Hey hey heeey !

Le temps passe incroyablement vite pas vrai ? Dernièrement, ça a été le feu au boulot, j'ai fais des heures sup à gogo et je suis beaucoup sorti aussi, alors j'ai pas eu le temps de me poser pour poster. Sorry !

Voilà la suite, qui, je l'espère, vous plaira. Merci beaucoup aux quelques personnes qui ont prit le temps de laisser une review, c'est vraiment important et ça me fait vraiment plaisir !

Bonne lecture !

Ps : je poste ce chapitre un peu à l'arrache entre une sieste et ma nuit donc la flemme de le relire pour les fautes d'ortographe et les typos. Je le relirai plus tard pour le corriger.


Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 3

Lorsqu'il rouvrit les yeux, la lumière du jour baignait la pièce, et il entendait des voix parler doucement. Il se redressa brusquement et son regard tomba sur Bokuto et Kuroo qui discutaient. Ils étaient assis en tailleur, se faisant face, dans un coin de la pièce, et vaguement éclairés. Confus, il les fixa pendant quelques secondes avant qu'ils ne remarquent qu'il était debout.

— Ah, Akaashi ! Bien dormi ? demanda Bokuto en lui offrant son sourire.

— Quelle heure il est ? demanda-t-il à son tour en guise de réponse, tout en se levant pour s'approcher des deux garçons.

— 7h30, répondit tout naturellement son ami.

— Quoi ? s'étrangla Akaashi. Mais je t'avais demandé de me réveiller ! Et on devrait déjà avoir bougé !

L'air énervé, bien que toujours un peu vaseux, Akaashi dévisagea Bokuto qui continuait cependant à lui sourire.

— Tu dormais tellement bien, j'ai pas voulu te réveiller ! expliqua-t-il.

Akaashi ouvrit la bouche pour répliquer, et puis il la referma. Il ne savait même pas que répondre à ça. Cela sonnait un peu trop comme ce genre de réplique dans les comédies romantiques. Il dormait bien ? Et alors ? Il ne pouvait pas se permettre de bien dormir.

— Hier, t'avais l'air vraiment exténué, continua Bokuto, plus sérieusement. Et puis moi ça va tu sais, ça m'a pas dérangé de veiller jusqu'à maintenant, je pète la forme !

— Et puis je lui ai tenu compagnie, ajouta Kuroo qui avait l'air de bien meilleure humeur qu'après son récit de la nuit.

— Bon, ok. C'est pas grave, soupira Akaashi en balayant le sujet d'un revers de bras. Dans tous les cas, maintenant, il faut qu'on bouge.

Au fond, une part de lui était un peu reconnaissante qu'on lui ait permis de dormir plus de deux heures d'affilé. Il se sentait vraiment mieux maintenant. Il aurait simplement voulu qu'on le réveille au moins pour le lever du jour. C'était me meilleur moment pour se mettre à bouger.

Ils rassemblèrent leurs affaires, et Bokuto insista pour qu'Akaashi mange quelque chose avant leur départ, alors c'est après qu'il ait grignoté un biscuit de riz qu'ils quittèrent leur petite planque.

Le soleil n'avait pas encore totalement fini de se lever, mais il était déjà bien haut dans le ciel. Il faisait froid, mais c'était encore supportable avec leurs vestes de mi-saison. Ils s'arrêtèrent un instant pour écouter le silence auquel ils avaient fini par s'habituer, et comme rien de dangereux ne semblait bouger autour d'eux, ils s'engagèrent dans la rue. Ils firent bien attention de faire un détour pour éviter l'endroit où ils avaient vu un autre groupe de survivants dans la nuit. Ils auraient pu essayer de se joindre à eux, mais ils préféraient ne pas prendre de risque irraisonné. Ils ne s'adressaient aux autres qu'en dernier recours, et s'ils n'avaient pas d'autre choix que de les croiser.

Sortir de la ville s'avéra simple, et c'est avec un soulagement certain qu'ils dépassèrent les derniers bâtiments pour continuer leur chemin sur la route goudronnée au milieu de champs.

— C'est là que j'ai abandonné mes affaires, indiqua soudain Kuroo en désignant, un peu en retrait sur le bord de la route, un petit bosquet.

Akaashi et Bokuto échangèrent un regard, et ils suivirent leur nouveau compagnon de survie. Akaashi fermait la marche lorsqu'ils pénétrèrent entre les arbres, et il était nerveux. Il espérait que Kuroo leur disait la vérité, et qu'il ne les entraînait pas dans un piège. Il espérait qu'ils n'allaient pas tomber sur un groupe de types armés jusqu'aux dents, complices de Kuroo, qui les attendraient entre les fourrés pour les dépouiller du peu qu'ils avaient.

Il regardait le dos de Bokuto qui marchait devant lui, et se rappela de ce qu'il lui avait dit cette nuit. Il fallait qu'il laisse le bénéfice du doute à ce garçon. Et puis il songea à son histoire qu'il leur avait racontée, au sentiment de malaise affreux qu'il avait ressenti en tentant de s'imaginer l'horreur que cela avait dû être. Pouvait-on inventer une histoire aussi épouvantable ?

Kuroo finit par s'arrêter entre deux arbres, et il se pencha entre les hautes herbes qui recouvraient le sol. Attendant nerveusement, Akaashi se rendit compte à quel point le bosquet était silencieux. Vraiment silencieux. Il n'y avait pas un piaillement d'oiseau, pas un bruissement d'insecte. C'était irréel. Tout semblait vraiment trop irréel dans ce Nouveau Monde.

— Voilà ! s'exclama Kuroo en se redressant avec un petit sac à dos de type Eastpack en toile noir. Vous voyez que je ne vous mentais pas !

Et en parlant, il toisa Akaashi, l'ombre d'un rictus fier et un peu moqueur sur les lèvres. Akaashi fronça le nez, mais ne répondit pas. Soit, il n'avait pas menti pour ses affaires, très bien. Mais il avait été légitime de se méfier.

— C'est tout ce que tu as ? s'inquiéta Bokuto en avisant le petit sac.

— Oui ? répondit Kuroo en haussant un sourcil. Je l'ai trouvé- hum, enfin... j'suis tombé sur cette fille... elle était morte. Dans un sale état... Elle avait ce sac avec des trucs utiles dedans, alors... je l'ai pris.

Il baissa la tête, comme s'il avait honte de ce qu'il avait fait. Mais Akaashi et Bokuto ne l'en blâmeraient pas, même s'ils restèrent silencieux et pensifs après cet aveu. Voler un mort, dans un monde où survivre était la pensée principale de tout le monde, qu'est-ce que c'était ? De toute façon, si cette fille était morte, et bien elle n'en aurait plus l'utilité. Alors si cela pouvait aider un survivant, il n'y avait pas de honte à avoir.

L'apocalypse, c'était un peu comme en temps de guerre. L'étique changeait, les règles de civilité n'avaient plus lieu d'être. On cherchait à survivre par tous les moyens, même si pour cela, il fallait faire des choses auxquelles on n'aurait même jamais songé en temps normal.

En temps de crise, tout était différent.

— Faut bouger, déclara doucement Akaashi.

Il n'avait aucune envie de s'attarder ici. L'obscurité relative du bosquet dont les larges feuilles d'arbres bloquaient la lumière du soleil l'angoissait.

Il fit quelques pas pour regagner l'orée du bosquet, mais alors que le crissement de chaussures sur le tapis de feuilles mortes était le seul trouble au silence, un cri résonna soudain au devant d'eux. Long, aigü, désespéré. Ils se figèrent tous dans leurs movements, bloquant jusqu'à leurs respirations, le sang glacé par ce son. Immédiatement après, d'autres cris s'élevèrent dans le silence, des voix fortes se mêlaient à des grognements. Lorsque deux coups de feu furent tirés, tous les trois sursautèrent de concert. Il n'y avait aucun doute ; des personnes, pas si loin d'eux, étaient en train de se battre. Contre des infectés, très probablement. Peut-être était-ce le groupe qu'ils avaient vu pendant la nuit. Akaashi songea que s'ils avaient prit la route un peu plus tard, c'est eux qui auraient dû se battre maintenant. Et comme les bruits de combat s'éternisaient, les infectés devaient être nombreux.

Une sueur froide lui coula dans le dos.

Bokuto ne proposa pas d'aller les aider. Akaashi le regarda : il avait la tête baissée, le regard sombre, les poings serrés. Il devait mourir d'envie de traverser les arbres pour assister les personnes qui risquaient leur vie, sans doute juste à la sortie du bosquet. Et pourtant, il restait là. Akaashi lui en fut reconnaissant.

— On devrait faire demi-tour, proposa Kuroo. Si on fait le tour par là, on devrait pouvoir ressortir de l'autre coté et tomber sur une route.

En parlant, il pointa du doigt la forêt qui s'étendait à leur opposé. C'était censé, et plus sûr pour eux. Quand bien même les personnes là-bas arrivaient à bout des infectés, il n'était pas question qu'ils prennent le même chemin qu'eux. Ils ne pouvaient pas leur faire confiance.

— Ok, on y va, fit Akaashi. Vite. Bokuto, vient.

Il lui prit le poignet pour le tirer à sa suite. Il le sentit vaguement résister, avant de finalement le suivre sans un mot. A grandes enjambées, ils s'éloignèrent, jusqu'à ce que rapidement, une voix ne les arrêtent.

— Laissez-moi !

Bokuto fit brusquement volte-face, forçant Akaashi à le lâcher dans son mouvement. Ils se retournèrent pour voir que quelqu'un venait vers eux dans une course éfrénée, trébuchant par moments, et se redressant de justesse à chaque fois. C'était une fillette au regard paniqué, des larmes plein les yeux, qui courait en se tenant le bras. Alors qu'elle arrivait à leur hauteur, Bokuto la rattrapa de justesse avant qu'elle ne tombe après avoir trébuché encore une fois. Elle s'accrocha à lui de toutes ses forces, agitée de lourds sanglots et tremblante de la tête aux pieds.

— Ne les laissez pas m'attraper, couina-t-elle contre le t-shirt de Bokuto. Ne les laissez pas m'attraper !

Kuroo se plaça immédiatement devant Bokuto et la fillette, en position de défense. Prêt à affronter n'importe quel infecté qui l'aurait suivie. Elle devait appartenir au groupe qui se faisait attaquer, et elle avait fui au milieu du chaos du combat.

Cependant, ce ne sont pas des infectés qu'ils virent arriver rapidement après, mais un groupe de personnes qui avaient l'air totalement saines. Lourdement armés de larges machettes, de couteaux de chasse, et d'un seul révolver que tenait pointé sur eux celui qui approchait en tête.

— Eloignez-vous d'elle, ordonna-t-il.

C'était un jeune adulte, de leur âge environ, probablement. Il avait le visage couvert de coupures, le lobe de son oreille droite était fendu en deux et couvert de croutes disgracieuses. Il avait les cheveux blonds, deux bons centimètres de racines brunes, et les cotés du crâne rasés. Ses vêtements étaient couverts de sang.

— Pourquoi est-ce que tu pointe une arme sur une gosse ? aboya Bokuto en retour, serrant la petite fille dans ses bras.

— Je t'ai dit de la lâcher, répéta le blond sans baisser son arme. C'est pour ton bien.

— Hors de question.

Le blond pinça les lèvres avec agacement, et son regard de glaça. Le silence s'alongea quelques instants, les sangots de la fillettes comme seul fond sonore. Bokuto la tenait serrée contre lui, la protégeant de tout son corps, bien déterminé à ne pas la laisser. Akaashi le regardait, et il songea qu'elle devait lui rappeler sa petite soeur. D'après ce que Bokuto lui avait raconté, elle devait avoir à peu près le même âge la dernière fois qu'il l'avait vue. Devait sûrement aussi courir dans les bras de son grand frère lorsque quelque chose n'allait pas.

Et c'est seulement là, en les observant comme ça, qu'Akaashi remarqua le bras de la fillette, celui qu'elle tenait lorsqu'elle courrait. C'est seulement là qu'il remarqua qu'il était couvert de sang, et que les traces d'une mâchoire s'y étalaient.

Et c'est seulement là qu'il comprit.

Et son regard s'élargit d'éffroi.

— Bokuto, lâche-la !

Akaashi se jeta sur eux pour attraper la fillette et la tirer hors des bras de Bokuto qui, sous la surprise, n'eut pas le temps de la retenir. Il ouvrit de grands yeux, choqué. Il ne comprit pas immédiatement ce qui était en train de se passer.

Akaashi relâcha la fillette qui tomba à genoux sur le sol en hurlant. Immédiatement, un garçon qui était avec le blond lui attrapa les épaules, et la plaqua alongée sur le sol. Elle se débatait, hurlait, pleurait à gros sanglots.

— Laisse-la enfoiré ! s'emporta Bokuto, et il voulut envoyer un coup au type qui retenait la fillette, mais Akaashi et Kuroo l'en empêchèrent.

— Bokuto, elle est infectée ! s'écria Akaashi. Tu peux rien faire pour elle !

— Non !

Il tenta d'envoyer un coup à Akaashi qui l'évita. Kuroo, estimant qu'il n'avait pas d'autre choix, lui enfonça alors son genou dans le ventre. Le souffle de Bokuto se bloqua, et il tomba à genoux sous la douleur. Akaashi en profita pour reprendre son souffle, tout en ne lâchant jamais son bras, au cas où.

Il n'y avait alors plus que les cris déchirants de la fillette. Le blond s'approcha d'elle, et, tout doucement, leva son révolver pour le pointer sur son visage d'enfant. Et il resta comme ça, immobile, comme s'il hésitait. Et son regard était clair. Il ne voulait pas le faire.

— Natsu ! un cri s'éleva au dessus des pleurs de la fille, et, débarquant derrière les autres, une tête rousse fit son apparition.

Un garçon dont tout le bras était enroulé dans un pansement de fortune tenta de se jeter sur la fillette, mais un autre garçon aux courts cheveux noirs le retenait difficilement.

— Fait pas ça Terushima ! Tu peux pas la tuer ! hurlait-t-il, le visage déformé par la peur et le désespoir. Il donnait des coups dans tous les sens dans l'espoir de se libérer, mais l'autre garçon le tenait fermement.

— J'ai pas le choix, Hinata, répliqua le blond. Tu préfères la regarder se changer en monstre !?

— Mais tu peux pas la tuer ! Tu peux pas !

Le blond se tourna alors vers lui, le regard dur.

— Parce que tu préfères le faire, peut-être ?

Le garçon roux, qui répondait vraisemblablement au nom d'Hinata, s'arrêta alors de se débattre, comme s'il venait d'avoir une révélation, et les larmes coulaient en silence sur ses jours. Bien sur qu'il ne voulait pas le faire. Il voulait juste que personne ne le fasse.

— C'est la meilleure chose à faire, fit doucement le garçon aux cheveux noirs qui le tenait. Tu sais qu'on pourra pas la soigner...

— Mais... hoqueta Hinata. Je peux pas la perdre aussi... j'ai promis de la protéger...

La fillette, qui avait les mêmes épais cheveux roux qu'Hinata, le regardait, terrifiée, et ses yeux l'appelaient, le suppliaient de la sauver, de faire quelque chose pour elle qui était si petite, si faible et si fragile. Ses yeux suppliaient. Ils suppliaient, et il ne pouvait rien faire.

— Grand frère, sanglota-t-elle. Au secours...

— C'est la seule solution, répéta celui qui s'était fait appeler Terushima et sans rien ajouter de plus, il visa, et il tira.

Un long et déchirant cri de désespoir suivit la détonation. Hinata se laissa tomber par terre avec le garçon aux cheveux noirs qui ne le lâchait pas, et dont les yeux étaient devenus luisants de larmes. Tout le monde se tut, sauf Hinata, qui pleurait bruyamment devant le corps désormais sans vie de sa petite soeur.

C'était la scène la plus déchirante à laquelle Akaashi ait jamais assisté. Du sang se répendait rapidement autour du crâne explosé de la fillette, sur les feuilles mortes et dans la terre. La vue du cadavre juvénil était insoutenable. Tout autour du trou qu'avait creusé la balle, la chair était noire et brûlée, et les grands yeux noisette étaient restés ouverts. Pourtant, elle était morte. Et bien morte.

Akaashi avait bien comprit que c'était la seule chose résonnable à faire. De toute façon, tôt ou tard, cette petite aurait développé les symptomes de la maladie, et elle serait devenue un danger mortel pour le reste de leur groupe. Et elle aurait fini par mourir de toute façon, après une longue, longue agonie. Il n'y avait plus rien à faire pour elle, elle était condamnée. Alors pour assurer leur sécurité, à eux qui avaient encore une chance, ils n'avaient eu d'autre choix que de mettre fin à sa si jeune vie.

Bokuto ne disait plus un mot. Il devait penser. Penser à sa propre petite soeur, penser que peut-être elle avait connu le même sort, penser à combien il était douloureux de voir mourir quelqu'un, et un proche par dessus tout.

Akaashi, quand à lui, pensait à ce qui arriverait si quelque chose comme ça se passait pour eux. Et si Bokuto se faisait infecter, est-ce qu'il devrait le tuer de ses propres mains ? Il refusait de devoir immaginer une chose aussi horrible. Il ne laisserait jamais ça arriver.

— Vous devriez partir, dit Terushima en les regardant. Les cris ont dû attirer des infectés. On a nettoyé la zone à la sortie de la ville, si vous voulez.

Akaashi hésita. Devaient-ils vraiment partir comme ça, comme si de rien n'était ? Etait-ce vraiment bien, vraiment juste ?

Finalement, c'est Kuroo qui prit la décision à sa place. Il aida Bokuto à se relever, fit signe à Akaashi, et ils dépassèrent l'autre groupe, sans dire un mot, sans un regard. Ils les laissèrent derrière comme s'ils n'avaient jamais existé, comme s'ils ne venaient pas d'assister au meurtre de sang froid d'une petite fille. Ils ne pouvaient pas s'attarder de toute façon. Cela ne les concernait pas, au fond. Pourtant, Akaashi avait la boule au ventre en s'éloignant, et l'impression qu'il allait vomir.

Ils regagnèrent la route sans encombre, et ils s'arrêtèrent encore lorsqu'ils y furent. Le jour s'était bien levé désormais, et l'orbe solaire était déjà bien haut au-dessus de leurs têtes. Il n'y avait pas la trace d'un être vivant à l'horizon. Seulement des cadavres d'infectés, beaucoup de sang.

— Où est-ce qu'on va maintenant, capitaine ? demanda Kuroo à l'intention d'Akaashi.

Keiji plissa les yeux en entendant le surnom, car il avait bien compris qu'il lui avait été donné ironiquement, parce que c'était lui qui prenait toutes les décisions. Et à raison, car il se pensait réellement comme le plus censé de leur groupe à ce jour. Et il fallait bien que quelqu'un décide de ce qu'ils devaient faire ou ne pas faire.

Cependant, là, il devait bien avouer n'en avoir aucune idée. Il ne savait pas ce qu'ils devaient faire, ni où ils devaient aller, il ne savait même pas où est-ce qu'ils étaient exactement ! Mais ce dont il était sûr, c'est qu'ils devaient continuer à marcher. Continuer à bouger et espérer tomber sur des gens qui pourraient les aider. Des militaires qui auraient été envoyés pour secourir d'éventuels survivants (même si plus le temps passait et plus l'espoir d'être sauvés de cette façon s'amoindrissait) , ou bien un camp de réfugiés, bien établi, sécurisé. Une communauté qui se serait organisée pour vivre, et non plus survivre, dans ce Nouveau Monde dans lequel ils avaient été forcés. Akaashi continuait à être intimement convaincu qu'un tel endroit existait. Et qu'on les y accueillerait. Il voulait continuer d'y croire.

— On va par là, finit-il par annoncer en désignant la route qui continuait dans la campagne. On continue jusqu'à ce qu'on tombe sur une autre ville.

— Et ensuite quoi ? insista Kuroo, l'air dubitatif.

— Et ensuite, on fouillera les habitations pour refaire nos provisions, et on cherchera des gens.

— Et c'est tout ? Et si on ne trouve rien ? On continuera jusqu'à la ville suivante, et ainsi de suite ?

— Tu as une meilleure idée peut-être ? s'énerva Akaashi qui en avait assez que ce type qu'il était déjà bien gentil de laisser venir avec eux remette en question tout ce qu'il disait.

Kuroo hocha simplement les épaules, l'air désabusé.

— Je dis juste ce que je pense.

— Et bien si c'est pour des remarques inutiles, tu peux les garder pour toi, aboya Keiji, le regard noir.

— Moi je pense que c'est une bonne idée, intervint alors Bokuto, et en parlant, il attrapa le poignet d'Akaashi et le serra doucement pour lui intimer de se calmer.

— Très bien, alors faisons ça, concéda Kuroo, et il s'engagea sur la route.

Akaashi souffla, et il regarda Bokuto qui lui sourit doucement en esquissant un petit signe de tête. Akaashi lui rendit un sourire faiblard, et sans parler, ils suivirent Kuroo. Cela allait être une longue journée.

Pendant plusieurs heures, ils ne croisèrent rien de dangereux. Sur le bord de la route, parfois, il y avait un vieux cadavre qui pourrissait au soleil, les orbites vides, les yeux bouffés par les corbeaux, et la chair brunie, molle, parfois en lambeaux parce que des verres et des chiens sauvages s'en seraient nourris. L'odeur était difficilement supportable à proximité des morts, et les trois garçons avaient tendance à presser le pas d'un commun d'accord, et à détourner prestement le regard.

Au bout d'un certain moment, comme le chemin était tranquille, et qu'il commençait à s'ennuyer un peu, Bokuto engagea la conversation avec Kuroo. Parfois, Bokuto était comme un enfant, il avait besoin d'être occupé ou il devenait insupportable. C'est pourquoi il n'aimait pas marcher en silence trop longtemps.

— Dis, t'étudiais quoi à la fac ?

— La biologie médicale.

— Waouh ! Sérieux ? s'enthousiasma Bokuto en sautillant presque. C'est trop cool ! Tu dois être grave intelligent alors !

Kuroo hocha la tête, un rictus fier sur les lèvres.

— On peut dire ça, ouais, répondit-il en bombant le torse.

Akaashi, qui marchait en tête, roula des yeux. Les gens qui faisaient des études scientifiques n'étaient pas forcément plus intelligents que les autres, il fallait arrêter avec ce cliché, il le trouvait agaçant. Lui avait fait des études littéraires, et il s'était trop de fois entendu dire qu'ils étaient moins intelligents que les scientifiques. C'était juste des esprits différents.

— Et toi Bokuto, t'étais à la fac ?

— Oui ! Sur recommandation sportive.

— Quel sport ?

— Volley ! pépia Bokuto, la voix vibrante d'excitation. J'étais même l'As de mon équipe !

Il était incroyablement fier de lui pour ça, et il avait déjà raconté à Akaashi des histoires de l'époque où il pouvait encore pratiquer le sport qu'il adorait. Il lui avait expliqué qu'il était capitaine de son équipe au lycée, il lui avait raconté comment ils étaient allés jusqu'aux Nationaux. Il y avait beaucoup de passion et beaucoup de nostalgie dans sa voix lorsqu'il parlait du volley. Akaashi aurait bien aimé le voir jouer un jour.

Ils discutèrent ainsi en marchant pendant une bonne heure, et bien qu'il ne participait pas à la conversation, cela fit un curieux bien à Akaashi. Bokuto riait, parlait beaucoup, rayonnait de bonne humeur, et cela rendait Akaashi heureux. C'était comme si tout allait bien, qu'ils étaient juste un groupe d'amis sortis se promener dans la campagne. C'était comme si le monde allait mieux, qu'ils n'avaient plus à s'inquiéter de rien.

Ils apprirent un tas de choses sur Kuroo, et au bout d'un moment, c'était comme s'il était un ami de longue date.

Il avait vingt ans, comme Bokuto, et était en deuxième année de Biologie dans une université de Tokyo quand l'épidémie avait commencé. Il avait aussi joué au volley au lycée, mais il avait dû arrêter à cause d'une blessure à l'épaule. Il était fils unique, mais avait toujours considéré son ami Kenma comme un petit frère. Il adorait les chats et les films d'horreur, et son plat préféré était le maquereau grillé.

Bokuto et lui n'avaient pas arrêté d'échanger des anecdotes, et semblaient s'entendre à merveille. Petit à petit, Akaashi en vint à songer qu'il n'avait pas l'air d'être une mauvaise personne, et qu'il avait peut-être eu tort de tant se méfier de lui. C'était plus facile d'avoir confiance en quelqu'un qu'on connaissait un peu. Doucement, il baissait sa garde par rapport à lui, et décidait d'ignorer la voix dans sa tête qui le mettait en garde et lui conseillait de ne pas se laisser aller si rapidement.

Il n'avait pas envie de se restreindre trop longtemps. Ils pouvaient mourir demain, et il ne voulait pas mourir en s'étant injustement méfié de Kuroo jusqu'au bout. Dans un monde où demain n'était jamais sûr d'arriver, il fallait dire ce qu'on ressentait pour les gens, et parfois un peu suivre son coeur. Alors même si son esprit lui dictait de faire attention, il s'autorisa à ralentir un peu l'allure pour marcher avec Kuroo et Bokuto, et il parla même un peu. Et il sourit même un peu. Et il se sentit doucement heureux pour la première fois depuis longtemps.

Et c'est à peu près à ce moment que sa bulle de tranquillité éclata.

Alors que Bokuto était parti dans un grand éclat de rire, et qu'Akaashi s'autorisait à rire aussi, un lourd craquement métallique bloqua leurs voix dans leurs gorges, et une peur aussi vive que soudaine vint leur nouer le ventre. Il s'arrêtèrent, et se tournèrent vers leur gauche d'où venait le craquement. Il y avait, sur l'autre voie de la route sur laquelle ils marchaient, une voiture abandonnée. Et de derrière cette voiture venait de sortir un infecté.

C'était une femme, sûrement d'une quarantaine d'années. Ses cheveux longs étaient collés de boue et de sang, ses yeux étaient injectés de minuscules veines qui avaient éclaté, et de sa bouche ouverte s'échappait l'épaisse salive blanchâtre et bulleuse caractéristique de la rage, et qui avait fait penser à certains scientifiques que le mal qui frappait le monde en était une mutation particulièrement insidieuse.

Elle était trébuchante, on aurait dit un pantin désarticulé qui se mouvait gauchement, le dos tombant et la tête broque ballante. Elle devait être malade depuis longtemps, plus très loin de la mort. C'était sûrement pour ça qu'elle ne s'était pas faite remarquer plus tôt. L'éclat de rire de Bokuto avait dû la sortir d'une somnolence d'agonie.

Les trois garçons, immédiatement, se mirent en position de défense, par réflexe, et Bokuto esquiva habilement l'infectée qui se jetait sur lui, la laissant s'écraser sur le sol en grognant. La route n'était pas très large, elle s'était manifestée tout près d'eux. Mais dans son état, elle n'était pas difficile à éviter.

Profitant du fait qu'elle était à terre, toute gesticulantes et mal en point qu'elle était, Akaashi s'occupa d'attraper sa tête par les cheveux pour trancher profondément sa gorge, s'empressant de reculer ensuite pour éviter les éventuelles éclaboussures de sang alors que la tête retombait lourdement sur le goudron, dans le silence.

Ils regardèrent tous les trois le corps inerte autour duquel une large flaque de sang se répandait.

L'air était lourd.

Les cœurs battaient au rythme saccadé des bouffées d'adrénaline.

Ils avaient le souffle un peu court après la surprise de l'attaque soudaine.

Dans le regard de Kuroo, il y avait quelque chose de brisé. Quelque chose qui avait depuis longtemps déjà déserté les yeux d'Akaashi et Bokuto, qui traînaient les rues depuis plus longtemps que lui. Avaient à faire aux infectés quotidiennement depuis plus longtemps que lui. Ils n'avaient plus de pitié à les abattre, n'éprouvaient plus de dégoût à ôter la vie à des êtres qui avaient un jour été des humains tout comme eux. C'était horrible, mais c'était devenu leur routine depuis longtemps. Depuis si longtemps...

Et la pire des choses qui était au monde, sûrement, était de s'habituer à une chose si horrible que tuer un autre être humain. Ils s'y étaient habitués, et c'était là le drame. Ils pensaient au début qu'ils ne s'y feraient jamais. Mais quand on côtoie la mort de si près chaque jour qui se lève après le précédent, on ne peut que retrouver une sorte de routine infernale à l'idée de tuer, tuer, et encore tuer.

Ils préféraient ne pas en parler.

Silencieusement, Akaashi essuya son couteau et le rangea. Un coup d'oeil échangé avec Bokuto lui apprit que ce dernier n'avait rien. Il n'adressa qu'un regard à Kuroo qui ne quittait pas des yeux le cadavre sur le sol, sans dire un mot.

Il avait sûrement du mal à réaliser qu'ils venaient de tuer cette femme, comme ça, en une fraction de seconde, comme si c'était quelque chose de parfaitement sain et normal.

Mais il finirait bien par s'y faire.

C'était ainsi que fonctionnait leur monde désormais.

— On continue ? proposa alors Bokuto.

— Oui, acquiesça Akaashi.

Et ils se remirent en route comme si rien ne s'était passé.


Voilà, j'espère que ça vous a plu ! Cette histoire me tient beaucoup à coeur alors j'espère vraiment que vous l'apprécierez jusqu'au bout ! Promis, le chapitre 4 sera moins long à arriver.

Comme d'habitude, je vous invite sincèrement à laissez vos avis, même juste un mot ! C'est important pour nous.

A bientôt !