Titre : Le gîte

Blue Note : Un mois après la sortie du premier chapitre, voici le second, les différents personnages s'y développent un peu plus et j'ose espérer qu'ils vont vous plaire. Je suis assez emballée par cette fiction que j'aime beaucoup écrire et qui fait son petit bout de chemin dans ma tête, j'attends avec impatience vos retours si vous en avez, et on se retrouve pour le prochain chapitre dans un peu moins de temps, espérons-le !


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Le corps d'un des plus jeunes mangemorts de sa génération gisait sur la table de la salle à manger.

Ajoutez à cela un groupe de jeunes gens traumatisés par la guerre et une flaque de sang qui se répandait sur le plancher. Dans le silence, la respiration de Drago Malefoy résonnait comme sifflante, difficile, alors que sa blessure au crâne, sale et bouillonnante de liquide rouge ne le vidait peu à peu de sa vie. Padma glapit, d'une voix étranglée, le regard fixé sur l'intrus :

"On peut peut-être le laisser s'éteindre ?"

Seamus ne la contredit pas..

Même Lavande, depuis sa cellule, avait cessé de gratter.

Hermione lança un regard à Molly, celle qui les avait guidé jusque-là, celle qui était leur responsable, leur soutien, leur mère de substitution, la détentrice d'une sagesse qu'ils avaient tous plus ou moins perdue, la seule personne un tant soit peu équilibrée.
Mais Molly garda le silence.

Face à eux se trouvait l'un de ceux qui les avaient attaqué, eux et leurs proches, un de ceux qui avaient brisé leur vie à tous, un de ceux qui avaient transformé le monde magique en cauchemar.

Et eux, ils regardaient son agonie, comme pris d'une curiosité morbide. En silence, seule Hermione déchantait un peu, épiant le visage de chacun sans oser rien dire. Dans son esprit elle revoyait l'air terrifié qui s'était peint sur ses traits lorsqu'il les avait aperçues, sans comprendre.

Désormais, le visage de son vieil ennemi d'enfance était calme, comme s'il flottait loin de ce corps contusionné de partout, sa respiration plus faible de seconde en seconde.

Puis, on frappa trois coups à la porte.

Quelqu'un venait prendre de leurs nouvelles. Maintenant. Alors qu'un hors-la-loi finissait sa vie sur la table où ils avaient mangé de la soupe de laitue hier.

Ils sortirent tous soudainement de la torpeur dans laquelle ils s'étaient plongés, Luna la première se jeta sur le corps inconscient, répétant comme si elle avait perdu l'esprit :

"Il s'éteint ! Il s'éteint !"

Hermione fut la seconde, pour la première fois en soixante-douze jours elle parvint à s'extirper de ses sombres pensées et se mit en action.

"Il lui faut une chambre." déclara-t-elle vivement en lançant des regards à la ronde pour que tout le monde s'implique.

Elle poursuivit sa parole en attrapant le blessé sous les aisselles, pendant que Molly qui entraînait de justesse Luna en arrière, une seconde avant qu'elle ne saute à pieds joints dans la flaque rougeâtre, se saisissait des jambes du garçon. Dans la cohue générale, d'autres missions furent données et alors que Padma et Seamus, appuyé sur sa béquille, s'attelaient à faire disparaître les éléments incriminants qui maculaient littéralement leur salle à manger, les autres installaient le blessé dans une chambre sans fenêtre coincée entre la salle de bain et les toilettes du rez-de-chaussée que personne n'avait voulue.

Au bout de quelques minutes qui semblèrent avoir duré des heures, la jeune gryffondor revint dans la pièce à vivre, Seamus et Padma avaient repris leurs places dans le salon, dans une fausse décontraction qui ne tromperait pas grand monde. Luna avait ramené le nécessaire de soins magiques à Molly, puis s'était éclipsée on ne sait où. La porte de la chambre avait été scellée pour le moment et mécaniquement Hermione se dirigea vers la porte d'entrée.

Lorsqu'elle l'ouvrit, elle trouva Arthur Weasley trempé jusqu'aux os, une mine contrite et les paupières clignant frénétiquement pour chasser les gouttes qui ruisselaient dans ses yeux. Il faisait encore beau quelques minutes auparavant et désormais une terrible averse semblait vouloir balayer la bâtisse. Si elle avait un tant soit peu cru en la divination, Hermione aurait pris ça pour le signe que l'accueil d'un mangemort dans leur refuge était tout sauf une bonne idée, mais aspirée par sa contemplation d'une flaque boueuse dans laquelle M. Weasley pataugeait misérablement, la jeune femme ne pensait à rien du tout.

L'homme se racla la gorge discrètement pour lui faire remarquer qu'elle bloquait l'entrée mais se contenta de pénétrer sagement dans le gîte sans se formaliser d'avoir dû attendre dehors par un temps pareil lorsqu'elle se décala. Elle resta plusieurs minutes collées contre le mur du couloir, écoutant les plic-ploc de la pluie avant de refermer la porte.

Ils n'auraient pas dû être surpris, Arthur venait inlassablement tous les dimanches prendre de leurs nouvelles, comme s'il voyait encore un espoir en eux. Comique.

En réalité le patriarche s'inquiétait surtout pour sa femme et son fils, qui refusaient tous deux catégoriquement de rentrer au terrier, mais pour ne pas faire de peine aux autres, il évitait de rendre la chose trop évidente. Hermione, qui se fichait bien de savoir qui Arthur venait voir, au fond, nota dans un coin de son esprit qu'ils étaient donc dimanche. Elle n'était cependant pas capable de dire si les jours comptaient vraiment dans leur monde à eux. Ils survivaient dans un univers parallèle auquel personne n'avait réellement accès.

D'une démarche habituée, l'homme salua brièvement la porte close de Lavande et les silhouettes immobiles de Padma et Seamus. Le duo s'était figé depuis que la porte d'entrée avait été ouverte, le regard fixé droit devant eux, et ils ne répondirent même pas.

La brunette de Gryffondor les observa un moment, retirée dans le monde silencieux de ses pensées, avant qu'Arthur, qui pendant ce temps s'était servi une tasse de café et s'était installé à la table, ne lui demande :

"Molly n'est pas là ?"

Elle se retourna vers lui, au ralenti. Il porta sa tasse aux lèvres, son pouce essuyant inconsciemment le dessus de la table encore humide.

Sa gorge se noua, elle ne savait pas quoi dire, son cerveau ne réussirait pas à générer un mensonge, même un tout petit, même un presque vrai. Elle ouvrit la bouche, rien ne sortait. Il fallait qu'elle parle. "Dit quelque chose". Aucun son. "Elle est sortie. Dit qu'elle est sortie." Elle referma la bouche et déglutit puis l'ouvrir de nouveau. "Elle est occupée." essayait-elle de dire mais sa langue pesait comme un poids mort entre ses dents. Le père de famille fronça légèrement les sourcils, ne comprenant pas son mutisme. Il fallait qu'elle parle, et vite. Il allait se poser des questions, il allait se douter que quelque chose n'allait pas. Elle frotta nerveusement son poignet gauche. "Parle Hermione, bon sang, parle" se répétait-elle sans que les muscles de sa mâchoire n'acceptent de se délier. Il finissait déjà sa tasse et l'observait d'un air inquiet. Ces gamins lui fichaient un peu les jetons parfois, tant ils semblaient déconnectés de ce qu'ils étaient avant.

"Est-ce que ça va Hermione ?" s'enquit-il en se levant.

Il s'approchait un peu, se demandant si dans cette coquille brisée résidait encore un peu de l'amie de son fils. D'instinct Hermione recula, refusant qu'un étranger au gîte ne l'approche. "OUI. Réponds juste OUI." s'énervait-elle intérieurement. Mais aucun son ne sortait de son corps, comme si la venue d'une personne de l'extérieur l'avait rendue muette. Elle avait parfois l'impression qu'il y avait deux Hermione, l'une d'entre elles était la lionne, certes blessée mais toujours pugnace qui brûlait de se reconstruire mais celle-là était bloquée, prisonnière, étouffée et endormie par l'autre, celle qui avait pris possession de son corps et de ses pensées, celle qui avait peur, qui voyait ses traumatismes ressurgirent comme des cauchemars même en gardant les yeux ouverts. Elle sentait sa partie combattante diminuer de plus en plus, s'endormir de plus en plus longtemps. En ce moment elle essayait vainement de lui faire ouvrir la bouche, mais malgré toute sa volonté elle ne parvenait pas à sortir de son mutisme. Personne ne semblait croire qu'elle pourrait vaincre ses traumatismes, ne plus être faible et redevenir comme avant. Elle n'y croyait pas non plus mais aurait beaucoup apprécié que quelqu'un le fasse à sa place.

"Hermione ?! Quelque chose s'est passé ? Qu'est-ce qui ne va pas ?" l'interrogeait Arthur comme si la maison était en feu.

Elle eut seulement conscience à ce moment-là qu'il s'était encore approché d'elle et enserrait ses bras de ses deux grandes mains. Elle s'était retirée dans ses pensées trop longtemps et la situation lui avait échappé. Il était trop proche, elle sentit une bouffée de panique remonter en elle, prête à exploser, une image lui passa devant les yeux, fragment d'un passé qu'elle ne cessait de voir. Elle allait hurler, dans quelques secondes elle allait hurler, puis s'effondrer, pleurer; griffer ou mordre, elle ne savait pas encore, mais le contact des mains d'Arthur Weasley était insupportable et elle ne pouvait pas rester inerte. Il appellerait Sainte Mangouste en voyant qu'elle n'allait pas mieux, on l'emmènerait loin du gîte, sans qu'elle ne comprenne pourquoi cette idée lui retournait l'estomac. Ensuite il découvrirait qu'un Malefoy à demi mort avait été caché chez eux, et on les punirait. Elle sentait qu'Arthur Weasley la secouait légèrement pour qu'elle revienne à elle, il continuait de parler mais elle s'était fermée aux sons jusqu'à ce qu'une voix traverse la brume de son esprit, quatre mots exactement.

"Espèce de merde putride."

Hermione revint à elle, comme si l'insulte était une formule magique digne d'un enervate, suivant le regard interloqué qu'Arthur lançait au dessus de son épaule elle se retourna pour voir ce qui se passait.

"Petite salope inutile."

Seamus venait de lâcher ces mots, fixant d'un air furieux Padma qui s'était redressée sur son fauteuil.

"Qui traites-tu de salope ?! Grosse larve dégénérée !"

"Toi ! Morue !"

Avec soulagement, la gryffondor remarqua que le père de famille avait totalement oublié sa présence et son mutisme et s'éloigna rapidement de lui, allant trouver refuge près des portes de la véranda, chose qui lui permettait de voir la scène mais aussi de détaler dans les prés si quelqu'un se mettait en tête de la faire parler de nouveau.

"Rat d'égout !"

"Pustule vivante !"

La joute verbale continuait, la tension était palpable et Arthur, qui n'avait pas eu l'honneur d'assister à ces batailles orales auparavant avait presque verdi. Qu'arrivait-il à ces pauvres enfants ? Pourquoi se crachaient-ils des insultes tout à coup ?

"Vivement que tu crèves ! Chien !"

"Si je meurs c'est de dégoût pour toi !"

La porte d'entrée claqua mais personne ne le remarqua jusqu'à ce qu'une Luna, trempée et couverte d'assez de boue pour qu'on croit qu'elle s'était volontairement roulée dans une mare n'apparaisse à l'embouchure du couloir.

"Troll moisi !"

"Sale croûte !"

La jeune serdaigle se tourna vers l'intrus comme si la dispute n'était qu'une musique de fond et déclara, d'une voix si limpide que même Hermione aurait pu croire qu'elle disait vrai :

"Molly est allée faire des commissions, il faudrait repasser plus tard M. Weasley."

Le patriarche ne demanda pas son dû, salua rapidement tout le monde et remonta à grands pas le couloir avant de sortir du gîte, au moment où ils furent sûrs qu'il avait transplané, toute dispute cessa comme par magie.

Padma s'étira avec souplesse et Seamus passa nonchalamment sa main sur le cuir élimé du fauteuil où il prenait tout le temps place, un léger sourire satisfait flottant sur son visage. Prudemment, Hermione vint s'installer sur un coin du gros canapé et Luna s'assit en tailleur à même le tapis, laissant des traînées de boues sur son passage.

Ils se regardèrent les uns les autres, conscients que quelque chose d'important venait de se passer sans réussir à réellement comprendre quoi.

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Allongée dans son lit, Padma observait les particules de poussière qui flottaient dans l'air, éclairée par les rayons de soleil filtrant au travers de son volet baissé. Elle ne l'ouvrait jamais totalement et même si elle n'était jamais allée dans leurs nids, comme elle s'amusait à les appeler, elle savait que Seamus et Hermione ne le faisaient pas non plus. Et Luna… L'Indienne ne comprenait pas vraiment ce qui ne tournait pas rond chez sa consoeur Serdaigle, mais ce qui était sûr c'est que ça empirait de jour en jour. La veille au soir, après leur avoir expliqué qu'elle avait placé l'intrus dans un sommeil magique qu'elle ferait durer aussi longtemps que possible, Molly lui avait gentiment demandé si elle pouvait réparer la fenêtre de sa chambre et la blonde s'était contentée de lui lancer long regard torve jusqu'à ce qu'un autre sujet soit abordé. "Folle" pensa Padma en triturant par automatisme sa longue tresse de cheveux "totalement folle" continua-t-elle de penser avant qu'un bruit dans le couloir n'attire son attention.

Un cliquetis, un bruit sourd, un cliquetis, un bruit sourd, un cliquetis, un bruit sourd. Seamus.

Avant qu'elle n'ait eu le temps de se redresser sur son lit, sa porte s'ouvrit et une tête masculine se glissa dans l'entrebâillement.

"Padma" dit simplement le jeune estropié en la regardant.

La jeune femme eut envie de se lever et de le gifler, puis de lui coincer les doigts dans la porte et de claquer fort, mais elle se contenta de pousser un long soupir. Elle détestait les êtres humains, tous les êtres humains, sorciers et moldus sans aucune distinction.

Prenant sa maigre réaction pour un acquiescement, Seamus continua :

"Molly va faire des courses, tu as besoin de quelque chose ?"

La jeune femme se contenta de secouer la tête négativement et sortant de sous son matelas une boîte de chewing-gum pleine, seule chose qu'elle demandait lorsque venait le jour des courses. Sans un mot, le gryffondor referma la porte et s'éloigna. "Espèce d'idiot" marmonna la brune en tirant de sa boîte un des bonbons qu'elle se mit à mâcher furieusement. Cinq minutes plus tard cependant, le cliquetis et le bruit sourd se remirent à résonner de concert dans le couloir, cette fois-ci lorsque Seamus ouvrit la porte, Padma était redressée sur son lit.

"Est-ce que tu as vu Luna ?"

"Non." répliqua-t-elle sèchement avant d'ajouter mentalement "Est-ce que j'ai l'air d'avoir quelque chose à foutre du lieu où peut bien se terrer cette malade ?"

De nouveau, le jeune homme la laissa seule et elle reprit le cours de ses pensées. Cela faisait un moment qu'elle essayait de remettre en ordre ses souvenirs des heures qui avaient précédé la Bataille. L'exercice l'épuisait et depuis toujours, la fatigue la mettait hors d'elle, la rendait mauvaise, méchante, mais Padma qui depuis presque trois mois négligeait ses heures de sommeil ne se souvenait même plus de l'époque où elle vivait sereinement. Elle ne pouvait pas faire autrement, il fallait qu'elle se souvienne de tout, de chaque instant, de la chronologie exacte. En bonne serdaigle elle savait qu'elle ne s'apaiserait pas avant d'être certaine que rien ne lui échappait, et pour l'instant il lui paraissait que des détails lui glissaient entre les doigts.

Elle allait sortir son épais carnet de notes d'une de ses taies d'oreiller lorsqu'un claudiquement caractéristique se fit une nouvelle fois entendre juste devant sa chambre.

Cette fois, l'Indienne n'attendit pas que l'indésirable ait fait son entrée pour gronder :

"Par la barbe de Merlin, Finnigan pourquoi est-ce que tu me viens me casser les couilles encore une fois ?"

L'expression qu'il fit la déstabilisa un peu mais elle n'en montra rien, trop en colère pour s'interroger sur l'air bougrement sérieux de l'éclopé, il avait l'air ridicule -bien qu'elle le trouvait toujours plus ou moins ridicule- de sa main gauche il tenait bien entendu la béquille qui lui permettait de tenir debout, de l'autre, un verre de ce qui semblait être du jus de citrouille.

"Est-ce que je peux m'assoir un peu avec toi ?" demanda-t-il en ignorant superbement la précédente question.

Une curieuse impression qu'elle allait exploser s'installa chez la jeune femme, elle tenait toujours entre ses mains frêles l'oreiller et aurait voulu que l'on respecte son besoin de calme et de silence.

"Non." fit-elle, catégorique. "Non, je ne veux pas que tu t'asseyes, que tu parles, ni même que tu respires avec moi. Je veux que tu te casses et que tu ne reviennes pas."

Ses yeux s'étaient plissés et son visage s'était tordu en un rictus mauvais, elle décida d'un seul coup qu'elle détestait tous les Irlandais et qu'elle voulait bien les sacrifier tous si en échange on pouvait la libérer de celui-là. Aussi, elle manqua de s'étrangler avec son chewing-gum lorsque, bravant tous les interdits, le gryffondor pénétra totalement dans sa chambre, referma la porte derrière lui et s'installa confortablement sur son lit, le dos contre la cloison et le moignon bien étendu.

"Non mais tu te fous de ma gueule Finni-" commença-t-elle avant qu'il ne l'interrompe calmement.

"Je ne suis plus sûr de vouloir qu'il y ait un intrus dans notre gîte." déclara-t-il d'une voix morne avant de reprendre plus bas : "J'ai l'impression… J'ai l'impression que c'est mal, par rapport à ceux qu'on a perdus..."

Sans vérifier si elle écoutait -chose qu'elle faisait, bien malgré elle- il avala une petite gorgée de son breuvage qui le fit légèrement grimacer, et continua :

"Il faisait partie des mangemorts, aucun des mangemorts n'a fait un geste envers ceux de la cause, alors il serait simple de dire que l'on ne devrait pas faire de geste vers eux non plus, non ?"

Sa question résonna quelques minutes dans le vide, ils savaient tous les deux que malgré tout ce qu'ils auraient pu ou pourraient encore faire, maintenant que l'intrus était là, il y resterait. Après une autre gorgée, Seamus parla de nouveau et la brune pensa que c'était sans doute la conversation la plus civilisée qu'ils n'avaient jamais eue.

"Mais je ne sais pas si je m'en veux vraiment, je me dis qu'à notre place, Dean aurait tout fait pour le sauver, parce que c'est une vie, tu vois, et que pour Dean, une vie est une vie, peu importe à qui elle appartient, elle est précieuse."

Ne tenant plus, la serdaigle poussa un soupir à fendre l'âme, l'indésirable semblait prêt à rester palabrer des heures.

"Eh bah il est pas là Dean." éluda-t-elle vivement en fronçant les sourcils.

"Bien sûr qu'il n'est pas là… puisqu'il…" rétorqua difficilement l'Irlandais alors que les larmes lui piquaient les yeux.

"Oh arrête !" s'énerva la jeune femme en balayant l'air d'un geste de la main rageux "Il est pas mort ton Dean."

"C'est tout comme." murmura le garçon en baissant la tête sur son verre dont le contenu venait d'accueillir sans qu'il ne s'en aperçoive deux larmes tièdes.

"Mais non" enragea son vis-à-vis "Il respire, il bouge, et contrairement à un trou du cul que je connais il s'en est sorti sans se retrouver comme un vieil amputé de guerre."

Pour la première fois de la conversation, Seamus la regarda, bien droit dans les yeux, avec toute la fureur de son être, incapable de comprendre pourquoi elle ne le laissait pas se lamenter tranquillement et objecta en séparant tous les mots :

"Il. a. perdu. la. mémoire. Ce n'est plus lui ! C'est une coquille vide ! Ils ont trifouillé dans son cerveau et ils l'ont défoncé !"

"Mais ça va pas." répliqua immédiatement Padma. "Il a été blessé et les médicomages ont fait de leur mieux pour le sauver. Alors ok ça ne s'est pas passé comme prévu mais il ne faut pas abuser non plus !"

"Il ne sait même plus comment se nourrir ! Il ne sait pas qui il est ! Il ne reconnaît même pas ses parents ! Il-"

Le jeune homme se tut soudainement "il ne me reconnaît même pas moi." pensa-t-il le cœur serré. Son meilleur ami, plus que ça même, la seule personne au monde qu'il ne voulait pas voir tomber pendant la guerre, qui était resté deux semaines dans le coma avant de se réveiller vide, une page blanche. Le silence se fit dans la petite pièce, aussi venimeuse qu'elle soit, Padma ne chercha pas à blesser outre mesure son compagnon d'infortune et se contenta de l'écouter, le front barré d'une ride contrariée lorsqu'il ajouta en quittant la pièce.

"C'est la magie qui a réduit Dean à néant, c'est elle la pire chose du monde. Alors je ne laisserai plus jamais la magie entrer en contact avec moi."

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Depuis la quiétude du salon Hermione entendit une porte claquer à l'étage supérieur et sursauta plus de mesure. Elle resserra le gros grimoire qu'elle tenait contre elle comme s'il pourrait lui servir de bouclier contre un éventuel assaillant. Cela faisait une heure que, comme à son habitude, elle déconstruisait un nouveau mot, celui-ci, tout en bas de la page 182 de l'épais livre de sortilèges était le mot "ennemi". Un ennemi dormait d'ailleurs à quelques mètres d'elle. La gryffondor ne savait pas où Molly avait appris à maîtriser un tel sortilège d'assoupissement mais une part d'elle craignait que l'intrus ne se réveille sans que cela soit prévu et ne les mette tous en danger. Alors, consciemment ou non, elle restait plantée dans le salon, pour pouvoir le surveiller, ou s'enfuir, elle ne savait pas trop.

"Tu ne vas pas dehors ?" fit la petite voix de Luna depuis l'encadrement de porte de la véranda.

La brune redressa la tête vers son amie, cette dernière avait trouvé un tournesol et avait planté l'épaisse tige dans les noeuds de ses cheveux qui ne ressemblaient plus qu'à une longue masse mi-capillaire mi-végétale qu'aucun sort ne saurait démêler. La fleur de soleil apparaissait dès que la blonde tournait la tête et Hermione se demanda comment elle avait fait pour en trouver deux mois avant l'époque de floraison.

"Tu ne vas pas dehors ?" répéta Luna en clignant des yeux.

"Je…" commença la brune en lançant un regard vers la chambre de l'intrus. Son regard rencontra le calendrier que Molly avait mis à jour pour eux, le 16 juillet, est-ce qu'il y avait quelque chose le 16 juillet ? Est-ce qu'il était normal qu'il fasse si beau un 16 juillet ? Est-ce qu'il faisait beau tous les 16 juillet depuis toujours mais que personne ne s'en était jamais rendu compte ?

Le soleil tapait contre les vitres et aucune brise ne venait faire trembler les herbes hautes, dans la cuisine la mère Weasley avait l'air de s'affairer en fredonnant quelque chose mais la gryffondor n'y prêtait pas attention, hypnotisée par le visage de Luna qui se contracta en une expression de pur désespoir alors que sa bouche articulait :

"Tu ne vas pas dehors ?"

Du bout des lèvres, paralysée par sa peur permanente, Hermione répondit :

"Non."

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