Hey hey heeeey !

Voilà la fin de cette fic (enfin). C'était une sacrée épopée pour moi, et je crois que j'en suis plutôt satisfaite. Je ne sais pas si cette fin sera à la hauteur, mais j'était perso totalement pris au tripes en l'éditant avant de poster. J'espère que ça vous plaira !

Enjoy !

ps : j'écoutais cette chanson en corrigeant le chapitre, je trouve que ça colle bien à l'ambiance ! www. youtube watch?v=eD0XEH3qVCk (enlever les espaces)


Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 11

— Ça fait combien de temps maintenant ?

— Deux heures. Comment tu te sens ?

— Comme quelqu'un qui va mourir...

Kuroo et Bokuto étaient assis sur le toit d'un bâtiment qui dominait le camp. Ils avaient choisi le plus haut, et d'ici, ils avaient la vue la plus imprenable qui soit sur un monde qui avait été le leur. Sur un monde ravagé qu'ils avaient connu. Ils étaient venus là pour être en paix, au cas où des infectés traîneraient encore dans le coin.

Ils avaient découvert que le camp était une ancienne base radar, et c'est pourquoi il était déjà entouré de murs, et relativement bien équipé. Ils n'avaient pas exploré, mais ça semblait un endroit parfait pour se reconstruire. Ça l'aurait sans doute été.

De leur perchoir, ils pouvaient voir les cadavres par terre, et en regardant vers l'horizon, ils voyaient, derrière la cime des arbres, le haut des immeubles de la ville qu'ils avaient quittée un peu plus tôt.

Ils étaient l'un à côté de l'autre. L'un contre l'autre. Bokuto avait la tête blottie dans le cou de Kuroo, et ce dernier, d'un geste lent et un peu dissociatif, dessinait des cercles avec son pouce sur la cuisse du premier.

La blessure de Bokuto suintait. Ce n'était pas beau à voir. Le pansement de fortune qui avait été noué autour de son épaule gauche, à peine deux heures plus tôt, était imbibé de sang. Il transpirait beaucoup et avait l'air mal en point. Nauséeux. Il était fiévreux aussi. Kuroo pouvait sentir la chaleur qui irradiait de sa peau contre la sienne. Cela lui avait pris une petite demi-heure plus tôt, et semblait empirer à chaque minute. Il frissonnait beaucoup. Le voir ainsi était terriblement douloureux pour l'autre garçon. Le regarder dépérir lui était insupportable.

— On pourrait trouver des médicaments, dit Kuroo d'une voix grave, presque un peu désespérée. Pour que tu te sentes un peu mieux... On pourrait peut-être ralentir l'inévitable...

— Je ne suis pas sûr d'en avoir envie, répondit Bokuto, et sa voix n'était qu'un souffle mué en un léger rire.

— Dis pas de conneries.

Kuroo fronça durement les sourcils. Il était tiraillé entre un désir viscéral de tout faire pour que Bokuto vive plus longtemps, juste un peu plus longtemps, et celui de le respecter et de le laisser partir. Il avait beaucoup de mal à seulement penser qu'il hésitait. À un moment, il aurait tout fait pour sauver Bokuto, même contre son gré. Parce qu'il l'avait promis à Akaashi. Parce qu'il ne voulait pas se retrouver seul sans lui aussi. Égoïstement, et pour honorer sa parole. Mais aujourd'hui, après ce qu'ils avaient traversé, après toutes les épreuves, toutes les souffrances, toutes les fois où ils avaient touché la mort du bout des doigts, caressé le désespoir, et après avoir découvert qu'il ne restait plus rien de leur dernier espoir, il se demandait, lui aussi, si continuer à vivre était vraiment si enviable que cela.

— On a traversé pas mal de trucs, pas vrai ? souffla Bokuto.

— Ouais.

Et ils repensèrent à toutes les épreuves qu'ils avaient traversées. Aux gens qu'ils avaient vus mourir. À ceux qu'ils avaient dû tuer. Ils s'en étaient toujours sortis, d'une façon ou d'une autre. Jusqu'à maintenant.

C'était tellement ironique, et tellement bête, que tout tombe en morceaux si près du but.

— Le monde est devenu un beau merdier, pas vrai ?

— Ouais.

— J'crois... que j'ai perdu l'envie de continuer à me battre, parla Bokuto. Quoi qu'il arrive dans le futur, on récupérera jamais nos vies d'avant. Et je doute que les choses s'arrangent un jour. Alors à quoi bon ?

— ...ouais.

— Tu imagine, c'est quand même un putain d'honneur, sourit Bokuto, et il leva les mains en l'air, les tendant vers le ciel comme pour attraper le soleil dans son poing insignifiant. On est là pour voir le monde s'éteindre.

Kuroo étira un sourire amer, et il hocha la tête.

— C'est vrai, pas tout le monde peut se vanter d'avoir été là pour le voir.

Kuroo se surprit à repenser aux scientifiques qui avaient tué Kenma et tous ses amis ; ceux qui voulaient développer un antivirus. Il se demanda s'ils avaient réussi dans leur folle entreprise, s'ils avaient trouvé un moyen de sauver les vestiges de l'humanité. Et si ce n'était pas encore le cas; y arriveraient-ils un jour, avant que toute trace de vie intelligente n'ait disparu ? Peut-être que c'était tout simplement le destin de l'humanité, de s'éteindre comme les dinosaures avant eux. Les Hommes avaient régné longtemps, détruit la Terre avec leur technologie. Il était peut-être simplement temps pour eux de céder leur place, et alors tout espoir de survie était vain.

Peut-être que l'espèce humaine allait finalement s'éteindre à son tour.

— Ouais...

Bokuto se redressa, et Kuroo sembla se crisper instantanément, comme alarmé par le mouvement soudain. Bokuto lui sourit doucement pour lui montrer que tout allait bien, et en grimaçant à cause de la douleur et de la fièvre, il se releva. Il se releva, et il fit quelques pas hésitants pour s'approcher du bord du toit. Il y avait un grillage, pour éviter les mauvaises chutes. C'était obligatoire sur les bâtiments dans lesquels le toit était accessible.

Il était à bout de forces le temps d'atteindre le bord, et il s'appuya lourdement contre le fer tressé, un peu essoufflé. En le voyant faillir comme ça, Kuroo se leva précipitamment à son tour pour le rejoindre.

— Bo, tu devrais pas—

Mais avant qu'il n'ait l'occasion de terminer sa phrase, Bokuto se mit à hurler, aussi fort qu'il le pouvait, aussi fort que son corps fatigué et malade le lui permettait. Il hurla comme si c'était la dernière chose qu'il ferait.

— Eh, le monde ! Va t'faire foutre !

Il hurla avec la force de la colère, de la rage d'un condamné. Il hurla à s'en déchirer les cordes vocales. Il hurla à en pleurer. L'écho de sa voix résonna une seconde dans le vide de la forêt et jusqu'à la ville qui avait été autrefois, à une époque qu'ils avaient presque oubliée, grouillante de vie, de bruit, de tout ce qui faisait l'Humanité. Aujourd'hui il ne restait de la ville, du monde, que des tours et les cadavres d'un passé.

— Bo, reviens t'asseoir, insista Kuroo, et il dut se faire violence pour empêcher sa voix de trembler.

Il avait une boule dans la gorge et une nausée soudaine. Il passa un bras autour de la taille de son ami pour le soutenir, et il ne fit aucune remarque quant aux larmes qui coulaient librement sur ses joues. Bokuto avait traversé beaucoup de choses. Beaucoup trop. Il avait perdu sa famille, et puis il avait perdu Akaashi. Et maintenant, il était infecté lui aussi, et le mal ne tarderait pas à atteindre son esprit.

Il devait être fatigué. Tellement fatigué.

— Kuroo, appela doucement Bokuto une fois qu'ils se furent rassis, et qu'il eut reposé sa joue contre son épaule.

— Hm ?

— J'ai envie de mourir.

C'était vrai, il le savait. Il comprenait. Mais cela n'en était pas moins douloureux à entendre. À vrai dire, c'était terrible. Et Kuroo se demanda si l'on pouvait encore, dans leur situation, qualifier ce désir de pulsion suicidaire.

— Je sais.

— On n'a plus rien à faire ici. Qui sait, peut-être que dans l'au-delà, je pourrais retrouver ma vie d'avant. Je pourrais retrouver ma famille et reprendre une vie normale.

Kuroo ne dit rien, il l'écouta parler, accomplissant l'exploit presque surhumain de ne pas fondre en larmes. C'était trop cruel. Ils n'avaient que 20 ans. Ils étaient encore jeunes, et à une époque, on leur aurait dit qu'ils avaient encore toute la vie devant eux.

À peine moins d'un an dans le passé, ils ne se souciaient encore que de choses banales comme avoir de bons résultats à l'université et savoir s'ils allaient porter le t-shirt blanc ou bien le rouge. À peine moins d'un an dans le passé, Kuroo envoyait un message à Kenma pour le prévenir qu'il passerait le chercher après les cours pour l'emmener boire un milk-shake dans le parc. À peine moins d'un an dans le passé, Bokuto embrassait sa mère avant de quitter la maison, tout sourire, pour la journée.

À peine moins d'un an dans le passé, ils étaient de jeunes gens normaux, avec des vies normales. Avec des rêves normaux et des pensées normales. Et s'il avait pu leur arriver de se dire qu'ils s'ennuyaient un peu dans la routine de leur existence, aujourd'hui, ils s'accordaient à penser qu'ils donneraient tout, qu'ils donneraient l'entièreté du peu qu'il leur restait pour retrouver ces vies simples qu'ils avaient un jour vécues.

— Je pourrais aussi retrouver Akaashi, continua Bokuto, et la grande tristesse dans son regard était à vous briser le coeur. Je pourrais lui demander pardon.

— Je suis sûr qu'il t'a déjà pardonné, répliqua Kuroo.

Lui aussi s'en voulait pour ce qui était arrivé à Akaashi. Il s'en voulait d'avoir eu à le tuer. Il se disait que peut-être que si Bokuto n'avait pas eu à le perdre lui aussi, il n'aurait pas choisi, maintenant, de renoncer à se battre. Peut-être que si Akaashi n'était pas mort, tout serait différent. Encore une fois.

— Et toi Kuroo ? demanda Bokuto en redressant un peu la tête. Qui est-ce que tu voudrais le plus revoir ?

La question prit le garçon au dépourvu, et une seconde lui fut nécessaire avant qu'une image ne s'impose d'elle-même à lui. Au fond de son esprit, il aperçut le sourire de Kenma ; cette petite ébauche de lèvres finement retroussées qu'il affichait lorsqu'il battait enfin le boss d'un niveau particulièrement difficile, ou bien lorsque Kuroo lui souhaitait bonne nuit en le tenant dans ses bras, en déposant un baiser sur son front.

Ce sourire-là, c'était ce qui lui manquait le plus. C'était Kenma qu'il voulait le plus revoir.

Mais comme à chaque fois qu'il repensait à Kenma, le sourire dans son esprit se fana, et à la place, l'image du cadavre à moitié brûlé de son ami s'imposa à lui. Le goût désagréable de la bile lui remonta dans la gorge, et il sentit son coeur se serrer fort dans sa poitrine. Alors il souffla un grand coup pour essayer de chasser cette image de sa tête.

— Mon ami d'enfance, dit-il doucement. C'est lui que je voudrais revoir.

— Ah, le fameux Kenma ! s'exclama Bokuto avec intérêt. Je voudrais bien le rencontrer !

— Je ne sais pas si vous vous entendriez très bien, gloussa Kuroo. C'était un garçon plutôt calme.

— Akaashi aussi était calme et on s'entendait très bien !

Effectivement, c'était un fait. Enfin, ils avaient eu bien des occasions de voir qu'Akaashi n'était pas toujours calme. Peut-être que s'ils s'étaient rencontrés, Bokuto se serait amusé avec Kenma. Il était curieux, alors il lui aurait peut-être posé plein de questions sur ses jeux vidéos. Et cela aurait fait plaisir à Kenma. Bien sûr, au début, il aurait été intimidé par ce gars bruyant et agité, mais il lui aurait peut-être, avec le temps, trouvé quelque chose d'attachant. Peut-être qu'ils seraient devenus amis.

— Peut-être que je le croiserai, dans l'au-delà, pensa tout haut Bokuto, et Kuroo ne parvint pas à répondre, la gorge nouée par un sanglot qu'il ne voulait pas laisser éclater, alors il hocha simplement la tête.

Oui, peut-être qu'il le rencontrerait dans l'au-delà. Et peut-être que Kuroo avait envie de tenter sa chance aussi ; de saisir sa chance de le retrouver dans l'au-delà, si cet au-delà existait réellement. Il voulait encore entendre sa voix, le prendre dans ses bras, et surtout voir son sourire. Son magnifique sourire.

— Kuroo, tu veux bien me tuer aussi ?

Kuroo se mordit la lèvre. Il n'en avait pas envie. Mais il savait que, comme Akaashi, Bokuto allait lui demander de l'empêcher de devenir un monstre. De lui permettre de partir dignement, en restant humain jusqu'au bout. Mais c'était lui-même qui avait décidé de s'infecter ! Pourquoi étaient-ils tous si cruels, à lui demander de les tuer, eux qui étaient devenus ses seuls amis et les seules personnes qu'il lui restait sur cette Terre.

— Si c'est ce que tu veux, répondit-il doucement.

Il était résigné. Si c'était vraiment ce qu'il voulait, il le ferait.

— Qu'est-ce que tu vas faire, toi ?

— ... j'en sais rien.

Lorsque Bokuto serait mort -car c'était inévitable-, Kuroo se retrouverait de nouveau seul. Et il ne savait pas ce qu'il ferait alors. Il ne voulait pas se retrouver encore seul dans ce monde de fou. Il ne voulait pas être abandonné encore. On l'avait trop abandonné. C'était trop cruel, il était à bout de forces, lui aussi. Usé de toute cette cruauté, de toute cette peur, toute cette tristesse. Il voulait que tout s'arrête, lui aussi.

Il avait la poitrine serrée et le coeur au bord des lèvres.

— On a survécu longtemps, on a été forts, continua Bokuto, et Kuroo n'arrivait plus à savoir s'il pensait ce qu'il disait, ou si c'était la fièvre qui le faisait délirer. Tu sais, je suis content qu'on ait eu la chance de te rencontrer.

Kuroo n'en pouvait plus, il se mit à pleurer. Bokuto serrait fort sa main, aussi fort qu'il le pouvait.

— Moi aussi...

— Je trouve que c'est un bon moment pour m'en aller. Pas vrai ?

Kuroo comprit que c'était le moment. Alors il se libéra de l'étreinte froide de Bokuto, et il se releva. Et il se plaça devant lui, bien droit, tremblant de tous ses membres.

Il avait un pistolet dans la main.

Il l'avait récupéré sur le cadavre d'un garde du camp. Il ne voulait pas que Bokuto ait une mort aussi horrible et douloureuse que celle d'Akaashi. Il le tuerait d'une balle dans la tête, à bout portant. Une mort rapide et sans douleur, après une année entière de tellement de souffrance.

Le soleil continuait de se lever, projetant de longues ombres tout autour d'eux. Le silence était plus pesant que jamais, et plus insupportable aussi. Plus terrifiant que tout. Et Kuroo savait que lorsqu'il aurait appuyé sur la gâchette, il n'y aurait plus que ce silence pour lui tenir compagnie.

Il fixait Bokuto, le regard brouillé de larmes. Il pleurait aussi, son visage couvert de sang, de terre, ses cheveux en pagaille, ses grands yeux rougis, bouffis, cernés de noir. Il avait l'air si fatigué. Ils avaient tellement souffert.

Et pourtant, il avait presque l'air en paix. Comme si, après tout ce malheur, il n'aspirait plus qu'à la délivrance de la mort.

Il était cruel, au fond, lui aussi.

— Bok-

— Akaashi m'attend, le coupa Bokuto en réprimant une méchante quinte de toux. Merci pour tout, Kuroo. Si on s'était rencontré dans d'autres circonstances, j'suis sûr qu'on serait devenus les meilleurs amis du monde !

Cette remarque ne put qu'arracher un sourire à Kuroo. Il était persuadé, lui aussi, que s'ils s'étaient connus dans un monde normal, leur amitié aurait pu durer toujours, et ils auraient été inséparables.

— On se reverra peut-être dans l'au-delà, fit-il avec ironie. Salue Akaashi pour moi.

— J'y manquerai pas.

Ils se regardèrent encore. Kuroo hésita encore. Mais Bokuto ne semblait pas vouloir revenir sur sa décision. Il n'y avait plus rien à faire. Il n'y avait plus de vie pour eux dans ce monde. Mais peut-être dans un autre, et Bokuto voulait tenter sa chance.

Alors Kuroo ferma les yeux, et, en retenant son souffle, il pressa la gâchette.

BAM.

Kuroo était assis, le dos contre le grillage, les genoux remontés sur la poitrine. Il ne savait pas depuis combien de temps, mais il était là. Immobile, le regard vide, regardant sans voir le corps qui gisait un peu plus loin, un trou ensanglanté en plein milieu du front. Il n'avait aucune raison de bouger après tout.

Il venait de tuer Bokuto, Akaashi était mort aussi. Il n'avait plus rien, plus personne, aucun endroit où aller. Il n'y avait pas de Terre Promise. Pas de refuge, pas d'espoir de se reconstruire. Il n'y avait plus rien pour le garder en vie sur cette terre. Il pourrait tout aussi bien se laisser mourir ici, sur ce toit ; de faim ou de déshydratation, ou bien en se tirant aussi une balle dans la tête. Il n'avait que l'embarras du choix à vrai dire.

Il avait cessé de pleurer. Désormais, il se sentait juste incroyablement vide. A quoi bon réfléchir, à quoi bon se demander que faire.

Il était seul désormais. À nouveau. Seul face à un monde qui souhaitait si sincèrement le voir mourir. Si seulement tout cela pouvait n'être qu'un affreux cauchemar... Si seulement il pouvait se réveiller maintenant, et voir que tout le monde allait bien. Que sa mère était là avec ses tendresses et ses caresses dans ses cheveux, que Kenma était là pour venir traîner dans sa chambre avec lui. Et même si, si ce n'était qu'un rêve, cela signifiait qu'il ne connaissait pas réellement Bokuto et Akaashi, et bien il préférait cela que l'affreuse douleur d'avoir dû les tuer tous les deux pour les empêcher de devenir des infectés.

Que devait-il faire maintenant ?

Il était incroyablement seul.

Incroyablement seul jusqu'à ce qu'il entende une voix.

— Il y a quelqu'un !?

Oui, il était là, lui. Mais il n'avait pas la force ni le courage de faire savoir sa présence. Alors il restait d'autres survivants ? Alors il n'était pas tout seul finalement ? Qui était là ? Qui était encore en vie avec lui ? L'appel semblait encore si lointain...

Peut-être que ce n'était personne de bienveillant. Ou peut-être que c'était des infectés qui n'avaient pas encore atteint un stade trop avancé de la maladie. Peu importait de toute façon.

Il leva le bras au ciel, le pistolet à la main, et il tira un coup dans les airs. Avec cela, on saurait qu'il était là. Qu'il était vivant, si l'on pouvait encore appeler cette existence "vivre". Il était vivant parce que son coeur battait, parce que son sang circulait, parce qu'il respirait encore. Mais au fond, il était un peu mort à chaque fois qu'il avait perdu quelqu'un, à chaque fois que ses espoirs s'étaient éteints.

Une poignée de minutes s'écoula, et puis soudain, la porte du toit s'ouvrit dans un fracas. Kuroo regarda. Cinq hommes en treillis, lourdement armés, venaient de faire irruption. Parmi eux, Kuroo en reconnut un. Celui qui les guidait. Il plissa les yeux.

C'était Tooru, qui rangea son arme et se précipita vers lui lorsqu'il l'aperçut.

Ces gars devaient venir du camp de transition.

— Eh, ça va ? demanda Tooru en s'accroupissant près de Kuroo. Tu étais dans le convoi qui est parti hier, pas vrai ?

Kuroo ne répondit pas tout de suite. Il cligna des yeux, en fixant la personne devant lui comme s'il n'avait jamais vu d'autre être humain. Il était déboussolé, un peu sonné par le chagrin. Il ne saisissait pas vraiment ce qui était en train d'arriver. Du coin des yeux, il vit un des gars s'approcher du corps de Bokuto. Il ne les entendait pas parler, ne saisissait qu'un vrombissement lointain.

— Ouais... souffla-t-il finalement. On a été attaqués...

Il marqua un temps d'arrêt, alors que des images de mort et de sang s'imposaient à lui. Il se revit fuir le convoi, Bokuto et Akaashi à ses côtés. Il lui sembla entendre les cris de terreur, alors que les autres se faisaient massacrer. Y avait-il eu d'autres survivants qu'eux ? D'autres survivants que lui.

— C'était une boucherie... souffla-t-il.

Tooru baissa les yeux, les lèvres tremblantes.

— Je sais, dit-il d'une voix brisée. On a retrouvé le camion. Les cadavres...

Il avait dû tomber sur le corps d'Iwa-chan. Il avait dû souffrir en le trouvant mort, alors qu'il lui avait promis de revenir pour lui. Pourquoi fallait-il qu'ils souffrent tous tellement... Pourquoi fallait-il qu'on les torture comme ça.

— On s'est dit qu'on allait venir jusqu'ici pour voir si certains d'entre vous s'en étaient sortis, Reprit Tooru. On a découvert le camp dans cet état... On aurait dû savoir qu'il finirait par tomber...

— Oikawa, on devrait pas tarder dans le coin, l'interrompit un autre soldat, talkie-walkie à la main. Sawamura a repéré des infectés au nord. Ils se dirigent vers nous apparemment. Le coup de feu a dû les rameuter.

Il hocha la tête.

— Tu peux te lever ? demanda-t-il en tendant la main vers Kuroo.

— Pourquoi j'le f'rais ? demanda ce dernier avec lassitude. Y'a plus rien de toute façon...

Oikawa pinça les lèvres, le regard plein de pitié. Il avait bien vu le cadavre en retrait, avec le crâne explosé. Il avait vu le pistolet qui gisait dans la main de Kuroo. Il avait bien compris ce qui avait dû se passer. Il comprenait.

— Parce qu'on doit continuer à se battre, dit-il sérieusement, en relevant le menton. Pour tous ceux qui sont morts, et pour venir en aide à ceux qui survivent encore. Viens avec nous, trouve un but dans ce monde pourri. On est plus fort que ces saletés, garde bien ça en tête.

Kuroo leva la tête vers lui. Il avait l'air tellement triste, et à la fois si déterminé et sûr de lui. Kuroo ne comprenait pas comment il pouvait encore avoir ce regard-là.

— Si tu es encore en vie, il doit y avoir une raison. Ne gâche pas ça en cédant au désespoir.

— Mais on ne peut plus rien faire, souffla-t-il.

— On peut toujours, le contredit Tooru. Tant qu'on est en vie.

Il lui tendait toujours la main. Mais qu'est-ce qu'ils pouvaient bien faire ? Ils avaient bien vu que les infectés étaient de plus en plus nombreux, au fur et à mesure que l'Humanité déclinait. Tôt ou tard, ils finiraient par gagner, par anéantir la dernière forme de vie.

Pourquoi continuer.. ?

Kuroo n'avait pas les réponses. Et il ne savait pas trop pourquoi, mais il finit par saisir la main qu'on lui tendait. Peut-être parce qu'au fond de sa tête, un discours rempli d'espoir qu'il avait entendu un jour avait fait écho. Peut-être parce qu'il ne voulait pas encore mourir. Peut-être que, pour Akaashi qui voulait tant retrouver la paix, pour Bokuto qui n'aspirait qu'à une vie insouciante, entouré des gens qu'il aimait, pour sa mère, pour Kenma, pour les amis qu'l avait perdus, il devait vivre. Se battre. Encore. Essayer. Encore. Être fort. Pour eux tous. Encore.

Le monde était devenu fou, plus rien n'avait de sens. Tout ce que Kuroo avait un jour aimé était mort. Il n'avait plus aucune raison de se raccrocher à la vie. Plus aucune raison de tenir encore debout. Et pourtant, comme il avait toujours été un peu têtu et peut-être même immature, il se releva.

— ça ira, assura Tooru.

Et il voulait un peu y croire.


Aaaaand done ! Une fin un peu aigre-doux, avec une petite touche d'espoir, peut-être ? Mais dans un monde comme celui-là, l'espoir existe-t-il encore ?

J'espère que ça vous aura plu ! Du fond du coeur ! Merci à ceux qui sont resté jusqu'au bout malgré mes parutions absolument scandaleuses ! Je vous aime !

Je sais pas si le fandom entendra encore parler de moi de sitôt honnêtement alors... à un de ces jours ?

Bye !