Dernier chapitre.
La sensation de froid avait disparu.
La mort commençait a devenir une issue envisageable. Faire que tout s'arrête. Dormir enfin. Il était tellement fatigué,
Il voulait sombrer, pour ne plus jamais se réveiller, pour ne plus ressentir le vide qui creusait son ventre, pour ne plus devoir penser, pour ne plus vouloir mourir.
"Merlin?" murmura-t-il dans un dernier espoir fiévreux.
Mais le silence glacé fut la seule réponse.
Morgane avait fini par rentrer dans la maison abandonnée et Merlin avait enfin pu s'approcher du souterrain. En se courbant légèrement, il s'était introduit dans un passage qui menait, quelques mètres plus loin, à une lourde porte en métal. Il ne pu l'ouvrir à la force des bras, la porte devait être ensorcelée et il n'avait pas encore récupéré toutes ses capacités. Il colla son oreille contre la porte mais n'entendit rien. Pourtant, il en était persuadé, Arthur se trouvait là. De l'autre côté. À quelques mètres de lui. Le jeune magicien pouvait encore sentir les ondes qui le reliaient à son ami. Dans quelques minutes, le sort serait totalement évaporé, mais cela n'avait plus d'importance, le roi était là. Tout prêt. Vivant. Il appela doucement « Arthur ? » « Arthur, je viens pour vous aider ». Il n'eut aucune réponse. Cela le rendait fou de devoir laisser son ami, mais il ne pouvait rester plus longtemps. C'était bien trop risqué. « N'ayez pas peur Arthur, je vais revenir dans peu de temps » et il remonta à la surface.
Il devait maintenant faire diversion. Attendre l'aube et conduire Morgane et ses hommes loin de cet endroit pour lui laisser le temps de secourir Arthur. Comme poussé par une intuition profonde, il se mis en quête de petites plantes qu'il avait remarquées en rampant sur le terrain quelques heures plus tôt. Sans savoir réellement ce qu'il faisait, il cueillit plusieurs fleurs et herbes et les rassembla en une dizaine de petits bouquets qu'il disposa tout autour de la maison. Il finit par s'asseoir contre un arbre et observa la lumière du jour reprendre ses droits sur la torpeur de la nuit.
Au moment précis où les rayons du soleil illuminèrent le premier bouquet, il prit feu. Et toutes les herbes s'enflammèrent, toutes les fleurs se mirent à brûler, diffusant un léger parfum dans toute la clairière. Quand les bouquets eurent complètement disparus, Morgane sortit de la maison complètement désorientée et ordonna à ses hommes de préparer les chevaux. Merlin entendit la jeune femme se parler à elle-même :« Il me faut les fleurs, pour la cérémonie, pour le sacrifice. De la sauge, des racines de mandragore, de la verveine... Il me les faut absolument...».
Merlin ne put réprimer un sourire. Il ne s'était pas trompé. La jeune femme avait beau être puissante, elle était encore humaine et en proie au doute. Cet affreux doute, pensait Merlin, qui devait la réveiller au creux de la nuit, quand elle venait à songer qu'elle faisait peut être fausse route.
Grâce à ces incantations, il avait réussi à la persuader que si elle voulait mener son plan à bien, il lui faudrait s'en assurer par la magie des plantes. C'était de la Vieille Magie que le jeune magicien avait utilisé, de la magie douce comme le parfum des fleurs mais assez entêtante pour persuader une désespérée. Morgane devait maintenant être persuadée que sans ces plantes, qu'elle ne trouverait que loin d'ici, elle serait incapable de procéder au sacrifice de son frère. Attendre que le roi se décide enfin à mourir n'était plus assez efficace pour elle.
Encouragée par les dernières émanations d'herbes brûlées elle se lança au galop en direction, sans doute, de son repère principal. Merlin avait jusqu'à midi, environ, avant qu'elle ne se rende compte de la supercherie.
Alors qu'il pensait être déjà mort, Arthur entendit un bruit qui le tira du néant. Au prix d'efforts intenses, il se redressa et pu observer la porte en métal s'ouvrir lentement. Il fut étonné de parvenir à se mettre debout et, dans un mouvement acquis depuis de nombreuses années, il brandit son épée en position de défense. Aveuglé par la faible lumière que laissait passer la porte grande ouverte il lui fallu un bon moment d'adaptation pour déceler un corps dans toute cette clarté.
« Arthur... »
Ce dernier vacilla. Il fit plusieurs pas en arrière jusqu'à ce que son dos heurte le mur. Ses bras tremblants furent incapables de maintenir son épée en l'air plus longtemps.
« Tout va bien Arthur... je vais vous sortir de là »
« Non... » le jeune roi était complètement perdu, il secouait la tête refusant d'accepter ce qu'il avait devant les yeux. « Tu es mort... tu es mort, je suis en train d'halluciner...». Il s'immobilisa soudainement et frappa l'arrière de son crâne contre le mur. « Merlin . est . mort ».
Le jeune magicien se précipita vers son ami mais ce dernier releva son épée pour l'empêcher de l'approcher.
« Merlin est mort. Il est mort, je l'ai abandonné près d'un rocher. » Arthur ferma les yeux quelques instants. « Je ne sais pas où je suis... » murmura-t-il pour lui même, «...même si je sors d'ici... je n'arriverai jamais à le retrouver... je l'ai laissé... près d'un rocher. »
Merlin voulait le prendre dans ses bras, le serrer contre lui, mais Arthur tenait toujours son épée entre eux. Il chercha à capter son regard et quand les yeux du roi se posèrent enfin sur lui, il ouvrit la bouche :
«Le sort que Morgane a lancé n'était pas assez puissant. Il m'a plongé dans une sorte de catatonie. Je pouvais vous entendre Arthur. Vous m'avez porté sur plusieurs kilomètres. Je pouvais vous entendre mais j'étais incapable de faire le moindre mouvement. »
« Non... » souffla Arthur qui cognait continuellement sa tête contre la pierre derrière lui.
« Ne faites pas ça, Arthur. C'est réel, je vous le jure. Permettez moi de m'approcher, laissez moi vous prouver que je suis bien vivant. »
« Qu'est-ce que j'ai dit ? » demanda soudain le jeune roi « Qu'est-ce que je t'ai dit, là bas, avant de te laisser ?».
« Vous m'avez dit que vous étiez désolé » répondit Merlin qui sentait sa gorge se serrer.
« ... que j'avais été le meilleur serviteur que vous aillez jamais eu »
«...que si vous en aviez eu la possibilité vous auriez fait de moi un chevalier ».
Il avait de plus en plus de mal à contrôler sa voix. Jamais il n'avait pensé que ces quelques mots résonneraient si fort en lui. Jamais, il n'avait envisagé qu'Arthur pensait cela et surtout qu'il désirerait revenir sur ces choses intimes qu'il avait cru confier à un mort.
« Vous m'avez avoué que j'étais votre seul véritable ami ».
Arthur avait arrêté de cogner sa tête contre le mur. Il regardait Merlin droit dans les yeux.
« Vous m'avez serré contre vous, longtemps, vous m'avez installé à l'abri de ce rocher et puis vous avez dit que vous auriez préféré mourir plutôt que de me voir ainsi. »
Une larme brûlante coula le long de la joue de Merlin. « Laissez moi m'approcher, Arthur, je vous en prie »
Comme le roi ne réagissait pas, Merlin fit quelques pas et prit doucement la main libre d'Arthur dans la sienne.
« Je suis vivant, et vous aussi. Tout ceci est bien réel. »
« Morgane a dit que tu étais un magicien » murmura Arthur.
Quelque chose flancha dans les yeux de Merlin et pour la première fois depuis qu'il était entré dans la pièce, il détourna le regard.
« Je suis désolé... » murmura-t-il.
« Je suis désolé d'avoir trahi votre confiance. Je vous en supplie, laissez-moi vous sortir d'ici et puis je disparaîtrai si tel est votre souhait »
Le ton de Merlin était devenu déférent et soumis. Arthur sentit de la colère monter en lui. Il ne voulait plus que Merlin se sente obligé de se comporter comme un serviteur. Il voulait qu'il soit son égal. Merlin était son égal. Merlin était vivant...
Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine alors qu'il assimilait doucement la nouvelle réalité. Il serra la main qui le tenait depuis plusieurs secondes, laissa tomber son épée et agrippa l'épaule de son plus fidèle ami. Ce dernier releva lentement la tête et ils se regardèrent durant un long moment. Merlin pleurait. Son regard criait pardon. Aucun mot n'aurait pu exprimer ce qu'Arthur pensait, alors, il l'attira contre lui et le serra dans ses bras. Pendant plusieurs secondes, le magicien demeura immobile, puis il se détendit doucement et posa ses mains dans dos du roi. Un léger sourire se forma sur les lèvres d'Arthur et c'est à ce moment que ses jambes lâchèrent.
Merlin resserra son étreinte pour l'empêcher de glisser au sol et avec son soutien, il reprit doucement appui sur ses pieds et posa la tête sur son épaule. Il murmura de façon presque inaudible :
« J'ai cru que je t'avais perdu »
« Vous ne me perdrez jamais, Arthur, je serai toujours à vos côtés. Rien ne pourra m'éloigner de vous, vous êtes ma destinée. Je suis fier de vous avoir comme roi, je suis encore plus fier de vous avoir comme ami ».
« Je suis désolé ».
Il restèrent un long moment dans les bras l'un de l'autre. Puis, très calmement, ils se dirigèrent vers l'extérieur. Arthur ne pouvait ouvrir les yeux face à la lumière du jour, mais cela n'avait pas d'importance, c'était Merlin qui le guidait. L'homme en qui il avait le plus confiance. Ce n'est que plus tard qu'il réaliserait qu'en réalité il s'était toujours senti en sécurité auprès de lui.
Fin
J'espère que ça t'as plu.
Il y a certainement des fautes, désolée, n'hésite pas à me le dire. Dis moi aussi si ça t'as plu.
A plus tard
