Ron venait de s'endormir. La journée avait été épuisante. Les trois amis avaient marché jusqu'à ce que le soleil se couche à travers le pays, avant de trouver un endroit tranquille pour en faire leur campement à la tombée de la nuit. Harry avait pris le premier tour de garde, laissant le roux et la brune seuls dans la tente. Ron portant le médaillon autour du cou, avait veillé sur la jeune femme, encore toute chamboulée de ce qu'elle avait dû faire à ses parents, jusqu'à ce qu'elle s'endorme et s'était ensuite couché. Le sommeil avait eu du mal à venir l'assaillir, mais malgré tout il était venu et l'avait emporté brutalement.

- Ron ?

Le Gryffondor se retourna dans son lit, grognant contre lui-même, alors que ses yeux restaient fermés.

- Ron…

Son souffle s'accéléra alors qu'il continuait de se tourner et retourner dans les draps sur son matelas, sa tête s'enfonçant davantage dans son oreiller.

- Ron, c'est moi…

- Je-Severus ?

- Oui-

- Mais qu'est ce que… comment vous- Je me suis endormi et…

- Vous dormez toujours, je me suis juste introduit dans votre esprit.

- Pardon ?

- De la même manière que Voldemort le fait avec Potter.

Ron, les yeux toujours clos, passa instinctivement sa main sur le médaillon avant d'agripper plus fortement le drap.

- Ron, est-ce que Potter va bien ?

- Oui, pour l'instant...

- Et vous… toi ? Ron… toi, comment tu vas ? Comment te sens-tu ?

- Severus…

- Dis-moi simplement que tu vas bien.

- Je vais bien.

- Faites attention à vous.

- Quoi ? Non, Severus attendez ! Sev-

Ron s'était réveillé en hurlant dans la tente. Il avait couru à l'extérieur, bousculant Harry au passage avant de respirer l'air glacial du matin un grand coup. Ses jambes tremblaient alors qu'il avait encore l'impression d'entendre la voix de son professeur dans sa tête. Il porta sa main à son cœur, calmant sa respiration, avant que son meilleur ami ne se jette presque sur lui, cherchant à savoir s'il allait bien.

- Donne-moi le médaillon, c'est à mon tour de le porter.

- Non, tu n'es pas obligé.

- Ron donne le moi avant de devenir complètement dingue ! Maintenant !

Sous le regard insistant de son meilleur ami, Ron enleva la chaine et la tendit à Harry qui la mit la seconde suivante. La brune sortit de la tente, alertée par les cris. Ron leva sa main dans un geste qui se voulait rassurant avant d'embrasser le front d'Hermione, et de passer la main dans les cheveux d'Harry. Tout allait bien. Ce n'était qu'un cauchemar. Ça ne pouvait être que ça.

Ron se réveilla, transpirant au milieu de son lit. Harry, à ses côtés, lui tenait la main alors que sa tête reposait sur le matelas et qu'il dormait toujours. Le roux passa une main sur son visage, fermant les yeux puis les rouvrant, avant de se lever.

- Ron !

- Salut Harry…

- Ça va ? Tu vas bien ?

- Oui.

- Non tu ne peux pas me dire oui. Tu as hurlé en pleine nuit. Tu tremblais. T'arrêtais pas de-

- Harry je vais bien. Un simple cauchemar d'accord ?

- Ça recommence ?

- Je vais prendre une douche.

Avant que son ami lui pose une nouvelle question, Ron s'enferma dans la salle de bain pour s'engouffrer dans la douche, où il laissa l'eau brûlante venir lui rougir la peau et lui changer les idées. Un de ses bras se tendit pour s'appuyer contre le mur en pavés blancs, alors qu'il se mettait à respirer fortement. Puis il finit par s'asseoir, sa tête partant en arrière. Il ne devait pas y penser, et pourtant à chaque fois qu'il passait la porte de la salle de classe, il avait l'impression que tout revenait lui bouffer le cerveau. Prenant, étouffant. Il ne supportait plus.

Quelques minutes plus tard il ressortit prêt pour rejoindre ses meilleurs amis dans la salle commune.

- Harry m'a parlé. Tu ne vas pas t'en sortir comme ça, Ron.

- Bonjour quand même…

- Parle-en !

- Mais ce n'était qu'un cauchemar ! Vous n'en faites jamais ? Merde.

- Ron…

- Est-ce que je te parle de Charlie ? Est-ce que je te dis que je te trouve absolument stupide de lui résister parce que tu es terrorisée ?

- Mais ça n'a rien à voir !

- Tu veux que je te dise quoi ? que Fred est là, qu'il me sourit, que ses yeux bleus sont brillants, comme l'étaient ceux de George avant, qu'il reste simplement à me regarder, qu'il semble heureux ? Il me sourit Hermione.

Hermione et Harry ne dirent plus un mot. Les yeux de la brune se remplirent de larmes, alors que ceux de Ron se fermèrent. Finalement il se détourna et commença à prendre le chemin de la sortie.

- On va en cours ?

Son meilleur ami lui sourit et lui emboîta le pas. Une petite blague plus tard la bonne humeur était de nouveau au rendez-vous. Ron serrait les points. Il avait menti à ses deux meilleurs amis. Il n'avait pas rêvé de son frère, non, il arrivait à peine à penser à lui depuis la fin de la guerre. C'était comme s'il l'avait effacé de sa mémoire. Il n'arrivait pas à penser à lui.

- Alors ? demanda Ron.

- Potions, toute la matinée, répondit Hermione.

- Non, non je ne peux plus. Je ne peux pas.

- Tu crois que moi je peux, Harry ?

Le brun passa une main dans ses cheveux de dépit avant de rejoindre le groupe de Serpentards.

- Vous avez l'air aussi enthousiaste que nous ?

- T'imagines même pas.

- Et non Granger, toujours aucune nouvelle de Severus.

- Mais pourquoi il-

- Je n'en sais pas plus que toi.

Après quelques minutes à soumettre des hypothèses sur l'absence de leur ancien professeur, toute la bande rentra en cours en fronçant déjà les sourcils face à cet imposteur de potioniste. Deux mois déjà qu'il leur faisait cours, deux mois que les élèves piétinaient et n'apprenaient rien. Deux mois que tout le monde se plaignait, que Draco continuait d'écrire à son parrain sans avoir de nouvelles. Deux mois que seul Ron ne se disait rien, suivant les cours, essayant de comprendre.

Ron ne disait rien, oui, mais il encaissait. Inspirant, expirant. Ses yeux se fermaient à maintes et maintes reprises comme s'il espérait voir apparaitre autre chose, mais chaque fois un éclat de tristesse transperçait ses pupilles avant qu'il ne reporte son attention sur son parchemin.

A la fin des quatre heures, ce fut avec un grand soulagement que toute la classe sortit pour se diriger d'un pas pressant vers la grande salle pour manger. Mais alors que tout le monde se dirigeait vers leur table respective Ron se fit arrêter à la porte par son frère aîné tout sourire.

- On peut manger ensemble ?

- Eh bien je- je ne sais pas.

- Ça te dérange ?

- Non…

Le roux suivit alors Charlie sur un bout de table un peu à l'écart avant qu'il ne s'installe en face de lui, attrapant une assiette pour commencer à se servir.

- Bill est peut-être l'aîné, mais je suis le second, et j'ai toujours essayé de prendre soin de toi même si avec notre différence d'âge on a jamais pu réellement avoir cette complicité de frères.

- Il s'est passé quelque chose ? Tu me fais peur.

- Ce que je veux te dire c'est que malgré tout ça je suis ton frère. Je te connais par cœur.

- Charlie…

- Il y a quelque chose qui ne va pas, je le sais, je le vois dans tes yeux, dans ta manière d'agir. Ça fait un moment déjà. Je m'en suis rendu compte après l'enterrement de Fred, tu n'es pas resté parmi nous, tu es allé te coucher.

- Arrête de parler de ça, arrête !

- Tu fuis la famille Ron. C'est pas normal tu le sais ça ?

- Tu dis n'importe quoi.

- Tu sais que non ! Parle-moi en, je t'écoute, je ne dis rien.

- Charlie, non je-

- Raconte-moi, qu'est ce qui se passe ? Est-ce que tu m'en veux par rapport à Hermione ? Je pensais tellement… S'il te plaît Ron, je suis ton frère.

- Mais qu'est-ce que tu me parles d'Hermione ? Tout ce que je pense, c'est que vous êtes stupides de ne toujours pas être ensemble.

- Ron ! C'est quoi alors ?

- Tu sais quoi, je n'ai même pas faim. J'y vais.

- Attends, Ron !

Mais le plus jeune avait déjà quitté la table, partant sous le regard surpris des ses amis attablés un peu plus loin. Harry se leva, désireux d'aller le retrouver pour lui parler, mais c'était sans compter le bras de sa meilleure amie le retenant.

- Plus tard. Laisse-lui le temps de redescendre.

Harry hocha la tête, se rasseyant, alors que Ron courait déjà dans les couloirs du château, montant les escaliers quatre à quatre avant de retrouver la vue de la tour d'astronomie, et ses souvenirs avec. Il s'assit sur le rebord de la fenêtre, son profil appuyé contre l'encadrement de la fenêtre alors qu'il laissait ses jambes tomber dans le vide. Ses yeux se mirent à fixer le terrain devant lui avec l'impression de se retrouver un peu plus d'un an auparavant. Il n'était pas là. Pas là, pas là. Ce n'était pas grave après tout. Oui, ce n'était pas grave, et la douleur dans sa poitrine n'était due qu'à la nouvelle vie qu'il était en train de construire. Il n'était pas là, et ce n'était pas important, vraiment pas.

Lorsque la nuit était tombée, Ron s'était rué au lit n'attendant même pas qu'Harry s'endorme alors qu'Hermione s'installait devant l'entrée de la tente, livre en mains pour tenir la garde toute la nuit. Le roux avait enfoui sa tête sous les couvertures, cherchant le sommeil qui avait tardé à venir mais qui était quand même arrivé. Ses yeux s'étaient fermés d'apaisement et sa respiration avait fini par se régulariser tout autant que les battements de son cœur.

Quelques minutes plus tard il s'était retrouvé dans un petit salon, assis sur un fauteuil en velours vert au coin du feu crépitant alors qu'un sofa vide lui faisait face, et qu'au milieu des deux une petite table était recouverte d'une tasse de thé fumante et de petites gâteaux faits maison. Un sourire étira ses lèvres face à ce décor, une nouvelle fois, chaleureux. C'était la troisième ou peut-être quatrième fois qu'il se retrouvait dans un endroit différent avant que la voix de son professeur ne se fasse entendre. A chaque fois son cœur s'accélérait un peu plus et il ne pouvait pas s'empêcher de sourire davantage. Il s'empressait de toujours aller se coucher pour retrouver cette sensation et la voix de Snape. Alors lorsqu'il découvrit l'endroit cette nuit-là, il se sentit tout de suite heureux parce que ça faisait bien un mois qu'il n'avait plus eu de rêves de ce genre.

- Professeur ?

Seul le silence lui répondit, et c'est avec une grande panique qu'il se mit à regarder autour de lui, le cherchant du regard alors qu'il n'apercevait rien. Etait-ce cette fois qu'un simple rêve ?

- Severus ?

- Je suis là Ron.

Un soupir de soulagement franchit la barrière de ses lèvres, et il ferma les yeux un instant avant de les rouvrir, espérant le voir assis dans le canapé en face de lui.

- Comment va Potter ?

- Il va bien, répondit durement le roux.

Ron serra les poings, avant de se lever pour faire face à la cheminée. Une vive tension émana de son corps pour se propager dans l'atmosphère.

- Ron, est-ce qu'il y a un problème ?

- Pourquoi c'est dans ma tête que vous vous introduisez ? Allez donc dans celle d'Harry si vous désirez savoir s'il va bien.

- Oh…

- Comment ça oh ?

- Je ne t'embêterai plus si c'est cela que tu désires.

- Quoi ? Non, non.

Le silence devient plus agréable alors que l'humeur de Ron s'apaisait pour reprendre le bonheur qui l'avait animé un peu plus tôt.

- Si je te demande si Harry va bien c'est simplement parce qu'il est le dernier espoir pour nous sortir de là. Enfin… Toi, comment vas-tu ?

- Je vais bien.

- Bien.

- Severus, pourquoi je ne peux jamais vous voir ?

- Parce que c'est mieux ainsi. Si je venais à m'asseoir en face de toi…

- Vous ?

- Peu importe.

- Est-ce que tout va bien pour vous ?

- Ne t'en fais pas pour moi. Essaie simplement de rester en vie c'est tout ce que je te demande.

Ron sourit, se levant pour aller s'allonger sur le canapé juste en face. Sa tête se posa sur l'accoudoir alors qu'il allongeait ses jambes tout le long, laissant ses pieds, découvert de chaussures, reposer sur l'autre accoudoir à l'opposé.

- Tu as l'air épuisé.

- Non, je suis bien, c'est tout.

- Ron…

- Vous devez y aller c'est ça ?

- Oui.

Fermant les yeux un peu plus forts, Ron se recroquevilla sur le canapé enroulant ses bras autour de sa taille.

- Fais attention à toi, s'il te plaît.

Au moment où Ron allait répondre, il sentit une main passer délicatement dans ses cheveux. Alors il ouvrit brutalement les yeux cherchant Severus du regard mais il rencontra simplement la toile de la tente qui l'abritait. Son souffle était court et il dut sortir rapidement de l'abri pour calmer les battements de son cœur. Harry était déjà debout, discutant avec Hermione un peu plus loin. Ron inspira puis expira fortement. Il n'en pouvait plus. Ça en devenait insupportable. Cette douleur grandissant dans sa poitrine. Ça faisait mal, et c'était en même temps trop agréable. La voix de Severus partout dans sa tête, et son toucher qu'il avait l'impression de sentir partout sur son corps. Insupportable, insupportable…

Lorsque Ron pénétra le dortoir, Harry était assis sur son lit, son regardant fixé sur la porte donnant ainsi l'impression qu'il l'attendait. Pas spécialement une impression. Le roux eut à peine le temps de se déshabiller pour rester en simple boxer que son meilleur ami lui avait déjà sauté dessus, prenant place contre lui. Il se mit sur le dos, les bras repliés sous sa tête en se mettant à fixer le plafond. Ron s'assit à côté de lui, surpris, laissant ses doigts glisser sur la peau de son ventre, lui créant ainsi d'agréables frissons.

- Tu as raison, tu as toujours eu raison de toute façon.

- Pardon ? tiqua Ron.

- Tu sais le jour où je t'ai rencontré, j'aurais jamais pensé qu'on serait si proche. Je veux dire, j'étais terrorisé, t'étais dans ce foutu wagon à manger comme à ton habitude, on a discuté et je me souviens exactement la tête que tu as fais en voyant ma cicatrice. C'est plusieurs heures plus tard que j'ai su. Tu avais ce truc, cette gentillesse, cet humour. Et puis tes yeux, si purs, si bleus. A chaque fois que je les voyais, je savais pourquoi j'étais là. Tu me souriais, tu me souris toujours. T'es pas mon meilleur ami Ron, c'est tellement plus que ça.

- Harry…

- Alors oui tu as raison, parce que tu me connais par cœur c'est comme ça. Je suis amoureux de Draco, je suis même dingue de lui, et ça me prend les tripes à chaque fois de le voir si loin de moi et si près pourtant. J'ai envie de tout lui dire. Mais je suis absolument terrorisé, j'ai peur parce que je sais pas ce que je ferais s'il venait à me dire non. Des fois je suis obligé de m'éloigner, de me forcer à ne pas le regarder, tellement j'ai envie de lui, de l'embrasser, de le caresser. Sa peau contre la mienne, ses lèvres, son odeur, ses mains, ses yeux. Je le veux, je te jure, je le veux tellement. Je l'aime et c'est même pire que ça. Alors oui, tu as raison, vous avez tous raison.

Ron lui sourit et laissa glisser une de ses mains sur sa hanche y traçant des cercles invisibles du bout de ses doigts. Harry soupira fermant les yeux avant d'attraper le poignet de son ami pour l'entrainer sur son corps. Les yeux trop bleus se retrouvèrent dans ceux trop verts avant que leurs visions ne deviennent trop floues et que leurs lèvres ne se scellent. Doucement, timidement. Comme quelque chose d'inattendu, d'inhabituel, de surréaliste, de beaucoup trop bon. Le corps de Ron surplomba celui de son vis-à-vis, se positionnant à califourchon sur lui alors que ses mains s'aventuraient dans la chevelure brune. Harry gémit un peu plus fort. Son auquel le roux répondit avant de sursauter et de se reculer violemment.

- Putain de merde…

- Ron, je suis désolé, je-

Ron inspira fortement en s'asseyant à l'opposé du survivant, avant de le regarder de nouveau.

- Ok. Il ne s'est rien passé. Tu aimes Draco, et tu ne m'intéresses pas. Donc aucun problème, on oublie ça. Tout va très bien. Nous sommes amis, meilleurs amis qui plus est. Voire frères carrément. Alors tout va bien !

- Excuse-moi. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris.

- On ne va pas en faire un drame. Ce n'est pas comme si c'était la première fois.

- Je sais mais- Désolé. Je n'aimerais pas que tu penses que... Parce que j'aime Draco. Je ne voudrais pas te briser le cœur.

Le brun se mit à rire entrainant le roux avec lui avant qu'ils ne se sourient amicalement et que Ron vienne embrasser le front de son vis-à-vis.

- Ça va faire plusieurs mois que j'ai touché personne. J'ai besoin de contact charnel.

- Quel vocabulaire Harry.

- Je suis en manque.

- Ah, je te reconnais là.

- Depuis quand tu es gay ?

- Pardon ?

- Je t'ai embrassé, d'accord, mais tu m'as répondu. T'as même gémi.

- J'ai pas gémi !

- Ron…

- Tu ne m'intéresses pas.

- Tant mieux, toi non plus. Mais le « tu ne m'intéresses pas » signifie qu'il y a quelqu'un d'autre.

Harry fixa son ami d'un air sérieux alors que le visage de Ron se ferma, et il se leva brutalement pour retrouver son lit.

- Ron, tu fais quoi là ?

- Ça ne se voit pas, je vais dormir.

- Mais… tu n'as pas répondu à ma question !

- Ecoute Harry, tout ce que tu m'as dit m'a fait très plaisir. Je veux dire, je pense la même chose pour toi et tu le sais. Je suis content que tu aies enfin compris, que tu te sois enfin avoué tes sentiments pour ce serpent aux cheveux blonds. Mais le donnant-donnant ne marche pas avec moi. Si tu pensais tout me dire et qu'en échange je te raconterais certaines choses, tu te goures. Alors tu pourras dire à toute la bande que ça n'a pas marché, parce que de un. Je n'a rien à vous raconter. Et de deux. Même s'il y avait quelque chose je ne vous en parlerais pas. Maintenant bonne nuit.

- Ron…

- J'ai dit bonne nuit.

Ron s'enfonça brutalement sous les couvertures, oubliant la présence de son meilleur ami à ses côtés. Il ne voulait pas penser à toutes les questions qu'Harry lui mettait en tête. Il voulait que sa tête reste vide, qu'elle reste vide. Sans rien dedans, sans personne.

Quatre jours que Ron n'avait pris aucun tour de garde prétextant n'importe quoi. Il se précipitait sur son lit de camp rabattant les couvertures sur son corps à peine dévêtu. La minute suivante il avait les yeux fermés et se forçaient à les garder clos jusqu'à ce que le sommeil vienne l'emporter. Ce soir-là Morphée ne l'avait pas accueilli de bonne heure, et il s'était tourné et retourné dans ses draps des dizaines et dizaines de fois. Parfois ses yeux se rouvraient tombant sur la lumière émise par le feu qui filtrait à travers la petite ouverture de la tente. Ses yeux se mirent à fixer la flamme, se concentrant sur le bruit du vent au dehors avant de laisser sa respiration se régulariser.

Très vite il retrouva la pièce habituelle. Le canapé entouré de ses deux fauteuils, la cheminée allumée éclairant le tout. Tellement simple et pourtant il s'y sentait beaucoup trop bien. Ron s'allongea comme à son habitude, laissant sa tête reposer sur l'accoudoir et ses yeux fixer le plafond. Instinctivement il se mit à compter les secondes le séparant de l'entente de la voix de son professeur. 1 seconde, 10 secondes, 23 secondes, 38 secondes, 50 sec-

- Ron.

- Enfin…

Le roux se releva s'asseyant correctement sur le sofa avant de regarder autour de lui. Enervé il soupira de ne pas le voir une nouvelle fois en face de lui.

- Tu vas bien ?

- Oui toujours et toi ? Tu t'en sors ?

- Je t'ai dis de ne pas t'en faire pour moi.

- Mais tu ne me dis rien, jamais rien. Je ne sais pas ce que tu fais, où tu es-

- Ron…

- Je veux te voir.

Un silence se fît. Seule la respiration du Gryffondor était encore audible. Brutalement il se mit debout parcourant la pièce de long en large.

- Je veux te voir t'entends ?

- Ron, non- tu sais bien-… je ne peux pas !

- Et pourquoi ça ?

- Arrête s'il te plaît.

Ron se retourna vers l'endroit où il avait l'impression d'entendre la voix. Ses mains s'étaient mises à trembler et sa respiration était devenue erratique.

- Non toi- Toi tu arrêtes. Je m'endors, je suis là, tu es dans ma tête et quelques secondes plus tard lorsque je me réveille t'es plus là. Tu comprends ? T'es là et la seconde d'après tu ne l'es plus.

- Ron…

- Je ne supporte plus. Alors je veux que tu arrêtes. Je veux que tout ça cesse, que tu sortes de ma tête.

- Ron s'il te plaît…

- Tu comprends ? Sors de ma tête. Je ne veux pas t'entendre, je ne veux pas penser à toi. Je veux être tranquille. Je veux oublier. Alors sors-de-ma-tête !

Le roux s'était laissé tomber à terre, prenant son visage entre ses mains alors que ses yeux commençaient à se remplir de larmes.

- Fait attention à toi Ron, c'est tout ce que je te demande.

Ron plaqua ses mains sur ses oreilles avant de se réveiller brutalement au milieu de son lit, dans la tente. Il était transpirant, peut-être même fiévreux, son corps tremblait et il avait une désagréable envie de vomir. Comme il put il se leva et chancelant, se dirigea vers l'extérieur de la tente bousculant au passage Harry.

- Ron ? Tu vas bien ? Ron qu'est-ce qui se passe ? Regarde-moi.

Mais le roux continua d'avancer, pieds nus dans la neige, le cœur au bord de l'implosion. Juste avant qu'il ne se laisse tomber au sol, Harry le rattrapa, enroulant ses bras autour de sa taille pour le prendre contre lui.

- Je suis là, regarde-moi ça va aller. Je suis là.

Ron étouffa un sanglot, enfonçant sa tête dans le cou de son meilleur ami. Oui lui était là, mais Severus non. Il n'avait jamais été là.

Ron passa sa main dans ses cheveux alors qu'il regardait Harry arriver près de lui. Il lui avait mal parlé hier soir, et putain qu'il pouvait s'en vouloir. Tout ce qu'Harry lui avait dit, avoué, il le pensait tout autant, tout aussi fort. Le roux détestait s'embrouiller avec son meilleur ami. C'était quelque chose qui arrivait rarement mais qui arrivait de manière brutale et violente, pouvant durer aussi bien deux à trois jours que plusieurs semaines.

Baissant la tête face au regard trop vert, Ron se releva et commença à se mordiller la lèvre inférieure. Petit geste qu'il faisait chaque fois qu'il était stressé, gêné ou bien même désolé. Parce qu'il l'était.

- Harry… Je suis- je-

- Non t'excuse pas, c'est ma faute.

- Je ne voulais pas m'énerver comme ça. Tu sais il y a certaines choses dont je n'ai pas envie de parler. Je veux oublier tout ce qui a pu se passer, je ne veux plus penser à tout ça, alors je ne veux pas en parler. Juste-

- Je comprends. Mais peut-être que d'en parler un peu ça te permettrait d'oublier un peu plus vite.

- J'ai déjà oublié Harry. Ne t'en fais pas pour moi d'accord ?

- Je m'en ferai toujours pour toi.

Le brun glissa ses doigts dans la main de son vis-à-vis avant de venir se loger contre son torse. Instinctivement Ron plaça sa tête sur son épaule, avant de caresser doucement la nuque d'Harry.

- Tu m'as manqué.

- Trois jours Harry.

- Ah bon si peu ?

- Hm… hm.

- Tu viens, on va en cours ?

Ron se mit à sourire avant de suivre son meilleur ami dans le couloir des cachots pour leur premier cours de potions de la semaine. Juste avant l'entrée dans la salle, le roux plaqua le brun contre le mur embrassant son front à la dérobée avant de respirer doucement l'odeur de son cou.

- Tu m'as manqué aussi.

Harry sourit avant de prendre la main de son vis-à-vis et de l'entrainer avec lui dans la salle de classe, prenant place sur leur banc habituel où Hermione les attendait déjà, la mine ennuyée de voir leur nouveau professeur arriver.

Ce fût une demi-heure plus tard que la porte se rouvrit à grand fracas laissant passer un Ron hors de lui. Il se dirigeait à grandes enjambées vers la sortie des cachots pour retrouver le couloir principal et bifurquer sur la gauche qui donnait sur la grande statue indiquant le bureau de la directrice. Hurlant le mot de passe qu'Harry lui avait dit par le passé, il attendit que la statue se transforme en escalier avant de monter tout en haut et de rentrer sans prévenir dans le bureau.

- Monsieur Weasley qu'est ce que-

- Faut arrêter. Madame la directrice, je vous respecte vraiment mais là, je suis désolé. Cet homme est complètement stupide. Un crétin. Comment avez-vous pu… Je ne sais pas moi- comment vous avez pu avoir l'idée d'engager quelqu'un d'aussi prétentieux que lui ?

- Monsieur Weasley !

- Il n'est pas du tout pédagogue, c'est même à se demander s'il s'y connait réellement en potion. Aujourd'hui il a confondu un filtre d'amour et un véritaserum. C'est presque un supplice d'y aller. Le délire total.

- Weasley !

- Pourquoi n'avez-vous pas réengagé le Professeur Snape ? Vous aviez peur des réactions des parents ? Je ne comprends pas, c'était le meilleur dans ce domaine.

- Je le sais bien ça, soupira Mc Gonagall.

- Alors pourquoi lui avoir retiré son poste, je ne comprends pas ! Je n'ai pas refait cette année pour rien. J'étais déjà perdu par le passé mais là c'est de pire en pire. Et il n'y a pas que moi.

- Ronald si j'ai choisi Monsieur Dawlish pour enseigner à Poudlard c'est que je n'avais pas d'autre choix.

- Mais-

- C'est Severus qui m'a prévenu à la dernière minute qu'il ne revenait pas enseigner ici.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Il ne voulait pas revenir. C'est lui qui a décidé, pas moi.

Ron recula de plusieurs pas, passant une de ses mains tremblantes dans ses cheveux, avant de baisser le regard.

- Il faut que vous le fassiez revenir.

- J'ai bien essayé.

- Et bien recommencez ! Parce que là ce n'est plus possible.

Le roux avait presque hurlé avant de quitter brutalement le bureau. Oui, ce n'était vraiment plus possible, tout cela devait cesser. Severus devait revenir, il fallait qu'il revienne. Ron avait besoin de le voir ici à Poudlard. En attendant il marchait à travers les couloirs pour rejoindre la grande salle et retrouver ses amis qui l'attendaient déjà.

- T'es dingue, l'accueillit Seamus.

- C'est lui qui me rend dingue.

- T'étais où ?

- Voir Mc Go pour lui dire deux trois mots.

- Dans le genre ?

- Qu'elle avait engagé un crétin.

Ses amis rirent avant de s'écarter pour le laisser s'asseoir. Harry posa sa main sur la sienne avant d'incliner la tête sur son épaule, alors qu'Hermione lui remplissait son assiette.

- Oh doucement, doucement. Je n'ai pas très faim.

- Bon et Minerva t'a dit pourquoi elle n'avait pas repris Snape ?

- Non… C'est lui qui a décidé de ne pas revenir.

- Quoi ?

- Ouais.

Il laissa ses amis discuter de tout cela, émettre des hypothèses alors qu'il fixait son frère arriver près d'eux, souriant en voyant qu'il se plaçait derrière Hermione, posant une de ses mains sur son épaule. La brune sursauta et se retourna brutalement avant de rougir comme une enfant.

- Est-ce qu'on peut se voir ?

- Je- on reprend les cours dans une heure et- bégaya Hermione.

- Je sais. Mais pas longtemps. Juste discuter un peu. J'aimerais vraiment qu'on termine notre discussion.

- Charlie…

- S'il te plaît ?

Hermione se mordit la lèvre avant de se lever sous le regard amusé d'Harry et de Ron, pour suivre le roux en dehors de la grande salle.

- C'est sur la bonne voie.

- Oui. Il ne reste plus que Draco et toi.

- Oh pitié Ron…

- Je n'ai rien dit !

Ron se mit à rire avant de commencer à manger sous le regard noir de son meilleur ami. Draco ou le sujet tabou à ne pas aborder. Qu'est ce que ça pouvait être énervant tout ça. Ils finirent le repas à parler de l'éventuelle relation qui était en train de se former entre Charlie et Hermione, imaginant déjà des montagnes de choses complètement ridicules et hilarantes. Ron riait et ça faisait un bien fou de se laisser aller un minimum.

La radio qui crépitait était le seul élément qui brisait le silence en cette fin de soirée. Hermione assise sur son lit de camp lisait tandis qu'Harry et Ron finissaient une partie d'échecs commencée quelques minutes plus tôt. Les noms et prénoms des disparus continuaient de défiler, faisant crisper toujours un peu plus les mains de Ron. Les parents d'Hermione étaient en sécurité, loin, très loin. Harry essayait de ne pas penser à Draco quelque part dans les rangs de Voldemort à espionner, alors que le roux ne faisait que penser à sa famille, tout le temps, à chaque minute, à chaque seconde. Il n'avait eu le temps de dire au revoir à personne, et il était terrorisé à l'idée de rentrer et de comprendre qu'il manquait quelqu'un. Mais pour l'instant aucun de leur nom n'avait été dit, alors Ron soufflait une nouvelle fois, soulagé.

- Echec et mat !

- Je ne désespère pas à l'idée de te battre un jour.

- Ouais, peut-être un jour Harry.

- J'ai confiance.

- En attendant va te coucher.

- Fais attention.

Ron lui sourit avant de souhaiter une bonne nuit à Hermione et de sortir dehors pour prendre place devant la tente. Il enroula sa couverture autour de ses épaules et ouvrit le livre que la brune lui avait prêté. Depuis leur départ il s'était pris pour passion tous les livres qu'Hermione avait pu emmener dans son petit sac. Tout ça lui permettait de concentrer sur des mots, sur des lignes, plutôt que sur toutes les pensées qui lui embrouillaient l'esprit depuis plusieurs semaines. Oui toutes ces semaines qui étaient passées depuis son dernier rêve où Severus avait été présent. Depuis qu'il lui avait hurlé de le laisser tranquille, Ron n'avait plus le moindre signe de vie. Que dalle. Comme s'il ne s'était jamais rien passé. Et pourtant ça passait en boucle dans la tête du rouquin. Parfois il se surprenait à entendre la voix de son professeur mais tout n'était qu'illusion.

Ron n'avait pas de nouvelles, Ron ne savait même pas s'il était encore en vie. C'était étrange la sensation qu'il éprouvait, ce besoin d'entendre sa voix, de le voir, tout en restant en colère contre lui. Le roux n'arrivait pas à s'expliquer ce qu'il se passait en lui et pourtant à chaque fois que Severus lui revenait en tête il ne pouvait s'empêcher de passer ses doigts sur ses lèvres à la recherche d'un trop vieux souvenir.

- Tu me fais de la place bébé?

- Harry ? Qu'est ce que tu fais encore debout ?

- Je n'arrive pas à dormir. Alors ?

- Bien sûr, viens.

Ron poussa la couverture pour laisser le brun s'installer entre ses jambes puis le recouvrit par la suite. Harry laissa son dos reposer contre le torse du roux alors que sa tête venait trouver l'épaule à sa portée.

- Pour le médaillon-

- Ça va.

- T'es sûr ?

- Harry cesse de t'inquiéter. Et puis ce n'est pas à toi de le porter.

Le brun sourit avant d'embrasser la peau du cou de Ron et d'allumer la radio qu'il avait apporté avec lui. Il régla la fréquence pour tomber sur une onde diffusant une musique que chacun connaissait bien. Ron resserra davantage son étreinte autour du corps de son meilleur ami avant de le bercer en rythme tout en fredonnant l'air. Au bout de quelques minutes il sentit le corps contre lui s'alourdir, Harry s'était endormi. Alors doucement, il le prit dans ses bras pour le ramener à l'intérieur et le déposer sur son matelas, le recouvrant de sa couette. Il glissa de manière protectrice ses doigts sur la joue blanche avant de ressortir de la tente reprenant place devant le feu qui crépitait encore.

O.O.O.O.O

- Je trouve ça cool que Charlie et Hermione sortent enfin ensemble.

- Je trouve ça cool aussi.

- Tu as écris à papa et maman ?

- Oui.

- Ah bon ? Parce qu'ils m'ont dit ne pas avoir eu de nouvelles de toi.

- Eh bien la lettre a dû s'égarer.

- Ron, ça ne me fait pas rire.

- Moi non plus.

Ron soupira et se releva avant de s'approcher de la fenêtre derrière laquelle le soleil commençait déjà à se coucher. Hermione était partie rejoindre Charlie dans son appartement et Harry s'était attardé dans la grande salle avec Seamus, Dean et Blaise.

- Je ne comprends pas pourquoi tu agis comme ça ? Pourquoi es-tu aussi distant ?

- Ginny, je n'ai pas envie de m'énerver contre toi.

- Tu en veux aux parents pour quelque chose ? Il s'est passé un truc ?

- Mais non, qu'est ce que tu vas chercher ?

- Alors pourquoi tu-

- Tu m'emmerdes Ginny. Lorsqu'Harry, Hermione et moi avions dû partir on est resté des mois sans vous donner de nouvelles et vice-versa. Quand nous étions à Poudlard, je n'écrivais jamais et puis on se voyait pendant les vacances. Toi tu écrivais. Parce que c'est toi. Moi non, ce genre de choses ce n'est pas moi, ça n'a jamais été moi. Je n'ai pas envie de leur écrire, et pour leur dire quoi ? « Je suis encore en vie, ne vous inquiétez pas, vous n'en avez pas perdu un de plus. »

- Ron…

- Alors non je n'écrirai pas. Je vais bien. Tout va bien. Et puis je les vois pour Noël.

Un silence se fit dans la salle commune alors que tous les regards étaient portés sur les deux Weasley. Ron souffla fortement avant d'attraper son sac de cours et de laisser sa sœur en plan pour monter à l'étage. Il mit quelques secondes à se déshabiller avant de rejoindre la salle de bain pour y prendre une douche brûlante. Les trois semaines passées avaient été épuisantes. Mc Gonagall n'avait apparemment rien fait pour faire revenir Severus étant donné qu'il était toujours absent. Les cours avec Dawlish avaient empiré en ennui, stupidité et médiocrité, bien que ce jour-là, le professeur étant absent ils avaient échappé au supplice.

Hermione et Charlie sortaient finalement ensemble. Quand à Harry et Draco la situation restait réellement désespérante. Et dans tout cela, Ron essayait de ne pas penser. Severus lui manquait et c'était un fait.

Lorsqu'il s'aperçut que sa peau avait rougi sous la forte chaleur, il éteignit l'eau et s'enroula dans une serviette avant d'enfiler un boxer pour retrouver son lit. Personne n'était encore monté. Tant mieux. Il tira les rideaux autour de sa couchette avant de s'enfoncer sous les draps.

Ron s'était rué dans la salle de bain le lendemain matin. Une nouvelle fois il avait mal dormi, mais ce n'était pas l'important, le fait était plutôt qu'il s'était levé en retard et qu'à présent Harry l'attendait. Il prit une douche rapidement avant d'enfiler son uniforme et de rejoindre son meilleur ami.

- Tu veux me raconter ?

- Et toi tu me racontes où tu en es avec Draco ?

- Mais Ron… Nulle part, nulle part !

- Pourquoi tu n'essaies pas de le réinviter pour une sortie ce week-end ?

- « Théo m'a déjà proposé et j'ai accepté. » Une fois c'est bon.

Ron se mit à rire tout en suivant Harry dans les couloirs. Hermione était déjà descendue leur réserver des places, ou plutôt avait couru dire bonjour à Charlie avant qu'il n'aille préparer ses cours avec Hagrid.

- On m'a raconté ton engueulade avec ta sœur.

- Ah non, m'en parle pas.

- Tu sais elle n'a pas tort. Avec ce que tes parents ont vécu par rapport à… Fred, il est compréhensible qu'ils aiment savoir que vous allez bien. Juste leur écrire Ron.

- Non Harry, non. Ce n'est pas-

- Toi, je sais.

Ron soupira alors que le brun lui souriait en glissant sa tête sur son épaule.

- Bon et sinon, prêt pour le dernier cours de potion de la semaine ?

- M'en parle pas non plus s'il te plaît, je n'en peux plus.

- Pareil. J'ai surpris Blaise dormir la fois dernière.

- Tu plaisantes ?

- Non, non.

Les deux Gryffondors éclatèrent de rire alors qu'ils pénétraient dans la Grande Salle. Ron salua les Serpentards au loin avant de suivre Harry jusqu'à leur table. Mais avant qu'il n'ait pu atteindre sa place, son regard croisa la tablée des professeurs et ne la lâcha plus, le faisant s'arrêter en plein milieu de la salle. Sa respiration s'était coupée brutalement, alors que son cœur s'était emballé et battait à présent à tout rompre.

Il était là. Severus était là. Son regard sombre le fixant. Merde il était là, réellement.

- Ron tu t'amènes ?

- Hein ? euh oui.

Secouant la tête pour retrouver ses esprits, Ron ferma un instant les yeux avant de détourner le regard et aller s'asseoir à côté d'Harry.

- T'as vu ? Apparemment Mc Go a viré Dawlish et a réussi à faire revenir Snape.

- Enfin des vrais cours, soupira Hermione.

- Oui, j'ai vu.

Le roux baissa la tête pour se servir un verre de jus d'orange en se mettant à sourire bêtement.

Le petit-déjeuner fut rapidement avalé, et ce fut presque avec empressement que toute la bande rejoignit les cachots pour attendre leur premier cours de la matinée, et par l'occasion le premier cours avec Severus depuis la fin de la guerre. Blaise, Pansy et Draco les retrouvèrent quelques minutes plus tard, le même sujet de conversation à la bouche.

- On a même pas eu le plaisir de dire au revoir à ce John, ironisa le métis.

- Ce n'est pas comme s'il allait nous manquer.

- Oui, ce n'est pas comme si, sourit Hermione.

- Je ne sais pas si je dois être heureux de retrouver de vrais cours, ou avoir peur de me faire de nouveau harceler par Snape.

- Genre tu te faisais harceler par Severus, Harry.

- Hey tu te rends pas compte comment nous les Gryffondors, sommes traumatisés.

Blaise et Pansy se mirent à rire alors que les élèves commençaient à rentrer en classe.

- Harry !

Ron se retourna à l'entente du prénom de son ami. Celui-ci avait le rouge aux joues alors qu'il regardait Draco s'approcher de lui. Le rire de Blaise lui parvint et se joignant à lui ils se posèrent contre le mur pour regarder la scène, qui était presque un miracle pour tout dire.

- Oh, salut Draco.

- Je voulais savoir- te demander- ou plutôt te proposer, pour demain, si tu es là et si tu veux, parce que peut-être… Pour la dernière fois je suis désolé, Théo m'avait demandé- et je ne pensais pas- j'étais à des milliers de lieux d'imaginer que tu voudrais- enfin tu vois et euh… Pour demain, si tu es d'accord, que l'on aille à Pré-au-Lard, ensemble, tous les deux. Toi et moi. Mais tu n'es pas obligé de-

- D'accord.

- Parce que tu as peut-être autre chose de prévu avec quelqu'un d'autre et- de quoi ?

- Oui, d'accord. Je veux bien.

- Oh… Cool. On se rejoint où?

- Dans le parc.

- Ça me va.

Ron soupira en entrant avec le métis dans la salle de cours. Ces deux débiles étaient littéralement-

- Pathétiques.

- Tu m'enlèves les mots de la bouche.

- Et hilarants.

- En attendant trouve-moi une occupation pour ce soir, il va être tellement stressé que je risque de ne pas en dormir de la nuit.

Blaise se mit à le charrier avant qu'ils ne se séparent pour s'installer à leur place respective. Ron retrouva Hermione, les affaires déjà sorties et le crayon à la main alors qu'Harry les rejoignit la seconde suivante, ses joues rouges, souriant comme un bienheureux.

- Harry, respire.

- C'est ce que j'essaie de faire.

- J'ai confiance, tu vas y arriver.

- Tu te moques ?

- Jamais bébé.

Le brun lui tira la langue, avant de déposer sa tête sur son épaule. Ron embrassa son front glissant ses mains dans les mèches brunes de sa nuque. L'instant d'après, Snape faisait une entrée fracassante dans le cachot, l'envolée de sa robe noire toujours d'actualité. La classe se fit silencieuse alors que Severus prenait place devant le tableau.

- Chacun prend un parchemin. Je veux une rédaction de 200 mots sur la potion du Bézoard. Vous avez une heure.

- Quoi ? Mais monsieur vous ne pouvez pas-

- Je ne peux pas quoi Monsieur Finnigan ?

- Mais on n'a rien vu avec votre remplaçant, comment voulez vous qu'on vous rédige un truc pareil ?

- Monsieur Finnigan, vous étiez bien avec nous en cinquième année ?

- Oui.

- 10 points pour Gryffondor. Et qui était votre professeur ?

- Je- vous c'était vous.

- Très bien, 10 autres points pour Gryffondor. Alors pour vous remémorer ces souvenirs, nous avions étudié cette potion en cinquième année. Je pense donc que si vous n'avez pas fait que dormir pendant mes cours, vous devriez être capable de me faire ce devoir.

- Oui monsieur.

- Quelqu'un à d'autres questions ? Non ? Bien. Il ne vous reste que 55 minutes.

Chaque élève se rua sur sa feuille laissant gratter sa plume. Ron fut le dernier à déposer son regard sur sa copie. Il se laissa juste quelques secondes où tout le monde avait les yeux baissés sur sa table à réfléchir et écrire alors que lui fixait le dos de son professeur. Lorsque celui-ci se retourna et qu'il sonna un « 30 minutes », Ron sursauta et finit par attraper sa plume. Les secondes s'étaient transformées en minutes sans qu'il ne s'en rende compte.

- Alors ?

- Une catastrophe. J'ai du dépasser les 100 mots tout juste.

- En même temps je t'ai vu rêvasser Ron, comment veux-tu réussir un devoir dans ses conditions ?

- Je te rappelle quand plus d'être ma meilleure amie, tu es maintenant ma belle-sœur, provisoire ou définitive peut importe, donc tu dois me soutenir !

- Te laisser recopier mes devoirs, ça s'appelle comment ça ?

- Ouais, c'est bon ça va…

Ron poussa gentiment l'épaule de la brune qui riait, tandis qu'Harry s'arrêta brutalement au milieu du couloir les menant à leur prochain cours. Le regard interrogatif de ses deux meilleurs amis le fit craquer.

- Merlin, qu'est-ce que je vais mettre demain !

Ron gémit presque douloureusement sachant très bien que ceci n'était que le début de sa journée, mais surtout qu'Harry n'avait pas fini de paniquer sur beaucoup de choses. Il ne devait pas être sans peur notre héros national ? Merde, il y avait surement eu erreur sur la marchandise à un moment.

- Ron tu vas m'aider, hein ?

- Hermione…

- Ah non, non. Je te laisse te débrouiller avec ça et puis de toute façon je n'ai pas accès au dortoir masculin.

- Lâcheuse.

- Peu importe je vous laisse, runes.

- On se rejoint ce midi.

- Oui, à tout à l'heure.

La brune tourna au couloir suivant alors que Ron et Harry continuaient tout droit, retrouvant le reste de leurs amis pour leur cours d'étude des moldus. Une matière où le survivant excellait et où le roux comprenait un peu plus son père, sans réellement prendre son pied mais ça avait au moins le mérite de lui faire remonter sa moyenne.

- 10 mornilles qu'Harry, mort de trouille, annule le rendez-vous.

- 20 qu'il le plante sans le prévenir.

- Les gars…

- C'est bon Ron il en saura rien.

- Vous abusez.

Alors que Neville en rajoutait une couche en augmentant le pari, Ron les laissa tomber retrouvant son meilleur ami pour le prendre contre lui, embrassant son front.

- Cesse de flipper. S'il t'a invité c'est qu'il veut passer cet après-midi avec toi. Tu le veux également, et ça depuis longtemps, il n'y a donc pas de raison que ça se passe mal. Sois heureux d'y aller et arrête de jouer ton timide, ce n'est pas comme ça que vous allez y arriver.

- Je sais.

- Mais tu n'y arrives pas…

- Ouais.

- Ça ira.

Harry sourit, embrassant à son tour le cou du roux avant de glisser ses lèvres à son oreille.

- Plus qu'un meilleur ami.

- Plus qu'un meilleur ami, répéta Ron.

Les deux couraient à présent dans le couloir pour rejoindre la grande salle où Hermione devait surement les attendre et tout ça de mauvaise humeur. Ce midi ils s'étaient tous les trois accordés pour manger de bonne heure, la brune ayant rendez-vous avec Charlie et Harry désirant essayer toute son armoire. Forcément dans tout cela, Ron avait suivi. Malheureusement les deux jeunes hommes étaient sortis en retard du cours de soins aux créatures magiques, et malheureusement ne regardant pas où il mettait les pieds, Ron se prit quelqu'un de plein fouet.

- Eh bien Monsieur Weasley je vois que vous commencez bien l'année. Toujours aussi attentif et délicat.

- Sev- Professeur !

- D'ailleurs je comptais vous trouver. Je n'aimerais pas que vous recommenciez comme votre 7ème année à négliger mon cours, sinon on peut arrêter là maintenant.

- Mais-

- 91 mots, j'ai compté. Sachant que la moitié est inutile, incompréhensible, et j'en passe. Alors on va régler ça maintenant. Je veux vous voir dans mon bureau dans une heure.

- Je ne comprends pas…

- Deux heures de retenues c'est assez compréhensible pour vous Weasley ?

- Ou-Oui.

- Bien.

Snape se détourna avant de reprendre son chemin alors qu'Harry regardait, halluciné, son ami dont le visage était totalement vide.

- Ron ?

- Redis-moi pourquoi j'ai voulu qu'il revienne ?

- Meilleur professeur ? pour les ASPICS ?

Le roux grogna avant de passer la porte de la grande salle pour rejoindre sa table où il s'installa, ne se servant même pas à manger. Bizarrement son ventre était noué, pas de colère, pas de peur, juste d'appréhension, d'impatience et d'espoir. Il ne mangea pas, désirant simplement que le temps passe plus vite pour retrouver les cachots.

- Je vais y aller.

- Je t'attends.

- Je n'en doute pas.

- Bonne chance.

Ron grimaça avant de se lever pour quitter la table et rejoindre la salle de potion, les mains bizarrement tremblantes.

Du retard, beaucoup de retard. Désolé.

J'essaierais de mettre le prochain plus rapidement..