En entendant leurs kwamis, Adrien et Marinette s'étaient tout d'abord figés, puis inconsciemment éloignés l'un de l'autre, ne se tenant plus que par la main.

— Ne faites pas attention à lui, leur glissa Tikki chaleureusement. J'ai toujours eu du mal à l'empêcher d'intervenir lorsque des Ladybug et des Chat Noir s'avouent leurs sentiments.
— Tu remarqueras que je t'ai quand même écoutée, et que je n'ai jamais indiqué à Adrien qu'elle était juste sous son nez, persifla Plagg.
— Tu sais très bien que ce n'était pas à nous de le leur dire ! s'insurgea la petite kwami rouge.
— N'empêche que ces deux-là ont été particulièrement obtus, assena-t-il sur un ton condescendant.
— Peu importe. Ce qui compte, c'est qu'ils se sont trouvés.
— Oui ben ce qui importe, là, c'est surtout qu'ils nous nourrissent. Enfin toi, tu fais ce que tu veux, mais moi, je veux du camembert !

Marinette, qui avait écouté cet échange avec stupéfaction, se mit brusquement à rire face à l'absurdité de la situation. Sans lâcher sa main, Adrien soupira et sortit un morceau de fromage de sa poche.

— Tiens, Plagg, et merci pour ton intervention, ironisa-t-il en le lui tendant. Marinette, tu as de quoi nourrir la tienne, je suppose ?
— J'ai toujours des cookies sur moi, oui.

En même temps qu'elle parlait, elle en avait sorti un de son sac et le tendait à Tikki, qui la remercia affectueusement en le prenant. Adrien soupira à nouveau en l'entendant faire, la comparant intérieurement à son propre kwami.

— Au fait, ça m'a donné faim à moi aussi, lança-t-il pour passer sur un autre sujet. Toujours partante pour du popcorn devant le film ?
— Oui ! Mais je ne sais même pas quand sera la prochaine séance, avec tout ça...
— Pas grave. Je m'en fiche d'attendre, du moment que je suis avec toi.

Sur ses mots, Adrien se releva souplement et tendit sa main à Marinette pour l'aider. Cette fois-ci, elle la prit sans la moindre hésitation et ne la lâcha pas. Dès que la jeune fille fut debout, il la serra tendrement contre lui et embrassa ses cheveux, avant de se reculer avec un petit soupir pour éloigner la caisse de la porte.

— Ça va être dur de ne pas faire ce genre de choses aussi sous le masque, remarqua-t-il avec un soupçon de regret dans la voix.
— Ça va être dur pour moi aussi, Chaton, assura-t-elle en soupirant.
— Alors il vaut mieux que Chat Noir arrête de flirter avec Ladybug, conclut-il.
— Non, surtout pas ! contra-t-elle aussitôt. Le plus prudent, à mon avis, c'est qu'on ne change surtout rien. Pour l'instant.
— Pour l'instant ? Et après ? demanda-t-il d'une voix teintée d'espoir.
— Eh bien... d'ici quelques semaines, un mois ou deux peut-être... Quand la relation de Marinette et Adrien ne sera plus une nouveauté depuis longtemps... Ladybug commencera par se laisser visiblement séduire par Chat Noir, puis répondra à ses sentiments. Ça te va ?
— Ça me paraît miaou-rveilleux ! assura-t-il avec conviction juste avant d'embrasser à nouveau sa petite amie.
— Bon, le hic, temporisa Marinette, c'est que nous allons avoir affaire à une Alya surexcitée, à ce moment-là. Ça fait un moment qu'elle est persuadée que nous sortons ensemble !
— C'est normal, ça crève les yeux que nous sommes félin pour l'autre ! rétorqua-t-il avec un clin d'œil et un sourire très Chat Noir.
— Ça crève tellement les yeux que nous n'avons même pas été capables de nous reconnaître, je te le rappelle, sinon ça aurait vraiment été le cas depuis longtemps, contra-t-elle en posant son index sur le nez du jeune homme. Enfin du coup, Alya va sûrement parler en long, en large et en travers, du couple Ladynoir, comme elle dit, sur le Ladyblog.
— Oui, sûrement ! reconnut-il en riant.
— Et chercher à nous interviewer.
— Bah, on pourra bien lui accorder ça, indiqua Adrien sur un ton insouciant.
— Il faudra qu'on soit prudents, Chaton. Personne d'autre que nous ne doit savoir qui nous sommes... rappela-t-elle d'une voix tendue.
— Ne t'inquiète pas, ma Lady, la rassura-t-il tout en glissant tendrement sa main sur sa joue, je sais trop bien à quel point tu es intransigeante là-dessus, et je ne compte pas nous dévoiler à qui que ce soit. Je sais qu'il en va de notre sécurité et de celle de nos proches.
— D'ailleurs, j'y pense, ajouta-t-elle en mettant une main devant sa bouche, il faudra qu'on fasse encore plus attention lorsqu'un seul d'entre nous sera transformé. Tu imagines si quelqu'un voit Adrien et Ladybug s'embrasser, ou bien Marinette et Chat Noir ? Il risque d'y avoir de sacrées conséquences...
— Je n'y avais pas pensé, soupira-t-il en se passant une main sur la nuque, mais tu as raison. Quelque part, tout serait tellement plus simple sans cette seconde vie... mais je ne la regrette pas, et je ne voudrais la partager avec personne d'autre que toi.

Après s'être embrassés une fois de plus, les deux jeunes gens quittèrent prudemment la pièce de service pour retourner discrètement dans le hall du cinéma, main dans la main. Ils vérifièrent l'horaire de la séance suivante du film qu'ils voulaient voir. Celle-ci allait débuter environ trois quarts d'heure plus tard. Ce qui signifiait donc qu'il n'y avait pas encore de queue dans la file correspondante.

Une fois leurs billets pris, Marinette et Adrien rejoignirent le comptoir le plus proche pour y commander le plus grand pot de popcorn disponible. Puis ils se dirigèrent vers les salles de cinéma, suivant le fléchage pour trouver la leur. Ils croisèrent un employé du cinéma qui leur demanda leurs billets. Après vérification, il leur indiqua que la séance précédente n'était pas encore terminée.

Marinette et Adrien se regardèrent, indécis. Qu'allaient-ils faire, en attendant ? Ils auraient peut-être dû rester plus longtemps dans la salle de service... La jeune fille fut la première à se reprendre. Elle avait remarqué, du coin de l'œil, qu'il y avait quelques banquettes capitonnées le long des murs de cette zone du cinéma. Elle en indiqua une du menton à son petit ami et ils décidèrent de s'y installer.

En attendant que l'heure de leur séance arrive, ils commencèrent à piocher dans le pot de popcorn, tout en discutant. Petit à petit, d'autres personnes s'installèrent aux alentours, attendant elles aussi. Finalement, une employée du cinéma vint leur indiquer que la salle était vide et qu'ils pouvaient y aller. Marinette et Adrien furent parmi les premiers à rentrer et s'installèrent sur la rangée du haut, bien au milieu, loin des autres spectateurs.

Le film était totalement au goût des deux jeunes gens. Il aurait donc dû les passionner. En temps habituel, il les aurait passionnés. Mais étrangement, ce jour-là, ils furent tous deux particulièrement distraits. Distraits par la présence l'un de l'autre. En effet, ils passèrent presque toute la séance à se frôler, à s'embrasser, entre deux bouchées de popcorn.

Malheureusement, Adrien reçut un SMS vers la fin du film. C'était Nathalie Sancœur qui voulait savoir pourquoi il n'avait toujours pas contacté son chauffeur afin de rentrer, et ce qu'il était exactement en train de faire. En lisant le message, le jeune homme ne put s'empêcher de soupirer. N'allait-on donc jamais le laisser tranquille ?