Ce soir-là, Tikki eut énormément de mal à rassurer sa protégée. Marinette avait tendance à paniquer facilement, mais là, il fallait bien reconnaître qu'il y avait largement de quoi ! Elle n'arrivait pas à se remettre du fait qu'elle n'avait pas su reconnaître Adrien auparavant et, pire encore, du fait qu'elle avait passé des mois à le rejeter ! Malgré ce qu'il lui avait dit, est-ce qu'il voudrait vraiment d'elle ? D'elle toute entière ?

Le lendemain matin, exceptionnellement, Marinette n'arriva pas en retard en cours, mais de peu. Ses camarades étaient déjà tous assis à l'intérieur lorsqu'elle se présenta devant la salle de classe. La jeune fille hésita quelques instants, ses yeux fixés sur la porte, avant de poser sa main sur la poignée. Rassemblant tout son courage, elle l'ouvrit pour pénétrer dans la pièce.

Ses yeux se posèrent automatiquement sur Adrien et son cœur bondit dans sa poitrine lorsqu'elle réalisa qu'il était en train de la regarder. D'autant plus qu'il lui souriait ! Marinette baissa les yeux et se dépêcha de rejoindre sa place. Elle n'avait pas encore eu le temps de se remettre de ses émotions qu'Adrien se tourna vers elle, lui souriant toujours.

— Hé Marinette ! Euh... hum... dis... Ça te dirait de venir manger avec moi ce midi ?

Elle se mit à rougir violemment. Décidément, il n'avait pas perdu de temps pour mettre en application sa résolution !

— S'il te plaît ! ajouta-t-il sur un ton suppliant, en penchant sa tête sur le côté et en la regardant comme Chat Noir avait regardé Ladybug la veille au soir au sommet de la tour Eiffel.

Un sourire naquit alors sur les lèvres de la jeune fille à ce souvenir. Le cœur battant la chamade, juste avant qu'Alya ne s'approche suffisamment d'elle pour lui donner un coup de coude, elle souffla en réponse :
— D'accord... avec plaisir... Adrien...

Elle se félicita intérieurement de ne pas avoir paniqué et de ne pas avoir mélangé ses mots. Bon, elle n'avait pas réussi à répondre d'un seul coup, mais il y avait déjà du progrès. Le sourire sur le visage d'Adrien s'élargit considérablement tandis que les deux jeunes gens continuaient à se fixer.

Ils ne s'étaient pas aperçus du silence qui s'était abattu sur la salle de classe, ni du fait que Chloé s'était rapprochée d'eux et s'apprêtait visiblement à intervenir. Mais c'est l'entrée de Madame Bustier dans la pièce qui les fit sortir de leur bulle, lorsqu'elle rappela tout le monde à l'ordre et demanda à la fille du maire de rejoindre sa place.

Au grand dam de Marinette, Alya ne cessa d'essayer de communiquer avec elle. Mais comment allait-elle bien pouvoir lui expliquer le fait qu'Adrien lui ait brutalement proposé ça ? Entre Adrien, qui se tournait de temps en temps vers elle en souriant, et une Alya bien trop curieuse, elle était tellement stressée qu'elle n'arrivait pas à suivre le cours, et se fit réprimander par Madame Bustier lorsqu'elle ne sut pas répondre correctement à sa question.

Marinette appréhendait énormément la pause du milieu de matinée. Qu'allait-elle bien pouvoir dire à Alya ? Heureusement pour elle, Adrien entraîna aussitôt Nino à sa suite vers les deux jeunes filles. Et lança directement la discussion sur le sujet de leur contrôle d'histoire à venir. Lorsque Chloé arriva vers eux à grands pas, il l'empoigna amicalement par le bras pour l'interroger sur la partie qu'ils devaient réviser. Réussissant le tour de force de faire finalement fuir son amie d'enfance, avec un air particulièrement contrarié sur le visage qui réjouit secrètement Marinette.

La deuxième partie de la matinée se déroula à peu près de la même manière que la première. Même si, depuis la pause, Marinette était beaucoup moins stressée et de plus en plus rêveuse. Plus le temps passait et plus Adrien semblait impatient. Il gigotait sur sa chaise et semblait se retenir de se tourner trop souvent vers elle.

Malheureusement pour lui, leur professeur d'anglais finit par le rappeler à l'ordre, et il se retourna en rougissant. Marinette se sentit mortifiée pour lui. Elle aurait voulu poser sa main sur son épaule pour le réconforter... mais ce n'était clairement pas indiqué. Heureusement, la cloche finit enfin par sonner pour annoncer la pause de midi. Adrien, qui n'attendait visiblement que ça, bondit aussitôt de sa chaise et tendit sa main à Marinette.

— On y va ?

Les joues rouges, elle fixa sa main, hésitant visiblement à la prendre, brusquement intimidée par toutes les implications de ce geste. Jusqu'à ce qu'Alya la pousse par derrière, la faisant basculer vers Adrien, qui mit ses deux mains en avant pour la rattraper. Il en profita pour lui prendre le bras et l'entraîner en dehors de la classe.

— Désolé, Princesse... lui glissa-t-il quelques instants plus tard, alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie du collège.
— Euh... de quoi ?
— C'était un peu cavalier, tout ça... reconnut-il avec un petit sourire contrit tout en se frottant la nuque. Tu aurais sûrement préféré que je fasse autrement...

Marinette le fixa avec surprise. Adrien s'aperçut qu'elle souriait, d'un sourire ni timide, ni moqueur. Un sourire qui lui plaisait beaucoup.

— Ne t'inquiète pas, Chaton, c'était parfait, souffla-t-elle d'une voix douce. Juste... juste que je ne sais pas du tout ce que je vais bien pouvoir dire à Alya lorsqu'elle va réussir à me coincer, termina-t-elle en grimaçant.
— Alya ? Pourquoi ? s'étonna-t-il.
— Parce qu'elle ne va pas me laisser tranquille tant que je ne lui aurai pas expliqué pourquoi toi, tu es brusquement venu m'inviter ce matin.
— Ben pourquoi ?

Marinette rougit, ne sachant trop quoi répondre.

— Oh... réalisa Adrien, brusquement gêné. Elle sait que... Elle sait...
— Ouais. Elle sait pourquoi je bafouille tout le temps devant toi, Adrien. Enfin... pourquoi je bafouillais... termina-t-elle en rougissant légèrement.
— Je suis bien content que tu ne bafouilles plus, lui assura-t-il avec un large sourire.

Elle rougit davantage.

— C'est plus facile d'être à l'aise avec toi, maintenant... reconnut-elle. Mais elle va se demander pourquoi tu m'as invitée, Chaton.
— Ah... Ben tu n'as qu'à lui répondre la vérité, assura-t-il sur un ton d'évidence.
— Pardon ? s'écria Marinette interloquée, bouche bée et yeux écarquillés.

Adrien pouffa de rire, ce qui la fit le regarder d'un air perplexe.

— Oui, enfin la vérité... la même que pour nos nombreux retards et absences, précisa-t-il avec un clin d'œil malicieux. Celle qui protège... notre secret.
— Oh ! s'exclama-t-elle avant de se mordre la lèvre. Oui mais, du coup, ça ne résoud pas vraiment mon problème : je lui dis quoi exactement ?
— Facile ! répondit-il en riant. Est-ce qu'Adrien avait prévenu Marinette de ses intentions à l'avance ? demanda-t-il sur un ton innocent, tout en appuyant particulièrement sur leurs prénoms.

La jeune fille le fixa avec un sourire malicieux qui lui rappela aussitôt ceux qu'elle faisait sous son masque lorsqu'elle avait trouvé comment neutraliser un akumatisé.

— Pas le moins du monde, répondit-elle sur un ton léger. Donc officiellement, je ne sais absolument pas ce qui t'a pris.
— Exactement. Et je crois que, de mon côté, je ferais bien de m'épancher un peu auprès de Nino. Heureusement que je ne l'ai pas trop bassiné avec mes sentiments pour ton alter ego, et qu'il me croit seulement fan.

Elle le fixa en se mordillant la lèvre, se demandant ce qu'impliquaient exactement ses mots, mais ne répondit rien parce qu'ils arrivaient à proximité d'une sandwicherie, devant laquelle d'autres collégiens faisaient déjà la queue. Mais Marinette prit brusquement conscience du fait qu'Adrien tenait toujours son bras, et ne semblait absolument pas décidé à la lâcher. Était-ce volontaire ? Son cœur se mit à battre plus vite.