Hey hey heeey !
Comme promis, ce chapitre est posté en même temps que le précédent. Le problème d'une fiction qui était à la base écrite comme un très long one-shot, c'est que parfois, je ne sais pas où couper les chapitres, et certaines me semblent incroyablement plats... j'espère qu'ils ne vous ennuient pas trop !
Bonne lecture !
Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 7
Comme ils étaient coincés dans cette chambre pour vingt-quatre heures, ils durent trouver à s'occuper comme ils le pouvaient.
Peut-être une heure après leur arrivée, une personne était venue leur porter à manger. Ils ne l'avaient même pas vue. La porte s'était ouverte l'espace d'un instant, juste pour laisser entrer un petit porte plateaux à roulettes, puis elle s'était refermée, et le verrou avait été réenclenché.
Ils avaient trouvé trois repas rationnés, ainsi qu'un jeu de cartes.
On avait dû se douter qu'ils risquaient de tourner en rond dans cette chambre qu'on avait vidée de tous ses meubles et de toute distraction. Alors ils avaient englouti leur repas (Akaashi, qui n'avait pas beaucoup d'appétit, avait laissé Bokuto finir son plat) et ils s'étaient installés sur les matelas pour faire une bataille. Puis deux. Plus trois. Lorsqu'ils commencèrent à se disputer parce que Bokuto soutenait que Kuroo avait triché, tandis que ce dernier assurait que c'était Akaashi le tricheur, ils décidèrent de faire une pause.
Un longue pause.
Pour passer le temps, Bokuto se mit à compter le nombre de planches qui composaient le parquet de la chambre, Akaashi s'assit contre le mur pour lire un roman qu'il avait trouvé quelques temps plus tôt, et peu de temps après, Kuroo avait réussi à le convaincre de le laisser lui faire des tresses dans les cheveux. Alors il s'était installé derrière lui, Akaashi assit en tailleur entre ses jambes, pour jouer avec ses mèches.
Après tout juste une trentaine de minutes, il avait la tête pleine de petites tresses qui lui donnaient l'air parfaitement ridicule. Cela fit beaucoup rire Bokuto et Kuroo. Cela fit rire Akaashi aussi, mais en secret, car il devait garder son sérieux pour faire semblant d'être agacé de ce que Kuroo avait fait de son style capillaire.
Entre temps, Bokuto avait compté 64 planches de parquet emboîtées les unes dans les autres.
Après ça, Kuroo avait défait une à une les tresses dans les cheveux d'Akaashi pendant que lui lisait à voix haute son livre pour distraire Bokuto. Ce dernier était venu s'installer près d'eux après avoir fini son comptage. Il avait posé sa tête contre les jambes d'Akaashi, la peluche de chouette serrée contre son torse, et avait fermé les yeux pour écouter les aventures incroyables des personnages du roman.
Ce moment de pure tranquillité était accueilli à bras ouverts. Du haut de leurs huit étages, les fenêtres fermées, ils n'entendaient rien de l'extérieur. Il n'y avait que la voix chaude et calme d'Akaashi qui emplissait la pièce, les gestes tendres de Kuroo dans ses cheveux, la respiration paresseuse et tranquille de Bokuto.
Ils auraient presque pu s'imaginer être chez eux par un dimanche banale où ils n'avaient envie de rien faire, pendant lequel ils pouvaient juste rester au lit à profiter d'une douce paresse qui leur était offerte. Ils n'avaient rien dont ils devaient s'inquiéter, rien dont ils devaient se soucier. Ils pouvaient simplement profiter de ce moment.
Et puis...
Ce devait être en début d'après-midi que des sons caractéristiques les sortirent brusquement de leur tranquille torpeur. Des coups de feu. Même d'ici, ils les entendirent tant ils résonnaient fort.
Des coups de feu étaient tirés.
Et c'était tout proche.
Immédiatement alertés, tous les trois se levèrent d'un bond, comme un seul homme, pour se précipiter jusqu'à la fenêtre. Ils voyaient, en bas, au bord du camp, les gardes courir, s'agiter. En bas, il y avait l'air de se passer quelque chose, mais cela devait se passer ailleurs. De leur fenêtre, ils ne voyaient que des hommes courir hors de leur champ de vision, leurs armes dégainées.
— Vous pensez qu'il se passe quoi ? demanda Bokuto.
— Une attaque d'infectés ? proposa Kuroo.
C'était effectivement le scénario le plus probable. Pour quelle autre raison les gardes se mettraient-ils à faire usage de leurs armes ? Il s'agissait soit d'une attaque d'infectés, soit d'une attaque de mercenaires.
Dans tous les cas, le camp était attaqué, et cela colla une peur atroce à Akaashi. Il sentit son coeur venir se tasser au fond de sa poitrine, et ses intestins se tordre. C'était comme s'il se rappelait soudain qu'ils n'étaient pas en sécurité ici non plus. Le camp n'était pas la forteresse imprenable qu'il aurait voulu qu'il soit. Dans ce monde, plus aucun endroit n'était sûr à 100% sur terre. Il y avait la mer, éventuellement. Mais on ne survivait pas longtemps en restant au large sans jamais revenir sur le sol.
Il se rappelait soudain que tous ses espoirs de vie paisible et heureuse n'étaient que des chimères. Même s'ils pouvaient exister dans une sûreté relative, ils ne seraient plus jamais à 100% en sécurité. Les infectés pourraient très bien, un jour, décider de tous s'allier pour attaquer le camp. Et alors ils ne pourraient rien contre eux, ils seraient trop nombreux. Ou bien les mercenaires, qui attaquaient tout le monde, même plus gros qu'eux, et qui avaient des bombes et toutes sortes d'armes, pourraient ne faire qu'une bouchée d'eux.
— Vous croyez que ça va aller ? demanda Kuroo, la mine soucieuse.
Et après avoir parlé, il se retourna vers la porte close de la chambre.
— On peut rien faire, enfermés ici...
Il n'y avait vraiment rien qu'ils pouvaient faire. Ils étaient vraiment enfermés dans une tour d'ivoire, isolés de tout. Ils étaient probablement seuls à cet étage de l'immeuble, et sans doute que personne n'aurait l'idée de venir les voir. Ne serait-ce que pour leur dire ce qui était en train de se passer.
Ils étaient seuls. Ignorant tout de la situation.
Et si le camp tombait ? Et si ce qui était en train d'attaquer avait raison des gardes ? Eux qui étaient enfermés ici, ils seraient faits comme des rats. Et du huitième étage, ce n'était pas comme si ils auraient pu passer par la fenêtre pour sortir.
C'était affreusement frustrant. Et terrifiant aussi.
Bokuto ouvrit la fenêtre en retenant son souffle. Immédiatement, le bruit assourdissant des balles qu'on tire se fit plus vif, ainsi que les cris. Des voix fortes hurlaient des mots qu'ils ne saisissaient pas, probablement des ordres. De là où ils étaient, ils ne voyaient plus rien désormais. Il restait une mince poignée de gardes à qui on avait sans doute demandé de garder leur position, qui n'avaient pas bougé, mais n'avaient de cesse de lancer des regards tout autour d'eux.
Le feu de l'action n'était pas ici.
C'était tellement, tellement frustrant.
— Putain, mais qu'est-ce qui se passe ! grogna Akaashi en serrant les poings.
Il pivota sur lui-même comme une furie et traversa la pièce à grandes enjambées jusqu'à la porte contre laquelle il frappa. Et il s'appliqua à tambouriner de toutes ses forces sur le pauvre panneau de bois qui n'avait rien demandé à personne. Il frappa, frappa. Avec les poings, avec les pieds.
— Eh ! appela-t-il de toute sa voix. Laissez-nous sortir bordel !
— Akaashi ! l'appela Kuroo. Ça sert à rien c'que tu fais !
— Dites-nous ce qui se passe ! continua tout de même de s'époumoner Akaashi.
Il était en colère.
Il avait peur.
Il avait dans la tête la vision de la matinée paisible qu'ils avaient passée, la vision de tout ce qu'il avait imaginé, tout ce qu'il avait espéré.
Il se sentait tout à coup totalement désemparé.
Et il détestait ça.
Le feu des balles qui fusent, les cris, la voix de Kuroo qui lui demandait de se calmer, ses propres poings frappant contre la porte, tous les sons se mélangeaient en une mélasse de bruits inintelligibles dans le fond de sa tête.
Et puis soudain, on l'arrêtait.
Soudain, deux mains fortes venaient saisir ses poignets, et on l'attirait. Tout son corps rentra en collision avec un autre, et il sentit qu'on l'enlaçait.
— Arrête, entendit-il prononcer tout contre son oreille.
Et il arrêta. Il sortit de sa transe paniquée. Il souffla profondément, et il s'abandonna aux bras de Kuroo. Il laissa sa tête retomber dans le creux de son cou, et le contact de sa peau fraîche parce qu'il était resté torse nu fit du bien à sa tête bouillonnante.
Pourquoi Kuroo arrivait-il à le calmer de la sorte ? Ce n'était pas la première fois.
— Ils viendront pas, ils ont d'autres choses à gérer, continua Kuroo d'une voix calme et apaisante. Alors calme toi ou tu vas encore t'évanouir.
C'est vrai qu'il se sentait un peu mal. Son coeur battait vite, il avait le souffle court et la tête qui tournait. Il avait l'impression que si Kuroo le lâchait, il tomberait au sol comme une pauvre poupée de chiffon. Il fallait qu'il arrête d'avoir des coups de sang comme ça, ça allait finir par le tuer.
Kuroo passa un bras autour de sa taille, et il l'aida à revenir sur le lit. Bokuto, resté près de la fenêtre, faisait passer rapidement son regard de l'extérieur à Akaashi, inquiet. Finalement, comme s'il avait décidé après un houleux débat intérieur, il se précipita sur le matelas et s'assit près d'Akaashi. Il prit sa main dans la sienne, et attira son visage pour le forcer à le regarder.
— Eh, Akaashi... souffla-t-il tristement.
Il le regarda dans les yeux de la plus intense façon qui soit.
Les yeux d'Akaashi étaient brillants d'émotions et humidifiés par des larmes de colère et de frustration.
Bokuto se mordit la lèvre inférieure.
Akaashi se demanda à quoi il pensait, s'il le trouvait ridicule à être pris de coups d'hystérie comme ça. Mais lorsqu'il s'agissait de leur sécurité, lorsqu'il s'agissait de la sécurité de Bokuto, il ne pouvait pas se comporter calmement. Et il détestait tellement se sentir impuissant.
Bokuto rapprocha son visage du sien, tout doucement.
Akaashi retint son souffle.
Et alors Bokuto vint coller son front contre le sien. Sa peau à lui était chaude, c'était agréable et rassurant. Akaashi s'autorisa à respirer à nouveau.
— Ça va aller, souffla Bokuto. Tu l'as dit toi-même : on est en sécurité ici.
Akaashi se sentit tout à coup tout bête et tout ridicule d'avoir besoin qu'on le réconforte de la sorte. D'habitude, c'était lui qui réconfortait, pas l'inverse. Enfin, peut-être que ce n'était pas désagréable d'échanger les rôles pour une fois.
Il entrelaça ses doigts à ceux de Bokuto, calla sa respiration sur la sienne pour calmer le rythme effréné de son coeur.
Et finalement, il se calma.
Et puis tout à coup, le silence se fit. Les cris, le son des balles qui fusent, tout s'arrêta.
Akaashi redressa la tête, échangea un regard avec Bokuto, puis avec Kuroo. Ils restèrent tous les trois aux aguets pendant une poignée de seconde, dans l'attente anxieuse que les coups de feu ne reprennent.
Mais rien ne se passa.
— C'est fini ? demanda Kuroo.
— On dirait, répliqua Bokuto.
Akaashi se précipita jusqu'à la fenêtre pour vérifier à l'extérieur. Il vit les gardes qui étaient restés en poste parler entre eux et dans une radio. Ils avaient l'air un peu moins nerveux que quelques instants plus tôt.
Il semblait que les choses s'étaient calmées en bas.
Akaashi soupira lourdement.
Quoi que ce soit qui avait attaqué le camp, les gardes l'avait neutralisé.
Cependant, les minutes passèrent, et personne ne vint pour les informer de ce qui venait d'arriver. C'était plutôt logique au fond, bien que frustrant.
Une heure s'écoula ainsi.
Akaashi resta près de la fenêtre, il observa avec attention les autres gardes revenir prendre leur poste de ce coté du grillage, parler avec animation à leurs collègues qui voulaient sans doute savoir exactement ce qui s'était passé. Ils avaient la chance de pouvoir savoir, eux. A un moment, il lui sembla voir Tanaka, mais il n'était pas sûr que ce soit vraiment lui.
Bokuto finit par lui proposer de refaire une partie de cartes qu'il refusa. Kuroo insista pour qu'il quitte au moins la fenêtre, argumentant que cela ne l'avancerait à rien. Il finit par accepter de revenir s'installer avec eux sur le matelas, mais le coeur n'y était plus.
Il se demanda comment il avait pu croire que plus aucun mal ne les toucheraient plus. Il ne se pensait pourtant pas si naïf...
Il s'endormit sûrement à un moment, car Bokuto l'appela à plusieurs reprises avant qu'il n'ouvre les yeux. Le plafonnier était allumé et la nuit était tombée. Il y avait quelqu'un dans la pièce avec eux.
Akaashi se redressa alors brusquement, ancrant sur la personne inconnue un regard sombre plein de méfiance. Ce dernier, peut-être habitué, ne s'en formalisa pas et se contenta de lui sourire tranquillement. Il avait un sourire et un visage doux, du genre qui inspire une confiance et une sympathie absolues. Mais Akaashi ne se laisserait pas duper.
— Bonsoir, le salua alors l'homme qui se trouvait là.
Il avait les cheveux d'une curieuse couleur à la frontière entre le blond cendré et le gris, avec une amusante mèche rebelle sur le haut du crâne, les yeux noisette et un grain de beauté sous l'œil gauche. Il portait un t-shirt blanc et un pantalon de treillis beige. Sur ses avant-bras dénudés s'étalaient des cicatrices qui devaient être les résultats de sérieuses blessures.
— Je m'appelle Sugawara, continua-t-il sans attendre qu'on le salue aussi. On m'a demandé de vous examiner pendant votre quarantaine.
— Vous êtes médecin ? demanda Bokuto.
— En quelques sortes, pouffa Sugawara en haussant les épaules. J'étais infirmier. Au fait, mon collègue s'appelle Daichi.
Son collègue ? Et c'est lorsqu'Akaashi dévia son regard vers le fond de la pièce et la porte qu'il aperçu la seconde personne. Un autre type, assez large d'épaules et les cheveux coupés court. Il avait une arme intimidante dans les mains.
Sugawara esquissa un large sourire.
— Ne vous inquiétez pas, tant que vous restez tranquilles, il n'aura pas à intervenir. Il est juste là pour me protéger, au cas où, dit-il en accentuant sa dernière phrase d'un clin d'oeil amusé.
— Je ne vois pas pourquoi on vous attaquerait, cingla Akaashi. Qu'est-ce qu'on en retirerait ?
Bokuto lui posa une main sur l'épaule pour lui faire signe de se calmer. Lui et Kuroo, ils avaient tous les deux bien vu à quel point Akaashi était devenu irritable. Ils n'imaginaient pas toute la pression qu'il s'infligeait.
— On ne sait jamais. Les gens sont complexes, répondit l'infirmier avec un curieux regard, et un sourire léger plein de mystère. Bien, on peut commencer ?
Sugawara entreprit d'examiner Bokuto en premier. Il prit sa tension, testa ses réflexes, observa la façon dont ses pupilles réagissaient à la lumière. Il regarda attentivement sa cicatrice au menton et appliqua une crème dessus, expliquant que cela faciliterait la cicatrisation afin de laisser une trace minime. Il lui fit une prise de sang aussi, et Bokuto faillit briser la main de Kuroo tant il la serra fort à ce moment-là.
Akaashi resta en retrait, observant en silence. Il était d'humeur massacrante, et ce médecin à l'air adorable, avec son sourire et sa voix apaisante ne lui plaisait pas. Pourquoi avait-il l'air si léger, si candide, alors qu'au vu de ses bras pleins de cicatrices, il avait dû vivre certaines choses horribles, lui aussi.
Akaashi ne lui faisait pas confiance. Et il avait en prime la désagréable impression que ce Sugawara savait comme il lui était hostile, et s'en amusait. Ce n'était peut-être qu'une impression cela dit, mais toujours est-il qu'Akaashi n'aimait pas ça.
— Dites, parla-t-il soudain du ton le plus froid qu'il avait en réserve. Qu'est-ce qui s'est passé tout à l'heure ?
Sugawara leva la tête vers Akaashi et le regarda dans les yeux sans rien dire pendant une poignée de secondes. Ils eurent l'air de se scruter l'un l'autre jusqu'au tréfonds de leurs âmes, laissant planer dans l'air une tension désagréable.
— Tout à l'heure ? finit par répéter Sugawara.
Akaashi n'apprécia pas le fait qu'il joue à l'ignorant.
— On a entendu les coups de feu, précisa-t-il sèchement. Qu'est-ce qui s'est passé ?
— A quoi est-ce que cela vous avancerait de le savoir ?
— Vous fichez pas de moi ! s'emporta Akaashi en esquissant un large mouvement de bras rageur.
Son geste fit réagir le garde resté près de la porte, qui s'approcha rapidement, son arme dégainée. Sugawara ne réagit même pas, ne sembla ni choqué, ni intimidé. Il continua simplement à regarder Akaashi de son air doux et rassurant, comme s'il était une mère qui regarde son enfant. Akaashi détestait ça. Il avait le sentiment qu'il se foutait de lui, purement et simplement. Cela le mettait hors de lui.
— Daichi, c'est bon, dit-il calmement. Il ne me fera rien.
Et en plus, il ne le croyait même pas capable de le frapper s'il le poussait à bout !
— Ecoutez, reprit-il. Je suppose que vous avez dû traverser beaucoup de choses dehors, et je comprends que vous puissiez être méfiants maintenant. Mais je vous assure que je ne vous veux aucun mal. Savoir ce qui est arrivé tout à l'heure-
— Des infectés ont attaqué, l'interrompit Daichi, le garde.
Sugawara se tourna alors pour le regarder lui, l'air de lui en vouloir un peu d'avoir craché le morceau. Cependant, l'autre resta imperturbable.
— On ne sait pas ce qui les a attirés, mais ils sont arrivés nombreux. Une trentaine. On a été pris de court.
— Daichi...
— Ils ont le droit de savoir, déclara le garde à l'attention de Sugawara qui affichait maintenant une mine contrite.
L'infirmier se mordit la lèvre avant de soupirer, se résignant à laisser son collègue parler. Akaashi, Bokuto et Kuroo étaient tous les trois pendus à ses lèvres dans l'attente de la suite. C'était terrifiant, mais ils voulaient savoir.
— Ils ont failli réussir à entrer dans le camp, continua Daichi, l'air sombre. Un de nos hommes a été attaqué. On a été obligés de l'abattre.
— Vous avez tué votre allié ? souffla Bokuto en fronçant des sourcils tristes et légèrement indignés.
— On n'a pas eu le choix ! se défendit le garde. C'était dans le feu de l'action, il fallait qu'on protège le camp. Il savait les risques qu'il encourait. De toute façon, si on ne l'avait pas tué, l'infection l'aurait fait. Au moins en l'abattant, il n'a pas souffert, et il a pu partir dignement.
Il s'était mis à trembler et avait l'air au bord de la brisure psychologique. Il avait l'air de souffrir atrocement.
— Asahi ne méritait pas de mourir, mais c'est comme ça. On n'a rien pu faire.
Le silence tomba, lourd et épais comme un rideau de velour. Plus personne ne parla pendant une grosse minute. Daichi avait le regard sombre et humide, comme s'il se repassait en mémoire des images trop horribles qui le hanteraient sûrement longtemps. Sugawara ne souriait plus de son air apaisant. Lui aussi semblait en proie à des souvenirs trop douloureux.
Akaashi s'était calmé. Il n'était plus en colère, simplement triste, et inquiet pour leur futur. Il pensa à ce que le garde venait de leur raconter. Il songea à tous les morts, à ceux qui avaient été infectés, à ceux qui avaient été victimes des infectés.
Il pensa soudain très sérieusement à ce qui arriverait si l'un d'eux trois se faisait infecter. Il se demanda s'il serait capable de tuer Bokuto de sang froid si ce dernier venait à tomber malade. Il se dit que c'était inconcevable. Que jamais il ne pourrait abattre Bokuto. Pas lui.
L'image de son ami se tordant de douleur sous l'effet de la fièvre et du mal qui s'insinuerait dans tout son corps pour le changer en l'un de ces monstres s'imposa à son esprit, lui retournant le coeur. Il le vit pleurant, hurlant, suppliant. Et lui serait là, devant lui. Il serait le seul à pouvoir le délivrer. Ce serait soit le tuer, soit le laisser devenir une de ces créatures cauchemardesques.
Dans ces circonstances, est-ce qu'il serait capable de le tuer ? Si cela pouvait abréger ses souffrances et lui permettre de mourir dignement, est-ce qu'il serait capable de prendre sa vie ?
Jamais il ne pourrait voler la vie de Bokuto, cette vie qui lui était si précieuse.
Et si Bokuto lui-même lui demandait de mettre fin à son calvaire, il ne le pourrait pas. Il ne le pourrait vraiment pas.
Cela serait au dessus de ses forces.
— Finalement on a réussi à tous les tuer, reprit finalement Daichi. Ukai a envoyé des patrouilles vérifier les environs au cas où parce qu'on en a forcément rameuté d'autres en tirant. Elles sont pas encore rentrées.
— C'est tout ce qu'on peut vous dire, ajouta Sugawara. On est rarement attaqués, mais ça arrive. Aucun endroit n'est complètement sûr, mais on fait au mieux pour protéger tout le monde.
— Le camp où vous allez être transférés est mieux sécurisé qu'ici, précisa le garde. Ils sont en hauteur, éloignés des villes. Ils ont moins d'attaques.
— Pourquoi est-ce que vous restez là alors ? demanda Kuroo. Vous pourriez tous aller là-bas.
Sugawara et Daichi échangèrent un regard et semblèrent parler en silence. Pourquoi, en effet... S'ils avaient bien comprit ce qu'Ukai leur avait expliqué, cet autre camp était grand et pouvait accueillir du monde. Alors pourquoi ne s'installaient-il pas tous là-bas, tout simplement. Ils seraient tous en sécurité, et en plus de cela, ils seraient encore plus nombreux pour augmenter encore leur sécurité.
— Cet autre camp, reprit Sugawara après quelques secondes de silence. il est... plutôt bien caché. Difficile à trouver si on ne sait pas où chercher.
— Si on reste ici, c'est pour les gens comme vous, continua Daichi. Si on n'avait pas été là, ce camp, vous l'auriez probablement jamais trouvé tous seuls.
— On est comme un camp de transition. On reste parce qu'on sait qu'il reste encore des gens qui survivent et qui ont besoin de nous.
Akaashi songea alors qu'ils étaient courageux, et les entendre parler de la sorte lui fit un peu chaud au coeur. Il restait des gens bien dans ce monde, qui voulaient toujours aider leur prochain et sauvegarder un peu d'altruisme et de compassion humaine dans leur Enfer. De bons crétins de risquer leurs vies comme ça. Mais bon, c'était noble de leur part.
— Est-ce qu'on peut continuer maintenant ? demanda Sugawara, faisant référence à l'examen de santé qu'il avait arrêté pour parler.
Après s'être occupé de Bokuto, il examina Kuroo. Et enfin, il fit approcher Akaashi qui se laissa faire docilement. Pendant que l'infirmier lui faisait sa prise de sang, Kuroo parla du malaise qu'il avait fait. Sugawara demanda des détails, et Kuroo lui lista tous les symptômes qu'il avait constaté sur le moment. On leur promit de vérifier une possible carence en fer qui aurait pu provoquer une forme d'anémie.
Et puis finalement, Sugawara et Daichi repartirent. Ils n'avaient presque plus parlé jusqu'à la fin des examens. Personne n'avait presque plus dit un mot.
Après leur départ, les trois garçons avaient tenté de s'occuper encore. On leur apporterait sûrement bientôt leurs repas, cela aurait le mérite de les occuper un peu. Mais après ça, la nuit risquerait d'être longue. Ils avaient été enfermés dans cette pièce vide toute la journée déjà. Ils n'étaient plus habitués à ne rien faire, et se sentaient plein d'énergie. Ils auraient sûrement beaucoup de mal à trouver le sommeil lorsque viendrait l'heure de dormir.
Cependant, peu de temps après le départ du garde et de l'infirmier, la porte de la chambre se déverrouilla à nouveau pour laisser apparaître Ennoshita. Il entra dans la pièce avec le porte-plateaux et referma soigneusement derrière lui. Il trouva Bokuto et Kuroo affalés en étoile sur les matelas qu'ils avaient collés, et Akaashi assis en tailleur, son livre dans les mains.
En les voyant comme ça, il sourit, l'air de compatir un peu.
— Vous devez vous ennuyer, pas vrai ? dit-il en s'approchant avec le porte-plateaux.
— Nan, tu crois ? ironisa Kuroo.
L'ennui et la sensation d'être comme des lions en cage aurait tendance à rendre n'importe qui nerveux et agressif.
— Je vous apporte votre repas, continua Ennoshita en décidant d'ignorer la remarque. Et une nouvelle.
Mais quelle nouvelle peut bien attendre les garçons? Promis, le prochain chapitre sera là à temps pour que vous puissiez le découvrir !
D'ailleurs, une petite idée un peu bête me taraude depuis quelques temps, et j'aurais voulu votre opinion ! Si vous avez lu la sublime fiction Dance Dance de Nakaa-chan (et sinon allez la lire asap!) vous devez savoir qu'elle avait créé un tumblr pour sa fic. Pour des updates, des fanarts, et rester un peu proche de ses lecteurs. Je trouve que c'est une idée plutôt sympa en fait, et du coup, j'hésitais à faire la même. Mais j'ai peur de faire un peu prétentieux? ou que ce soit totalement inutile... x) alors vous en pensez quoi ? Est-ce qu'il y en a que ça intéresserait ? Parmis mes lecteurs réguliers? Et ceux plus ponctuels? (sondage sur mon profil!)
A bientôt !
