Hey hey heeeey !

Avec ce chapitre, on entre dans la deuxième partie de l'histoire, yeah ! ~

Je n'ai pas grand chose d'autre à dire si ce n'est que vous les personnes qui me lisez et laissez vos avis êtes les plus merveilleuses du monde ! Je lis toutes vos reviews avec d'imenses sourires béats ! ça compte vraiment beaucoup pour moi et j'espère que vous ne serez pas déçus !

Bonne lecture !


Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 5

Lorsqu'Akaashi se réveilla, il déduit qu'il faisait encore nuit, puisqu'il ne voyait aucune lumière filtrer au travers des volets fermés. Il se demanda quelle heure il pouvait être, mais il ne voyait absolument rien, et la lumière de sa montre ne fonctionnait plus depuis longtemps déjà.

Cependant, il ne se sentait plus fatigué. Il avait prit l'habitude d'avoir un cycle de sommeil très court, et il avait déjà beaucoup dormi la nuit précédente. Il savait qu'il ne pourrait pas se rendormir.

Bokuto avait dû rouler à l'autre bout du lit, puisqu'il entendait sa respiration lente et profonde, mais n'était plus collé contre lui.

Il le laissa dormir, mais décida d'aller libérer Kuroo de la garde puisqu'il ne dormirait plus.

Il sortit de la couverture et eut un grand frisson lorsque la fraîcheur de la pièce glissa sur sa peau. Il tâtonna pour trouver sa veste et ses chaussures, et il tâtonna encore pour trouver la porte et sortir de la chambre qui donnait directement sur le salon. C'est seulement là qu'il s'autorisa à allumer sa lampe torche.

Il balaya le faisceau lumineux dans la pièce et trouva Kuroo assit par terre, contre un mur. La tête dans les genoux, la barre en fer de Bokuto coincée contre le ventre. Akaashi fronça les sourcils. Est-ce qu'il s'était endormi alors qu'il devait monter la garde ?

Il allait s'énerver, mais à ce moment-là, Kuroo releva la tête, et plissa les yeux pour les protéger de la lumière de la lampe dirigée droit sur son visage.

— Qu'est-c'que tu fous, grogna-t-il.

— Désolé, je croyais que tu t'étais endormi.

Akaashi dévia le faisceau de la lampe et s'approcha pour s'asseoir à coté de lui.

— Je dormais pas, je réfléchissais, expliqua Kuroo en le regardant faire du coin des yeux.

— A quoi ?

Tout en parlant, Akaashi regarda sa montre. Il était minuit passé.

— Tu aurais déjà dû venir me réveiller.

— J'ai essayé à un moment, mais vous étiez tellement mignons Bokuto et toi dans les bras l'un de l'autre, j'ai pas voulu vous déranger.

Il ricana, un sourire amusé sur les lèvres. Akaashi se sentit rougir, mais il ne dit rien.

— Est-ce qu'il y a un truc entre vous ? insista Kuroo au bout d'un moment.

— Non, répondit Akaashi, catégorique.

— Je suis pas aveugle, tu sais ? Vous êtes vachement tactiles l'un avec l'autre.

— Si tu le dis...

— Tu l'aimes ? demanda abruptement Kuroo.

— Non, répondit Akaashi tout aussi brusquement.

Il soupira et laissa sa tête rencontrer le mur. Il ferma les yeux.

— Je ne l'aime pas 'comme ça', explicita-t-il. Je ne suis pas amoureux de lui. Je crois. C'est juste que... C'est la seule personne que j'ai au monde maintenant. Et je suis la seule personne qu'il a.

Il ne disait pas ça pour se vanter, c'était la vérité. Ils étaient tous les deux jusqu'à leur rencontre avec Kuroo qui datait tout juste de l'avant veille. Ils n'avaient que l'un sur l'autre sur qui compter. Cela créait des liens indéfectibles. Ils étaient alliés de survie, alliés de bataille, et seuls soutiens émotionels l'un de l'autre. Ils avaient besoin l'un de l'autre pour se souvenir de ce qu'être humain signifiait, et pour ne pas perdre la raison.

Car l'Homme est une créature sociable qui a besoin des autres pour ne pas devenir fou en étant laissé avec ses pensées trop longtemps.

Alors oui, ils avaient développé une relation très intime, très tactile, qui pouvait être confondue avec de l'amour romantique. Akaashi lui-même, parfois, n'arrivait plus à savoir ce qu'était ce qu'il éprouvait pour Bokuto. Mais il ne pouvait tout simplement pas tomber amoureux de lui. Peut-être que si tout allait bien, il le pourrait. Mais il n'avait pour l'instant pas du tout la tête à ça. Et le coeur, trop triste et trop inquiet, n'y était pas non plus.

— Tu as déjà été amoureux, Akaashi ? demanda alors Kuroo pour dévier un peu le sujet.

Son ton était bas, calme. Il avait perdu sa petite intonation amusée, taquine. Akaashi comprit qu'il posait une question sérieuse, et ne voulait pas juste l'embêter.

— Non, répondit-il alors avec le même sérieux.

Il avait eu quelques flirts qui n'avaient jamais mené nul part à l'université, mais il n'avait jamais été très à l'aise avec ça de manière générale.

— Moi oui, fit Kuroo même si Akaashi ne lui avait pas demandé. Enfin, je crois.

Il marqua une pause. Akaashi se demanda s'il allait continuer. Il se demanda s'il devait poser des questions, ou changer de sujet, ou simplement ne rien dire. Peu importe la suite, dans tous les cas, la personne dont parlait Kuroo devait être morte maintenant, alors ce n'était peut-être pas une bonne idée de remuer le couteau dans la plaie en cherchant à en savoir plus.

Finalement, c'est Kuroo qui continua, de lui-même.

— Il vivait avec moi dans ma coloc. Il avait deux ans de moins. Lev. Je sais pas pourquoi, mais je l'aimais bien. Il était toujours enjoué, mais un peu simplet. Un peu comme Bokuto finalement. C'est un des derniers de notre groupe à avoir été utilisé comme cobaye, avant Kenma.

Akaashi sentit son estomac se tordre encore, comme lorsque Kuroo leur avait raconté son histoire la première fois. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il avait survécu à une expérience si horrible.

— Le truc, c'est que maintenant, je réalise que peut-être que je l'aimais pas vraiment. C'était peut-être juste une sorte d'affection bizarre parce qu'il avait l'air naïf et que j'avais l'impression que je devais le protéger.

En l'écoutant parler, Akaashi se demandait s'il voulait en venir quelque part avec son épanchement, ou s'il avait juste besoin de parler, de dire ce qu'il avait sur le coeur. Est-ce que c'était à ça qu'il réfléchissait depuis plusieurs heures ? Il avait dû avoir le temps de sacrément se retourner la cervelle.

— Il me manque, continua Kuroo. Mais il me manque comme Yaku et Kai me manquent. Comme des amis très chers que j'ai perdus. Pas comme l'amour de ma vie, tu vois ? J'veux dire. Même si j'avais été amoureux, c'était peut-être pas l'amour de ma vie, mais tu vois où j'veux en venir.

— Hm. Je vois, acquiesça Akaashi.

— Kenma me manque différemment, dit-il encore, tout bas. Est-ce que je l'aimais pour autant ? J'en sais rien. J'crois pas. C'était comme mon frangin. Mon petit frère adoré. Il méritait pas de finir comme ça...

Il renifla, et Akaashi se demanda si c'était parce qu'il pleurait. Il n'osa pas regarder pour vérifier. Il préférait garder la tête fixée sur le sol.

— Aucun d'eux méritait ça. Mais peut-être que c'est mieux qu'ils soient morts. Ils sont peut-être dans un meilleur endroit maintenant. Ils ont plus à subir ce monde de cinglés.

— Tu voudrais les rejoindre ? s'entendit demander Akaashi, parlant presque sans s'en rendre compte.

— Tu veux savoir si je voudrais mourir ? s'assura Kuroo, et il pouffa de rire. Peut-être que ça m'a tenté pendant un moment, admit-il. Quand j'étais seul et que je savais pas quoi faire. Mais maintenant... désolé, mais que tu le veuilles ou non, vous rencontrer, ça m'a redonné un peu d'espoir.

Ses paroles touchèrent Akaashi en plein coeur, et il se sentit ému presque aux larmes. S'ils avaient su redonner un peu d'espoir, un peu de volonté de vivre à quelqu'un qui avait vu mourir devant ses yeux son ami le plus cher, en sachant qu'il était probablement arrivé le même sort à la personne qu'il pensait avoir aimée et à ses autres amis, alors c'est que, réellement, il restait peut-être de l'espoir dans ce monde. Peut-être qu'il fallait qu'ils tiennent encore.

Ensemble.

Tous les trois.

Akaashi laissa alors glisser sa main sur le coté pour venir saisir à l'aveugle le poignet de Kuroo, et il le serra très fort.

— Tu n'es plus seul maintenant, dit-il.

— Ouais, souffla Kuroo, et il libéra son poignet, juste pour venir prendre la main d'Akaashi dans la sienne.

Ce dernier se laissa faire docilement, et en fait, cela ne le dérangea même pas. Il trouva ça agréable. La chaleur humaine, il avait presque oublié que cela existait en dehors de Bokuto.

— Merci.

Ils devaient rester forts, et continuer. Et tant pis s'il leur fallait encore 2 ans pour trouver un refuge où ils seraient vraiment en sécurité, un camp, des alliés. Ils continueraient. Ils le devaient. Pour tous ceux qui n'étaient plus, et qui n'avaient pas eu la possibilité d'avoir cet espoir.

Ils devaient y croire.

— Est-ce que tu te sens mieux ? demanda Kuroo au bout d'un moment.

Lentement, distraitement, il s'était mit à caresser le dos de la main d'Akaashi avec son pouce. La pensée qu'il ait pu avoir ce genre de petit geste affectif pour Kenma ou Lev, à une époque, traversa l'esprit d'Akaashi. Peut-être que cela le réconfortait d'avoir la main de quelqu'un dans la sienne à cet instant. Alors il le laissait faire, et c'était un peu irréel de penser qu'un presque inconnu lui caressait la main tout naturellement comme ça.

— De quoi tu parles ? fit-il en guise de réponse.

— Par rapport au malaise de tout à l'heure, spécifia Kuroo, et machinalement, il vint prendre le pouls d'Akaashi à son poignet.

— Oh, ça, se rappela Akaashi en faisant la moue. Oui, ça va. C'était rien, pas de quoi s'inquiéter. Désolé d'ailleurs.

Il se mordit la lèvre inférieure en se souvenant l'expression de peur et d'inquiétude sincère qu'il avait vue sur le visage de Bokuto lorsqu'il était revenu à lui. Il pensa à ce qui serait arrivé s'il avait eu cette perte de conscience en plein milieu d'une attaque d'infectés. Cela aurait pu tourner au drame. Et si Bokuto avait cherché à le protéger et s'était retrouvé infecté par sa faute ?

Il ne savait pas ce qui lui était arrivé. Il ne savait pas s'il y avait un risque que cela se reproduise au pire des moments. Et il ne pourrait probablement jamais savoir, car ce n'était pas comme s'il pouvait aller chez son généraliste ou passer une petite batterie de tests dans un hôpital.

C'était un advienne que pourra, et il espérait qu'il n'aurait plus à s'inquiéter de cela dans le futur.

— C'est rien, répondit Kuroo. Tant que tu te sens mieux, c'est le plus important.

— Ouais, je suppose.

Kuroo était vraiment quelqu'un de trop gentil. Akaashi se sentait un peu horrible d'avoir fait le sale type avec lui au début. Kuroo les connaissaient à peine aussi, après tout. Il avait toutes les raisons de se méfier d'eux aussi, après tout. Mais à la place, il avait choisi de rester avec eux, de leur accorder sa confiance. Et en plus de cela, il s'inquiétait pour eux, il faisait attention à eux.

Une personne comme ça ne méritait pas de connaître de malheurs. C'était un gars bien.

Finalement, Kuroo resta avec Akaashi le reste de la nuit. Il refusa d'aller se coucher, prétextant qu'il n'arriverait pas à dormir. Il ne resta pas très vigilant cependant, laissant ce soin à la personne désignée de garde. Il resta pensif, Akaashi sentit qu'il somnola plusieurs fois pendant quelques minutes. Il fit aussi les cent pas, un peu. Il fouilla quelques tiroirs. Même s'ils passèrent plusieurs heures ensemble, ils ne se parlèrent pas vraiment.

Akaashi passa un long moment à penser à ce que pourrait être leur prochaine destination. Si seulement ils pouvaient avoir une carte, ce serait plus simple. Mais serait-ce vraiment utile ? Même s'ils avaient une carte, elle ne leur indiquerait pas quel serait un endroit sûr pour eux, où ils rencontreraient le moins d'infectés, ou bien même où ils pourraient trouver une colonie ou retrouver leurs familles.

Kuroo savait-il d'ailleurs ce qui était arrivé à la sienne ?

Et puis finalement, il était presque six heures et quart quand ils avaient entendu du bruit dehors. La nuit avait été plutôt tranquille. Un sanglier, sûrement infecté, était passé et avait déraciné un jeune arbre dans un jardin tout proche, et puis il était reparti en courant et en hurlant à la mort, ce qui avait attiré deux gros chiens qui n'avaient pas causé de problème puisqu'ils s'étaient contenté de suivre la trace de l'animal.

Aucun infecté. C'était quand même difficilement croyable. Avaient-ils vraiment atterri dans un endroit sûr ? Cela ne pouvait pas être vrai. La seule raison aurait été que quelqu'un s'occupe de les annihiler et de protéger l'endroit. Mais ils n'avaient croisé personne en venant.

Cependant, s'il n'y avait vraiment personne d'encore sain dans la zone, à qui appartenaient les voix qu'ils entendaient maintenant ?

Akaashi et Kuroo se regardèrent. Ils avaient fini par se caler sur le canapé, leurs épaules appuyées l'une contre l'autre, et leur garde avait été si tranquille qu'ils s'étaient un peu empâtés. Mais entendre parler les avaient réveillés d'un coup, comme s'ils s'étaient pris une décharge électrique.

Il y avait quelqu'un, là-dehors.

Ils se levèrent comme un seul homme, et se précipitèrent jusqu'à la porte. Ils décalèrent le meuble qu'ils avaient bloqué devant, et Akaashi colla son visage contre le bois pour regarder à travers l'œil de bœuf.

— Qu'est-ce que tu vois? Demanda immédiatement Kuroo, sans même lui laisser le temps de percevoir l'extérieur à travers la pénombre.

Akaashi plissa le regard. Il voyait mal parce qu'il faisait sombre et que le jour ne poindrait pas avant une bonne demi-heure. Le champs réduit de la minuscule fenêtre ne lui offrait pas non plus une très grande visibilité, et droit en face de lui, il n'y avait rien. Pourtant, les voix étaient encore là. Elles étaient réelles. Kuroo les avait entendues aussi. Ce n'était que des sons étouffés, et il était impossible de comprendre des mots, mais c'était bien des voix humaines.

— Alors? s'impatienta Kuroo.

— Je vois rien, répliqua Akaashi avec une pointe d'irritation.

Il se tourna alors vers l'autre garçon pour lui adresser un regard profond, sérieux, brillant de détermination.

— Je vais sortir voir, dit-il.

À peine ces mots prononcés, il tourna la poignée de la porte qu'il entrouvrit légèrement. Un courant d'air froid s'engouffra immédiatement dans le salon et un frisson parcourut Akaashi.

— Fais gaffe à toi, lança Kuroo à voix basse.

— Ouais.

Akaashi prit une inspiration, resserra bien la main sur son arme, et il fit deux pas à l'extérieur. Kuroo resta à l'intérieur, contre entrebâillement de la porte, prêt à bondir à l'extérieur pour assister Akaashi au moindre mouvement suspect.

Cependant, rien ne vint sauter à la gorge de ce dernier. Il respirait lentement, et percevait bien la vapeur qui se formait devant sa bouche à chaque expiration. La petite aube était glacée et humide, et une brume éparse roulait près du sol, serpentant, silencieuse comme un fantôme, entre les troncs des arbres et les poteaux des lampadaires.

Akaashi alluma sa lampe torche, et il regarda à sa droite. Il n'y avait que la rue qui s'étendait, vide et lugubre, et le faisceau lumineux perçait difficilement à travers les volutes tranquilles du brouillard.

Il tendit l'oreille dans un espoir de distinguer d'où provenaient les voix qu'ils entendaient. Elles s'étaient tues un moment, laissant le quartier dans un silence morbide, avant de reprendre. Akaashi se tourna vers la gauche et balaya la lumière de sa lampe dans cette direction. Les voix avaient l'air de venir de là, mais très honnêtement, elles auraient pu venir de n'importe où, tant il régnait à cet instant une atmosphère distordue et troublante.

Akaashi avait le souffle court, et il tremblait légèrement, sans savoir dire si c'était à cause du froid ou bien de la peur, ou même de l'excitation. Il était un peu fébrile. Si des survivants étaient dans le coin, il y avait le risque qu'ils soient hostiles. Et alors ils auraient des problèmes.

C'est alors qu'il se faisait cette réflexion qu'à travers le brouillard, un rond de lumière apparut. Vraisemblablement la lumière d'une lampe torche. Le souffle d'Akaashi se bloqua cette fois dans sa gorge, et tous ses muscles se tendirent appréhension. Il ne bougea pas, toujours immobile au bord du jardin de la maison dans laquelle ils s'étaient arrêtés.

— Akaashi !

Il entendit Kuroo l'appeler à voix basse, mais il ne réagit pas. Son coeur battait la chamade. Il y avait quelqu'un, juste là. C'était quitte ou double. Il espérait au fond de lui qu'ils ne tombent pas sur des ennemis.

Il songea à Bokuto, qui devait encore dormir tranquillement. Ils auraient peut-être dû le réveiller, qu'ils soient prêts à fuir s'il le fallait.

La lumière fantomatique au milieu des brumes semblait se rapprocher, et rapidement, Akaashi perçut des bruits de pas. Et les voix s'élevaient toujours, un peu plus intelligibles maintenant.

Des silhouettes apparurent. Il y en avait deux.

Akaashi les regarda devenir plus nettes alors qu'elles approchaient. Les doigts fermement agrippés à sa barre de fer, il leva le faisceau de sa lampe pour les éclairer.

— Eh, qui est là ? demanda l'une des deux voix.

Finalement, les deux personnes furent assez proches pour qu'Akaashi les distingue clairement, et tous les trois se dévisagèrent pendant quelques instants.

C'était deux garçons, probablement d'à peu près son âge. Il y avait un brun aux traits plutôt doux et harmonieux qui portait un treillis noir et une veste en cuir camel, et avait une mitraillette à la main. L'autre avait la tête rasée de près, une longue balafre sur la joue et un air peu engageant. Il était habillé d'un jean et d'un sweat noir décoré du logo d'un groupe de hard rock populaire. Il avait aussi une mitraillette au dessus de laquelle il avait fixé une lampe avec du gros scotch.

Ils avaient l'air aussi surpris de voir Akaashi que lui l'était de les voir. Cependant, la surprise ne dura pas plus de quelques secondes, et rapidement, ils levèrent leurs armes pour pointer le canon des mitraillettes sur lui. Akaashi laissa tomber sa barre dans l'herbe et il leva les mains en signe de reddition.

— Identifiez-vous, ordonna le type aux cheveux bruns.

— Et fait pas l'malin, ajouta celui avec la cicatrice sur la joue.

— Je m'appelle Akaashi Keiji, parla-t-il calmement.

— Qu'est-ce que vous faites là ? demanda encore le brun avant de lui laisser le temps d'élaborer sa réponse.

Akaashi déglutit péniblement, sans lâcher une seule seconde les deux inconnus des yeux. Il remarqua qu'en plus de leurs mitraillettes, ils avaient des machettes à la ceinture. Le type rasé avait même un taser. Ils étaient drôlement bien armés pour de simples civils qui, comme lui, Kuroo et Bokuto, essayeraient juste de survivre.

— Je suis à la recherche d'un camp de survivants, entreprit alors d'expliquer Akaashi.

Il préféra ne pas mentionner tout de suite qu'il n'était pas seul pour garder Kuroo et Bokuto en sécurité si jamais les choses dégénéraient.

— Je suis pas dangereux, crut-il bon de rajouter quand il vit le coup d'oeil qu'échangèrent les deux hommes armés.

Toujours en le gardant en joue, ils semblèrent avoir une conversation silencieuse, échangeant juste un long regard impossible à déchiffrer. Ce moment sembla durer une éternité. Akaashi se demanda si Kuroo était allé réveiller Bokuto, ou s'il était toujours à la porte en train d'observer la scène, prêt à intervenir s'il le fallait. Il n'osa pas tourner la tête pour vérifier.

Finalement, les deux inconnus reportèrent leur attention sur Akaashi, et ils avaient toujours des visages durs et sérieux.

— Tu viens d'où ? demanda le balafré.

— Tokyo. J'étais étudiant là-bas.

— Ça fait un sacré bout d'chemin de Tokyo à ici. T'es tout seul ?

Akaashi prit une seconde pour réfléchir. Il ne connaissait toujours pas les intentions de ces gars-là, alors pouvait-il vraiment leur révéler la présence de ses camarades de survie ? Il n voulait pas qu'ils se fassent tuer, mais d'un autre côté, il se demandait si mentir à ces deux-là était une très bonne idée.

Il soupira.

— Je voyage avec deux autres personnes, avoua-t-il.

— Ils sont où ?

— Attendez, dites-moi d'abord qui vous êtes.

— Tu crois que t'es en position pour nous donner des ordres ? grogna le balafré en tirant une tête de tueur, esquissant un geste d'intimidation avec son arme.

— Tanaka, du calme, tempéra l'autre en grimaçant, avant de planter son regard dans celui d'Akaashi. On n'est pas des mercenaires, si c'est ce que tu veux savoir. Et on va pas vous tuer pour vous voler ce que vous avez.

— Mais vous êtes qui alors ? insista Akaashi.

— On fait partie de la garde armée d'une colonie de survivants tout près d'ici.

Akaashi crut que son coeur allait bondir hors de sa poitrine, et il lui fallut une seconde pour assimiler ce qu'on venait de lui dire. Une colonie de réfugiés. Alors ça existait bien. Il y en avait bien une dans le coin. Ça expliquait que tout soit si calme par ici, et qu'ils n'aient pas croisé d'infectés encore vivants depuis l'après-midi. Bokuto avait eu raison tout à l'heure. C'était bien réel.

— Il y a... il y a vraiment un camp de survivants ? demanda-t-il d'une voix tremblante.

C'était presque trop beau, trop incroyable pour être vrai.

— Oui, plusieurs même, continua le brun. Mais pas vraiment vers Tokyo. C'est assez paradoxal d'ailleurs, puisque c'était la capitale. Mais quand l'épidémie à commencé, les gens ont fuit les grandes villes, alors les camps se sont créés plutôt dans les campagnes et les petites villes un peu isolées.

— S'il vous plaît, vous devez nous y conduire, s'exclama alors Akaashi en faisant un pas désespéré en avant. Depuis des mois on en cherche une. S'il vous plaît.

Le garçon brun sembla un peu embarrassé, et Akaashi sentit son coeur se tordre au fond de sa cage thoracique.

— Je sais pas si on peut accueillir de nouvelles personnes, expliqua-t-il. Malheureusement, on est plutôt limités niveau place.

— Je vous en prie, juste pour quelques jours ! insista Akaashi. On est épuisés, on voudrait juste pouvoir passer une vraie nuit sans avoir peur de se faire attaquer à n'importe quel moment !

Les deux garçons se consultèrent du regard une nouvelle fois, et Akaashi se contenta de les observer, le coeur battant, priant intérieurement pour qu'ils acceptent. Maintenant qu'ils étaient si proches de ce qu'ils avaient cherché pendant des mois, ils ne pouvaient pas laisser passer cette chance.

— Ukai risque de ne pas apprécier, fit remarquer le balafré.

— Possible, mais on peut pas abandonner des gens à leur sort comme ça, argumenta le brun. On leur trouvera bien un endroit.

— Très bien, céda le balafré. Mais c'est toi qui t'occupera d'expliquer ça à Ukai !

— Et moi qui croyais que tu étais courageux, marmonna le brun en levant les yeux au ciel. Ok, on vous emmène avec nous. Va chercher tes amis.

Un sursaut de soulagement fit tressaillir Akaashi qui ne perdit pas une seconde. Il se précipita dans la maison pour prévenir Kuroo et Bokuto.

En déboulant dans le salon, il les trouva tous les deux bien réveillés. Ils avaient rassemblé leurs affaires, avaient chargés leurs sacs sur leurs dos, et Bokuto avait sa barre à la main. Ils étaient prêts à partir s'il le fallait.

Ce dernier bondit sur ses pieds à la seconde même où Akaashi réapparut, et ils se précipitèrent l'un vers l'autre. Akaashi souriait, Bokuto avait le regard plein d'inquiétude.

— Est-ce que ça va ? demanda-t-il en premier en prenant Akaashi par les épaules.

— Oui, répondit ce dernier, posant ses mains sur celles de son ami. Oui ça va. Ecoutez, les gars dehors, ils viennent d'un camp de survivants. Et ils vont nous y conduire !

L'information mit quelques instants à monter aux esprits de ses amis, et une étincelle s'alluma dans le regard de Bokuto quand il finit par saisir ce que cela impliquait.

— T'es sérieux ! demanda-t-il avec excitation.

— Oui ! répliqua Akaashi, tout aussi excité.

Et soudain, ils avaient l'air de deux enfants un matin de Noël, se tenant par les mains et sautillant presque sur place, animés d'une énergie nouvelle que l'espoir leur donnait. La perspective d'être en sécurité leur apparaissait comme la chose la plus belle qui soit. C'était tout ce qu'ils espéraient depuis que tout avait commencé. Tout ce qu'ils voulaient, c'était ne plus avoir à s'inquiéter pour leur survie et pouvoir enfin se détendre.

Et enfin, il leur était donnée la chance d'accéder à cette sécurité tant désirée. Ils ne pouvaient qu'être fous de joie.

— Attend Akaashi, t'es sûr qu'on peut leur faire confiance ? demanda alors Kuroo, coupant court au moment d'euphorie.

Bokuto et Akaashi tournèrent la tête vers lui.

Bokuto avait l'air d'avoir été brutalement ramené à la réalité, Akaashi avait soudain l'air très en colère.

— Quand on t'a connu, tu m'a reproché de ne pas te faire confiance, mais tu as quand même le culot de te méfier d'eux ? demanda-t-il agressivement.

— C'est pas ça, mais tu trouves pas que c'est un peu suspect ? insista Kuroo en essayant de rester calme.

— Peut-être. Mais en même temps, c'est notre seul petit espoir, alors moi, je vais m'y raccrocher. Libre à toi de venir avec nous ou pas.

Sur ces mots, Akaashi prit le poignet de Bokuto et sortit de la maison avec lui, coupant court et net le débat qui avait tout juste commencé.

Kuroo, laissé seul dans le salon, soupira. Ce garçon-là avait vraiment un sacré caractère.

Ajustant son sac dans son dos, il sortit à son tour. Il n'allait pas rester là tout seul. Il ne voulait plus être tout seul. Akaashi lui avait dit que désormais, il ne le serait plus. Pas tant qu'il continuait à voyager avec eux.

Akaashi dévisagea Kuroo lorsqu'il le vit apparaître dehors et venir vers eux. Quand ce dernier s'arrêta près de lui, ils échangèrent un regard profond et grave. Et puis Kuroo parla à demi-voix.

— Merci de m'avoir fait confiance.

Akaashi se fit violence pour empêcher un léger sourire de venir retrousser la commissure de ses lèvres. Il esquissa un petit mouvement de tête entendu, et Kuroo l'imita. Ils s'étaient compris.

— Bon allez, on y va, déclara alors le garde brun. On devrait déjà être rentrés de notre ronde.

Les trois garçons hochèrent la tête. Ils étaient prêts, et impatients.

C'est comme ça qu'il marchèrent une dizaine de minutes, traversant plusieurs rues dans un grand calme. Le petit jour commença à éclaircir le ciel au milieu de leur marche, leur permettant d'éteindre leur lampes. Ils apprirent que les deux gardes s'appelaient Tanaka Ryuunosuke et Ennoshita Chikara, que le camp où ils se rendaient était dirigé par un vieil homme du nom d'Ukai, et qu'il était situé autour d'un ancien hôtel.

— C'est pour ça qu'on est limités niveau place, avait expliqué Ennoshita. On accueil des gens dans les chambres et les suites de l'hôtel, le camp englobe aussi quelques appartements alentours, mais il n'y en a pas en quantité infinie.

— Ouais, et si on commence à essayer de faire cohabiter des gens dans une seule chambre ou un seul appart, ils pètent des cables, grogna Tanaka, comme s'il parlait par expérience.

— Les gens sont nerveux et facilement irritables, c'est normal, ajouta l'autre garde. On l'est tous.

Ils finirent par arriver. L'hôtel était tout proche de l'endroit où ils avaient passé la nuit, au milieu de la ville, mais leurs guides les avaient fait passer par des détours alambiqués pour une raison inconnue, ce qui avait rallongé leur trajet.

Mais l'attente avait valu le coup.

Ils étaient face à un grillage de deux mètres de haut, surplombé de barbelé, derrière lequel plusieurs personnes armées étaient postées. Des postes de surveillance avaient été construits à intervalles réguliers et suivaient le grillage qui s'étendait de chaque coté, disparaissant dans des rues étroites. Derrière les grillages, des sortes de rigoles remplies d'eau avaient été creusées.

— On y est, indiqua Tanaka. Restez là.

Laissant Ennoshita et les trois survivants en retrait, il s'approcha du grillage pour parler avec un des gardes qui était à l'intérieur.

Akaashi était muet. Il n'arrivait pas à y croire. Pendant des mois ils avaient cherché un endroit où se réfugier durablement, ils avaient cherché un camp pour les survivants, et n'avaient rien trouvé. Et pendant ce temps-là, des endroits comme celui-là s'étaient construits. Ils étaient protégés par les grillages, le barbelé, des barrières, ils avaient des gardes qui surveillaient les bordures du camp, et d'autres qui effectuaient des rondes régulières dans les alentours.

Ils étaient en sécurité là, ou au moins bien plus que s'ils étaient simplement livrés à eux-même à l'extérieur.

Et aujourd'hui, eux aussi pouvaient rejoindre ce petit semblant de paradis au milieu de l'enfer.

Il avait presque envie de fondre en larmes tant il était soulagé.

Bokuto et Kuroo étaient muets aussi. Ils devaient aussi se sentir soulagés.

Tanaka finit par revenir vers eux en trottinant.

— Ok, c'est bon vous pouvez rentrer, on va vous emmener voir Ukai.

Le garde à l'intérieur leur ouvrit la porte pour les laisser entrer. Akaashi sentit la main de Bokuto trouver la sienne et la serrer très fort. Il la serra en retour, un peu ému. Il avait le coeur agité et il était tout tremblant d'excitation. Traverser la porte, mettre un pied à l'intérieur du camps, cela lui laissa une impression toute particulière. Comme une sorte de picotement dans tout le corps.

A ce moment, c'était comme si soudain, un poids immense était retiré de ses épaules. Un poids affreusement lourd qu'il portait depuis le début de l'épidémie. Depuis qu'il s'était retrouvé seul et qu'il avait comprit que rien ne serait plus jamais comme avant, et que sa vie ne tiendrait plus qu'à un fil désormais.

C'était le poids de l'angoisse de risquer la mort à chaque instant qui le libérait.

Et c'était incroyablement bon. Cela le laissait presque étourdi. Il avait presque oublié ce que cela faisait de se sentir en sécurité. Tout un orchestre d'émotions s'agitaient en lui, jouaient une mélodie puissante, vibrante. Les tambours de son coeur étaient déchaînés. Une montée d'adrénaline le faisait frémir, et il ne lâchait plus la main de Bokuto.

Tanaka et Ennoshita en tête de leur groupe, ils traversèrent la zone sécurisée pour rejoindre l'hôtel qui en était apparemment le coeur. Akaashi prit soin d'observer chaque détail de ce qu'il voyait. A l'extérieur, ils avaient principalement croisé des personnes armées, et Ennoshita leur avait expliqué que c'était parce que le couvre-feu n'était pas encore levé.

Mais une fois à l'intérieur de l'hôtel, tout était différent.

Il y avait des gens. Un monde incroyable dans le vaste hall d'entrée.

Il y avait des personnes qui discutaient ou lisaient, installés sur des banquettes, il y avait des enfants qui couraient et qui riaient. Il y avait du bruit, un brouhaha incroyable, assourdissant pour des oreilles qui avaient été habituées au calme du monde au dehors. Tout la vie ici contrastait brutalement avec ce qu'était devenu l'extérieur silencieux, déserté et apocalyptique.

C'était un peu déstabilisant.

Akaashi chercha à accrocher le regard de Bokuto, mais ce dernier était trop occupé à être ébahi, lui aussi. Il tourna la tête de l'autre coté et croisa les yeux de Kuroo. Ils échangèrent un court regard qui n'avait pas vraiment de sens. Leurs pupilles pétillaient, mais au fond des iris de Kuroo, Akaashi vit une sorte d'inquiétude qui décida sciemment d'ignorer.

A leur passage, de nombreuses personnes s'arrêtèrent pour les dévisager. Sans doute que tous les habitants du camp se connaissaient plus ou moins. Leurs visages inconnus devaient se remarquer facilement. Akaashi les ignora aussi. Lorsqu'ils pénétrèrent dans la cage d'escalier, le poids des regards insistants disparut et il souffla profondément, réalisant qu'il avait arrêté de respirer.

— Comment est-ce qu'il est, votre chef ? demanda Kuroo alors qu'ils entamaient la troisième volée de marches, après un long silence général.

— Ukai ? fit Tanaka. Si j'étais vous, j'le mettrais pas en colère. Il est plus tout jeune mais il a encore de l'énergie.

— Il est plutôt intimidant, compléta Ennoshita. Et très strict.

— Est-ce que vous savez ce qu'il va faire de nous ? demanda alors à son tour Akaashi.

— Difficile à dire, soupira Ennoshita. Mais vous n'avez pas à vous inquiéter. Il est sévère, mais c'est pas quelqu'un de mauvais.

— Ouais, perso j'ai vu des gens très bien devenir mauvais depuis le début d'ce merdier, feula Kuroo, les sourcils froncés et l'air très peu convaincu.

Personne ne répondit à cette remarque, et ils grimpèrent ainsi cinq étages. Apparemment, ils disposaient d'un groupe électrogène qui alimentait tout le camp, mais ils n'utilisaient l'ascenseur qu'en dernier recours. Lorsqu'ils arrivèrent en haut, ils étaient tous essoufflés et s'autorisèrent une minute pour souffler avant d'entrer dans la première pièce à leur gauche.

Ce qui avait dû un jour être une chambre semblait avoir été transformé en une sorte de salle de commandement. Il y avait une vaste table au centre, sûrement récupérée du restaurant de l'hôtel, avec un plan, sans doute celui du camp. Il y avait de vieux écrans de surveillance et une autre table, contre un mur, sur laquelle étaient posées plusieurs armes de différents types.

Dans la pièce, ils découvrirent également quatre personnes qui les regardèrent entrer avec des airs méfiants.

— Ukai-san, commença Ennoshita d'un ton formel. Ce sont les trois individus qu'on a trouvés dans la banlieue.


Je crois que c'est en écrivant la première scène de ce chapitre que j'ai commencé à sérieusement shipper Kuroo et Akaashi... help.

J'espère que ça vous a plu en tout cas ! Encore pas mal de fluff arrive, pour compenser les problèmes qui vont commencer à sérieusement se faire ressentir... ~

A bientôt !