Délicatement, avec l'aide de Sasha, nous la soulevâmes. Sa tête reposant mollement sur les jambes de Sasha, je m'affairais à chercher la blessure.
Sur le coup, la seul idée qui me venait à l'esprit était de retourner quelques rues plus loin et d'arracher la tête à l'enfoiré qui nous avait tirer dessus sans raison.
« Baylee, parle-moi ! Réveille-toi !»
La balle qui avait atteinte son flan gauche n'avait fait que passer, alors qu'une autre avait égratigner sa tête, juste au niveau de la tempe. Il fallait arrêter le saignement à tout prix, et nous étions à une grosse heure de route de la prison et de son médecin.
Nom de dieu, dans un certain sens, cette nana avait le cul border de nouilles, et je priais silencieusement pour que ça reste ainsi !
« Il faut qu'on rentre le plus vite possible » lançais-je à Glenn. « Sasha monte devant, je m'en occupe. »
Peu de temps après que Bee soit revenue à elle, elle jacassait déjà, comme à son habitude. C'était bon signe. Décidément, même après s'être fait tirer dessus, elle savait pas la fermer.
« Merde ça fait un putain de mal de chien ! »
« Reste tranquille. Faut continuer d'appuyer sur les plaies sinon tu te vid'ra de ton sang.»
« J'ai pas l'intention de crever aujourd'hui Dixon ! »
« Tu crèvera pas ! Tu peux pas d'toute façon !»
« Et pourquoi ça ? »
« T'es le dernier vestige de mon passé, t'a oublié ? »
« M'abandonne pas Daryl »
« Non, plus jamais ! »
Le siège du pick-up étaient imprégner de sang, mes mains et mes fringues aussi.
Nous étions arriver en catastrophe à la prison, alors que plusieurs personnes accouraient dans notre direction, nous avions sortie Baylee de la voiture tandis qu'elle se contenait pour ne pas hurler de douleur.
« Bordel, elle sait fait tirer dessus ? » lança je ne sais qui, trop préoccuper par l'état de Baylee.
« Non... Y a juste une balle qui passait par là... » rétorqua ironiquement Glenn, qui m'aidait à soutenir Bee.
Bouger était si douloureux qu'avant même de passer les portes de la prison en direction de l'infirmerie, Baylee s'écroula, retombant dans les vapes. Un attroupement s'était former autour de nous, mais complètement dans un état second j'en fis abstraction.
Je passais un bras sous ses genoux et un autre sous son dos. Je portais Bee jusque sur le lit d'hôpital dans l'infirmerie où le Doc était déjà présent, comme je l'avais déjà fais quelques semaines plus tôt alors que je l'avais ramassée en pleine crise d'angoisse sur le sol glacé de la salle de douche.
Hershel avait fini par la mettre sous sédatifs, une dose de cheval, alors que je restais assis près du lit, la tête entre les mains, complètement à l'ouest.
Après auscultation, le vieux médecin avait été formel, aucuns organes n'avaient été toucher. Il avait fini le boulot en suturant les plaies et en soignant l'égratignure qui laisserait une jolie cicatrice sur la tempe de Bee.
Hershel était confiant, après beaucoup de repos et un certain temps en convalescence, Baylee allait être comme neuve avait-il prononcer, et je devais avouer que j'étais plus que soulager, j'étais carrément heureux de la savoir hors de danger.
Malgré tout, de sales pensées venaient gâcher ma joie, j'étais un vrai danger pour elle, et cette idée ne daignait pas quitter mon esprit. Baylee avait déjà mit pas mal de temps à mettre le nez en dehors des murs de la prison après le raid improviser où je l'avais pratiquement obligée à me suivre.
Pendant plus d'une semaine, elle avait vaquer à ses occupassions, passant du temps dans la bibliothèque à ranger les bouquins ou faire la lecture aux mioches, et aidant en cuisine ou au potager en compagnie de Rick. C'était dingue ! A chaque fois il fallait qu'il nous arrive une merde ! A croire que je lui portais la poisse !
« Tu devrais aller te laver et te changer. »
Je relevais la tête sur Beth, se tenant dans l'encadrement de la porte de l'infirmerie. La petite blonde rentra dans la pièce avec un tas de vêtements soigneusement plier dans les bras et les déposa sur une chaise de l'autre coté du lit où était étendue Baylee.
« Avec la dose que mon père lui a injecter, elle ne se réveillera pas avant un moment tu sais.» insista Beth en venant se placer à mes cotés pour tapoter mon épaule dans un geste réconfortant.
Je me laissais glisser sur la chaise en soupirant. Elle avait raison, rester là, à me morfondre ne servait à rien. Ça ne guérirait pas Bee plus rapidement.
« T'inquiète pas, je reste là »
La petite blonde m'envoya un léger sourire timide alors qu'elle remontait les couvertures sur le corps inerte de Baylee. Après quelques minutes à observer les vas et vient de Beth, à contre cœur, je fini par me lever, et les pieds traînants, je me dirigeais vers la sortie.
« Si elle se réveille... »
« Tu sera le premier prévenu. » répliqua Beth, toujours affublée de ce sourire compatissant dont elle seule avait le secret.
L'air chaud de l'extérieur, comparer au froid qui régnait dans l'enceinte de la prison me mit une claque. Je me sentais soudainement lasse, fatigué et d'un autre coté, soulagé. J'avançais dans la cour de la prison sans trop savoir où je me dirigeais, et fini par me laisser tomber sur un banc sous la pavillon où Carol s'affairait déjà à la préparation du repas du soir.
« Comment va-t-elle ? » me demanda mon amie en déposant une tasse de café noir fumant sur la table devant moi et en prenant place à son tour.
« Elle s'en sortira » grommelais-je avant de prendre une gorgée de café.
« C'est une bonne nouvelle ! C'est que je l'aime bien cette petite. »
« Ouais... »
« Qu'est-ce qui va pas Daryl ? Si elle va s'en sortir pourquoi tu fais cette tête d'enterrement ?»
Carol m'observait avec son regard bleu perçant qui donnait l'impression de transpercer tout les murs, toutes les carapaces qui auraient pu se trouver entre elle et la réponse à la question.
Bien souvent, je m'étais senti mal à l'aise et complètement vulnérable sous ce regard. Peut-être était un regard que toutes les mères avaient, une sorte de super pouvoir à la con qu'elles choppaient en donnant naissance à des mômes, j'en savais rien, la mienne de mère n'avait jamais eu ce regard, mais Carol, elle, elle avait toujours l'art de comprendre quand quelque chose me triturait les méninges. S'en était lassant à force ! Mais je m'y étais doucement habituer, et je devais admettre que d'une certaine façon, ça me rassurait, et que j'aimais ça. Bizarrement.
« J'sais pas. J'y connais rien à ces trucs de gonzesses, les sentiments, tout ça, je suis pas doué là dedans. Et ça me prend la tête. »
« C'est jamais quelque chose de facile, tu sais. C'est encore pire maintenant. On s'attache à des gens alors qu'ils peuvent mourir à tout instant. »
« Ça m'aide pas Carol ! »
« Je sais mon poussin ! » sourit-elle. « Mais t'inquiète, un jour tu comprendra tout ça et je te garantie que quand ça aura fait tilt dans ta caboche, t'aimera ça. T'es paumé, c'est déjà un bon signe !»
« Te fou pas d'ma gueule, merde ! »
« Tu devrais vraiment aller prendre une douche et te changer ! Ça te fera du bien ! » me conseilla Carol en me tapotant l'avant bras avec un sourire ironique pendu aux lèvres.
« Qu'est-ce que vous avez tous avec s'te foutu douche bordel ? » grommelais-je.
J'avais quitter le pavillon avec une humeur de chien. Décidément, les femmes, j'y pigeais que dalle !
Carol et ses énigmes à la con avaient fini par me foutre en boule, et bien que je n'appréciais pas ça, je préférais me laisser aller à la mauvaise humeur plutôt que de continuer à me triturer le cerveau.
Laissant la prison derrière moi, j'étais parti en direction de la foret. Y avait que là que je pouvais penser à autre chose qu'à Baylee couverte de sang dans mes bras, ou étendue dans son lit d'hôpital. J'avais vraiment besoin de me retrouver seul avec moi-même et de prendre l'air. Au moins, dans la foret, y avait pas grand chose pour me casser les couilles... à part les rôdeurs.
Quand je rentrais à la prison, la nuit était presque tombée. Je m'étais défouler sur une dizaine de macchabées, et ça m'avait fait du bien.
Le gibier se faisait de plus en plus rare dans les alentours de l'enceinte et il fallait parcourir de plus en plus de kilomètre pour tomber sur une biche, ou même sur des lapins. Apparemment, il ne restait plus que les écureuils dans le coin, et quelques autres rongeurs qui se cachaient plutôt bien.
Je déposais mon maigre ravitaillement sur la table du pavillon et n'attendant rien en retour, je fonçais droit vers la salle de douche.
J'avais laisser l'eau couler plus longtemps que d'habitude. L'eau étant précieuse, nous avions mit en place des règles concernant les prises de douche, malgré tout, la vue du sang dégoulinant de mon corps et se mélangeant à l'eau chaude avait eu un effet hypnotique.
Le sang de Bee.
Les mains à plat sur les carrelages, je laissais l'eau tenter tant bien que mal de me libérer de toutes les épreuves de la journée, mais les images s'entrechoquaient dans ma tête.
Bee devant le miroir dans le magasin, le sourire aux lèvres. Bee accroupie sur le sol du pick-up, baignant dans son sang, inconsciente. Bee couchée sur le lit de l'infirmerie, ses râles de douleur résonnant dans mes oreilles.
Ces paroles, prononcées juste après qu'elle ai reprit connaissance sur le chemin du retour, alors que ses yeux bleus/verts suppliants étaient braquer dans les miens ;
M'abandonne pas Daryl !
Et la réponse qui avait suivit, comme sortie de nul part, une promesse que peut-être, je ne saurais pas tenir
Plus jamais !
Carol avait foutrement raison et je le savais, nous le savions tous. Des gens mourraient chaque jour, et c'était pire quand c'était des gens qui comptaient pour nous.
Baylee comptait pour moi. Elle avait comptée par le passé, et aujourd'hui, je ne savais plus trop quoi penser de tout ça. Le monde avait changer, nous avions changer, avait-elle dit quelques semaines plus tôt. C'était vrai.
Déjà à l'époque, je n'avais pas compris, ou plutôt, je n'avais pas voulu comprendre toute l'importance qu'elle avait dans ma vie.
Après sa rencontre, alors qu'elle s'était tenue en pyjama dans les escaliers de sa maison, armée de sa batte de base-ball, j'avais comme trouver un petit coin de paradis dans ma vie pourrie. Les quelques moments passer avec elle avaient été pour moi comme réapprendre à respirer.
C'était si simple d'être avec Baylee.
Elle en avait rien à foutre de mon passé, de mes activités, du connard que j'étais, affublé d'un frangin encore pire que moi. Quand j'étais avec elle, je pouvais être moi-même. Et jusqu'à ma rencontre avec Carol, Rick et les autres, ça avait été la seule à me faire cet effet.
Alors, pourquoi je m'étais enfui ? Pour la protéger ? Pour me protéger ?
Elle m'avait demander « pourquoi » et je n'avais pas su lui donner une réel réponse...
J'avais eu peur. Peur de l'embarquer dans une vie qui n'était pas digne d'elle. Parce que j'étais un connard. Parce que Merle était le pire des enfoirés. Parce que Brody était mon pote, et que Baylee était une fille bien. Trop bien pour moi ! Trop bien pour le peu que j'avais à offrir !
Malgré que Brody était mon ami, à l'époque, ses paroles avaient résonner en moi. Je ne lui en voulais pas. Baylee était sa sœur, c'était normal. Ce jour là, j'avais perdu un ami, et j'avais perdu Bee. Ça avait été la seule chose à faire. M'enfuir et la laisser derrière.
Voila ce que j'aurais du répondre...
Après cette foutu journée de merde, je devais admettre que Beth et Carol avaient eu raison, un bon décrassage et des fringues propres ça rendait les choses plus... acceptables.
« Salut Doc » murmurais-je en entrant dans l'infirmerie.
Hershel me salua d'un hochement de tête alors qu'il s'affairait à prendre la tension de Baylee, toujours autant dans les vapes. Je choppais une chaise qui avait été remise contre un mur et m'installais au chevet de mon ... amie ?
« Ses signes vitaux sont corrects. J'ai changer ses pansements et pour l'instant tout va bien. Pas d'infection à l'horizon, espérons que ça continue dans ce sens. Les effets du sédatif devraient s'estomper bientôt, c'est bien que tu sois là. »
Je ne répondis rien à sa tirade.
Hershel me sourit et s'éloigna, tandis que je me contentais d'observer le vieux doc faire ce qu'il avait à faire en espérant qu'il ai vu juste, et que tout se passerait bien.
J'avais fini par m'endormir sur ma chaise. Cette journée avait été épuisante, et même si il était rare que je me laisse sombrer, tout les événements de la matinée, les quelques kilomètres en foret de l'après-midi et la douche avaient eu raison de moi.
Un bruissement de draps me firent ouvrir les yeux. La pièce de l'infirmerie n'était éclairée que par la lumière que projetait la pièce d'à coté où Hershel était installé à une table à faire je-ne-sais-quoi.
Je me passais une main sur le visage et tentait tant bien que mal de me redresser sur cette foutu chaise. J'étais complètement dans le coaltar.
Les draps bruissèrent à nouveau, et Baylee gigota en sortant de légers sons plaintifs. J'approchais la chaise du lit et une fois à nouveau assis, je relevais les yeux et tombais dans un regard que je connaissais trop bien.
« Hey » fut la seule parole qui sorti de ma bouche.
« Hey toi-même ! » rétorqua Bee d'une voix rauque et somnolente.
« Comment tu te sens ? »
« Comme si un bus m'était passer dessus ! » répliqua-t-elle en voulant se redresser, ce qui la fit grimacer.
« Au moins t'es vivante ! »
« Je te l'avais dis que je crèverais pas aujourd'hui ! »
« Depuis quand ta des dons de médium ? »
Baylee voulu rire, mais ce fut plus une plainte qu'autre chose.
« Et bien voici notre rescapée qui a reprit connaissance » lança Hershel en s'approchant du lit, tout sourire.
Je laissais Hershel faire son boulot. Durant un bon quart d'heur il s'occupa de Baylee, changeant ses pansements alors qu'elle souffrait en silence, prenant sa tension, remplaçant les poches d'anti-douleur et d'anti-biotique liquide par des neuves.
« Bien ! Tu devrais dormir à présent. » lança le Doc avec un sourire compatissant envers sa patiente une fois l'auscultation terminée.
« Merci Doc » répliqua Baylee
Hershel hocha la tête et repartit s'installer dans la pièce d'à coté. Je restais là, assis sur ma chaise, silencieux.
« Tu devrais aller te coucher. Le sol à l'air plus confortable que cette chaise. » murmura Baylee déjà prête à sombrer dans le sommeille.
« Ça ira, j'ai connu pire. »
Le silence reprit sa place durant quelques instants. Je ne savais quoi dire, quoi faire.
Bien que mes cogitations m'avait amener à élucider un vieux mystère qui ne m'avait pas hanter depuis des années, la peur était toujours aussi présente. Je n'avais jamais été doué pour parler, et encore moins pour m'aventurer sur le terrain très boueux des explications, et autres excuses. Ça me paraissait même inutile de remettre tout ça sur le tapis...
T'es qu'une mauviette Dixon, pensais-je.
Je restais durant un moment à écouter la respiration calme et régulière de Baylee. Elle dormait à point fermer, le visage serein. Les médocs qui lui étaient administrer faisaient leur effet, rendant ses blessures moins douloureuse et lui permettant de dormir sans trop souffrir. J'aurais souhaiter pouvoir en faire autant, mais quitter cette pièce me paraissait impossible.
Après avoir déménager un vieux fauteuil poussiéreux pour l'installer près du lit de Bee, je m'y installais pour passer la nuit à veiller, et avant de sombrer dans un semi-sommeil, je me fis une promesse Plus jamais je ne fuirais. Plus jamais je n'abandonnerais.
