Zelda enrageait. Ils l'avaient encore laissée de côté, étaient partis sans elle sous prétexte que : "Oh mais Zelda, tu es biiiiien plus douée que nous pour t'occuper du camp! Nous on a pas ton sens de l'organisation." Comme s'il fallait avoir un sens de l'organisation pour ça... "Quelle excuse bidon!" maugréa-t-elle.

Et ils étaient partis comme ça. Pour faire quelque chose de puéril en plus. Elle se disait que ce n'était pas comme ça qu'ils arriveraient à changer les choses. Non mais sérieusement! Le chef de la résistance lui-même et son second étaient partis "détourner un wagon".

Zelda les avait trouvés bien mystérieux ces derniers jours. Toujours en train de l'éviter, d'avoir des conversations qu'ils interrompaient dès que qui que ce soit approchait, y compris elle. Ce qui était anormal car, si son frère Sheik était le bras droit de Link, le chef de la résistance organisée, elle était quant à elle son bras gauche.

Mais Zelda ne les avait pas soupçonnés plus que ça, se disant qu'après tout, ils avaient droit, eux aussi, d'avoir des secrets et de retrouver leur jeunesse trop vite volée en faisant des sottises. A à peine 20 ans, Link se retrouvait à la tête de la révolte contre le tyran qui dirigeait le pays, prenant la succession de son père mort il y a quelques mois. Cette nomination n'avait rien de monarchique ; tout le monde l'avait poussé à prendre ce rôle. Il était le plus doué au combat, fort physiquement mais surtout mentalement, et possédait un charisme inné et un sens de la justice exceptionnel. Il avait aussi un grand cœur et écoutait tous ceux qui composaient son Armée de l'Ombre, se préoccupant du bien être de chacun. Le jeune homme avait donc accepté la tâche et avait choisi ses meilleurs amis pour l'aider. Depuis qu'il était aux commandes, il ne s'était pas relâché une seule fois et Zelda estimait qu'il avait le droit, comme tout le monde, d'aller s'amuser.

La jeune femme remonta l'artère principale du camps, ses bottes en cuir martelant le sol au rythme de ses pensées. Les hommes et femmes restés au camp la saluaient à son passage mais elle n'y faisait pas attention. Tout le monde ici la reconnaissait facilement grâce à sa longue chevelure blonde, la plupart du temps attachée en une élégante queue de cheval. Elle disait toujours pour se justifier du manque de variation de sa coiffure : "Comment voulez-vous que je me batte avec les cheveux dans les yeux?". Alors tout le monde avait appris à ne plus faire de remarque sur ce point.

Zelda se rendit alors compte qu'elle était à présent sur la place centrale de la base et bifurqua vers la droite, jusqu'à la tente de commandement. Elle y pénétra et s'assit sur une chaise inconfortable, devant un bureau de fortune. Il s'agissait d'une vulgaire planche montée sur des tréteaux, à laquelle on avait fixé au dessous les restes d'un vieux tiroir, ainsi qu'un placard de fortune. Cela ne payait pas de mine mais restait tout du moins opérationnel, tout comme le reste de la pièce, composée à par le bureau d'un matelas à même le sol et d'une bassine qui servait de baignoire. Link aurait pu avoir plus de confort mais refusait d'être mieux logé ou nourri que les autres. Zelda commença à fouiller dans les divers papiers, allant de lettres anonymes d'encouragement à des ordres de mission précis. C'est justement cela qu'elle cherchait.

Link avait l'excellente manie de tout consigner par écrit ; elle se disait toujours que si un espion entrait ici, la résistance et la tête de tous ceux qui la composaient disparaîtraient subitement. Mais aujourd'hui, elle comptait bien que cette lubie lui serve pour comprendre exactement ce que les garçons manigançaient. Contrairement à d'habitude, Link n'avait pas expliqué a tous son plan, et avait emporté plus de monde qu'à l'ordinaire, tout en restant beaucoup plus discret.

Après quelques minutes de fouille, Zelda remarqua un document avec la date du jour et un schéma de wagon, ainsi que son trajet. Elle saisit alors le document, referma le tiroir et se mit à l'aise pour le lire tranquillement. Au début de la lecture, la jeune femme fronça subitement les sourcils et se demanda si elle avait bien le bon document. Car ce qu'elle voyait n'avait rien à voir avec un simple détournement... Le document faisait mention du déplacement du premier et plus précieux Conseiller du dictateur, un être horrible que la résistance avait pour but d'éliminer depuis longtemps. Mais cette tentative d'assassinat avait été abandonnée en raison de sa trop grande dangerosité et de sa quasi impossibilité. Alors ce qu'elle avait sous les yeux devait être un vieux plan. Sauf que non, la date était bien la bonne, le jour, le mois, l'année correspondaient! Même l'heure exacte y figurait!

Prise de sueurs froides, Zelda lut le document en entier. Plus elle continuait, plus ses yeux s'écarquillaient et plus elle sentait la panique monter en elle. Ce plan était tout bonnement suicidaire! Le chef et son second étaient partis, l'avaient laissée ici! Son frère et son meilleur ami de toujours l'avaient écartée de cette histoire. Et quand elle réalisa pourquoi, ses jolis yeux bleus reflétaient une grande panique et un désarroi total. S'il leur arrivait quelque chose, ce qui était très probable, ils voulaient qu'elle soit là pour assurer le commandement et continuer la lutte... Ce qu'elle ne pourrait assurément pas faire seule. Comment voulaient-ils qu'elle continue après ça?

Elle secoua la tête et essaya de reprendre contenance. Ils reviendraient, c'était sûr. Ils étaient trop forts pour se faire avoir. Elle jeta à nouveau un coup d'œil au document et vit que le plan était plus que bien préparé et qu'ils ne risqueraient pas tant que ça. Elle ressentit une vague d'intense soulagement, rapidement suivie d'un pincement de cœur. Seul Link, étant chargé de monter dans le train pour tuer le premier Conseiller, était surexposé.

Zelda se leva calmement et rangea soigneusement le document à sa place. Elle se rendit compte, en sortant de la tente, qu'un tumulte venait de l'entrée du camp. Étant persuadée que les garçons étaient de retour, elle se précipita et courut le plus vite possible. Elle s'arrêta net quand, une fois arrivée, elle vit flotter l'étendard de l'armée d'Hyrule...


Voilà le premier chapitre, comme je l'avais dit, dans la journée. J'espère que le chapitre vous a plus, n'hésitez pas à me dire comment vous le trouvez ;)

~Danaud64