Adrien fixa son amie d'enfance d'un air agacé, tout en reprenant la main de sa petite amie dans la sienne et en posant leurs mains enlacées sur la table.
— C'est parce que Marinette est spéciale, expliqua-t-il avec conviction. Elle a toujours été spéciale, pour moi. Même avant que je me rende compte que je l'aimais. C'est une fille extraordinaire. Et je n'ai jamais vu personne qui ait autant de talent qu'elle.
À ces mots, le cœur de Marinette bondit dans sa poitrine et elle le regarda avec amour, tout en se mordillant machinalement la lèvre inférieure. Même avant qu'il se rende compte qu'il l'aimait ? Vraiment ? ... Après tout, ne lui avait-il pas dit qu'elle était la seule qu'il allait voir chez elle sous sa forme de Chat Noir ?
Elle réalisa brusquement à quel point elle avait réellement toujours été spéciale pour Adrien. Se remémorant tous les moments où il avait été attentif à elle jusque-là, tous les compliments qu'il lui avait faits, avec ou sans masque. Et combien elle était d'autant plus spéciale à ses yeux depuis qu'il savait qu'elle était sa partenaire, celle qu'il aimait depuis le premier jour... En fait, il l'avait toujours admirée, qu'elle porte ou non son propre masque.
Chloé, de son côté, était totalement figée. En jetant un coup d'œil vers elle, Marinette eut l'impression que la fille du maire était en état de choc. Mais celle-ci finit par reprendre suffisamment contenance pour continuer à argumenter, bien décidée à ne pas abandonner le combat aussi facilement.
— Ah parce que je ne suis pas spéciale pour toi, moi ? lança-t-elle sur un ton outré. Je ne suis rien, peut-être ?
— Chloé, tu es ma première amie, explicita-t-il calmement et sans la moindre trace de culpabilité. Mon amie d'enfance. Je n'appelle pas ça rien. Tu sais que je tiens à ton amitié. Mais c'est totalement différent, et ça le sera toujours.
Elle le fixa en pinçant les lèvres, hésitant visiblement sur la réponse qu'elle allait lui donner. Finalement, c'est vers Marinette qu'elle se tourna.
— Et toi, tu l'appelles Chaton ? Vraiment, c'est d'un ridicule, ce surnom puéril... cingla-t-elle en levant le menton.
Marinette ne put s'empêcher de rire. Parce qu'Adrichou, ce n'était pas puéril, peut-être, comme surnom ? De plus, Chloé n'avait pas la moindre idée de ce qui se cachait derrière le surnom qu'elle donnait à Adrien ! S'y attaquer ne risquait pas de jouer en sa faveur et ce n'était pas Marinette qu'elle risquait d'énerver. D'autant plus que celle-ci était bien trop amusée de voir Chloé s'enfoncer encore et encore.
— Oui, je l'appelle Chaton, répondit tranquillement la jeune fille une fois son rire calmé. Est-ce que ça te dérange, Adrien ? demanda-t-elle à son petit ami de son air le plus Ladybug.
— Au contraire, Princesse, j'aime que tu m'appelles comme ça ! assura-t-il avec ferveur tout en portant sa main à ses lèvres avec un regard très Chat Noir, faisant étinceler les yeux de sa petite amie.
Chloé renifla dédaigneusement et se concentra sur la nourriture disposée sur son plateau. Elle trouvait que, décidément, Marinette était vraiment une sale manipulatrice. Adrien ne lui avait jamais fait de baise-main non plus, à elle ! Elle se mit à réfléchir intensément. S'attaquer frontalement à la fille des boulangers ne lui apporterait visiblement rien. Elle n'arrivait même plus à la déstabiliser ! Il fallait qu'elle s'y prenne autrement.
Au bout d'un moment, Chloé se joignit à nouveau à la conversation et, plus ou moins subtilement, l'orienta sur leurs souvenirs communs d'enfance, à Adrien et elle. Le jeune homme était visiblement ravi d'en parler et de partager ces anecdotes avec Marinette. Qui, de son côté, fut enchantée d'en apprendre davantage sur lui, au point de finir par en être secrètement reconnaissante envers Chloé.
Mais aucun risque qu'elle lui en fasse part, évidemment ! Il y avait une limite aux efforts qu'elle était prête à faire. Donner un doigt à Chloé, c'était risquer de se faire manger le bras.
Les cours de l'après-midi se déroulèrent sans aucun problème, et Chloé les laissa tranquilles. Plus exactement, elle les snoba ostensiblement, ce qui ne les dérangea absolument pas. Lors de la pause, ils discutèrent à nouveau avec Alya et Nino. La jeune blogueuse en profita pour leur faire lire son prochain article de blog, presque prêt à paraître, sur le combat de Ladybug et Chat Noir qui avait eu lieu le matin même.
Amusés, Marinette et Adrien échangèrent un regard complice que leurs amis ne remarquèrent heureusement pas, trop concentrés sur l'écran. Et regardèrent la vidéo de leurs exploits, qui accompagnait l'article, en se serrant la main très fort. Particulièrement lors des passages où l'un ou l'autre d'entre eux s'était retrouvé en danger. En revoyant l'une des pitreries de son partenaire sur l'écran, la jeune fille ne put s'empêcher de rire.
— Sacré Chat Noir ! s'exclama-t-elle d'une voix où l'affection pointait derrière l'amusement.
— Ah oui, c'est vrai que tu as toujours préféré Chat Noir, toi ! remarqua Alya en levant les yeux au ciel avec un petit sourire indulgent avant de replonger son regard sur son écran, comme Nino.
À ces mots, Adrien se tourna avec surprise vers sa petite amie, serrant un peu plus fort sa main dans la sienne au passage. Elle se tourna à son tour vers lui et lui fit un sourire teinté à la fois de tendresse et de malice.
— C'est vrai, affirma-t-elle avec conviction. Et je ne comprends pas pourquoi les gens s'intéressent plus à Ladybug qu'à lui ! Ils forment une équipe, tous les deux, il n'est pas juste un simple faire-valoir. Franchement, je suis sûre que, sans Chat Noir, Ladybug serait loin d'être l'héroïne qu'elle est.
Adrien porta sa main à ses lèvres et y déposa un baiser très tendre, tout en la fixant d'un regard plein d'amour.
— Ils forment une équipe formidable, tous les deux, assura-t-il avec autant de conviction qu'elle. Ce n'est pas que je veuille que le Papillon continue longtemps à s'attaquer à Paris... mais j'espère vraiment que Ladybug et Chat Noir continueront à faire équipe très, très longtemps.
Le sourire que Marinette lui fit en réponse illumina le cœur du jeune homme. De toute évidence, elle était totalement d'accord avec lui.
Cela faisait un moment que la nuit était tombée lorsque deux silhouettes fines atterrirent sur la tour Eiffel, depuis le toit d'un immeuble situé non loin de là. Elles se mirent à y grimper par l'extérieur avant de se glisser entre deux poutrelles, vers le sommet. Puis se posèrent là un moment, reprenant leur souffle dans ce lieu si calme, au cœur de la capitale si bruyante et agitée. Ce lieu à l'abri des yeux et des oreilles, que les deux personnes appréciaient pour cette raison, mais aussi pour la vue panoramique et imprenable sur Paris qu'il offrait.
Ladybug se figea. La scène lui en rappelait une autre, qui datait de seulement quelques jours auparavant et qui, pourtant, lui semblait d'un tout autre monde, d'un tout autre temps. Chat Noir se rapprocha d'elle et lui fit un baise-main. Lorsqu'il constata qu'elle laissait sa main dans la sienne, le jeune héros se mit à sourire, comme si un poids se levait de ses épaules.
— On est bien, ici, ma Lady, glissa-t-il en se rapprochant d'elle. Une vue imprenable, personne pour nous voir ou nous déranger... Et j'aime encore mieux cet endroit maintenant.
La jeune héroïne entrelaça leurs doigts et se tourna vers lui en souriant.
— Je suis d'accord, Chaton. Je suis vraiment contente de revenir ici avec toi.
— Je peux te prendre dans mes bras ? souffla-t-il contre son oreille.
— Évidemment ! assura-t-elle tout en glissant les deux siens autour du cou du super héros. Comme tu l'as dit, personne ne peut nous voir, ici.
Chat Noir ne se fit pas prier pour enserrer la taille de Ladybug et la rapprocher de lui. Indéniablement, cette fille merveilleuse était infiniment plus intéressante que la vue sur Paris !
— Tu ronronnes, Chaton ! constata-t-elle avec amusement.
— Tu me rends heureux, ma Lady... expliqua-t-il en soupirant de bonheur.
— Tu me rends heureuse aussi, lui avoua-t-elle tout en commençant à fourrager dans ses mèches blondes.
Ému, il la serra un peu plus fort contre lui. Leurs lèvres ne tardèrent pas à se trouver, d'abord très tendrement, puis de plus en plus passionnément, enfin fougueusement. Le Papillon n'avait qu'à bien se tenir : plus que jamais, Ladybug et Chat Noir formaient la plus soudée des équipes. Et cette équipe-là était faite pour durer. Ils étaient faits l'un pour l'autre, indéniablement, et désormais, ils le savaient.
