Adrien avait dû longuement parlementer avec Nathalie pour la convaincre, mais il avait finalement obtenu gain de cause. Marinette, quant à elle, n'avait pas jugé utile de prévenir ses parents avant de débarquer à la maison avec lui, afin d'éviter que ceux-ci ne se fassent des idées. Ce qu'elle n'avait pas prévu, en revanche, c'était le fait que la situation serait passablement embarrassante : en effet, Sabine Cheng et Tom Dupain accueillirent le jeune homme un peu trop chaleureusement à son goût.
Marinette s'était bien gardée, pourtant, de leur annoncer qu'elle sortait avec Adrien. Elle ne s'était pas doutée un instant de la perspicacité de ses parents. Et, malheureusement pour elle, c'était un moment où ils étaient totalement disponibles, puisqu'ils ne travaillaient jamais le dimanche après-midi. Sabine et Tom connaissaient Adrien depuis un certain temps, directement et par l'intermédiaire des récits de leur fille, et l'appréciaient beaucoup.
Contrairement à sa petite amie, le jeune homme ne remarqua aucun sous-entendu dans les questions qu'ils lui posèrent, ne trouva absolument pas louches les attentions qu'ils eurent pour lui. Bien au contraire, lorsque les deux adolescents purent, enfin, rejoindre la chambre de la jeune fille pour travailler, avec une assiette de cookies et de macarons (à laquelle elle avait ajouté discrètement du camembert), il lui avoua que, décidément, elle avait de la chance.
Pas convaincue et vaguement refroidie, Marinette marmonna dans sa barbe quelques mots qu'il ne comprit pas. Elle se dirigea sans tarder vers l'endroit où elle rangeait ses livres et cahiers de cours et sortit la physique en grommelant, puis se laissa tomber sans douceur sur sa chaise de bureau, sans un regard pour son petit ami. Adrien n'y comprenait rien du tout. Il déposa l'assiette sur un coin du bureau et se glissa derrière la jeune fille.
— Qu'est-ce qui ne va pas, Princesse ? lui souffla-t-il à l'oreille d'une voix douce, tout en massant tendrement ses épaules pour essayer de l'aider à se détendre.
Elle laissa tomber son visage entre ses mains, ses coudes posés sur le bureau.
— Je suis vraiment, vraiment désolée, Chaton... soupira-t-elle à travers ses doigts.
— Hein ? De quoi ? s'étonna-t-il.
— C'était tellement embarrassant... gémit-elle d'une voix mortifiée.
— Mais de quoi tu parles ? insista-t-il, totalement déboussolé.
— Mes parents... Ils se sont montrés tellement inquisiteurs...
— Oh ! s'étonna-t-il, éberlué. Attends, c'est ça qui... ?
Comme elle opinait de la tête en silence, il la regarda avec davantage encore de tendresse, avant de faire pivoter sa chaise de bureau vers lui et d'attraper délicatement ses deux mains entre les siennes. Sous l'effet de la surprise, la jeune fille releva les yeux vers lui et le fixa, le rouge aux joues.
— Marinette, ne sois pas désolée pour ça, s'il te plaît ! la supplia-t-il. Moi je les ai trouvés adorables, tes parents. Ça m'a beaucoup touché qu'ils s'intéressent à moi comme ça.
— C'est vrai ? s'étonna-t-elle. Ça ne t'a pas gêné ? Tu... tu ne les as pas trouvés envahissants ?
— Ben non, pas du tout. Je les ai trouvés gentils et attentionnés. Ça se voit qu'ils t'aiment sacrément ! Et... et j'ai vraiment eu l'impression qu'ils s'intéressaient à moi pour ce que je suis ! conclut-il avec un large sourire ému.
— Bien sûr qu'ils s'intéressent à toi pour ce que tu es. Comment on pourrait ne pas s'intéresser à toi, quand on te connaît ? demanda-t-elle avec un sourire ému avant de déposer un baiser sur son nez. Mais bon, ils n'étaient pas obligés, tout de même, de te demander le numéro de téléphone de chez toi...
— Bah, ça ne me dérange vraiment pas, tu sais, assura-t-il avec un sourire confiant. Ce sont tes parents, pas des étrangers, j'ai confiance en eux. Bon, Buguinette, on s'y met, à ce contrôle de physique ?
Marinette grimaça en rapprochant son livre et son cahier tandis qu'Adrien s'installait sur le second fauteuil de bureau, à côté d'elle.
— J'espère que tu vas t'y retrouver dans mes notes... Je ne suis pas sûre de tout comprendre à cette matière, il y a peut-être des trucs importants que je n'ai pas notés...
— Ne t'inquiète pas, moi je suis à l'aise. Avec le livre, on devrait s'en sortir. Et si ça peut t'aider à avoir une bonne note, ça me ferait vraiment plaisir, tu sais, ma Lady, assura-t-il en lui déposant un baiser sur la tempe.
— Ouais ben ça ne serait pas de refus, ça, Chaton, soupira-t-elle. Je déteste vraiment la physique ! Remarque, si tu es plus doué pour expliquer cette matière que Madame Mendeleiev, il y a de l'espoir...
Pour toute réponse, il se contenta d'un large sourire malicieux, très Chat Noir, comme pour lui indiquer qu'il relevait le défi. Marinette et Adrien se lancèrent à fond dans ces révisions, fermement décidés tous deux à faire de leur mieux. Bien loin de se distraire l'un l'autre, leur présence respective les stimulait.
La complicité qui s'était progressivement développée au fil du temps entre Ladybug et Chat Noir avait refait surface naturellement. Les deux jeunes gens faisaient équipe sans en avoir pleinement conscience. Et effectivement, Adrien était plus doué que leur professeur pour expliquer la physique à Marinette. N'hésitant pas à faire des schémas pour mieux lui faire comprendre, l'aidant à retrouver le chemin qui menait aux formules.
Ils étaient tous deux tellement concentrés sur leurs révisions qu'ils n'entendirent pas Sabine les appeler à plusieurs reprises. Au point que la mère de Marinette finit par soulever la trappe de la chambre de sa fille pour les rejoindre. Elle fut surprise, mais agréablement, de les voir plongés en plein travail, tous deux penchés l'un vers l'autre au-dessus d'une pile de feuilles de cours, un livre et un cahier grands ouverts devant eux, l'assiette de gourmandises presque vide à leurs côtés.
— Vous travaillez bien, dites donc ! remarqua Sabine sur un ton appréciateur.
— Maman ! Je ne t'ai pas entendue monter ! s'exclama Marinette, qui avait violemment sursauté et était toute rouge.
— Ce n'est pas grave. Je vous félicite pour votre sérieux, vraiment ! Mais ce n'est pas pour ça que je suis venue. J'ai téléphoné chez toi, Adrien, pour indiquer que nous t'invitions à dîner.
— Oh, c'est gentil, Madame Cheng, mais il ne fallait pas vous donner cette peine, je vais rentrer et...
— La permission t'a été accordée, le coupa-t-elle gentiment, mais ton chauffeur viendra te chercher à 21 heures exactement, l'assistante de ton père a bien insisté là-dessus. Je montais donc vous dire qu'on passe à table dans une demi-heure.
Sabine redescendit sans attendre de réponse des deux jeunes gens, qui se regardèrent, éberlués.
— Franchement, je ne sais pas comment elle a fait, finit-il par souffler sur un ton incrédule. Mais tes parents sont vraiment formidables !
— Ça ne te dérange vraiment pas de rester manger avec nous ? vérifia-t-elle avec une pointe d'inquiétude.
— Tu plaisantes ! s'exclama-t-il d'une voix joyeuse. Je n'arrive même pas à réaliser ma chance ! On dirait bien que tu déteins sur moi, ma petite coccinelle, et je trouve ça génial !
Elle lui caressa la joue, un tendre sourire aux lèvres.
— Je suis sûre que tu n'es pas aussi malchanceux que tu le crois, Chaton !
