Les miraculous des deux super héros avaient déjà sonné trois fois lorsqu'ils repassèrent la fenêtre de la salle de service du cinéma. À leur grand soulagement, la caisse était toujours poussée devant la porte. Chat Noir referma la fenêtre derrière eux et s'approcha de Ladybug.

— C'est dommage, on a raté notre séance de ciné, soupira-t-elle sur un ton frustré. Tu te souviens à quelle heure est la suivante ?
— Non, mais je crois que ça n'est pas le plus important, là, assura-t-il d'une voix légèrement tendue. Marinette... Ma Lady... est-ce que ça t'ennuie si on en profite pour parler un peu ?
— Euh... Ici ? Maintenant ? répondit-elle d'une voix nerveuse, incertaine de ce dont il voulait parler, et craignant par-dessus tout qu'il lui dise qu'il ne pourrait jamais y avoir rien de plus entre eux que leur partenariat contre le mal.
— Oui. Ça me semble parfait. Ici, personne ne devrait nous entendre ou nous déranger. Et vu la pénombre, on ne se voit pas vraiment, alors on sera peut-être plus à l'aise pour faire le point, moi en parlant à la fois à Marinette et Ladybug, toi en parlant à la fois à Adrien et Chat Noir, expliqua-t-il.
— Oh ! s'exclama-t-elle en paniquant brusquement, craignant de voir ses craintes se réaliser.
— Comme ça, on pourra peut-être réfléchir aux bourdes à éviter, comme celle qu'on a faillie faire tout à l'heure, indiqua-t-il d'une voix désolée.
— Oui, tu as sans doute raison... soupira-t-elle finalement en s'asseyant par terre, le dos posé contre la caisse qui bloquait la porte, réalisant qu'ils avaient effectivement vraiment besoin de cette mise à point, et qu'il ne cherchait pas forcément à la fuir.

Chat Noir s'assit tout contre elle, épaule contre épaule et, à sa grande joie, elle ne le repoussa pas, même si, comme il s'en aperçut aussitôt, elle avait d'abord sursauté à son contact. Mais très vite, elle se détendit et s'appuya contre lui.

— Bon alors, Chaton, de quoi tu veux qu'on parle ? commença-t-elle nerveusement, toujours incertaine de la tournure qu'allaient prendre les choses.

Le jeune homme laissa passer un silence, cherchant visiblement ses mots, bien conscient de la nervosité de sa partenaire et craignant de la faire fuir.

— Je me sens tellement stupide... soupira-t-il finalement.
— Comment ça ? s'étonna-t-elle.
— Franchement, tu te rends compte ? Je te connaissais dès le début sous tes deux identités... et je n'ai jamais été capable de faire le rapprochement.
— Alors je suis aussi stupide que toi ! assura-t-elle avec conviction, bien décidée à ne pas le laisser se dénigrer. D'ailleurs... Je ne t'aurais jamais repoussé si... si je n'avais pas rencontré Adrien... et encore moins si j'avais deviné qu'il se cachait derrière Chat Noir... finit-elle à mi-voix.
— C'est vrai ? s'exclama-t-il d'une voix incrédule.

Elle hocha la tête en rougissant et, malgré la pénombre, il comprit qu'elle confirmait ses mots. Rempli d'une joie intense, guidé par son instinct, il attrapa sans réfléchir la main de la jeune file pour la porter à sa bouche et l'embrasser avec beaucoup de tendresse, presque avec dévotion. S'apercevant, au passage, que leurs tenues de super héros s'étaient toutes deux volatilisées, et n'ayant même pas une pensée pour leurs kwamis.

Troublée par son geste, elle retint son souffle et, lorsqu'il redescendit vers le sol leurs mains emmêlées en serrant doucement la sienne, elle serra sa main en retour. Ils gardèrent le silence, pris par l'émotion, le cœur battant à tout rompre.

— N'empêche, si ça peut te consoler, il n'y a pas que nous qui avons été aveugles, reprit-elle d'une voix douce au bout d'un long moment, pour tenter de reprendre contenance et de relancer la conversation.
— C'est à dire ? s'étonna-t-il.
— Tu te rends compte qu'Alya, la créatrice du Ladyblog, la spécialiste de tout ce qui nous concerne, nous voit quasiment tous les jours en classe, et qu'elle cherche toujours qui se cache derrière le masque ? explicita-t-elle en riant. Elle n'a jamais réalisé qu'elle était la meilleure amie de Ladybug !

Il éclata tout d'abord de rire, avant de rétorquer, sourcils froncés, brusquement inquiet :
— Tu es sûre qu'elle ne se doute de rien, Marinette ?
— Ne t'inquiète pas, Chaton. Je la connais bien, si c'était le cas... crois-moi, elle ne nous aurait certainement pas laissés tranquilles avec ça. Elle aurait forcément fait en sorte de nous le faire comprendre. Probablement réclamé des informations, des interviews, ce genre de choses. Non, si elle avait découvert quelque chose, je serais au courant. Et puis... j'ai toujours veillé soigneusement à éloigner ses soupçons de moi. Maintenant, je veillerai à les éloigner aussi de toi, ne t'inquiète pas.
— J'ai confiance en toi, ma Lady, assura-t-il en serrant un peu plus fort sa main dans la sienne. Mais du coup... pas de gestes tendres en public... soupira-t-il.
— Pas de gestes tendres en public en tant que Chat Noir et Ladybug, précisa-t-elle d'une voix ferme. Au moins pour l'instant. Je n'ai vraiment pas envie d'attirer ses soupçons sur nous.

Le jeune homme opina, avant de reprendre la parole.

— Donc... on est d'accord que... ça veut bien dire que tu es d'accord lorsque nous sommes en tant que Marinette et Adrien ? demanda-t-il avec une voix pleine d'espoir.
— Eh bien euh... oui... enfin si tu es d'accord aussi, bien sûr... répondit-elle d'une voix troublée.
— Bien sûr que je suis d'accord ! affirma-t-il avec conviction. Je t'ai déjà dit plus d'une fois que c'était la fille sous le masque qui m'intéressait, Princesse. Et encore plus depuis que je sais que c'est toi...

Émue, elle serra davantage sa main dans la sienne.

— Et puis franchement, reprit-il d'une voix pensive, s'il faut choisir, c'est tout de même beaucoup plus sympa de sortir ensemble au grand jour et devant tout le monde que seulement sous nos masques.

Tentant au mieux de maîtriser sa panique face au flux d'émotions intenses qui la traversait à cette idée, elle inspira profondément puis hocha la tête timidement au bout de plusieurs longues secondes.