Hey hey heeey !

Eh oui, j'ai encore failli à ma promesse de ponctualité... on ne se refait pas après tout. Et puis j'ai eu un sérieux problème d'ordi qui m'a bloqué pendant deux semaines et que je viens tout juste de régler.

Enfin bref, du coup je poste encore deux chapitres d'un coup! Et je suis vraiment désolé !

Sur ce, bonne lecture !


Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 8

— Une nouvelle ? répéta Bokuto en se redressant, intrigué et les yeux brillants. Vous avez retrouvé ma soeur ?

Le garde grimaça.

— Non, désolé. J'ai demandé à quelques personnes, mais aucun ne se souvient d'une Mitsuha, expliqua-t-il avec tristesse. Mais cela ne veut rien dire ! s'empressa-t-il d'ajouter. Il y a une chance que tu la retrouves dans l'autre camp !

Le regard de Bokuto s'assombrit, et il se renfrogna un peu. Il avait l'air très déçu, mais pourtant pas si surpris que ça. Un peu comme s'il s'était préparé à cette réponse. Il avait dû avoir le temps de s'y préparer toute la journée...

— Qu'est-ce que c'est votre nouvelle, dans ce cas ? demanda Akaashi qui avait refermé son roman.

— J'ai discuté avec Sugawara et Sawamura. Ils m'ont dit qu'ils vous avaient parlé de l'incident de cet après-midi. Alors... je suppose que je n'ai pas besoin de vous en reparler. Toujours est-il qu'Ukai a décidé d'avancer le départ du convoi à cause de ça. Il a peur que l'incident se reproduise, et alors il souhaite que l'on ai le moins de civiles possibles ici.

— Quand est-ce qu'on va être transférés alors ?

— Demain en milieu d'après midi. On viendra vous sortir de quarantaine en fin de matinée après avoir eu les résultats de vos analyses de sang et on vous briefera, vous et les autres membres du voyage.

— Est-ce que c'est vraiment une bonne idée de sortir maintenant s'il y a un risque qu'un grand nombre d'infectés traînent encore dans le coin ? questionna Kuroo.

— Nous sommes conscients des risques, répondit Ennoshita avec grand sérieux. Mais Ukai a prit cette décision après avoir discuté avec le chef de convoi. On ne peut pas s'y opposer.

— Combien on sera ? demanda à son tour Akaashi.

— Une vingtaine de civils et cinq gardes armés. On vous parlera de tout ça demain. Pour l'instant, je vous conseille de bien dormir cette nuit. Même si j'imagine que ça ne sera peut-être pas facile.

Sans rien ajouter d'autre qu'un bref regard à chacun des trois garçons, il fit demi-tour et quitta la chambre. Le verrou fut tourné encore une fois, et encore une fois ils se retrouvèrent enfermés dans cette maudite pièce.

Et alors ils échangèrent un regard muet.

Et alors ils assimilèrent ce qu'on venait de leur annoncer.

Ils allaient être transférés dans l'autre camp, le camp où ils s'installeraient définitivement, le camp qui était plus sûr, celui où ils pourraient retrouver un semblant de vie normale, dès le lendemain. Finalement, ce qu'ils avaient cherché pendant tout ce temps, ce qu'ils avaient espéré trouver pendant tout ce temps, était à portée de rêve.

Finalement ils allaient y arriver.

Ils allaient finalement être débarrassés des angoisses, de la peur de mourir, même de la peur de vivre. Ils allaient pouvoir recommencer à zéro. Leur vie ne serait jamais comme elle l'était avant l'épidémie, mais au moins elle serait un peu meilleure. Et ils en seraient heureux. Infiniment reconnaissants.

Alors, réalisant que leur calvaire touchait à sa fin, ils sourirent. Et soudain il n'y avait plus de doutes, plus de ressentiment, plus de colère. Il n'y avait qu'une joie, qu'une euphorie curieuse et déraisonnée qui leur donnait envie de rire aux éclats parce que c'était tellement beau.

— Waouh, ça fait trop bizarre de se dire que demain à la même heure, on sera dans notre nouveau chez-nous, songea Kuroo à voix haute.

— J'ai du mal à l'imaginer, répliqua Akaashi, la voix un peu tremblante d'émotion. C'est tellement incroyable !

— Je suis sûr qu'ils vont nous installer dans un appartement super cool ! fit à son tour Bokuto. Il y aura un balcon et une vue magnifique !

— Vous croyez qu'ils ont quel genre d'installations là-bas ? demanda Akaashi.

— Tant qu'ils ont l'eau chaude, je serai content, répliqua Kuroo dans un léger rire.

— J'espère qu'il y aura un terrain de volley ! s'enthousiasma Bokuto. Tu te souviens Akaashi, tu as dit que tu jouerais avec moi !

— Oui, c'est promis ! Mais ne sois pas trop dur avec moi, je risque d'être rouillé.

— Que tu es modeste, taquina Kuroo. Souvent lorsque les gens disent ça, ils sont en réalité carrément doués.

— Hm, on verra bien, pouffa Akaashi.

Finalement, ils passèrent une partie de la soirée à discuter, à fantasmer sur ce que serait leur vie dans le camp lorsqu'ils y seraient installés. Ils se demandèrent quel genre de personnes ils y rencontreraient, s'ils y retrouveraient des gens de leur passé. Ils tentèrent d'imaginer à quoi ressemblait le camp, à quel point il était grand. Ils s'inventèrent une journée type, du lever au petit déjeuner qu'ils prendraient ensemble, à une journée qu'ils passeraient à travailler pour la communauté dont ils feraient désormais partie, au soir où ils prendraient le temps de regarder le soleil se coucher, où ils resteraient plusieurs heures à discuter et à profiter d'être en vie.

Au bout d'un moment, ils avaient entendu l'orage gronder au loin, et peu de temps après, il s'était mis à pleuvoir. Un vrai déluge. Le ciel était zébré d'éclairs de temps en temps, et eux, ils s'étaient blottis sous les couvertures.

— Qu'est-ce qui vous manque le plus dans votre vie d'avant ? demanda soudain Kuroo. Quelque chose de matériel j'entends. Genre un truc dont vous pouviez pas vous passer à l'époque.

— Un ballon de volley !

— Et à part ça, Bokuto ? fit Akaashi en riant devant la simplicité rafraîchissante de sa réponse.

— Hm... le cinéma ! J'y allais souvent avant ! J'avais acheté un passe spécial pour avoir des places gratuites et le pop-corn à moitié prix, c'était trop cool !

— Je ne te pensais pas cinéphile, siffla Kuroo, l'air surpris. Mon ami Yaku était un grand fan de cinéma lui aussi. Quand on regardait des films ensemble, il commentait toujours tout. Le cadrage, la lumière, les jeux d'acteur... Un jour on en a eu tellement marre qu'on l'a laissé tout seul dans le salon pour aller regarder le film dans une chambre. Il nous en a tellement voulu qu'il a fait exprès de brûler le petit déjeuner le lendemain matin !

Kuroo fut prit d'un rire nostalgique, et dans l'obscurité, ses yeux brillaient de souvenirs doux, vestiges de leurs précédentes vies. Ses amis devaient lui manquer. Ils avaient tous un trou dans le coeur d'avoir perdu leurs proches. Mais ce soir, l'heure n'était pas aux lamentations. Portés par la joie, ils se laissaient aller à parler du passé comme de quelque chose dont ils avaient accepté qu'il soit révolu, et dont ils se souvenaient avec tendresse.

— Ça avait l'air d'être quelqu'un, ce Yaku, souffla Akaashi, amusé.

— Ouais, il avait le sang chaud, ricana Kuroo. Il s'énervait souvent contre Lev, c'était marrant à voir. Ce crétin, il voulait pas comprendre qu'il fallait pas commenter la taille de Yaku, c'était un sujet sensible et lui il faisait toujours des remarques. Qu'est-ce qu'on a pu rigoler en le regardant se faire engueuler...

Bokuto fit la moue, faisant mine de compatir.

— Le pauvre...

— C'est bon, il s'en remettait ! La preuve : il ne retenait jamais la leçon !

— Et toi Kuroo, demanda Akaashi. Qu'est-ce qui te manque le plus ?

— hm... la musique.

— La musique ? répéta Akaashi, perplexe.

— J'écoutais toujours de la musique, avant. Ça me manque vraiment. J'ai l'impression que tout est beaucoup trop calme maintenant.

Akaashi se rappela d'une époque où lui aussi ne pouvait pas se passer de ses écouteurs dans les transports publiques et lorsqu'il marchait seul dans la rue. La musique était un compagnon, un réconfort, un moyen de se couper des soucis et de se détendre, de s'évader.

Il se remémora leur rencontre avec Kuroo, lorsqu'au départ, il avait prévu de le laisser se faire tuer par les infectés. A ce moment, il avait souhaité de toutes ses forces avoir son casque et de la bonne musique pour ne pas entendre.

Kuroo avait raison, la musique manquait dans ce monde. Tout était tellement plus triste, tellement plus plat, tellement plus vide sans musique.

— Qu'est-ce que t'écoutais comme musique ? demanda-t-il.

— Hm, un peu de tout, j'étais pas difficile. J'aimais surtout le rock. Toi Akaashi, je suis sûr que t'étais secrètement un fan d'Idoles ! ajouta-t-il en ricanant.

— Quoi ? s'offusqua ce dernier en rosissant. Pas du tout !

— Oh allez, avoue ! Je parie que ta chambre était pleine de posters d'Idoles loli !

— N'importe quoi, arrête de dire des conneries ! s'exclama Akaashi, mais il ne pouvait s'empêcher de sourire. J'écoutais beaucoup de metal.

— Toi ? Du metal ? Arrête !

Et Bokuto partit dans un grand éclat de rire, accompagné par Kuroo. Akaashi fronça le nez, l'air vexé, mais surtout il avait le coeur léger et ne pouvait pas rester fâché. Alors il sourit, et attendit que ces deux attardés cessent de se payer sa tête.

— Et toi Bokuto, hein ? finit-il par demander. T'écoutais quoi ?

— De la k-pop ! répondit-il tout fier de lui. J'aimais trop Love Live aussi ! Je connais toutes les danses et toutes les chansons par coeur !

Il s'éclaircit la gorge, comme s'il allait se mettre à chanter pour leur prouver qu'il ne mentait pas. Kuroo et Akaashi échangèrent un regard perplexe, mais finalement, ils le laissèrent faire, trop intrigués de ce que pourrait donner la vision d'un garçon de vingt ans chantant une chanson d'Idole.

Et alors Bokuto chanta. La chanson était une chanson d'amour un peu niaise, et le ton haut-perché de Bokuto la rendait hilarante. Quelques secondes plus tard, Kuroo et Akaashi riaient déjà aux larmes. Et Bokuto, tout fier de lui, chantait. Et il y mettait de la passion le bougre ! Il n'avait pas honte, pas peur de se ridiculiser. Il était à fond.

Et lorsqu'il s'arrêta finalement, il sourit largement. Et son public l'applaudit.

— Tu ferais une merveilleuse Idole, Bokuto, riait Akaashi.

— Tu éclipserais toutes les autres ! ajouta Kuroo.

— Mais ouais je sais ! Avouez j'ai grave de talent !

— Ouais, carrément !

Ils rirent encore un peu, et ils sentaient à quel point cela leur faisait du bien de rire ainsi. En arrière fond, ils entendaient la pluie qui frappait contre la fenêtre, et le grondement du tonnerre, mais ils n'en avaient cure, ils ne se concentraient que sur leur plaisir du moment.

— Et toi Akaashi, tu nous a pas encore dit ce qui te manquerait le plus ! fit alors remarquer Bokuto.

Akaashi fit alors mine de réfléchir sérieusement à la question. A vrai dire, beaucoup de choses lui manquaient. Il y avait tous ses vêtements, car porter les mêmes fringues qu'ils avaient rarement l'occasion de laver, tous les jours pendant des mois, c'était désagréable à force. Il y avait son ordinateur aussi, son téléphone, son casque Beats. C'était difficile de ne choisir qu'une chose, mais finalement, il songea qu'il savait ce qui lui manquait le plus.

— V Mon appareil photo, dit-il sérieusement.

— Sérieux ? s'étonna Kuroo. T'aimais la photographie ?

L'emploi du passé marqua Akaashi. Il "aimait" la photographie. C'était toujours le cas, mais quelque chose avait changé. Il ne pouvait plus prendre de photos, il avait laissé son appareil photo dans sa chambre à l'université quand tout avait commencé. Il "aimait" la photographie. L'ancien lui, aimait la photographie. Mais peut-être que cette personne qui "aimait" cela était un peu morte maintenant.

— Hm. Ma mère me l'avait offert pour mes 16 ans. J'adorais sortir me promener et faire des photos de tout ce que je trouvais beau ou intéressant. J'avais une boite pleine de photos que j'avais faites développer dans ma chambre.

— Mais... insista Kuroo. Maintenant, qu'est-ce que tu voudrais photographier ? Y'a plus rien de beau dans ce monde.

Alors Akaashi, comme une évidence, leva les yeux vers Bokuto. Et ce dernier le regardait avec dans le regard son innocence, sa pureté, sa lumière qu'il avait conservées malgré l'horreur de leurs vies de maintenant. Et dans ce regard, il vit tout ce qui était encore beau désormais. Il vit tout ce qu'il voulait protéger, tout ce qu'il voulait garder près de lui pour toujours.

Il regarda Bokuto, et il se dit que s'il avait son appareil photo, il prendrait tous les clichés possibles de lui. Il se dit que Bokuto serait sa muse, la personne dont il voudrait capturer l'image encore et encore sans jamais se lasser de le faire.

Il pensa que Bokuto était la fleur au milieu des cendres, la lumière dans les abysses, la pousse de verdure dans le goudron, le rayon de soleil à travers les nuages.

Kuroo avait raison : ce monde était devenu laid. Mais Bokuto le rendait au moins un peu plus beau.

Il sourit. Légèrement, tendrement.

— Je crois qu'il reste un peu de beauté, souffla-t-il.

Kuroo sembla comprendre ce qu'il voulait dire, car il sourit alors à son tour. Bokuto, lui, les regarda en clignant des yeux comme s'il ne saisissait pas ce qui était en train de se passer. Mais ce n'était pas grave. Cela n'avait pas d'importance.

— On devrait peut-être essayer de dormir maintenant, fit alors remarquer Akaashi en constatant sur sa montre qu'il était bientôt une heure du matin.

Bokuto et Kuroo le fixèrent, les yeux vifs et le teint frais. Ils n'avaient pas l'air fatigués pour un sou. Akaashi semblait être le seul à se sentir curieusement las et épuisé alors qu'il n'avait rien fait de la journée. C'était peut-être justement cette paresse à laquelle il n'était plus habitué qui l'avait abattu.

— Eh bien moi je vais dormir, continua-t-il malgré tout. Alors ne faites pas trop de bruit.

Il s'installa sous l'une des couvertures et ferma les yeux. Kuroo ou Bokuto, il ne vit pas lequel des deux, éteignit la lumière, et il les entendit continuer à discuter à demi-voix. Ils parlaient de sport, échangèrent des souvenirs. Et puis ils en vinrent à parler de leurs familles. Bien malgré lui, Akaashi les écouta, et quand bien même il était accablé de fatigue, il avait soudain le sentiment qu'il ne trouverait pas le sommeil si facilement.

Il entendit Bokuto parler de ses parents, de sa petite soeur. Il racontait comme il avait fait les quatre cent coups avec elle, comme il lui avait apprit à jouer au volleyball, mais comme elle préférait la danse et s'était inscrite au club de théâtre de son école primaire. La petite demoiselle, fan de comédies musicales, voulait devenir comédienne pour jouer un jour dans ces shows dansant et chantant qu'elle adorait.

Bokuto avait prit cela comme une véritable trahison, un acte de mutinerie même ! Mais malgré tout, il l'avait toujours encouragée et n'avait jamais manqué un seul de ses spectacles de fin d'année.

Il apprit ensuite que Kuroo, avant le désastre qui avait frappé le monde, vivait avec sa mère et était fils unique. Apparemment, son père était mort d'un cancer lorsqu'il avait une dizaine d'année, et depuis, il s'était toujours fait un devoir de prendre soin de sa mère. Lorsqu'il était partit à l'université, cela avait bouleversé la pauvre femme, mais il s'était toujours appliqué à l'appeler tous les jours pour prendre de ses nouvelles et lui en donner, et à rentrer la voir aussi souvent que possible.

Apparemment, elle aimait beaucoup Kenma qu'elle considérait un peu comme son deuxième fils. Apparemment il venait souvent chez eux. Apparemment, la mère de Kuroo était une femme pleine de gentillesse qui consacrait tout son temps à rendre les personnes de son entourage heureuses.

— J'espère qu'elle est vivante, disait-il, la voix pleine d'une lourde tristesse. J'espère qu'elle va bien.

Comme son père était mort lorsqu'il était jeune, comme il avait vu Kenma mourir devant ses yeux, comme il savait que tous ses amis avaient péris, sa mère était sa seule famille dont il pouvait garder un espoir qu'elle soit en sécurité.

— Tu sais, maintenant, on est un peu comme ta famille ! avait alors déclaré Bokuto, gonflé de positivité. On est là, Akaashi et moi ! On te laissera jamais tomber !

Akaashi sourit. Il était tellement simple, tellement positif, tellement plein de bonnes énergies.

— Pourtant, pouffa alors Kuroo. Akaashi n'était pas vraiment prêt à m'intégrer, au début.

Touché, songea Akaashi. Il avait été dur avec lui au départ, mais il avait confiance en lui maintenant. Ou au moins il voulait lui faire confiance.

— Ouais, il est comme ça Akaashi, répondit Bokuto comme s'il connaissait le concerné depuis si longtemps qu'il avait tout cerné de lui. Il est méfiant au début, mais c'est un gars bien tu sais ! Il a toujours été là pour moi. Il est plein de qualités en vrai ! Il est gentil, patient, il fait toujours tout pour moi ! Une fois, on avait dû fuir notre refuge parce que des zombies étaient arrivés et on avait laissé toutes nos affaires en plan ! C'était la nuit et on se gelait. Et bah Akaashi a voulu que je prenne sa veste !

Akaashi frissonna. Il se souvenait de cette nuit-là. Ils s'étaient installés dans une école maternelle, pensant qu'ils y seraient en sécurité, mais ils avaient mal vérifié et des infectés étaient sortis de nul part et leur étaient tombés dessus. Ils avaient failli y rester mais ils avaient réussi à fuir au prix de leurs affaires. Pendant deux jours, ils n'avaient rien eu à manger, ni à boire, ni de quoi se protéger du froid. Ils n'avaient pas osé aller rechercher leurs affaires après coup en sachant l'école infestée.

— Bah c'est normal, Akaashi tient beaucoup à toi ! déclara Kuroo comme s'il énonçait une vérité générale, une chose évidente.

L'intéressé faillit se redresser et lui envoyer son oreiller dans la figure pour le faire taire. Il se contenta de rougir. Tous les deux, ils devaient le croire déjà endormi. Et c'était peut-être un peu sournois, mais il voulait continuer d'écouter ce qu'ils avaient à dire sur lui.

— Tu crois ? demanda Bokuto, et sa question était si sincère qu'il en avait l'air un peu bête.

Comment pouvait-il sincèrement ne pas être sûr de l'affection qu'Akaashi avait pour lui ? C'était plutôt évident après tout, aussi embarrassant que cela puisse être.

— Bien sûr que oui. Il t'aime énormément, ça crève les yeux.

— Il... m'aime... ? répéta Bokuto.

Akaashi bouillonnait de gêne dans son coin, mais faire remarquer qu'il était réveillé à ce moment serait affreusement gênant et bizarre. Alors il se contenta d'attendre patiemment.

Plus personne ne parla pendant une poignée de secondes, et c'était à se demander si Bokuto n'avait pas cessé de fonctionner, trop choqué par cette révélation. Enfin, ce qu'avait dit Kuroo était un peu ambigu. Pourtant, Akaashi lui avait bien dit qu'il n'aimait pas Bokuto de cette façon !

— Et toi ? demanda finalement Kuroo pour briser le silence. Est-ce que tu l'aimes, Akaashi ?

— B-bah... je... euh... balbutia Bokuto, et sa voix toute basse et toute tremblante trahissait sa nervosité et son embarras. Je sais pas... j'y ai jamais réfléchi...

— Et si tu devais y réfléchir maintenant ? insista Kuroo.

Akaashi refrénait difficilement son envie de le tuer ou de le jeter en pâture aux infectés.

— Bah... Akaashi est toujours gentil et patient avec moi. Il fait toujours tout pour me protéger, et des fois il se met même en colère quand je mets ma vie en jeu... Il fait toujours attention à moi, et moi... j'aime bien être avec lui. Il est rassurant, et je me sens moins seul avec lui. Et puis... moi aussi j'ai envie de le protéger, et je voudrais qu'il soit heureux...

Bokuto soupira lourdement. Akaashi avait le coeur affolé, l'estomac tordu, et une boule dans la gorge. Il avait les yeux grands ouverts, mais tourné dos à eux, Bokuto et Kuroo ne pouvaient pas voir qu'il était bien réveillé et attentif à leur conversation. Il se sentait tout ému et tout bouleversé. Il attendait la suite en retenant son souffle.

— Il est beau aussi, ajouta Bokuto, et on sentait son sourire dans son intonation de voix. J'aime bien quand il sourit. Il a un beau sourire. Je crois... que je l'aime beaucoup. Mais... je ne suis pas sûr que...

Et sa phrase resta en suspend pendant un temps qui parut interminable. De quoi n'était-il pas sûr !? Akaashi voulait savoir. Il en avait trop dit, mais pas assez pour s'arrêter maintenant. Akaashi, piqué d'une curiosité sans doute un peu mal placée, voulait savoir maintenant.

Est-ce que Bokuto l'aimait ?

Mais au final, il n'entendit jamais la fin de la pensée de Bokuto, car c'est Kuroo qui reprit la parole.

— Bah, t'embête pas trop avec ça, dit-il nonchalamment. De toute façon c'est la fin du monde. On a d'autres choses auxquelles on doit penser.

— Ouais, acquiesça Bokuto, probablement soulagé qu'on ne le force pas à continuer sur ce sujet personnel et un peu embarrassant. On n'a pas le temps pour des histoires d'amour !

Akaashi sentit sa poitrine se serrer contre son coeur et lui couper la respiration. Il se demanda pourquoi il se sentait si triste d'entendre Bokuto dire cela.

— Allez, on devrait dormir aussi.

— Bonne idée.

Il y eut un froissement de draps, Akaashi sentit qu'on s'installait à coté de lui. Il ne regarda pas. Il avait les yeux mouillés et le coeur gros.

Mais tout allait bien se passer.

Demain à la même heure, ils seraient en sécurité au camp. Et alors ils pourraient se permettre de penser à des choses différentes de la survie. Ils pourraient penser aux loisirs, à des choses sans importance. Lorsqu'ils seraient en sécurité, ils pourraient penser à l'amour.

Demain serait un autre jour.

Le jour où leurs vies allaient changer pour toujours. Pour la seconde fois.


Les garçons vont finalement quitter le camp plus tôt que prévu ! Les choses vont-elles se passer comme ils l'espèrent ? A suivre...

Sur ce, à tout de suite pour le chapitre suivant !