Pendant qu'ils faisaient la queue, la conversation porta sur le choix de leurs menus. Lorsqu'ils passèrent commande, Adrien insista pour payer pour eux deux. Marinette refusa tout d'abord, mais finit par céder en levant les yeux au ciel lorsqu'il fit l'un des jeux de mots douteux qu'elle avait plutôt l'habitude d'entendre de son alter ego. Ces mots dans la bouche d'Adrien l'avaient trop désarçonnée pour qu'elle puisse continuer à argumenter.
C'est en silence et côte à côte qu'ils se dirigèrent vers le parc tout proche, où ils cherchèrent un coin tranquille pour s'installer. Faute de banc disponible, ils finirent par s'asseoir dans l'herbe, au pied d'un arbre. Tout en mangeant, leurs regards ne cessaient de se croiser, ce qui les faisait rougir l'un comme l'autre, avant qu'ils ne se reconcentrent quelques instants sur leurs sandwichs.
Ils n'auraient jamais imaginé que la découverte de leurs identités réelles rendrait les choses aussi simples et aussi compliquées à la fois. Aucun des deux ne savait comment lancer la conversation, bien trop intimidé par la présence de l'autre. Après tout, Marinette avait toujours été intimidée par Adrien, et celui-ci perdait tous ses moyens devant Ladybug lorsqu'il se retrouvait devant elle sans son costume de Chat Noir.
Finalement, c'était un peu comme s'ils avaient à construire une toute nouvelle relation.
— Au fait, toi aussi tu as un kwami, non ? se lança finalement Marinette sans réfléchir, trop concentrée sur le fait qu'il était son Chat Noir, ce qui la rassurait. Oh ! Je ne devrais pas... s'interrompit-elle aussitôt en mettant sa main devant sa bouche.
— Eh ! Ça ne me dérange pas du tout d'en parler avec toi, ma Lady ! lui assura aussitôt Adrien, soulagé qu'elle propose un sujet de conversation, relativement neutre qui plus est.
— Oui mais... et si on nous entendait ? lui demanda-t-elle à voix basse avec une grimace, tout en jetant un coup d'œil circonspect autour d'elle.
— Oh ! s'exclama le jeune homme à mi-voix. Ce serait embêtant... Remarque, à part toi et moi, qui sait ce qu'est un kwami ? termina-t-il avec un clin d'œil et un sourire malicieux. Et de toute façon, il n'y a personne par ici.
Elle le fixa quelques instants en se mordillant la lèvre inférieure, partagée entre prudence et curiosité. Finalement, cette dernière fut la plus forte.
— Bon... soupira-t-elle. Alors, il est comment, le tien ?
— Plagg ? Physiquement, rien de très original, il ressemble à un petit chat noir. Aux yeux verts, précisa-t-il tandis qu'elle souriait à ce détail. Niveau caractère... Pfff, il est gourmand, paresseux et plutôt narcissique.
À ces mots, une exclamation indignée s'éleva de la poche de la chemise d'Adrien. Marinette y porta ses yeux sous l'effet de la surprise, avant de se mettre à rire. Le jeune homme la fixa en faisant la moue, avant de reprendre la parole sur un ton grognon.
— Et toi ?
— Ma kwami ressemble un peu à une grosse coccinelle, elle est toute rouge avec des gros points noirs, indiqua Marinette en souriant à nouveau. Elle s'appelle Tikki et est adorable, une véritable amie. Elle m'a toujours beaucoup soutenue. Surtout au début, lorsque je doutais et que je ne voulais pas dev... que je ne voulais pas de ce rôle. Et elle dévore de grandes quantités de cookies.
— Des cookies ? Quelle chance ! s'exclama Adrien en se redressant brusquement. Plagg ne mange que du fromage, avec une préférence pour le camembert ! J'ai l'impression d'empester en permanence ! ajouta-t-il sur un ton indigné.
À ces mots, Marinette éclata de rire.
— Vraiment ? J'ai eu de la chance, alors, remarqua-t-elle avec un air malicieux.
— Ouais. Toi tu as hérité de la chance et moi de la malchance, constata-t-il sur un ton blasé. Heureusement... heureusement que ta chance compense parfois ma malchance.
Troublée par la souffrance qu'elle ressentait dans les propos d'Adrien, Marinette ne sut pas quoi répondre à ces mots, et le silence s'éternisa quelques instants. Ils finirent par reprendre une conversation à bâtons rompus sur différents sujets, principalement celui de leurs deux meilleurs amis ou celui du collège. Mais celui de leurs sentiments ne fut même pas effleuré. L'idée même les mettait aussi mal à l'aise l'un que l'autre.
Certes, la jeune fille savait désormais qu'il aimait son côté Ladybug. Mais aimait-il, aimait-il autant, son côté Marinette ? Le jeune homme, quant à lui, avait découvert avec surprise qu'elle aimait son côté Adrien, et que c'était ce qui la rendait si nerveuse avec lui sans leurs masques, jusque-là. Néanmoins, elle avait toujours rejeté son côté Chat Noir, cette partie si libre de lui-même... Pourrait-elle l'aimer tout entier ?
Lorsque le moment de retourner en classe arriva, Adrien se leva le premier et tendit sa main à Marinette, qui la saisit après une légère hésitation et en rougissant légèrement. Mais dès qu'ils se retrouvèrent tous les deux debout face à face, ils se sentirent gênés et séparèrent aussitôt leurs mains. Il y avait beaucoup trop de non-dits entre eux.
Il était beaucoup plus difficile qu'ils ne l'avaient cru de retrouver la complicité de Ladybug et Chat Noir, forgée au fil du temps et des combats, sans leurs masques et sans leurs combinaisons de super héros. Tandis qu'ils retournaient vers le collège, le jeune homme finit par briser le nouveau silence qui s'était installé, tout en se frottant la nuque.
— Au fait, demain c'est samedi... Ça te dirait... euh... qu'on aille ensemble au cinéma, Marinette ? demanda-t-il avec hésitation. Enfin juste toi et moi, hein, pas Alya et Nino ! ajouta-t-il précipitamment.
Le sourire éblouissant qu'il reçut en retour le récompensa largement de son audace. Elle voulait bien ! Ils fixèrent une heure et un lieu de rendez-vous et commencèrent à parler des films qui pourraient leur plaire. Mais plus ils approchaient de leur classe et moins ils marchaient vite, n'ayant pas envie de se confronter à leurs camarades, pas déjà, pas alors que tout était encore si flou entre eux deux.
Finalement, ils rejoignirent la salle juste avant l'arrivée de leur professeur d'histoire. Les deux jeunes gens se dirigèrent vers leurs places en silence. Au moment où Marinette dépassait Adrien pour aller s'installer derrière lui, son côté Chat Noir prit le dessus. Il lui attrapa la main impulsivement et la porta à ses lèvres pour y déposer un baiser.
La jeune fille rougit aussitôt et s'arrêta, comme figée, au lieu de retirer sa main brusquement comme elle l'avait toujours fait jusque-là, sous le masque, et comme il s'y attendait donc.
— Bonne chance pour le contrôle, Princesse ! lui souffla-t-il avec un large sourire incrédule, avant de s'installer à sa place, lâchant sa main à regret.
En voyant Alya, Marinette se sentit brusquement mal à l'aise. Sa meilleure amie semblait tout excitée et sautillait sur place. Alors qu'elle allait l'interroger, leur professeur d'histoire leur distribua les feuilles pour le contrôle. Marinette fit de son mieux pour cacher son soulagement. Elle espérait, surtout, qu'Alya n'ait pas fait le lien avec les baise-main que Chat Noir avait l'habitude de faire à Ladybug !
Durant tout le contrôle, Marinette et Adrien luttèrent pour éviter de trop se regarder, afin de ne pas risquer d'être accusés de tricherie. Alya gigotait sur son banc, terriblement frustrée de ne pas pouvoir parler avec sa meilleure amie. Rongée par la jalousie, Chloé trépignait et ne cessait de jeter des regards assassins à celle qu'elle considérait plus que jamais comme sa pire ennemie.
Nino observait de temps en temps rapidement son meilleur ami, ravi de voir son air rêveur. Alya l'avait chargé de l'interroger discrètement, mais il doutait fortement d'y parvenir. Quant aux autres collégiens, ils ne pouvaient s'empêcher de regarder de temps en temps Adrien et Marinette, curieux de la tournure des événements : est-ce qu'ils sortaient enfin ensemble ou pas, ces deux-là ?
Lorsque la cloche sonna, à la fin du cours d'histoire, Alya poussa un petit cri de joie et arracha la copie de Marinette de ses mains. Elle attrapa son amie, déposa leurs deux copies sur le bureau de leur professeur et l'entraîna hors de la classe, en direction des toilettes.
