Hey hey heeey !

Je suis désolé du retard que j'ai pris ! A chaque fois je me disais "hey faut que je poste le chapitre!" et puis "nah je le ferai plus tard..." et voilà où on en est arrivé ! Et puis je me suis pas senti très très bien ces derniers temps... sombre histoire.

Bref, du coup pour me rattraper, je poste ce chapitre et le suivant en même temps ! J'espère qu'ils vous plairont.

Bonne lecture !


Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 6

L'un des hommes qui étaient présents devait avoir une bonne soixantaine d'années. Il avait les cheveux gris, courts, le regard étroit et inquisiteur, du genre qui vous transperce et vous laisse mal à l'aise. Il avait une aura imposante, presque écrasante. Il imposait un respect évident aux autres individus dans la pièce.

Cela devait être lui, Ukai.

Akaashi se dressa de toute sa hauteur, digne. Kuroo en fit de même, debout à sa gauche. Bokuto, qui était incroyablement silencieux depuis qu'ils avaient été emmenés par Tanaka et Ennoshita, avait l'air un peu plus désinvolte.

En réalité, il avait l'air totalement absent, et ce depuis déjà trop longtemps pour que cela n'inquiète pas Akaashi. Il avait déjà eu des moments de silence où il se refermait sur lui-même et ne parlait plus, mais cela n'avait jamais duré aussi longtemps, aussi loin qu'Akaashi s'en souvenait.

Malheureusement, il n'avait pas le temps de s'occuper de cela pour l'instant. Un problème à la fois. Il devait pour lors se concentrer pour se retenir de baisser le regard face à l'écrasante pesanteur que les yeux d'Ukai avait posés sur eux lui imposait.

L'homme les toisa dans un silence glacial pendant ce qui sembla durer une éternité. Akaashi commençait à se demander s'il n'était pas muet. Pourquoi avait-il besoin de les jauger du regard pendant si longtemps ? Était-ce une sorte de technique d'intimidation ? Si c'était le cas, et bien c'était efficace.

Le regard de cet homme était pire que tout.

Lorsqu'il finit par parler, le timbre grave et menaçant de sa voix résonna dans tout le silence de la pièce, désagréable aux oreilles d'Akaashi.

— Vos noms.

Ils déclinèrent leurs identités chacun leur tour, calmement. S'en suivit une autre minute silencieuse durant laquelle Ukai continua de les détailler des yeux, comme si connaître leurs noms lui donnait accès à d'autres informations s'il les regardait encore.

— Vous venez d'où ? demanda-t-il encore avec autorité.

— Tokyo, répondit Kuroo avant qu'Akaashi n'ait le temps de parler.

— Vous êtes infectés ?

Akaashi manqua de s'étrangler avec sa propre salive tant la question le prit de court. Comment cet homme pouvait-il leur poser cette question avec tant de naturel, et de front de la sorte, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps ? C'était un sujet qu'on n'abordait pas à la légère.

— Non, se contenta-t-il de répondre, tachant de se montrer le plus confiant et convainquant possible.

Ukai braqua alors son regard sur Akaashi. Sur lui en particulier, alors que jusqu'à présent, il avait baladé ses yeux sur eux trois. Il regarda Akaashi avec profondeur, et un air de défi dans les iris.

Akaashi se figea, et il sentit une sueur froide lui couler dans la nuque quand il vit Ukai venir jusqu'à lui, le pas douloureusement lent. Le temps qu'il se retrouve devant lui, c'était comme si une éternité s'était écoulée. Lorsque le son de ses chaussures sur le sol se tut, que le silence absolu revint, et que son visage n'était plus qu'à une trentaine de centimètres de celui d'Akaashi, menaçant et asservissant, Akaashi se rendit compte qu'il avait même arrêté de respirer.

Et là, Ukai parla encore, d'une voix basse qui envoya courir un frisson dans tout son corps, tandis que son coeur s'emballait.

— Et pourquoi je devrais te croire ?

Cette simple question, comme une vicieuse piqûre de rappel, raviva dans l'esprit d'Akaashi leur rencontre avec Kuroo. A ce moment-là, il lui avait dit à peu près la même chose. Chacun voulait vivre, quoi qu'il en coûte. Alors personne n'avouerait avoir été en contact avec les fluides d'un infecté. Ce serait signer son arrêt de mort immédiat. Le pistolet qu'Ukai portait à la ceinture n'était pas des plus engageant non plus.

Akaashi réalisa alors brusquement comme on était vulnérable lorsque l'on se retrouvait dans le rôle de celui dont on doute. Il se rendit compte de combien c'était déstabilisant, de combien c'était effrayant, car au fond, c'était vrai. Il n'y avait aucune garantie qu'il ne mente pas. Et Ukai pourrait décider de ne pas lui faire confiance et de les renvoyer tous les trois dans le monde cruel au dehors de la colonie.

Il se rendit compte de combien c'était angoissant et cruel, et il se demanda si Kuroo s'était senti comme ça lorsqu'ils l'avaient sauvé. Est-ce qu'il avait peur qu'Akaashi refuse qu'il les accompagnent ? Après tout, il s'était montré vraiment froid et méfiant envers lui. Alors face à sa réticence de le laisser venir, Bokuto avait dû apparaître comme une sorte de sauveur. Il avait été la voix de la douceur, plein de son grand altruisme inaltéré.

S'il n'avait pas été là, Akaashi aurait laissé Kuroo mourir sans plus de remords.

— On n'a que notre parole à vous offrir, intervint alors soudainement Kuroo.

Sa voix grave, haute et ferme, dans laquelle ne transparaissait pas la moindre pointe d'intimidation, sembla ramener Akaashi à la réalité, le sortant de ses réflexions. Il tourna la tête pour découvrir que son camarade s'était approché, comme dans l'idée de s'interposer pour protéger Akaashi. Ukai le regardait maintenant lui, et lui, maintenait son regard avec fierté et arrogance. Il n'avait pas peur de lui, ou du moins jouait celui qui n'a pas peur.

Kuroo était quelqu'un de courageux.

En le voyant ainsi prendre sa défense, à lui qui avait été si rustre et si odieux avec lui, il se sentit coupable de l'avoir si mal jugé au départ. Finalement, Kuroo était comme eux ; un jeune adulte, tout juste majeur, qui avait perdu les personnes qui lui étaient chères avec cette épidémie infernale, et qui voulait survivre, pour lui-même et en leur mémoire.

Ukai et Kuroo se défièrent du regard pendant un certain moment, mais cette fois, l'aura qui émanait de Kuroo était presque aussi forte que celle du chef du camp. Ni l'un ni l'autre ne baisserait le regard. Pourtant, Akaashi remarqua que les poings serrés de Kuroo tremblaient.

Et aussi curieux que cela puisse sembler, soudain, Ukai étira un sourire. Pas un rictus qui lui fendit le visage d'une oreille à l'autre, mais une légère mimique amusée.

— Tu as du cran toi, fit-il, et son ton était tellement plus léger que quelques instants plus tôt.

Il fit un pas en arrière et tourna la tête pour regarder Akaashi et Bokuto. Il avait l'air moins dur, la pesanteur de la pièce s'était un peu allégée. Akaashi s'autorisa à respirer pleinement, un peu soulagé.

— Je m'appelle Ukai Ikkei, se présenta-t-il finalement. C'est moi qui suis à la tête de ce camp. Et c'est moi qui décide de qui peut rester et qui doit repartir.

Akaashi déglutit. Il pria intérieurement pour qu'on les laisse rester.

— On manque de place ici, et on ne peut pas se permettre d'ajouter au surnombre vu que nos provisions sont très limitées, continua-t-il sérieusement. Alors on ne pourra pas vous garder.

Le coeur d'Akaashi s'arrêta de battre l'espace d'un instant. Non, c'était impossible. Ils étaient pourtant si proches du but.

— Cependant, reprit Ukai. On n'est pas des monstres, et je vais pas vous renvoyer dehors.

Le soulagement revint. Cependant, une question demeurait : dans ce cas, qu'allait-il faire d'eux ?

— On est en relation avec un autre camp plus au sud. Plus grand, plus sécurisé. On leur envoie parfois des gens quand on commence à manquer de place. C'est le vieux Nekomata qui le gère. On doit leur envoyer une dizaine de personnes dans 3 jours — vous pourrez vous joindre au convois.

— Est-ce que dans cet autre camp, on pourra rester ? s'enquit immédiatement Akaashi. Est-ce qu'on pourra s'y installer ?

— C'est l'idée, oui.

— Dans ce cas c'est d'accord !

— Je n'vous demandais pas votre avis de toute façon, ricana Ukai. C'est soit ça, soit on sera obligé de vous exclure. Bien sûr, vous serez logés jusqu'au départ. Cependant, vous allez devoir faire un séjour en salle de quarantaine afin qu'on soit sûrs que vous ne représentez pas un danger de contamination. Vingt-quatre heures.

Les trois garçons acquiescèrent, et après cela, Ukai ordonna à Tanaka et Ennoshita de les conduire en quarantaine, puis de reprendre leurs postes. Ils quittèrent ainsi la salle de commandement pour gravir encore trois étages.

Pendant qu'ils montaient les marches de la cage d'escalier, Tanaka faisait la conversation.

— Je pensais pas qu'il serait aussi cool avec vous, disait-il comme s'il était réellement surpris.

— Parce que là, il était "cool" ? demanda Kuroo en tirant une légère grimace.

Tanaka et Ennoshita échangèrent un regard qui semblait en dire long.

— Carrément ouais ! Une journée de quarantaine à peine ? Il vous gâte carrément ! Et il a pas parlé de boulot ? Si ça se trouve, il vous fera même pas travailler pendant que vous êtes là ! Il a dû avoir un bon feeling avec vous...

— Eh bah si ça c'est un bon feeling, qu'est-ce que c'est quand il peut pas piffer quelqu'un...

— Il est toujours aussi... intimidant ? demanda Akaashi.

— Bah, nous, on l'a toujours connu comme ça. Mais on a entendu des rumeurs, expliqua Ennoshita. Apparemment, il était moins bourru, avant. L'épidémie, ça nous a tous changés.

— Il paraît que son petit-fils a été infecté, et qu'il a été obligé de le tuer lui-même, continua Tanaka avec sur le visage l'air de quelqu'un qui raconte une histoire de fantômes.

— C'est horrible... fit alors Bokuto.

L'entendre finalement rouvrir la bouche surprit tellement Akaashi qu'il le regarda avec des yeux comme des soucoupes. Lui qui avait été tellement, tellement silencieux jusqu'à maintenant... Il marchait derrière eux, regardait ses pieds, il avait la mine fermée et l'air incroyablement triste. A quoi pouvait-il bien penser depuis tout à l'heure, qui le rende si silencieux et lui donne l'air si déprimé ?

Akaashi ralentit un peu afin de se retrouver à l'arrière avec lui. Il voulut lui prendre la main, mais il avait les poings fermement serrés. Cela lui fit un peu mal au coeur de le voir comme ça. Il ne supportait pas, ne supporterait jamais de voir Bokuto dans cet état.

— Est-ce que ça va ? demanda-t-il quand bien même il savait que cela n'allait pas.

Tel un jeune enfant qui boude, Bokuto répondit en secouant vaguement la tête, refusant obstinément de regarder son interlocuteur. Alors Akaashi, comme une grande personne s'adressant à un bambin, parla encore, d'une voix douce et engageante. Et peut-être que plus tard, Bokuto lui en voudrait en disant qu'il ne l'avait encore pas prit au sérieux en le traitant comme un enfant, mais ce serait un problème pour le future lui.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il. Tu n'es pas heureux ? On est enfin en sécurité ! On y est presque, bientôt on pourra rejoindre l'autre camp et on pourra enfin retrouver un vie presque normale !

Bokuto haussa les épaules.

Akaashi décida de changer de tactique en lui faisant miroiter tout ce qu'ils allaient retrouver lorsqu'ils seraient installés dans l'autre camp.

— Tu imagines comme ça sera bien quand on pourra faire la sieste et paresser toute l'après-midi sans se préoccuper de rien ? On pourra sûrement prendre de vraies douches et avoir des vêtements propres ! Et je suis sûr qu'on pourra trouver un ballon de volley. Tu voudras bien me montrer comment tu joues ? J'en ai fait un peu au lycée mais je suis sûrement rouillé, tu pourras me réapprendre à jouer, hein ? Qu'est-ce que tu en penses ?

Cette fois-ci, comme s'il ne l'avait même pas écouté, Bokuto l'ignora totalement.

— Dites, fit-il à l'attention de leurs deux guides. Qui est-ce qui s'occupe de faire passer les gens d'un camp à l'autre ?

Akaashi resta muet, interdit devant le comportement de Bokuto. Il venait de l'ignorer de la façon la plus frontale et violente qui soit.

Pourquoi ?

Et pourquoi posait-il maintenant cette question ?

Il y avait définitivement quelque chose qui n'allait pas avec lui, et cela ne pouvait pas durer. Il ne fallait jamais laisser une situation bizarre s'installer. Akaashi était déterminé à tirer l'attitude de son ami au clair.

— Pourquoi ça t'intéresse ? demanda Tanaka. Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?

Ils venaient de sortir de la cage d'escalier et avançaient maintenant dans un couloir désert, leurs pas légers et silencieux sur la moquette bleue nuit.

— J'aurais quelque chose à demander à cette personne.

— Quelque chose à lui demander ? répéta Tanaka en haussant dramatiquement un sourcil. Tu l'connais même pas !

— Je veux savoir s'il a fait passer une personne en particulier, avoua alors Bokuto.

Et Akaashi fit immédiatement le lien.

Il cherchait sa soeur. Il voulait savoir si sa soeur était passée par là, s'il pourrait la retrouver dans l'autre camp. Il voulait savoir si elle était vivante, si elle était saine et sauve.

Ils s'étaient arrêtés devant une porte au fond du couloir. Ennoshita la déverrouilla et ils entrèrent tous dans une chambre qui avait été vidée de tout ses meubles. Il y avait deux matelas posés au sol avec leur literie, et une table basse entourée de coussins.

— Qui est-ce que tu cherches ? s'enquit alors Ennoshita qui avait l'air plus disposé à écouter que son collègue.

— Ma petite soeur, expliqua Bokuto. Elle a 8 ans, elle est grande à peu près comme ça (et il indiqua une taille avec la main) elle a les cheveux noirs coupés au carré, des yeux noisette, et elle est sûrement avec une peluche en forme de hibou.

— Oh bien sûr, fit Tanaka d'un ton moqueur. C'est sûr que des petites japonaises avec des cheveux noirs et des yeux marrons on n'en voit jamais, ça se reconnait facilement !

— Tanaka, gronda Ennoshita en lui jetant un regard mauvais.

— Désolé mon gars, mais si tu crois qu'il va se souvenir de ta soeur, j'peux te conseiller d'oublier. Il a fait passer beaucoup trop de gens pour se souvenir de tout le monde.

— Et si t'allais m'attendre dans le couloir ? fit alors Ennoshita en poussant l'autre garde hors de la pièce.

Ce dernier renâcla un peu, mais il finit par obéir. Ennoshita souffla avant de relever les yeux vers Bokuto. Ce dernier faisait un peu peine à voir, avec ses grands yeux ronds brillant comme s'il allait se mettre à pleurer, et son air désespéré. Akaashi avait envie de le prendre dans ses bras pour le réconforter, mais il n'était pas sûr que ce soit ce dont il avait vraiment besoin à cet instant.

— Ecoute, reprit Ennoshita. Je peux essayer de demander si tu veux. Comment s'appelle ta soeur ?

— Mitsuha, répondit tout bas Bokuto. Bokuto Mitsuha.

— Mitsuha, répéta Ennoshita, et il dessina un petit sourire encourageant. Je vais voir ce que je peux faire. En attendant, reposez-vous. On a l'eau courante mais limitée, alors ne traînez pas dans la douche. On passera vous amener à manger tout à l'heure.

Tout en parlant, il avait rouvert la porte de la chambre, prêt à repartir.

— Merci beaucoup, fit Kuroo, parlant pour eux trois.

Ennoshita hocha simplement la tête d'un geste entendu, et puis il disparut. La porte se referma, et ils entendirent qu'on la verrouillait. Ils restèrent tous les trois immobiles et silencieux pendant quelques secondes, attendant que les deux gardes repartent bien.

Finalement, c'est Bokuto qui bougea le premier. Il jeta son sac sur le sol, s'extirpa de sa veste et de ses chaussures, et abandonna le tout là, au milieu du passage, avant de faire quelques pas dans la chambre. Il ouvrit une porte, et s'engouffra sans un mot dans la pièce qui se trouvait là. La salle de bain, sans aucun doute. Après son départ, Kuroo et Akaashi échangèrent un regard.

— On devrait pas essayer de lui parler ? demanda Kuroo.

Akaashi haussa les épaules, défait.

— J'en sais rien, soupira-t-il. Bokuto est imprévisible.

— Il a vraiment pas l'air en forme...

— C'est vrai, il a vécu pas mal de choses. Il doit avoir besoin de faire un point.

Ils entendirent le son caractéristique de l'eau de la douche, et en frémirent presque. Ils n'avaient pas entendu ce son depuis longtemps. Ils n'avaient pas profité d'une véritable douche depuis longtemps. Et très honnêtement, la perspective de se laver était merveilleuse.

— Tu crois que sa soeur est dans l'autre camp ? insista Kuroo.

Il avait l'air tracassé, et inquiet pour Bokuto. Curieusement, cela agaça un peu Akaashi. Était-ce parce qu'il était jaloux ? Parce qu'il avait été jusqu'à présent le seul à s'inquiéter pour Bokuto et à le protéger ? C'était possible. Un peu bête, mais probable. Il voulait peut-être, au fond, être la seule personne dont Bokuto avait besoin.

— Comment je pourrais savoir ? fit-il avant d'à son tour poser son sac, sa veste et ses chaussures.

Il s'éloigna de Kuroo qui le regarda faire sans rien dire, et s'approcha de la fenêtre de la chambre. S'il ne se trompait pas, ils étaient au huitième étage de l'hôtel. De la fenêtre, ils avaient une vue vraiment vaste. Du huitième étage de cet hôtel sécurisé, ils étaient en sécurité. C'était un drôle de sentiment, soudain. L'impression d'être retranché dans une tour d'ivoire au milieu d'un enfer. Le sentiment d'être intouchable alors que juste quelques heures auparavant, ils risquaient encore la mort à chaque seconde.

Aussi loin qu'il voyait, Akaashi ne trouva rien. Les bâtiments en contrebas lui cachaient la vue de la plupart des rues, aussi il ne pouvait voir si des infectés traînaient aux alentours du camp. Sûrement que non. Il y avait l'autoroute, au loin. Il distinguait vaguement des carcasses de voitures abandonnées, mais plus aucune ne il y en avait. Des infectés. Cinq ou six, il les distinguaient à peine. Ils erraient misérablement le long de l'asphalte.

Ils n'étaient pas si loin que ça, en réalité. Un frisson le parcourut. Ils avaient marché sur cette même autoroute la veille.

Il chercha à voir un peu plus loin, derrière les champs qu'on n'entretenait plus et les routes sinueuses. Il se demandait s'il pouvait voir l'autre camp, d'ici. On ne leur avait pas dit à quel point il était éloigné. Mais il ne vit rien, alors peut-être qu'il était très loin. Peut-être qu'il leur faudrait plusieurs jours de marche pour y arriver.

Enfin, cela n'avait pas vraiment d'importance. Que représentaient quelques jours après les longs mois qu'ils avaient passé à survivre dehors. A la clé, il y avait une vie meilleure. Alors ce n'était rien.

Lorsque Bokuto sortit de la salle de bain, il portait un pyjama d'hôpital et séchait distraitement ses cheveux avec une petite serviette blanche. Il avait toujours l'air d'avoir la tête ailleurs, et Akaashi se demandait sérieusement s'il devait essayer de lui parler.

Kuroo s'était assoupi sur l'un des matelas sur le sol entre temps, alors c'est Akaashi qui prit la salle de bain en deuxième. Il parlerait à Bokuto plus tard. Pour l'instant, il se sentait incroyablement las et fatigué. La salle d'eau était petite, blanche et lumineuse. Il y avait un meuble dans lequel il trouva d'autres serviettes et d'autres pyjamas d'hôpital. Dans la cabine de douche, il y avait un gel douche et un shampooing de l'hôtel.

Lorsqu'Akaashi frotta ses cheveux, l'eau qui coula dans le siphon était vaguement marronâtre. La sensation de chasser de son corps toute la crasse des longues heures de marche, des squats dans des endroits abandonnés et des douches qu'il n'avait pas pu prendre pendant les mois précédents était le sentiment le plus satisfaisant qui soit au monde. L'odeur fruitée du savon était merveilleusement agréable. Et la sensation de l'eau chaude coulant sur son corps meurtri était délicieuse.

Lorsqu'il ressortit de la salle de bain, il se sentait léger, détendu comme il ne l'avait pas été depuis longtemps. Il trouva Bokuto qui regardait par la fenêtre, et Kuroo, toujours allongé sur le matelas, mais éveillé, qui l'observait.

— Tu peux aller prendre une douche, dit-il à son attention, en s'approchant de lui.

Kuroo leva un oeil paresseux sur lui, et il hocha simplement la tête. Il se leva, et passa devant lui sans dire un mot pour aller s'enfermer dans la petite pièce adjacente.

Maintenant qu'il était seul avec Bokuto, Akaashi décida que c'était le moment pour lui parler.

— Est-ce que ça t'a fait du bien de prendre une douche ? demanda-t-il pour engager la conversation, tout en s'asseyant là où Kuroo se trouvait un instant plus tôt.

— Oui, répondit Bokuto sans se retourner.

— C'est merveilleux qu'on soit là, pas vrai ? continua Akaashi en dessinant un petit sourire. Je ne pensais pas que je pourrais un jour être tellement heureux juste de prendre une douche !

— Hm...

Il n'avait pas l'air très réceptif. En temps normal, lui qui était si lumineux et qui s'enthousiasmait de tout, aurait expliqué en long et en large comme il se sentait bien après s'être lavé, comme c'était fabuleux qu'ils soient là. Il aurait commenté le complexe de sécurité du camp (il l'aurait sans doute qualifié de "super cool!").

En temps normal, Bokuto aurait parlé.

Mais là, il restait incroyablement silencieux.

— Tu penses à ta soeur ? finit alors par demander Akaashi.

Puisque essayer d'amener la conversation tranquillement n'avait pas l'air très fructueux, autant y aller de front. Il vit que Bokuto se tendit à sa question, il vit ses muscles se bander juste sous sa peau. Un silence flotta. Désagréable.

— Oui, répondit finalement Bokuto.

— Tu t'inquiète pour elle, pas vrai ?

— Je voudrais être sûr qu'elle va bien...

C'est alors seulement là qu'il se retourna pour regarder Akaashi. Il avait les cheveux en pétard, encore humides de la douche, les yeux rougis et les lèvres tremblantes. La tristesse et l'inquiétude étaient incroyablement vives dans son regard doré. Akaashi eut mal au coeur.

— Je voudrais la voir... continua-t-il d'une voix qui se brisait.

Et alors Akaashi, comme il était tellement vulnérable en face de Bokuto, comme le voir dans cet état le blessait tellement, et qu'il avait tellement envie de le voir sourire et aller bien, parla de la voix la plus rassurante qu'il avait en réserve :

— Tu vas la revoir. Je te le promets.

Et faire cette promesse était tellement, tellement cruel. Il ne pouvait pas en être sûr. Il y avait le risque que Mitsuha ne soit pas dans l'autre camp, il y avait le risque terrible qu'elle soit déjà morte, et alors Akaashi promettrait à Bokuto qu'il reverrait un fantôme. Mais il souhaitait sincèrement qu'il puisse revoir sa petite soeur. Il souhaitait qu'il puisse revoir ses parents aussi.

Il souhaitait pour Bokuto une fin heureuse, même dans un monde malheureux, car il le méritait.

— Tu peux pas en être certain, souffla douloureusement Bokuto.

— Non, c'est vrai, admit alors Akaashi.

Et il se releva.

Et il s'avança vers Bokuto.

Et quand il fut tout devant lui, tout proche, regardant droit dans ce regard magnifique que la douleur souillait à ce moment-là, le coeur bondissant furieusement dans la poitrine parce qu'il aimait tellement ces pauvres yeux, il sourit. Il sourit pour lui-même, sourit pour eux deux, sourit pour Mitsuha. Il sourit pour le monde entier. Il sourit pour Kuroo, pour tous ceux qui croyaient encore. Un sourire pour tous les survivants, mais surtout et par dessus tout, un sourire pour lui — pour Bokuto qu'il voulait voir sourire aussi.

Il prit ses mains, les enferma dans les siennes. Et il les serra ; il voulait lui transmettre un peu de l'espoir qu'il s'efforçait d'avoir, le maigre espoir qu'il avait rassemblait et qu'il conservait précieusement, qu'il voulait préserver.

— Il faut qu'on continue d'y croire, dit-il du fond du coeur.

Alors les yeux de Bokuto brillèrent, ses joues s'enflammèrent, et tout autour de lui sembla se mettre à irradier de quelque chose de doucement chaleureux.

Alors sur ses lèvres se peignit un sourire.

Bokuto était un peu comme un enfant avec ses sautes d'humeur. Il fallait le laisser bouder un peu, le laisser rester dans son coin, un peu. Et puis il fallait aller lui parler. Il fallait être doux avec lui, lui dire les choses et le rassurer. Il fallait l'encourager et le pousser un peu. C'était un garçon très bien, mais pétri d'insécurités et de peurs qui parfois l'empêchaient d'avancer, et le faisaient se renfermer sur lui-même.

Akaashi aimait à penser que dans ses moments-là, il était le seul à pouvoir l'aider à se rouvrir. Il aimait à penser qu'il était le seul à pouvoir lui prendre gentiment la main, à pouvoir lui sourire tendrement, et à pouvoir l'aider à faire un pas en avant. C'était un doux sentiment, celui d'être important pour lui.

— Attend, regarde ! fit-il soudain en se souvenant brusquement de quelque chose.

Il lâcha les mains de Bokuto et se pressa jusqu'au sac que ce dernier avant abandonné au milieu du passage. Il l'ouvrit rapidement, fourragea dedans pendant quelques secondes, et revint vers Bokuto avec quelque chose dans les mains. Souriant, il lui tendit la peluche de chouette qu'ils avaient trouvée avant de rencontrer Kuroo.

— Tu as voulu qu'on l'appelle Ki, tu te souviens ? demanda-t-il d'une voix légère. Ki, avec le kanji de 'espoir'. Tu ne voudrais pas décevoir Ki en perdant espoir, pas vrai ?

Bokuto, l'air hébété, cligna des yeux plusieurs fois sans rien dire. Sans doute qu'à cet instant, d'eux deux, c'était Akaashi qui avait le plus l'air d'un enfant. Le silence perdura une dizaine de secondes.

Et alors sans prévenir, Bokuto se mit à rire.

Il explosa d'un rire cristallin, sincère. Un rire qui venait de tout au fond de lui. Il riait à pleins poumons, comme quelqu'un qui riait pour le première fois depuis des années. Il riait comme quelqu'un qui était heureux pour la première fois de sa vie. Et Akaashi, bêtement, sans même savoir pourquoi, emporté par lui, se mit à rire aussi.

Et comme deux idiots, ils restèrent là, debout face à l'autre, riant de tout leur coeur, riant toute leur âme, colorant soudain tout leur monde de la musique improbable qu'était leurs deux rires enlacés.

C'était la parenthèse dont ils avaient besoin. Bokuto avait de nouveau l'air enjoué, avait retrouvé sa lumière.

Lorsqu'il eut calmé son fou-rire, il prit Ki, qu'Akaashi lui avait tendu, et regarda dans les billes qui servaient d'yeux à la peluche.

— Tu sais, je crois que Mitsuha adorerait Ki, dit-il alors. Quand on l'aura retrouvée, tu crois qu'on pourrait lui donner ?

— Oui, c'est une excellente idée, répondit Akaashi tout en essuyant une larme que son fou-rire avait fait perler au bord de son oeil.

Ils échangèrent un regard.

Les choses semblaient être rentrées dans l'ordre, pour le plus grand bonheur d'Akaashi qui se réjouissait de voir Bokuto lui sourire.

Quand Bokuto lui souriait comme ça, avec l'air heureux, les yeux pétillant joyeusement, Akaashi avait envie de l'embrasser, et il se demandait un peu si c'était normal qu'il ressente cela. Il se rappelait de ce que Kuroo lui avait dit, et il se posait des questions. Peut-être qu'il était un peu amoureux de Bokuto, au fond.

Peut-être que lorsque tout irait mieux, lorsqu'ils auraient rejoint l'autre camp, qu'ils seraient bien installés là-bas, qu'ils auraient retrouvé Mitsuha, alors peut-être qu'il pourrait réfléchir un peu mieux à ce qu'il ressentait. Peut-être qu'il pourrait dire à Bokuto qu'il l'aimait, et peut-être qu'ils pourraient vivre heureux ensemble pour toujours.

Peut-être.

— Vous avez l'air de bien vous amusez, parla alors une voix derrière eux, et qui leur rappela soudain qu'ils n'étaient pas seuls.

Kuroo était revenu de la salle de bain, torse nu et une serviette autour du cou. Il les regardait, l'oeil amusé, le sourire au lèvres. Il échangea un regard plein de mots avec Akaashi. Un regard qui voulait dire "tu lui as parlé finalement" et "je suis content de voir qu'il va mieux, merci".

— Eh Kuroo, est-ce que je t'ai déjà présenté notre mascotte ! s'exclama Bokuto en bondissant jusqu'à lui, Ki dans les mains.

— Je ne crois pas, non.

— Elle s'appelle Ki, et ça s'écrit avec le kanji de 'espoir'. Je l'ai trouvée avant qu'on te sauve, elle était

Et il partit dans une explication à la Bokuto, pleine de grandes phrases, pleine d'intonations excessives, pleine de sourires et d'yeux brillants. Et Kuroo souriait en l'écoutant parler. Et Akaashi les regardait tous les deux, et il sentait que son coeur était rempli de la douce chaleur qui nous touche pendant les moments où l'on est simplement heureux.

A ce moment, Akaashi était simplement heureux.

Il songea qu'il voudrait que ce bonheur simple, celui de voir Bokuto heureux, de voir Kuroo sourire, d'être en sécurité ensemble, dure toujours.


Nos survivants sont finalement en sécurité, et ils vont pouvoir vraiment se reposer ! mais pour combien de temps... ?

J'espère que vous avez aimé, et j'attends vos avis avec excitation !

A bientôt !